‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 19 sur 142 · CONQUÊTE DE TROIS PROVINCES · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE TROIS PROVINCES

Borkelo et d'autres places dans la Gueldre. Il menaçait Deventer, en Over-Yssel, aumomentdu passage du Rhin; il prit cette ville le20juin^ bientôt Zwolle ; et i'évêque de Munster se tourna vers la province de Groningue. Le roi^ après Tentrée dans le Betaw^ partageant ses troupes avec Turenne(l), acheva vite la conquête de la Gueldre. Ne voulant, malgré la retraite du prince d'Orange, laisser aucun ennemi derrière lui, il se chargea lui-même de débarrasser entièrement les bords de TYssel, il assiégea Doesbourg qui fut pris le 21 juin, et fit assiéger, par le duc d'Orléans, Zutphen qui capitula le 26. A sa gauche, Turenne commença par Arnheim, il le canonna d'abord à travers le Leck, et son pont de bateaux achevé, comme il se disposait à traverser le fleuve, Arnheim capitula, livrant ainsi aux Français tout le Welaw jusqu'au Zuider-Zée (15 juin); des détachements de la même armée occupaient le même jour Wageningen et Rhenen. Turenne, revenu aussitôt en arrière vers le Wahal, menaça Nimègue, que protégeaient à la fois le fleuve et les forts de Knot-

(1) Louis XIV donna à Turenne le commandement de Tannée du prince de Gondé que sa blessure réduisait à l'inaction. Le duc d'Engfaien passa dans Tannée du roi, sous le duc d'Orléans. Sa Majesté ordonna que, quand les armées viendraient à se réunir, M. de Turenne, tout en conservant le commandement, prendrait néanmoins le mot de M. le duc. De quoi il ne fit nulle difficulté. (Mémoire de Turenne sur la campagne de 1672.) La comparaison se présente d'ici d'elle-môme entre cette sagesse de Turenne, qui, par respect pour une étiquette alors révérée, acceptait Tinfériorité vis-à-vis d'un prince novice à la guerre» et le sot orgueil des maréchaux, qui, sous prétexte d'égalité, avaient refusé de céder le pas à son génie et à sa gloire.

zenbourg et de Skenk; il prit le premier le 16 juin^ malgré une vive canonnade , et le second le 18. Il entama sans retard le siège régulier de Nimègue , et comme cette ville pouvait tenir plusieurs semaines^ il travailla à la démanteler par l'occupation successive de Thiel , et de Woorne et Saint- André, petits forts renfermés dans les îles du Wahal et de la Meuse. Au même moment lemarquis de Rochefort, envoyé dans le Welaw pour surveiller le prince d'Orange , entrait à Harderwyk, Amersfoort, Oudewater, Naerden, etc., et lançait sur Muyden, à deux lieues d'Amsterdam, un détachement, qui, à la vérité, se trouva trop faible pour garder cette position. Contre tant d'ennemis, le prince d'Orange essaya vainement de s'arrêter à Utrecht ; il voulait mettre cette ville en état de défense, mais les habitants refusèrent de laisser démolir un faubourg; il en sortitle 17 juin, et la bourgeoisie ne voyant plus de salut que dans la soumission envoya demander au roi des sauvegardes. Leurs députés arrivèrent au camp devant Dpesbourg au moment où cette ville se rendait. Le 25 juin , un premier corps français entrait à Utrecht (l). Ainsi le roi n'était plus occupé qu'à recevoir les députés des villes demandant à se rendre. On disait de lui en France : a II reviendra comte de Hollande. Cette vic- <c toire est admirable et fait voir que rien ne peut

(1) Voir 6ur toates ces opérations le Mémoire de Loais XIV, le Mémoire de Tureune sur la campagne de 1672, collection Grimoard, et Basnage» Armoilts des PnmnceS'Unies.

BATAIIJ.K DE SOUTHWOOD-BAY 71

« résister aux forces et à la conduite de Sa Majesté, d Sévigné ajoutait : « Le plus sûr est de l'honorer et de «c le craindre et de n'en parler qu'avec admirace tion (1). n On croit sentir ici un dernier souffle de la Fronde qui s'exhale en aveu d'impuissance.

Du côté de la mer, les Etats-Généraux avaient plus dignement résisté. Dès la fin de mai, trente vaisseaux français, commandés par d'Estrées, avaient rallié la flotte anglaise pour commencer la conquête maritime, conformément au traité de Douvres. Leur réunion portant Ruyter à la prudence, il s'était rapproché de la Hollande ; et les alliés, pour éviter les bancs de sable, avaient gagné la côte de SufTolk, et se tenaient en observation dans la rade de Southwood-Bay. A en croire une relation française, les Anglais faisaient mauvaise garde; ils s'étaient mis « à l'ancre, le cul en terre, <c pour faire de l'eau ; » une grande partie de leurs équipages étaient descendus et assez loin pour ne pouvoir rejoindre commodément (2). Une frégate française, placée en vedette, signala tout à coup un grand danger. Ruyter revenait avec l'avantage du vent, et se présentait en bataille devant les deux flottes royales (7 juin). Une lutte furieuse s'ensuivit. La valeur y fut égale dans les deux adversaires. Corneille de Witt, plénipotentiaire des Etats, y assistait, assis sur un fauteuil, entouré de ses gardes et

(1) Sévigné, 27 juin.

(2) Goibert, lettre à GfX)issy (11 juin 1672).

exposé à tous les coups. Trois de ces gardes furent tués à ses cotés ; il fit jeter leurs corps à la mer sans sortir de son impassibilité. Ruyter^ blessé^ avait cent cinquante morts à son bord; son vaisseau^ percé de coups^ fut tellement désemparé^ qu'il fallut des prodiges pour le retirer du milieu des ennemis. Il convenait qu'il n'avait jamais vu de bataille aussi longue ni aussi terrible (1). De leur côté, les Français se comportèrent si bien, que Ruyter et tous ses officiers leur rendirent hommage : « en sorte, écrivait Colbert, que nous tenons de nos ennemis la preuve la plus claire et la plus constante que l'on puisse désirer d'une belle action (2). » Les Anglais se résignèrent à faire de même ; à part quelques malveillants, ils parlèrent plus avantageusement de l'escadre française que d'Estrées lui-même (3). Mais, qui était le vainqueur? Si Colbert pouvait être fier de ce début de sa marine, les alliés ne parurent pas sur les côtes de Hollande. Si Ruyter avait encore retenu l'invasion maritime à distance, il était pour le moment hors d'état de reprendre l'attaque, tandis que, par terre, l'ennemi irrésistible avait occupé les provinces d'Over-Yssel, de Gueldre, d'Utrecht, et atteignait les premières villes de la province de Hollande. H devenait urgent de tenter auprès de lui la voie des négociations.

(1) Basnage.

(2) Colbert à Groissy, 18 juin.

(3) Colbert à d'Estrées, 13 juin 1672.

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