PASSAGE DU RHIN
les Hollandais et sur l'opinion publique en France. • La tour de Tolhuys , si heureusement située qu'autrefois quatre soldats avaient suffi à la défendre contre les Espagnols ^ se rendit sans aucune résistance (1). Montbas ne put être ramené au combat par un renfort que lui envoya le prince d'Orange ; le prince lui-même, craignant d'être coupé d'Amsterdam^ abandonna ses lignes del'Yssel, et retira ses troupes, à travers le Velaw, dans la direction d'Utrecht. En France, lecombatparutd'abord terrible par (c la mort de M. de Longueville, de Guitry, deNogent, parles blessures de Monsieur le Prince, de Marsillac, deVivonne,deRevel,du comte de Saulx, de Termes; et (comme on dit dans les premiers jours) de mille gens inconnus (2). » Mais sauf peut-être Bussy-Rabutin, qui essaya, autant par jalousie que par raison, de réduire à sa juste valeur le succès où il n'était pas (3) , on s'empressa de dire comme Louis XIV que le passage avait été « hardi , vigoureux, plein d'éclat et glorieux pour la nation. » Un fleuve franchi par la cavalerie devant l'ennemi, « se jeler dedans à ce cheval, comme des chiens après un cerf, et n'être a ni noyé, ni assommé en abordant, tout cela passait « l'imagination et faisait tourner la tête. » On assurait qu'après cette première difficulté on ne trouverait plusd'ennemis. Le passagedu Rhin devint unsujet
(1) Basnage.
(2) Sévigné, 19 juin 1672.
(3) BusBy-Rabutia à Sévig:né, 26 juin 1672.
d'arcs de triomphe (porte Saint-Denis) et de poëmes entre lesquels il n'est pas besoin de citer Tépître de Boileau. Les étrangers eux-mêmes acceptèrent la comparaison de Louis XIV avec César, et établirent en plusieurs points la supériorité du conquérant français sur le conquérant romain. César, dit Basnage, avait bâti un pont , et n'avait pas trouvé de résistance , il avait laissé fuir les peuples riverains sans les poursuivre. Louis ne fit pas de pont, il brava l'impétuosité des eaux, qui, malgré la sécheresse, ne laissèrent pas d'emporter plusieurs seigneurs de distinction. On témoigna de l'empressement à se prévenir dans une action si dangereuse. On ne pouvait pas deviner que Wurtz, qu'on voyait sur l'autre rive avec de la cavalerie, fuirait si promptement. On battit les Hollandais qui auraient pu se défendre, et le passage de Louis eut des suites plus terribles pour ses ennemis et plus glorieuses pour lui que celui de César (1).
Ces suites furent telles que la Hollande ne les compta d'abord que par ses pertes et ses humiliations. Jamais, depuis que les nations modernes avaient acquis le sentiment de leur nationalité , il ne s'était vu un pareil effondrement. Le vainqueur parut à la fois sur tous les points du territoire. Déjà, à la droite de l'Yssel, et parallèlement aux premiers exploits du roi, le duc de Luxembourg, uni aux troupes alliées de Cologne et de Munster, avait occupé Grol
(1) Basnage, Annales, an 1672, ii* partie.