‹ Histoire du règne de Louis XVIChapitre 19 sur 23 · RÉVISION DE LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

RÉVISION DE LA CONSTITUTION

articles qui défendent et assureint la liberté, et dont la conception n'est pas à la portée du plus grand nombre? Ne sait^on pas quelle était la ruse de ceux qui remqaient le peuple romain par des moyens semblablesii ceux que Ton commence à employer parmi nous? Lés tribuns avaient Fart de joindre à la proposition de lois auxquelles leur intérêt propre était attaché, la pp^oposition d'une loi souvent chère au peuple, la loi agraire. C'était ^n réunissant ainsi une pétition qui ^mblait être utile pour le pauvre, à une loi qui n'était utile qu'à eux, qu'ils ont fait si longtemps tous les ipaux et tous les troubles de la république.; Or^ je de- ^ mande s'il ne serait pas facile^ en.prçjptôn^iitdaàsJes. 4épfu;temens une éloquence incendiaire, d'y mçadier ^jt. d'y qbtenir de3 pétitions de$tri)ctiv^s de itout ordre ^ocial^ etc., etc. » . » •

^^D'écktans applaudissemejQs suivirefit ce discours (i'f^rticle que Tronchet avait fait décréter fut modifié. Sn reoonns^issant qu^ le peuple est souverain, oa ae l'javitft j>lus.à laisser exister, penda9t> trente ans, la constitution* JLes projets compliqi^és furent i^artés^ et \!£|s;sembjiée décréta qqe .lorsque trois :iégi3l$itjure9;QOiH sécutives aur^ieptéjgips un yqeU' uniforme pour ie.ohan-^ gemeni; fi'un ^rticlq jpoûstitutipnoeli; il .y aurais lieu à k rfévisipn demandée. Il fut intei^dit à 1^ proNchiuie lé* gif^lature et à la stuyanfB^ 4e.prQppser aucune réfori^e db 4a constitution. y/,. .,

1; ,!Pes principes longtemps ignorés oi|. méccmaus yçA^^ieiit de se Caire epti^ndre j mais des hommes s^futé^

PIN DE L'ASSElVTBLlêE CONSTITUANTE. 497

pouvaient-ils s'imaginer que les agitateurs permet*' traient au corps législatif de suivre une marche légale, tandis qu'une frêle constitution laissait le gouverne-» ment sans force et l'exaltation sans frein ? Les démagogues habiles virent, en souriant, le réseau léger qu'on leur opposait comme une solide barrière.

L'assemblée , près de terminer son travail , décida que l'acte constitutionnel serait présenté à l'accepta* tion du roi par une députation ; que le roi serait prié de donner les ordres convenables pour sa garde et pour la dignité de sa personne; enfin que, s'il se rendait au vœu des Français en adoptant la constitution, il serait prié d'indiquer le jour et de régler les formes dans lesquelles il prononcerait solennellement, en pré* sence de l'assemblée nationale , l'acceptation de la royauté constitutionnelle et l'engagement d'en remplir les fonctions.

Une phrase embarrassée du rapport faisait entrevoir que si le roi voulait s'éloigner de Paris, pour examiner l'acte constitutionnel et pour prendre sa détermination, il ne serait pas opposé d'obstacle à son désir. L'extrémité gauche s'agita ; Robespierre fit, avec son exagération accoutumée, Ténumération des avantages que Louis XYI devait à la constitution. Selon lui, l'autorité du roi est absolue sur tous les corps administratifs devenus ses agens ; tous les domaines nationaux sont dans ses mains , etc.lL'orateur veut que l'acceptation ait lieu sans retard, tout délai favorisant des projets sinistres ; il insiste pour qu'on ne laisse pas

49B R^TISION DE LA GONSTITUTIOir.

s'éloigner Louis XYI, dont les dispositions personnel* les ne lui paraissent pas plus rassurantes qu'avant le. 21 juin (1). L'insignifiante révision que vient défaire l'assemblée est, aux yeux de Robespierre , un bouleversement déplorable. « On doit être content, dit-il^ de tous les changemens qu'on a obtenus de nous; que du moins on nous assure la possession des débris de nos premiers décrets. Si on peut attaquer encore cotre constitution, après qu'elle a déjà été altérée deux fois, que nous reste-t-il à faire PÎReprendre nos fers 014 nos armes. » Cette phrase applaudie sur les bancs de l'extrémité gauche , excita de yiolens murmures danl, toutes les autres parties de la salle. Robespierre dis** tilla le fiel sur ceux qui avaient tenté de donner quelque force au fragile gouvernement créé par là constitution; il les désigna tous comme deç intrigans avides de pouvoir; il exprima l'espérance que du mpins ces hommes n'essaieraient pas de faire proposer par la cour de nouveaux changemens,, «Je demande, s^écria-til, que chacun de nous jure qu'il ne con3enlira jamais

(1) Ce que Robespierre dit à U tribuipe à» rassemblée n^Uonalcv était de l^eaucoup surpassé à la| tribune des^j^cfbins. Ua mefnbre de la société termina ainsi un discours fort applaudi : « Je conclus à ce que la constitution soit présentée à ïiouls XTI aux Tùiféries, que dàn^le'cas Où il aoceptei^, il soit tenu d'abord de dépéser'Mx piëdît du odrpa' cAlMlituatH to couronne, qu'il «oit pour ainsi d^ ^^*^r« et roaacré^ j^r kqs.Tepii^ieiitaiii suprêmes de la nation, que le président, après lui avoir présenté ses de- Toirs et les droits du peuple, et avoir feçu son serment, lui pose la couronne sur là tète. Dans Xàûê les css^^ jd 'pisnse que Lôdis XVÎ ne pëùc pu ètrb mis en liberté au moins avant deux années, n Journal d$$ P^t^fs éé kl Sçciéié dés amis de la constitution, n°.46.

FIN DE l'aSSEMBLIÉE CONSTITUANTE. 499

à composer avec le pouvoir exécutif sur aucun article de la coastitution, et que quiconque osera faire une 3emblable proposition^ soit déclaré traître à la patrie.» Il y eut quelques momens de tumulte ; des applaudis-» semens s'élevèrent par intervalles, dans différentes parties de la salle : cette motion cependant n*eut pas de suite.

Lorsque le décret allait être mis aux voix, Montlosier se leva, et dit au nom des membres du côté droit : a Dans une délibération qui porte atteinte à l'autorité royale^ nous demandons acte de notre silence* » La majorité fit entendi*e des murmures et des rires, et vota le décret.

Lorsque Thouret, pour donner lecture de la constitution revisée, monta à la tribune, Malouet y parut en même temps, et dit : « Dans la grande circonstance qui s'apprête, l'assemblée doit éviter de tomber en contradiction avec elle-même. Yoici l'adresse que vous présentâtes au roi le 9 juillet 1789. Alors vous disiez au roi : Vous nous appelez pour travailler de concert avec Y. M. à la constitution du royaume ; l'as* semblée nationale vous promet que ,v6s vœux seront remplis. Cette déclaration eut assez de solennité pour qu'il ne vous soit plus permis de vous rétracter* Je demande si en soumettant aujourd'hui le roi à l'ai** temative de l'acceptation ou du refus, vous pouvez dire que vous faites la constitutidh avec lui?... » Une explosion de murmures étouffa la voix de l'orateur, et l'assemblée passa à l'ordre du jour.

500 RÉVISIOIf DE L\ COITSTITtlTJON.

Après la lecture, il fut décrété qu'aucun change* ment nouveau ne serait fait à la constitution. Le soir même^ une députation de soixante membres se reudit aux Tuileries, à la lueur des flambeauity accompagnée par des détachemens de la garde nationale et de la gendarmerie. Des applaudissemens nombreux se firent entendre sur son passage; beaucoup de spectateurs voyaient avec émotion ces hommes qui, après tant de travaux et de périls, touchaient au terme de leur mission ; ce moment avait quelque chose d'imposant. Le roi reçut sans appareil la députation ; il avait près de lui les ministres et quelques autres personnes. Vassemblée avait jugé convenable que, dans cette circon* s tance , le président ne fît pas un discours; Thouret prononça ce peu de mots : « Les représentans de la nation présentent à votre majesté l'acte constitutionnel qui consacre les droits imprescriptibles du peuple Français, qui rend au trône sa vraie dignité, et qui régénère le gouvernement de l'empire. » Louis XVI répondit : « Je reçois la constitution que me présente l'assemblée nationale ; je lui ferai part de ma résolution, dans le plus court délai qu'exige un objet si important. Je suis décidé à rester à Paris. Je donnerai mes ordres au commandant général de la garde nationale parisienne, pour le service de ma personne. » Le lendemain, les Tuileries furent ouvertes; la surveillance telle qu'on l^xerçait depuis le retour de la famille royale cessa; mais il exista toujours une surveit lance secrète.

FUf DE l'assemblée C0NST1TUjU!(T£. 5o I

L'autorité offerte au roi était bien faible pour les obstacles qu'il aurait à surmonter. Les troubles con* tinuaient dans les provinces. La défaite que les démagogues avaient éprouvée s'effaçait de leur esprit, ou n'y réveillait plus qu'une ardeur de vengeance; le pouvoir royal n'était pas seul en butte à leur haine, tout pouvoir légal leur était odieux. Un certain nombre de clubs se livraient à de tels excès, que les ministres étaient venus les dénoncer à l'assemblée (2 1 août). Des membres du club d'Alby, accusés d'un assassinat, avaient convoqué à son de trompe la société; elle avait fait amener de nuit, dans le lieu de ses séances, l'accusateur public et le juge chargé des informations; trois cents hommes qui exécutaient les ordres de ce club, étaient allés enlever du greffe les pièces de la procédure. A Caen, un procès ayant été commencé contre des gens qui avaient brisé sur la place royale la statue de Louis XIY, une députation tumultueuse était entrée chez le président du tribunal, et lui avait demandé, avec menaces de mort, les pièces de ce procès : elles avaient été brûlées en séance de la société des amis de la constitution. Le club d'Orléans exigeait de la haute cour nationale deux plages au milieu des juges, pour ceux de ses membres qu'elle chargeait d'inspecter ce tribunal. Le club de Marseille envoyait des commissaires intimer ses ordres au directoire du département, etc. Le cojmité des rapports seconda la démarche du gouv<ernement; entre autres faiti», il dit que Fauchet, évêque

5oa RliVISlON DE LA COITSlTFDTIOir.

du Calvados, prêchait dans les rues le renversemeut de la monarchie, et qu'il avait fait imprimer et tribuer une convocation du club de Caen, pour bërer en séance publique sur la détention desfih^ arrêtés par des ordres tyranniques.

L'assemblëe nationale chargea son comité de oop^ stitution de préparer un projet de décret^pour tracer les limites dans lesquelles devaient se renfermer les no^ ciétés patriotiques. Le rapport se fit attendre; enfin Chapelier le présenta. Le comité voulait que les dobs n'eussent pas d'existence politique, que les citoyens se réunissent pour s'éclairer en se communiquant leurs pensées, sans prétendre exercer aucune inspectioD, aucune influence sur les actes des autorités. Jamais les citoyeos ne devaient paraître en nom collectif pour envoyer des pétitions ou des députations, jamais leuri actes ne devaient franchir l'enceinte de leurs réunions. Il résulte du décret que les affiliations sont interdites, bien que le rapporteur eût évité d'écrire ce mot; fl avait cru se montrer ainsi fort habile; mais Comminit les autorités secondaires feraient-elles exécuter afee fermeté les ordres que l'autorité suprême leur àoîxAt en hésitant ? Ce décret si peu respecté ne fiit rendu que dans l'avant-dernière séance de l'assemblée coiitstituante.

Les révoltes militaires continuaient ; un bataiilmi s'était emparé de la citadelle d'Arras, un autre s^étiât transformé en une société qui ne reôotf naissait lès ordres d'aucude autorité, etc. Pétion et R'èBespierrë

FIJr DE t*ASSEMBLÉE CONSTITUAITTB. So3

essayèrent d'apitoyer l'assemblée sur les soldats tcbelles ; Alexandre Laniëth déclara que leurs discoui^s à la tribune et ceux dé leurs partisans dans les club^, ' étaient là principale causé des désordres qui venaieùt d'être dénoncés. Un décret rigout*etix fut adopté séance tenante (28 août).

La faute que FassemUée nationale avait commise en troublant les consciences , en appelant de nouvelles haines à s'unir aux haines politiques^ cette faute énorme allait porter tous ses fruits. Lies départemens de rOuest étaient en pleine fermentation ; et, dès le mois de juillet, le cothité des recherches de l^assem* blée avait fait envoyer deux commissaires dans là, Vendée. L'un était Génsonné qui bientôt devint fa-* meux parmi les Girondins.

Les nouvelles de l'étranger étaient habilement exploitées par les deux partis extrêmes. L'émigration était devenue très considérable depuis le retour de la famille royale : en abandonnant le sol de la France^ les émigrans poussaient un cri de guerre , et leurs amis assuraient que ce cri était répété dans toutes les cours étrangères. Tandis que les contre-révolution-^ naires excitaient ainsi l'eSpoir et le courage de leur parti, lés révolutionnaires mettaient une égale ardeur

à répandre les bruits d'attaque prochaine, si propres à irriter les Français et à pousser dans la multitude l'exaltation jusqu'à là fureur. On voit différemment ce qui se passait au dehors, lorsqu'on observe sans passion, lorsqu^'on s'en 'rapporte aux faits incontes-

5o4 ai VISION DE LU CONSTITUTION.

tables. Léopold était un ami de rhumanitë, et le plus pacifique des hommes. Déjà nous connaissons la pru* dence qu il portait dans ses desseins ; il désirait voir cesser la captivité de Louis X VI^ les désordres de la France, et pensait que des préparatifs, des menaces, des négociations, le conduiraient à son but. Le roi de Prusse était disposé à la guerre, mais ne pouvait l'enti:eprendre qu'au moment où l'empereur voudrait donner le signal. A plus forte raison en était«-il de même du roi d'Espagne. L'impératrice de Russie et le roi de Suède étaient les deux souverains qui manifestaient le plus d'ardeur belliqueuse ; mais la position lointaine de leurs états ne leur permettait pas de disposer du sort de l'Europe. L'Angleterre était résolue à garder la neutralité. La guerre et la paix dépendaient donc du prince placé sur le trône impérial. Les hommes qui l'approchaient déplus près entretenaient ses dispositions pacifiques. Ses meilleurs généraux, particulièrement Lascy, regardaient comme très imprudent de croire qu'il fût possible de soumettre la rance par la force des armes, à moins qu'une guerre civile prolongée sur tous les points du royaume, n'en eût détruit les forces. Le conseil impérial, notamment le prince de Kaunitz, avait les mêmes intentions que Léopold, la même opinion que la plupart de ses généraux. Le conseil prussien était favorable à la guerr^ cependant quelques personnages, tels que Bischoffswerder qui avait une grande part à la confiance de son maître, penchaient vers l'autre système. L'esprit de

FIN I>B L'ASS£J^Bli£ GONSTITUilNTE. 5o5

modération prévalut dans les conférences de PilnitZjf où se virent l'empereur et le roi de Prusse. Le comte d'Artois s'y rendit sans y être invité ; Galonné déploya son activité prodigieuse; mais le résultat n'en fut pas moins une déclaration évasive des deux souverains. Voici cette pièce datée du 27 août. <x S. M. l'empereur et S. M. le roi de Prusse, ayant entendu les représentations de Monsieur et de M. le comte d' Artois, déclarent conjointement qu'elles regardent la situation où se trouve actuellement S. M. le roi de France, comme un objet d'un intérêt commun à tous les souverains de l'Europe. Elles espèrent que cet intérêt né peut manquer d'être reconnu par les puissances dont le secours est réclamé ; et qu'en conséquence, elles ne refuseront pas d'employer, conjointement avec leursdites majestés, les moyens les plus efficaces, relativement à leurs forces, pour mettre le roi de France en état d'affermir dans la plus parfaite liberté les bases d'un gouvernement monarchique, également convenable aux droits des souverains et au bien-être des Français. Alors et dans ce cas, leursdites majestés sont décidées à agir promptement et d'un mutuel accord avec les forces nécessaires pour obtenir le but proposé et commun. En attendant, elles donneront à leurs troupes les ordres convenables pour qu'elles soient à portée de se mettre eu activité. » La dernière phrase ne fut ajoutée que sur les habiles et pressantes instances de Galonné. La déclaration restait hypothétique; aussi les partisans des émigrés, embarrassés

5o6 Al&VISIOir DE LA OOHSTITUTIÔir*

par lès mots alors et dans ce cas^ furent -ils réduits à prétendre que des articles secrets, qu^uiie convenu tion ignorée feis^it disparaître l'évex^uaiité de la dé* claration connue. Cette fable n'a point trompé les honmies \t plus en état de juger ce qui se passait alors^ tels que Bouille qui fut appelé aux conférences de I^lnitz. Lia vérité est que les Français avaient beaucoup à craindre d'eux-mêmes^ fort peu de l'é* tranger (!)•

Avant de répondre à la pr^ntation qui lui avait été faite^ Louis XYI consulta des personnes de tous les partis^ en exceptant toutefois celui dont les vœux appelaient la république. Le roi s'efirayait de la criso

(i) Les démagogues ont souvent répété que le régime de 1793 fut nécessaire pour que la France triomphât dans sa luUe éoiltre l'Europe. À qui penuaderi^tHm que les Français avaient trop peu de oouragt, et qi^ili auTAien^ été Raiucus si on Aeleur eût pas donné des bourreaux pour auxh liaires? Mais si Ton veut un moment supposer que l'état de guerre exigeait ce régime effroyable, je demanderai qui taous amena la guerre. Répondrat-on : lés émigrés, les étrangers P Ce serait mal connaître l'histoire, les émigrés n'^ni jamais eu plus de crédit au-delà qu'en deçà du Rhin; iss éU^qg(;rS| quoique très alarmés des principes subversifs que le parti exaltf propa^eait^ n'osaient nous attaquer. Ce parti força Louis XVI à déclarer la guerre, afin de le jeter dans d'inextricables eiibârrasy et d*en profiter^ ainsi que du toinulte iiitèrieur> pour abattre le trâne. Ce parti fut rauteor de la. guerre; et, certes^ on ne pourraijt TabsoudrCf aiors même qu'il aurail fourni des armes pour le combat. Enfin, supposons que la guerre était iné* vitable, qu'on devança de quelques jours seulement la déclaration des puissances : c'est encore sur le pkrti exalté que rétoml^erait le sang versé. Si, eoÉUMfl^'espérait la France en 178^, ses députés eussent réformé les aboi avec S9gess<y qui jamais eût songé à s'armer contre ^Ue? Son exemple aur» rait été suivi dans l'Europe entière, partout la liberté eût fait de paisibles conquêtes. •

Fllt DE l'aSSSMBLI^E COITSTITUAHTE. §07

OÙ la France pourrait être plongée par le refus d*aocepter la constitution^ et ressenVait une profonde répugnance à prendre rengàgeïnènt de gouverner Ayeè une charte qui lui refusait les moyens de la faire exécuter. Il pencha d'abord vers l'opinion de Malouet qui proposait une espèce d'essai des institutions noU'* velles. Le roi eût répondu qu'il acceptait la constitur tion, parce que la majorité de l'assemblée et des Fran* çais lui paraissait l'approuver ; mais^ en promettant de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour en as^ surer l'exécution, il eût appelé l'attention des représem tans et de leurs successeurs sur les défauts de la législation constitutionnelle, et il les eût exposés avec sîn* cérité. Cet avis trouva peu de partisans ; la bonne foi, dont il portait l'empreinte, ne l'eût pas empêché de produire des effets dangereux. Ces Français, en si grand nombre, qui avaient juré avec enthousiasme fidélité à la constitution et au roi , eussent été pion* gés dans la consternation; le monarque, dont ils étaient le véritable appui, ce roi constitutionnel qu'ils aimaient et qu'ils voulaient défendre, aurait paru abandonner leur cause, leur drapeau, et se fàt aliéné leurs cœurs. Quel encouragement pour les factieux, s*ib entendaient le chef de l'état annoncer qu'il est doth* teux que la loi fondamentale puisse être maintenue! Le coté droit, dont les yeux étaient toujours atta*^ chés sur un but que lui montraient ses passions plus que ses intérêts, voulait uti tetas net, absolu ; Maury en développa les motifs dans une lettre au roi. Mon-»

5o8 ajivisioN de la coNSTtruxioir.

sieur et le comte d'Artois lui écrivirent aussi (lo sep* teinb;*e) pour l'assurer du prompt secours des souve*^ rains étrangers ; et pour lui rappeler que dépositaire usufruitier du trône, il ne pouvait en aliéner les droits primordiaux, que protecteur des droits de tous les ordres, des possessions de tous les particuliers, il ne pouvait les laisser anéantir par la plus absurde oppression. Comme les princes se disaient certains que tels étaient les vrais sentimens du roi, cette pièce à laquelle ils donnèrent une grande publicité, était la plus précieuse qui pût être remise dans les mains des démagogues, pour servir la cause de la violence et du désordre.

C'était une fatale alternative que celle de refuser la constitution, ou de l'accepter avec tous les défauts qui compromettaient sa durée. Le caractère de Louis XYI le portait à préférer les chances d'une crise peut-être éloignée, à celles d'une crise imminente; il fut déterminé par les avis uniformes qui lui vinrent de deux sources très différentes. Duport du Tertre réunit les chefs du côté gauche, c'étaient La Fayette, Barnave, Alexandre Lameth, Duport et Thouret» Apres avoir conféré avec eux, il se rendit près du roi, et lui représenta que le côté gauche était seul puissant, ou du moins pouvait seul résister à l'anarchie qui menaçait de dévorer le trône et l'état, que toute cette partie de l'assemblée n'espérait le salut public que de l'acceptation pure et simple, réclamée du dévoûment de sa majesté. Le prince de Kaunitz jugeait cette acceptation

FIN DE LÏSSËMBLÉE COWSntîIAïfTE. SôQ

nécessaire^ et sa correspondance secrète avec Montmorin fit connaître que telle était aussi Topinion de l'empereur.

Le roi écrivit à l'assemblée (i3 septembre) qu'après un examen attentif de la constitution, il l'acceptait et la ferait exécuter. Plusieurs passages de sa lettre, rédigée par Duport du Tertre, furent applaudis avec

transport : « Je déclare qu'instruit de l'adhésion

qu6»^}a grande majorité du peuple donne à la constitution, je renonce au concours que j'avais réclamé dans ce travail, et que n'étant responsable ^qu'à la nation, nul autre, lorsque j'y renonce, n'aurait le droit de s'en plaindre.

* (c Je manquerais cependant à la vérité si je disais que j'ai aperçu, dans les moyens d'exécution et d'administration, toute l'énergie qui serait nécessaire pour imprimer le mouvement, et pour conserver l'unité dans toutes les parties d'un vaste empire; mais puisque les opinions sont aujourd'hui divisées sur ces objets, je consens que l'expérience seule en demeure juge. Lorsque j'aurai fait agir avec loyauté tous les moyens qui m'ont été remis, aucun reproche ne pourra m'être adressé ; et la nation, dont l'intérêt seul doit servir de règle, s'expliquera par les moyens que la constitution lui a réservés.

• « Mais, messieurs, pour l'affermissement de la liberté, pour la stabilité de la constitution, pour le bonheur individuel de tous les Français, il est des intérêts sur lesquels un devoir impérieux nous prescrit de réu-

5 10 aiÊVISlQlf DE LA COirST^TUTlOir*

nîr tous nos efforts. Ces intérêts sont le respect des lois, le rétablissement de l'ordre et la réunion de tous les citoyens. Aujourd'hui que la constitution est dé* finitivement arrêtée, des Français, vivant sous les mêmes lois, ne doivent connaître d'ennemis que ceux qui les enfreignent. La discorde et l'anarchie, voilà noi ennemis communs; je les combattrai de tout mon pouvoir* Il importe que vous et vos successeurs me se* coudiez avec énergie; que sans vouloir domiçioç la pensée , la loi protège également tous ceux qui lui soumettent leurs actions; que ceux que la crainte des persécutions et des troubles aurait éloignés de leur patrie, soient certains de trouver en y rentrant la sûreté et la tranquillité ; et, pour éteindre les haines, pour adoucir les maux qu'une grande révolution en» traîne toujours à sa suite , pour que la loi puisse d'avh jourd'hui commencer à recevoir une pleine exécutioiiy consentons à l'oubli du passé; que les accusations et les poursuites, qui n'oilt pour principe que les événemens de la révolution, soient éteintes dans une ré* conciliation générale.

« Je ne parle pas de ceux qui n'ont été détermina que par leur attache^ment pour moi; pourriez-vous y voir des coupables? Quant à ceux qui, par des excès où je pourrais apercevoir des injures personnelles, ont attijré sur eux la poursuite des lois, j'éprouve à leur égard que je suis le roi de tous les Français. »

Les cris de vwe le roi ! retentirent longtemps après la lecture de ce message* La Fayette fît rendre un dé-

Fm PB L'iÉSEMBLiE GOirSTITUAirTE. 5ll

cret pour réaliser le vœu d'amtiistie et d'oubli exprimé par le monarque, et ce décret fut à rinstaût porté aux Tuileries par une députation. Le roi prononça le len-^ demain son acceptation solentielle et son arment, au sein de rassemblée nationale.

L'acceptation de l'acte constitutionnel, sa procla* mation sur les places de la capitale, donnèrent lieu à des fêtes; les Parisiens se pressèrent aux Tuileries, le roi et sa &mille.y recueillirent des marques touchantes^ d^ l'allégresse publique. Cette allégresse étJiit sincère; pour n'en point douter, il sufEt de se souvenir que l'immense majorité des Français voyait dans la consti* tùtion l'œuvre: de la sagesse et des lumières, que la plupart des gardes nationaux conservaient tous leâ senlimens qu'ils avaient manifestés à. la fédération «de l'année précédente. L'assemblée près . de se sé^. parer reprenait son ascendant sur les esprits; elle avait surmonté de nombreux obstacles, elle avait tenu la promesse d^ donner au peuple beaucoup de liberté) on l'entendait, avec confiance et bonheur, proclamer que la révolution était finie et qu'on allait vivre rëuili^ sous de$ lois impérissables..

Le roi lui-mén^e concevait quelque espérance (c'çst avec bonne foi qu'il avait pronii^ de faire tomt ce qui serait en son pouvoir pour que la constitution fût exécutée : il embrassait une chfince de salut fort iacertaine sans doute, mais la seule qui parût lij(i res^ ter dans des circonstances si difficiles. Louis %^fl% prince religieux, avait pronopcé son ^ermenjt aveo

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