RÉVISION DE LA CONS^ATUTIOIT
la volonté d'y rester fidèle ; et ce furent ses vrais seo« timens qu il exprima dans ses notifications aux cours étrangères.
L'assemblëe seule régla le cérémonial de ses communications avec le roi; il y eut des chicanes d'éti« quette, que la majorité eut la faiblesse de ne pas repousser; c'était un triste présage que sa crainte de s'incliner devant la royauté qu'elle avait voulu recréer : elle n'en fut pas moins accusée de servilité par la démagogie. Louis XVI fit en personne la clôture de cette longue session, la seule dont il devait être témoin jusqu'à la fin. Après les discours, lorsque le roi se fut retiré, au milieu des acclamations, le président (Tfaouret) prononça ces mots : « L'assemblée nationale constituante déclare que sa mission est finie, et qu'elle termine en ce moment ses séances. »
Un demi-siècle a passé sur la tombe de cette assem* blée ; cependant la postérité n'est pas encore arrivée pour elle. Les éloges emphatiques qu'on lui a prodigués manquent de vérité, presque autant que les diatribes dont on Ta poursuivie : essayons d'être justes.
Toutes les fautes de l'assemblée constituante ont une ttcuse : l'inexpérience si générale au milieu de circonstances si nouvelles.
Aucune assemblée n'eut jamais un désir plus sincère du bonheur des hommes. La très grande majorité de ses membres fut probe, désintéressée; un moyen sûr de l'égarer était de lui inspirer la peur de voir mettre en doute ses sentimens généreux.
Fm DE l'aésembli^e constituante. 5f3
Cette assemblée fut grande toutes les fois que les évëiiemens la placèrent en face de grands périls. Fière^ intrépide lorsqu'une armée l'enveloppait en 1789, elle parut plus étonnante encore lorsque le départ du roi répandit la crainte générale d'une invasion prochaine. Toujours elle méritera d'être citée pour modèle aux assemblées délibérantes^ dans les dangers imminens.
La plupart des Français vouèrent reconnaissance et respect aux hommes dont la voix proclamait la destruction des abus. Le peuple leur prodigua l'enthousiasme comme ils lui prodiguaient la liberté.
La comparaison entre l'assemblée constituante et celles qui la suivirent fut tout à l'avantage de la première. Les fureurs de la convention firent paraître imposant et calme le sénat qui était sorti des états généraux. Sa gloire reçut la consécration du malheur. Un grand nombre de ses membres les plus honorables par leurs travaux, leurs talens, leurs vertus, périrent sur l'échafaud ou par d'autres assassinats : les crimes de l'ingratitude provoquèrent une réaction de la reconnaissance.
L'inflexible histoire m'interdit, cependant, de jeter un voile sur les fautes des. hommes dont le nom réveille ces douloureux souvenirs. Les hommes qui prér sidèrent à la révolution ont effectué beaucoup de réformes utiles, bienfaisantesf, nécessaires; mais ces réformes leur étaient prescrites par des mandats que souvent iU ont eu 1^ tçraérité d'jenfrcindrfit I^^îî cahim ré«
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5 «4 EiviSIOir DC LA OOirSTlTDTION.
damaient pour la nation une part dans la puissance Législative^ l'égale répartition de rimpôt> le rachat des droits féodaux^ etc.; ils ne demandaient pas que le pou* Yoir royal fût annulé^ que les consciences fussent trou* blées par une prétendue constitution du clergé; ils ne demandaient pas même queTamouropropre d'une partie des Français fût blessé par Tinutile suppression de titres purement honorifiques. Une assemblée sage Blvl^ rait donc produit tout ce que celle-ci fit de juste, d'utile^ et nous eût épargné les excès auxquels se laissèrent entraîner nos législateurs. C'est là surtout ce qui diminuera beaucoup la gloire de l'assanblée coa« stituante auit yeux de ses véritablesjuges:lespublicistes et la postérité.
Souvent cette assemblée fit mal le bien ; elle réforma avec une précipitation, une fougue dont Tin* fluence encouragea les désordres du peuple. Là révolution était dirigée contre l'arbitraire; et, par le défaut de sagesse et de fermeté dans les hommes qui crurent la diriger, l'arbitraire s'introduisit partout. Il suffisait à quelques gens de âe grouper, pour former une autorité supérieure aux autorités légales ; les des* potes couraient les rues. L^assembléé; tout occupée de
renverser des obstacles que souvent elle s'exajgérait, ne s'aperçut pas que, poui* détruire son ouvrage, îi suffirait d'invoquer ses principes et d'imiter scb exemple. j
Pour être juste envers htsSetiiblée constituantéi ft ne Êiut pas oublier que ïef roi et ses ministre^ com-
mirent une faute déplorable, eu négligeant de s'empa^ rer des esprits pour les diriger à l'ouverture det états généraux; que des obstacles au bien furent suscités^ par Tégoïsme des gens de oour, par les préjugés et les intérêts de personnes ou de corps* On sait que les hommes jetés dans une révolution, ne dominent pas les circonstances aussi facilement que le philosophe écrit ses pages dans la retraite; on sait qu'aux époques de troubles, la modération subit de terribles épreuves. Mais, quelque large qu'on veuille faire la part des circonstances et de la nécessité, il est, sauf l'excuse générale que j'ai reconnue d'abord, il est un point sur lequel l'assemblée constituante restera éternellement coupable. Lorsqu'elle avait triomphé de ses adversaires , lorsqu'elle ne pouvait plus que hasarder ses conquêtes en voulant les étendre, et qu'on lui présentait une constitution qui devait satisfaire ses désirs les plus ambitieux, elle fut assez folle^ assez docile aux factieux pour la rejeter : elle sera, sur ce point, irrévocablement condamnée par les publicistes et par la postérité.
Cette assemblée , si ferme dans les dangers extrêmes, manqua complètement d'un genre de courage plus difficile, parce qu'il est de tous les momens. C'est celui qui caractérise le législateur ainsi que le magistrat. Beaucoup de membres du coté gauche eurent une soif de popularité qui leur ôta l'indépendance. Ces impétueux amis de la liberté bravaient un roi trop bon ; ils foudroyaient des vaincus, et s'inquiétaient de
5l6 BiviSTOH DE LA coifSTiTirnoir.
lopinioQ qu'un orateur de club exprimerait sur eux* Tai dit que la comparaison entre l'assemblëe consti* tuante et celles qui la suivirent lui fut très fsivorable : cela est vrai ; mais il est également vrai qu'elle nous a donné l'assemblée législative et la convention, en ne sachant pas réprimer la licence et fonder des lois du* râbles.