‹ Histoire du règne de Louis XVIChapitre 7 sur 23 · L ASSEMBLÉE CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

L ASSEMBLÉE CONSTITUANTE

Mirabeau, seul homme de génie qu'ait vu appa"* raître la révolution de 1 789 , serait-il parvenu à raffermir la monarchie sur les bases d'une constiftition libre, si la mort ne l'eût arrêté au milieu de sa carrière? Cette question, ce doute suffirait pour révéler en lui une puissance extraordinaire. Supposons que d'autres personnages célèbres de l'assemblée constituante eussent disparu en 179', il est évident que la suite des événemens aurait été la même; et voici un homme dont la supériorité de talent, là force de tête et de caractère font demander s'il n'aurait point changé le cours de cette révolution qui

a PROJETS

entraîna tous les obstacles dans ses flots , comme un torrent emporte le sable. Quiconque exerce de l'itifluence sur les peuples , ou se borne à réfléchir en observateur sui^ leurs destihées, doit être avide de connaître et d'étudier les vues, les tentatives, les projets avortés de cet être pi*odigieux.

Il est impossible d'expliquer et de juger Mirabeau , si l'on, ne d^ngue^ps^s, trois phases âfai, 8(1, vid jpoli^ tique à l'assemblée constituante. La première et une partie de la seconde sont retracées dans l'Histoire que j'ai publiée. Nous avons yu le député de Provence arriver aux états généraux , agité par tous les genres d'ambition : il a soif de gloire, de puissance et d'argent. Ses lumières, son éloquencCp son audace et son habileté lui donnent d'immenses moyens de succès; et son influei^çe ^rait irrésistible, s>'il: était estimé. Sa honteuse réputation, trop méritée par ses désordres, repousse 1a confiance : il le s^it. Jaloux d'acq^uérir le seul avantage qui lui manquej il s'approche d'hommes in^tègres; il veut les convaincre de la droiture de ses intentions, et de la justesse de ses idées politiques ; il fait négocier un entretien avec, les deui^ principaux: ministres (i) : si leur plan pouif, diriger les a£jairq$ publiques est. conforme aux intérêts du troue .et d;^ Ia liberté, il ea secondera l'exécution avec ;zèle. §ea offrets ^ont rejetées; il conserve la hauteur et la mpdératiou <^e ses vues. Nul n'est plus convaincu qii'il,faut réunir

(i) Tom. s, pag. 19^.

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le$ troi^ ordres eu une seule assemblée ; mais U veut que, pour y parveuiri les communes suivent un9 marche légale^ et non que tumultueuses i indiscipU*» nées, elles hasardent le sort de la France par une pré» cipitabon téméraire. I^s passions l'emportent sur son éloquence, sans le déconcerter. Trois jours après sop triomphe à la fameuse séance royale, il veut profiter de l'ascendant qu'il vient d'acquérir, pour imprimer auK ^prits une. direction nouvelle; il lève la ban* nièr^ de la modération, il présente un projet d'adresse aux Français^ rempli d'idées sages et de sentimens gé« néreux (4) ; mais son projet a pçu de succès, son disr cours msnque.d^ Ji'autorité que les vertus de .l'orateur donnent à rélpqHçno?. i

Regrettons funèrement que cet homme d'état ait rencontré tant d'obslacles lorsqu'il voulait entrer dans les voies qui conduisent à la vraie liberté, à la liberté sous Uloi; J^\^ ^'est lui-n^çme surtout qu'il &ut en aciHtser» &i sa vie pas^e l'eAt mis e^ possession de l'estime publiqpe^ ii.-fiut àjson gré disp(^é.des esprit^ 9 il eût «ntr^îné j'f^ssfsmbl^e: et dirigé la, France. Sa fatale ^réputation pesait ^nr ^^ tête:, c'était un poids accablant d(Wt jamais ses,talen§ et ses e£(prts n'ont pu le délivrer. Bien n'e^t plps çomm9n:que d'entjendre traiter de théoriciens ceux qui parlant d'idées mor raies .aux hommes poUttiqu^es ; mais qu'on interroge Mirabeau, il dica que les théoriciens, les rêveurs,

[\ pRo:rETS

sont ceux qui, dans le maniement des aflaires d^ëtat^ croient qu'il suffit d'un mélange d'adresse et d'audace. Sa vie est un beau sujet d'études morales; nul autre ne peut mieux nous apprendre Timportance de ce qui lui manquait, de ce qu'il s'efforça toujours, mais en vain, de suppléer par ses qualités étonnantes.

On ne saurait blâmer ceux de ses collègues qui, en arrivant aux états généraux, refusèrent de s'entendre avec lui ; on sent qu'on aurait éprouvé la même répugnance. Mais deux hommes placés dans une autre position, Necker et Montmorin, sont iiiexcusables de n'avoir pas même écouté ses offres. Méconnaître son caractère et son génie, ne pas apercevoir l'influence qu*ils pourraient exercer, le contraindre en quelque sorte à les déployer dans des rangs ennemis , c'était manquer de l'habileté la plus vulgaire pour des ministres.

Le fier orateur se rendait justice en croyant à sa supériorité sur les hommes qui l'entouraient. Le sentiment intime de sa force lui donnait une conviction profonde que lui seul était capable de tenir les rênes de l'état; pour nous sauver, il lui fallait une grande puissance : il voulait gouverner. Au milieu des applaudissemens qu'impose son génie, fatigué de ne pouvoir dissiper ni vaincre la défiance, de voir qu'on remarque toujours un contraste entre sa vie et ses paroles, lorsqu'il exprime des idées sages, il se jette dans un complot; il sert le projet d'élever aux fonctions de lieutenant général du royaume un prince

dont il croit devenir le ministre et le maître. Mais, à répreuve, jugeant bientôt le caractère de ce prince, et rendu plus fort par le cours des ëvénemens qui se pressent y il ressaisit l'espoir d'être appelé par Louis XYI au secours de la monarchie. Nous avons vu, après le i4 juillet , le comte deLamarck chargé de porter au pied du trône (i) des offres analogues à celles dont Malouet avait été l'intermédiaire près des ministres : la reine eut l'imprudence de refuser avec dédain.

Profondément blessé, l'impétueux tribun décide qu'il arrachera ce qu'on lui refuse; il prolongera les troubles qu'on n'a pas voulu lui confier le soin de détourner; il poursuivra la guerre jusqu'à ce que l'excès du danger contraigne le monarque à traiter de la paix avec lui. Les assassinats commis dans la capitale, après la prise de la Bastille, avaient été le signal d'autres crimes dans les provinces. Lally-Tollendal éleva contre l'anarchie une voix courageuse; et, tandis que l'assemblée délibérait , les têtes de nouvelles victimes étaient promenées dans Paris au milieu des cris et des danses. Un mois ne s'était pas écoulé depuis que Mirabeau , dans des circonstances moins graves et moins urgentes, avait par son projet d'à.dresse réclamé le retour de l'ordre, accusé l'exaltî^tion, et dénoucé la violence comme le seul ûéau qui pût rendre douteuse ou même anéantir la liberté : il

(0 Tom. a, p. 36S,

ne s'eu souvient plu& ; il trouve des eicplications et de% excuses pour le désordre. Si l'assemblée se montra d'une excessive faiblesse, ce fut parce que les orateurs qui s'élevèrent contre les crimes, étaient tous de ceux que le parti démagogique avait su rendre suspects à la multitude. La crainte de se dépopulariser en votant avec eux arrêta beaucoup d'hommes qui, dans le fond de leur âme, détestaient la licence. Si la voix qui avait demandé l'éloignement des troupes, et qui en avait dispersé les derniers restes après la séance royale, si cette voix puissante eût tonné contre Tanarchie , elle eût réveillé le courage dans des âmes honnêtes, mais faibles , et décidé le vote de la majorité. Ainsi Font affirmé des observateurs judicieux, d'autant plus croyables qu'ils siégeaient dans l'assemblée, où ils appartenaient à différens partis. Mirabeau pensa que s'il arrêtait les troubles, la cour ne lui en saurait aucun gré^ et qu'il se fermerait l'accès du pouvoir. Misérable calcul d'un homme sans morale, qui va se perdre par l'intrigue quand la loyauté pouvait tout sauver! S'il eût attaqué l'anarchie, ne forçait-il pas Falliance^des gens de bien avec lui? Et s'agissait-il d^abjurer ses principes, de passer en transfuge d'un camp dans un autre? Non, il avait à se montrer plus que jamais l'ardent zélateur de la liberté, en proférant l'anathème contre ceux qui la souillaient par des crimes. Il ne contractait point ainsi l'obligation de céder aux caprices de la cour, dont les illusions , les imprudences et les fautes ne l'eussent pas laissé

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manquer d'occasions de lui adresser des reproches et de s'en faire craindre. Cet hotnine , qui avait une si haute idée de sa force , n'eut pas dans cet instant assez de confiance en lui-même; il se laissa dominer^ entraîner par un ambitieux désir de vengeance : e'ë-' tait le moment décisif pour sauver la patrie; il le perd, et ne le retrouvera jamais.

Miirstbeau descend au rôle de factieux dans la se^ conde phase de sa vie politique^ mais il n'y a rien en lui d'un factieux vulgaire; ses talens, son caractère , ses étonnantes fiicultés lui restent. Pour en recon^ naître la supériorité, deux observations suffisent. Presque tons les hommes qui dans les révolutions s'agitent pour atteindre au pouvoir, ne portent pa^ leur vue plus loin ; leur esprit est absorbé par la difficulté de vaincre les obstacles qui les environnent ; ils caressent la multitude, et s'ils triomphent par son redoutaUe secours, ils se trouvent dans l'alternative^ ou d'essayer de gouverner avec des principes impos* sibles à suivre, ou de perdre leur force d'emprunt en abjurant ces principes. Mirabeau embrasse à ia f(^s deux ordres d'idées : la manière dont il affermira lè pouvoir l'occupe autant que les moyens de l'envahir. S^il fait des concessions dangereuses , coupables , il fait aussi des réserves avec une énergie qui ne permettra pas d'en perdre la mémoire. Une voix dans l'assemblée l'accuse de méconnaître la prérogative royale; il déclare qu'elle est le plus précieux domaine du peuphy qu'un jour on jugera s^U en cannait ifé^

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fendue f et que d' avance il dé/ie le plus respectable de ses collègues d'en porter plus loin le respect religieux. Dans une vive discussion, il prononce ces paroles pleines de vérité : Fous ne ferez jamais la constitution français!^, ou vous aurez trouifé un moyen de rendre quelque force au pouvoir exécutif et a Popi' nion. Dans le débat sur le veto, il dit que sans cette garantie^. il aimerait mieux vivre à Constantinople qu'à Paris; et il lance aux agitateurs le morceau véhément que terminent ces mots: Hommes frénétiques^ que ferieZ'Vous déplus si vous aidiez juré d'anéantir la liberté ( i ) ? Ce ne sont pas là de ces protestatiops banales d'amour de Tordre, à l'usage des factieux ordinaires. Quel sacrifice Mirabeau, devenu ministre, aurait -il à Êiire de ses opinions? Quand il voudra qu'on restitue au pouvoir royal les moyens de répri- . mer le désordre, ne lui suffîra-t-il pas d'invoquer les principes qu'il a proclamés d'avance avec toute l'autorité de sa parole ?

Une autre observation constate mieux encore ses ressources prodigieuses. On a vu dans nos assemblées, tout député jaloux d'exercer une grande influence, réunir une partie de ses collègues autour de lui, se concerter avec eux, souvent les diriger, souvent aussi recevoir d'eux l'impulsion; leurs forces sont mises en commun , et fréquemment ils comptent avec anxiété si leur nombre s'accroît ou diminue.

> (i)Çi(é t^, 2, p. 446.

DE AflAA3£AU. 9

Mirabeau y repousse par les hommes modérés, et te* liant à distance la faction exaltée, marche seul vers son but; il parle sans s'informer qui le soutiendra ou qui le combattra, et heurte tour-à-tour les partis qui siègent sur des bancs opposés. Ses alternatives de raison et de fougue se succèdent avec d'autant plus de rapidité qu'il veut, sans relâche, prouver au faible gouvernement qu'on doit tout craindre et qu'on peut tout espérer de lui. Il ne cherche plus à se faire un parti *, s'il en avait un , il en serait gêné ; quel parti pourrait le suivre ? C'est avec la seule puissance de son talent et de son caractère qu'il veut entraîner l'assemblée et soumettre la cour.

Tel est le résumé des Êiits relatifs à Mirabeau, contenus dans l'Hisloire que j'ai pubHée, et qui se termine au 30 septembre 1789. Époque désastreuse, où fut rejeté le premier projet de constitution, oîi la fougue l'emporta sur la sagesse, où l'ignorance triompha des lumières ([). Continuons de suivre le grand orateur dans sa carrière orageuse.

Une question d'administration devint pour lui une source de gloire. Le désordre aggravait chaque jour la pénurie des finances. On ne pouvait plus rien espérer du crédit ; l'inexpérience des députés avait brisé, dans les mains du ministre, ce grand levier de ses opé-

(i) Les Françiîs auront fait de grands progrès en politique, une ère nouvelle commencera pour eux, lorsqu'ils rendront pleine justice aux hommes qui furent asiez éclairés et assez courageux pour vouloir à cette époque arrêter la révolution.

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rations. Quelques personnes livrées aux illusions de leur zèle, s'imaginèrent que des dons patriotiques suffiraient pour conobler le vide du trésor. Des femmes d'artistes étaient venues déposer sur le bureau de l'assemblée^ les bijoux qui servaient à leur parure; cet exern* pie, vivement applaudi , avait trouvé de nombreux imitateurs; la liste des Français généreux parut immenae; mais les économistes et les administra» teurs savent que les dons volontaires sont un secours insignifiant pour un état obéré (i). Necker vint, avec douleur, exposer le déplorable état des finances, et les seules ressources qu'il apercevait encore pour détourner une crise imminente (a4 septembre 1789). La principale disposition de son plan absorba toute l'attention : il s'agissait de demander aux Français une contribution extraordinaire du quart de leur re** venu net. Cette proposition consterna l'assemblée. Il n'était peut-être pas un seul député qui, dans ses adieux à ses commettans, ne leur eût dit qu'il allait diminuer les charges publiques: comment se résoudre à démentir une promesse faite avec tant d'assurance, reçue avec tant de confiance? Lorsque le ministre sortit, les applaudissemens accoutumés ne vinrent

(t) Le comité des finances présenta, le 7 mars 1791, nn rapport trèt détaillé sur les dons patriotiques : le total s*élevait à 4,310,995 fr.

Près de moitié de cette somme ne devait être reçue que dans six mois. Les pensicmsy les offices, etc., que des particuliers avaient abandonné^ 8*«lcTaitnt à environ un million. Il n'avait «tf rtellemant touché ^uf 1,042,170 fr.

DE mUABBAU. I»

point flatter son oreille, il n'entendit qu'une sourde^ rumeur.

Le comité des finances attesta bientôt l'exactitude des calculs de Necker, et proposa que son plan fût adopte de confiance ( i ). Un grand nombre de ûépa^ tes s'écrièrent qu'avant d'imposer à la France un «a^ crifice énorme, ils voulaient qu'on leur donnât tous les moyens de juger les besoins et les ressources du trésor. Mirabeau demanda la parole : l'attention fut vivement excitée ; on ne douta point icipi'étant ennemi de Necker, il saisirait avec ardeur un moment si favo*' rable pour l'attaquer. Mirabeau représenta combien les circonstances étaient urgentes ; il insista sur i'im«< possibilité de substituer sans retard d'autres idées à celles du ministre, et même de se livrer aux vérifica<« tions qu'exigerait un examen approfondi du plan proposé. Il fit valoir la confiance de la nation dans le di^ recteur des finances , et conclut que le parti le plud sage était d'adopter ses vues sans les garantir* Se contre toute probabilité, le ministre échouait, le mal serait grave; mais l'assemblée serait encore là, avec son crédit intact, pour tout réparer. Puis, se livrant à de plus heureux présages , il dit les espérances que devaient inspirer les talens de Necker, aidés des res* sources du royaume et du zèle de l'assemblée. Un ton

(i) Pour subvenir aux besoins extraordinaires de la fin de l'année et de 1790, il fallait procurer au trésor 410 millions.

Le déficit pour les dépenses ordinaires, était de 61 millions : Necké^ opérait y pmnnroir par deiéooQcmiies.

ta . PROJETS

simple et noble^ un accent de franchise et de conviction rendaient encore plus pressante la dialectique de l'orateur : on était frappé de le voir, par un mouvement généreux, sacrifier ses sentimens personnels à l'intérêt public ; enfin, il ofirait un moyen d'échapper à une grande responsabilité; et ce fut avec l'assentiment presque unanime de ses collègues qu'il se retira, pour rédiger un décret conforme à son opinion.

A peine avait-on cessé de l'entendre, que la défiance s'éveilla, et fit chercher quel secret motif venait de lui dicter l'éloge d'un homme dont il s'était montré jusqu'alors l'adversaire. Plusieurs députés disaient à leurs voisins que le ministre avait acheté l'orateur. D'autres présumèrent que celui-ci se flattait d'écraser Necker sous le poids de la responsabilité dont il le chargeait. On a souvent répété ces conjectures ; elles sont fausses. Mirabeau soutint la seule opinion conforme aux intérêts de l'état et aux siens ; tout le portait à la défendre. Persuadé qu'il arriverait au ministère, qu'il aurait à gouverner l'état, il redoutait les difficultés qu'entraîne l'embarras des finances, et. s'efforçait de ne pas les laisser tomber dans un irrémédiable désordre. Loin d'éprouver la plus légère souffrance d'amour propre, en donnant à Necker des éloges, il ressentait une juste fierté de jouer un rôle si noble, si digue de sa supériorité. Enfin, il avait l'habileté, d'offrir souvent la paix à ceux qui devaient le craindre dans la guerre. Cependan^t, la défiance fit

DE MlfiABÏAU. là

renaître la .Jiânr deimëoontenter les commettans ; on voulut substituer 'cf autres idées à œlles du ministre; plusieurs projets furent présentes^ soutenus,^ amendés; Lorsque Mirabeau rentra, les dispositions si favorables qu'il avait laissées, n'existaient plus. Le projet de décret, dont il donna lecture, fut vivement attaqué; il' répondit avec4>eaucoup d'esprit, de logique et de forée, sans désabuser son soupçonneux auditoire. L^ar gitàtion croissait, et, de moment.en moment, il devenait plus difficile de s'entendre. I^a séance déjà pro^ longée , était près de se terg^i^er sans donner un résultat. Frappé de ce danger^ ]M(îrab^u reparut à la tribune, et reproduisit ses argumons av^c une vigueur nouvelle. Il enchérit sur les éloges qu'il avait donnée à Necker : ce On ne rivalise pas en un instant, dit-il, une popularité prodigieuse, conquise par des service^ éclatans, une.longue expérience, I9 réputatiop du prçr mier talent de, financier connu; et, s'il faut tout dire, des hasards, une destinée telle que jamais elle n'échut en partage à un autre mortel. » Il fît voir à ses collègues la terrible responsabilité dont ils se chargeraient, si par le rd'us de l'iiiipôt proposé , ils reiidaient jmp minente, inévitable la banqueroute : alors, voulant les effrayer du crime qu'ils caçpuQiettraiei^ en sacri* fiant les créanciers de l'état, une hypothèse hardîç s'offrit à .son imagination ; il la présenta en ces mot^ que doivent à jamais répéter tous les historiens de ce grand orateur : :

f Deux sièclesi ^ déprédations et de hrigaiidagc^

ont creusé le goufire où le royaume est près de s'en* gloutir. Il faut le combler ce gouffre effroyable. £h bien ! voici la liste des propriétaires français. Choi* fiissez parmi les plus riches, afin de sacrifier moins de citoyens ; mais choisissez , car ne faut^il pas quW petit nombre périsse pour sauver la masse du peuple ? Allons. Ces deux mille notables possèdent de quoi combler le déficit... Précipitez-les dans Tabîme, il va ne refermer. Vous reculez d'horreur.... Hommes ia<ronjséquens! hommes pusillanimes! Elil nevoye«-vou8 p2LS qu'en décrétant - la banqueroute, ou ce qui est ^lus odieux encôM^' eu la rendant inéyitable sans la 'dé<Aréter, vous voud sonillez d'un acte piille fois plus "Criminel ; et, chose îhcroyable! gratuitement criminel? car enfin cet homble sacrifice ferait du moins dispa<taitre le déficit. Mais croyez-vous qu^ parce que vous T^àvitèt pas payé, vous ne devrez plus rien ? Croyez^ vous que les milliers, les millions d^hommes ^ui pênïirént eÉL un instruit, :par l'explosion terrible -ou par lies cotitt*e-coûps, tbut ce qui faisait la consolation de leur vie^ et peut^re leu^ unique moyen de la sustenter, vôus^ laisseront paisiblement jouir de votre crime? ISôtitemplateùrs sféfiqûe^. des maux incalculables que rette eatai^trophe Vo^afira *Sttlr la France, impassibles 'é^îsteé4[{m*pet)^^^oees convulsions du désespoir Ht de la>misère passeront comme tant d^atitres, et d'aùt'ânt pltis rapidement qu'elles seront ^lus violenter, êtes- vous bien sûrs que tant d'hommes 'Sans pain ^Nms laisseront tranquitlemeqt savourer les mets, dont

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VOUS n'aurez voulu diminuer m le nombre, ni la dëli« catesse? Non^ tous périrez; et dans la conflagration .universelle que vous ne frémissez pas d'allumer, la perte de votre honneur ne sauvera pas ime seule de vos détestables jouissances.

«Voilà où nous marchons. .« J'entends parler ^de patriotisme, d'élans du patriotisme, d'invocation du patriotisme^ Ah! ne profanez pas ces mots de patrie et de patriotisme ! Il est donc bien magnanime l'effort de donner une partie de son revenu, pour sauver tout ce qu'on possède! EJi! messieuit||jCe n'est là ijàe de la simple arithmétique; et celui qggk hésitera ne peut désarmer l'indignation que par le mépris que floit inspirer sa stupidité. Oui, me^ieors, c'est la prudenee la plus ordinaire, la sagesse la plus triviale <}ue j'invoque. Je ne vous dis plus, comme auti^efois : donner ïes-vous les premiers ans nations, le speétacle d'ùh peuple assemblé pour manquer à la foi publique? Te ne voua 4i§/)pld9( âitlcpiels. titres aveis-vous à la liberté) qu^ls moyens vous resteront pour la maintenir si, dès votre {Premier pas^ vous surpassez les tul^ pitudos des gowvi^raemens les ^plus cprrompua, si le jbiespiA de votre e^ncouns mt ^e Totî% furveillanoe n-ett pas le garant de votre constitution? Je vous dia: v^us ser^:^,tQU3 entraînés dans la ngûne univensèlle ; et Ips pr^piver^ îx;^éneissés au saonifioe que le gooveri^ement voua d^njiapde, c'est vous-mêmes.

«Votez donc ce subside extraordinaire; et puisse-til être suffisant! Votez-le, parce que aï 'vous avez

l() PROJETS

des doutes sur les moyens, doutes vagues et tion éclaircis, vous n'en avez pas sur sa nécessite et sur notre impuissance à le remplacer, immédiatement du moins. Votez-le, parce que les circonstances publiques ne souffrent aucun retard, et que nous serions comptables de tout délai. Gardez-vous de demander du temps, le malheur n'en accorde jamais • • • . Eh ! messieurs, à propos d'une ridicule motion du palais royal, d'une risible insurrection qui n,'eut jamais d'importance que dans les imaginations faibles , ou dans les desseins gprvers de quelques hommes de mauvaise foi, vouyavez entendu naguère ces mots foiftenés : CatiUna est aux portes de Rome y et F on délibère (i)! et certes^ il n'y avait autour de nous ni CatiKna, ni péril^ ni faction, ni Rome.... Mais aujourd'hui, la banqueroute, la hideuse banqueroute est là; elle menace de dévorer vous, vos propriétés, votre honneur.... et vous délibérez ! »

Tous les députés se levèrent ; des cris d'enthousiasme se mêlaient aux applaudissemens^ et le décret ftit rendu. Ce triomphe, un des plus éclatans qu'ait jamais remporté l'éloquence, atteste que Mirabeau , s'il eût joui de l'estime publique, aurait exercé la dictature du •génie.

Après cette grande scène de tribune^ le roi et les ministres ne sentirent pas mieux qu'auparavant, combien l'appui d'un tel homme était nécessaire pour

(x) Voy. tcMQ. 3, ^ 445.

DE MfHABBAU. IJ

qu'il fttt possible de gouverner. Loim KVI était destiné, par son caractère, à se décider toujonro trop tard} îL fn serait de Mirabeau , comme il : en fvaît é\é de Neckev^: onliappelleirait quand il ne serait pius.tempsi Mohtmorin liemblait :part|ciper à la bon^ à la thm^ dite da roi./ Kecker était très mécontent de rassemblée; il eût vonlu qu'elle embrassât nti idées arec en'^ thousiasrae et qu'elle en prcmiît le succès; il prétk l'oreille à ceux qui lui parlaient de son éloquent dé£rn seuryConhne d'un rival jaloux qui n'avait adopté son projet qu'en prçnant tes moyens, de le- faire éehouen Rien n'était plus injuste; le dépu^ avait i^empli tous ses deToirv en ph^rt rassemblé» nationale danstae position qui la garatittssait d'être compromise, et eo lui faisant exprimer rèspôir que le salut publie résuU terait du plan qu'elle adoptait avec une confiance mé-* ritée/Peu de joui^s après, il lut un projet d'adresse aux Français, sur la contribution < qui venait d'être décrétée^ Dans cette adi*esâe, il parle avec assurance du suoeès ' qu'erre i'às^mblée; il ^comble de itoU'* veauxélqges fo mlfnstreî ei rend^hompiage aux vei> tus de Louis XYI^ allons qtie les circdns^ances deve^ naient menaçantes (a octobre)* Mais,: auppoisona les reproches de l^eck^raus^ fondés, qu'ils fêlaient peu ; la poiflsalioe : de Mirabeau 'n'en était;(|kaS'teoid8 un fait: évident* Gomment àutun des minibtres ii'eut*tl rës]iM*itia8sett élevif, ie^jugement assêx' droit, pour Vé^ connaître «e fiiif? le ne pense pas qt^'îLeoit indispen<« iaèleid'aÎMfp '^n hiimme |)oA^ Y^trëteéir avee lui T. m. a

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d'aSaiîief pfjlitiqfmn^ ni même 4p restimer ))iatiéôup pain? i(ohelen spa appui. ...;:.

: . Enccnre quelques jours d'iucuria ôii die imtaes espé^ napoes, el: oae grondé oatfistinophe .q^iisten^arai kt beniraâs qM &^a¥èiiglai^i paa Jeun emakatîtmv leui* iguorahce ou leun inlrîguea. £n lemteantf histoire dea temps oii Fou jpouvàit diri:geir la ffévolltlidn, j'ai dit qpe le^ erreurs, les fiiutes, les crîmfs qui a«irpaient r^poque à laquelle je m-arréta^^ ne neraieni qàe hi osnsëcipcaceB des erreurs, ^ea fautes et des erhnes comm» dans la pégode que j^vaîa parooiippe^ Le^ jciirnéea des 5 e^^çtetolire vieaçayeat priimpteiasat eotf rmer l'eoadtiludè de oatte sÉiprlîpB^ la yériU de ce fait. Nous avons tu Vasaeaifalée f|atioai|le tolépeif lea injuiiea e\ lea menfteps de^ feuteura de déuirdpe; ib pénétrerait dana sa» sattf^ ib S'assojronI péle-smele ai^eo les députés yti lès insiihevoat en &C6. On na paa 0sé piiair le^ assasaUiata commis da^a la capltak; ka aasasttna stenkardircvat tt^ seua lea yeux de l'asU semblée, îli easaÉglftntero»! Versai^ea. f^ea députés onà déteuU; la peeatiga de la ^piQl4 ibi ont JMé a^ee k eduBânne^ des hrigamki .Toa£ y porter^ la< ulaîb , et Minera kfiifmi^vqiia à Batisk'

Lf iempft n'atàîj^ peint œàsiqiié pe«iv peév^oit < eeHe cataatmfbei Jj)èa k miMSf de Ju^ - oïl afaîttMiei|d(U ks:o0àAeiaea.dttipalaiîarQ]iaji;cÉ de&iuifadlirgs^ dffine^fi'il fiiUaU a}le0 oksrekiv.LQnk^mi ;Ve«iailke|.:k djoii voevkdb sèaoeurtîfaQs^j et gof'derée'lnÉii wi à;£aiiû^ au mlkit^ m$\e^iilk i^es(.widwl?a'prefi«at^étai€kat

DE MIRAB£\U. I9

renoinr^és, ayfic un accent plus significatif, lors de la discussion sur le veto; et^ dans les derniers jour^ de septembre y ils avaient pris une violence inouïe. Un mois auparavant, les faiseurs de motions parlaient dis reléguer la reine dans un château ou dans un couvent; ils eu étaient venus à des imprécations qui pro* roquaient le meurtre* Des femmes de la, populace ne prononçaient plus le nom de Marie-Antoinette, sans ijae leurs lèvres blanchissent d'écume et que leurs yeux devinssent sa nglans (i), L assemblée nationale était en butte aux diatribes dea pamphlétaires, et souvent n était pas mieux traitée que la cour. Loustalot enseignait que le peuple a le droit de révoquer ses repi^ntansy et demandait qu'on usât promptement de ce droit (Ré^liUions de PariSy v!* 1 1). Marat n'a* perçoit qu un moyen de sauver la France; c'est d'expulser avec ignominie les députés corrompus; mesure qui, selon lui, réduira rassemblée au quart de ses membres. Mais^ bientôt, il veut davantage : l'assem- Blée, $'écrie-t«il , a lâchement abandonné les intérêts et les c(roit.s de |k. nation; que la nation révoque l'assemblée, après avoir ..annulé ses décrets (^j^mi (tu peupky n'* 9 à 1 7).

D'accord pour exciter des troubles, les? agitateur^ n'avaient pas tous le jmême but. Quelques-uns espé-

(i) Dam quelques salons, la haine se manifestait sous des formes différentes. Bien des gens souriaient en répétant ce calembourg : Pour sauver le France f ii faudrait un maréchal de Turenne (tue Yeiqie).

ao PHOTETS

raient mettre en fuite la famille royale, et décider la nomination d'un lieutenant général du royaume. Des hommes fougueux , tek que Danton et Santerre, étaient secrètement unis aux commensaux dix duc d'Orléans (i). Les autres voulaient s'emparer du roi, l'amener et le retenir dans la capitale. De ces deux projets révolutionnaires , le second offrait le plus de moyens pour réunir de nombreux partisans : il était le seul dont on osât parler hautement; il était le moins compliqué, et le plus propre à flatter l'orgueil de la populace souveraine.

\Les démagogues, pour servir leurs desseins^ pouvaient toujours compter sur d'imprudens amis du trône. Le repas des gardes du corps (T' octobre) dont on a tant parlé, était ce que les agitateurs aU' raient pu imaginer de plus utile pour hâter l'explo*

(r^ Od trouve à ce sujet une anecdote curieuse dans les Mémoires de La Fayette, « Un jour (c*était peu après )e x4 juillet), en passant à cheval près du district des cordeliers^ ce général fut invité à s'y rendre. L'assemblée était nombreuse, une partie de la salle pleine de gardes françaises. Après les applaudissemens ordinaires, le fameux Danton, président et ora> teur de la séance, informa La Fayette que, pour récompenser le patriotisme des braves gardes françaises, le district avait arrêté de demander qu'on rétablit leur régiment , et qu'on en donnât le commandement au premier prince du sdng, le duc d'Orléans. On ne doutait pas, disait-il , de TassentinientducunimanJant général, à un projet si patriotique. Le tout accompa^ gné des complimens du président et des acclamations df l'assemblée.

<* I^ Fayette se trouvait pris au piège. Sun exorde fut très précautionne ; mais il parvint graduellement à dégoûter du projet les citoyens et les gardes françaises eux-mêmes. Le complot qui avait ses racines aillears, fut complètement déjoué. » Ton), a, p. 279.

VE IIIKAB6AIJ. ai

sîôQ populaire. Il semble que tout avait été disposé de manière à rendre le roi et la reine responsables de ce qui se passerait, et de ce qu'on dirait s'être passé dans cette réunion militaire. La salle de spectacles dû château fut accordée aux gardes du corps, pour y donaer im fesl;în auxofBciers du régiment. de Flandre. Cette salle .était réservée aux fêtes d'apparat; les deux dernières aVaiçQt çu lieu pour le mariage du comte d'Ârlois^ le^ pMr l'arrivée de l'eçipereur Joseph IL Les spectateurs étaient npmbreux; des femmes de la cQur garpissaient les log^^^Ld reine p^rut. avec le dauphin à c^te fête; le roi lui-no^e, au retour de la chasse, y fut entraîné. La n^i^quei, fit entendre l'air très sig)ij£c^]tif,:(> Rkfiqrdj ô mon ivi! Vmwers ^'o^OAâffvim/ etri'qnthousiasnie alla jusqu'au .délire. Dés propos^ rC^ntpei l'si^sepAblée qalionalese^ fêlèrent aui[« cris doi; viv^ le.rpi. Nul doute que, la, calomnie ait mis uiM exagérafipu crMellj^.dans sea récits. IL est faux que.:lâ^QOjQarde tricolore \<9ilj . été fpulée aux pieds; mais^^ elk fut ikispllée ^par ce £»it que des femmes détadbàrent,Jkurs: rybans (^«pps,: epi, i^reiM^ dçS; cocardes

et les *qtiyÈi|iè«Bt. J^eft jc^aw WV^ buaieiit «nâorci^ :da;A4J4f galerie de Y#ça^^c;sfyJ çt f^saientx;. ,C\i^t la konne^M^eak triomphqnie. IJous avoiis ifu liOtii^ ÏVI, ai|x îo^rs de sa;piuis^i^^, mécontent dei^es courtisans» n'oser leur déftpdire des plaitirs.qu'ilf blâmait : il était le même encore; jX voyait avec inquiétude prolonger ces démonstrations chevajkresques, et u'osait interdire de distribuer dans

aa ' PROJEÏS

son palais, une cocarde afférente de. celle qu'il portait.

Des étourdis 9 qui n'étaient pai tous ^esr je|ines gen^ , pàrutent dans les promenades et les i^ùes de la capitale^ aviec des cocardes noires. Ce^ t^ocardes fu-» reïit arrachées, icèuxqiii les< portaient forent poursuis Tis et battus. En géiiéral, les gens «i jpifoibpts à -se montrer avec jactance^ sont 'dès a^renturiers qui veii^ Ifent se faire un'tîtrè aux faveurs d*iitt ^arli , qii'îfe servent cependant fbrt'' fm\, SI leiir parti conspire, pouhjuoi leicomptottiëttè'nt-ils en ddfinattfi l'éveil ? et/ ^'il né cohspiré^|)fÀs^,'^nft}àoi troublent^ils èci sdn taomlatratnquîflit«|f<iftliiquc? • -

L'irritation était d'autàiit pttis fkbilè à ei^iter dans

Pari£(,qûe *a dîsettèy càriSàît 'uûé-inlsèrè èirréme. Dés

perturbatéui^ ùè négiigèialefi% Tieii'îpour .acqroi^tfe

V'ënlbslrréJi \lé^ subsi^taitidéi^ctlès Malheureux qui se

pi-essàieîit 'éh fotite; i'vànt lé jou^^' au^ por«ss des

'bô'ûlangéi^, etitéhdàlënl^ • rép'é^ ëàiis t^m^ qu'on ap-

rait l'àlx^ddàticè^'iii fëà atnëtibît fé H>i a <ParÎB. Là di-

"^sétié et Htfsulte faite àl^^icbicardé pàtriétiquei ^ftiralt

'1d$ seules cilimifr^âcrsoïlièT^ leaclîs

de IànltiÛihî4é(lé^'5' èt^bctbbi*«, à l'hâcrel^de tille et a

' VèSrsaîffèS/ ï>8trx jouk'iialiiteSj Gèi^s et Xoustalot,

âVàietft âf^i t^elqùes joiiH a^rès Paf rWëe'vdu Fégiment

de Pl^UQ^', quli était appelé ^ôur faciliter le départ

'^u r<âi.Ceâe'con]^tiii*e avait pârs<»é itia^i^e ^ Mar|tt

'fa'ën* dit pas**un niôt. dans 'fes feùillqsj Marat, qui le

jour biieiichatt des cxHiiplbts', et la ntiit«n{rév&k. Mais,

DE Ultl/lilIfeAU. àS

«èréM^^miMile diiërétéktioilv ({M le tftféNItrMtenl: âtf 5 éM}iM-M¥âit éié ftiéèéè^l^ j^t* fnféVëtlii' lé dëfUM éé rai l|i]^iÉr èliâ^ël' Ift j^aoéc^. Le 8} lé^ bàrrièMi

^iteÈÊtamémi b^ eiil 4és àm&tàttomj ef te brait M rëpflflcNb 4}ii^ <«Otiil(>lét^ ddttt tel btft Mtài ê'ëhitàtûèi k M * M«tK^ téÉf^i df éfiW ^6iktéK, <j(iî'dK atnit iMtMré Mé Itole 46 gëdî» ëM^éé^ èf «bêibè ^ tmi^ feroMiJ^ ÎLtitf ^râikiiw juâklatrèir oftt jè(é f rbp (»ea êi

fiMili -li^i ■■■■'■ ''■■' f- .- -'«

m^mèàkeimpètÉéttàési que iétft âëVëûitiéiH t la iik4 «Iki fVfil« ^éliM8k ftirê dâppo^ Méii làttrtàlèii LmU XtVt 'à^«»k ië^^ ^1t)VéiW«l»t Aë ÉëtëLii^ U MbM^ sAÈ^-ifà^y'ptùp^^ B^tiMtil', Vè^s bk^ fin âd mtiià^àfMltLtf A tf tf ^i(H fM^ âViki^ ab^ 1« prèjM

fMs éçl tt^tt «ii^ ^gdttvéiiMfOMif el «fe FaMëélA bl^ nationale (i); enfin, il n'avait faitaucilif pl^paM* ùtiàé^èéfmtlatiiefïe^ ki £[ cMHoIntiy (îd le provint

l4iBi;gw»^,|^ftri»Qnaes ^ffr^)!^^ 4e$ dangers. '^au^n^ir

K^€^«t.î4efl; privilège^ jpordu^^i^leUcs ea^^^içQi: tet f)(]pvrer^id4$iraira( ayec.ar€teiijr)60B dapariu Qu^quesr |i(i^i«À.yiosfi du roji^. (ChçirchAÎ^nt à prépateii 1^ i|)pyei|8r.de:<réaUsçr:^|ip^ vf^ui(^> ^it^en^^tn^çaftt-des

et d§ $i^,procùrer>da Yavg0n% Toni ce quie.la^ procël* di^res^du Châtelet font^treyiçir ftUr cesiob^ures teaf tative^ n'^nnotifQ., que (ii^^: p?QJçto . JBQtés^ îplu9 . où ipoi^s mal?coiifÇu^;^t)t,dantJe foi .n'encounageait nulf Wpe^tt Jes ptenr^. bénévoles.; Qu^ fyMril cc^idtine <le IWi^l^i^îts j:eji9t^y<enfi^plf4^:î<»urpéça 4'oi}tQibra?>Cef manœuvres qui, dirigées par des mains plus Itelnleif^ Wtf'aifint^HpU: ^ p^tF?înç^; la: gUjCjpre, ciyiM, ymétii^ieut 4[^«jmFv.eill|BQ$iX»e çonïit4:d€Si^ftçherflhf$4a) l'il«^«|i^ bWej.îi^tiqp^je^ e^^ Ift ppljce de. PiW^deywht>»^t qi> Ç^9^Vù4Âco\xsf\r les meqeur^a» )>e$QÎo^^s ifaîf e pbuiv ^lvrç},p[iais^*|i icm4dér;er.piU#^ «jQ^l.d^.ln Ubeptë publiquft cQffimwtr^] l?|/».:pj^Ojj/^s,paJ(wraiflnt-iU jfcfr mf^is les crimes ^'pQtf^brQy^ui appQtî|èr^x)t(tao1)d'obs^ t^çjçs à l'étabjifiaemeat: d.'Mna< ÇQnstîtvtipa i llUb^/ed iciltantsi bas la rayauté, ^n léldvaintdi baiitlait^aimîe populaire?.. .'-. !i ,;jilii » ;. i" 'j:;,!iv.-ii . ".;•

Mon sujet ne m'oblige point à rftracieri av/Dd détaitsj les événemens de cesisinistres jourâées; il.m/appelleà ^laircir la question de savoir si Mirabeau RUcUmplioë des attentats d'octobre. On sait trop qu'à de graves accusations^ Mirabeau ne pouvait opposer sfi viecn^

tièi'e/Be^teri^bleS' soupçons^ ^â^ëte^beiit contre hii, ils lîiimttrd^ fëjpaÉ»àùs ; eTy tîepéttâliDt,1lft n'élaiénl péinft hùdéar. >L^dttvragiô o^ fe9 faits^qw fMràisMfit PftccaMl^i «font ^fetrptéê *»rtc le 'phiâr* cFeiiMiiible el de fèrde,- ek

kJè«ii)Môtt<^estî»é ék|H^otide'^tii' œt hôniQié/tiioi dlilef^«hfc4ttf»è' et de siMéritë^f^o^oa ^ vit flétrir ^tbtÀ Ufs «dMtfik eeMkfflttii^r tdàMleiAit4iiiétrJ Mâlsj lor^ii^ prili k 'pkttne «t€|c cewi^epow déoldacëÉ^i les' âtf énflaïf ^ dl'pGtôbi'â, A\ é<Ai^^t>ëtfMUivîl pâi" \è ^lééteiéle deshôi^i MEfrs -qm' venatait^e se passer^oiisMsiy^jilf A'if'* Tatt<^u4it''fe'W)»pd^ ni b liberté ^d^ea^ ^iir>4î^oi^ue» :>lei»ajpparenee9 <4^ taréâlité^^^ jè*iiè Ai^^iK^e )pQnitf«[ÉeiMiiti^e&U' ialwU ^â{>|^i^uidditfii(e un être époiiwQ^bie. 'TetaMfeisy i'acâimitibd^^ 4i«i4fè dtuisitdipâir^lwMffftDtjiiné frappeFUidins ([}ue b/dë- * dft9a|ÎMir^6écMé^''^fe'qnzë a»^ après, '^bn^^ 4ftMiibnier4|lMtfTôpbkinai!tt^^ ëté^la atetiti». ilattet^lÛttpft» d^diif^i dibr (é'ii^

tcki{»â^à<«]^imA)tfdir'>ft iâyslètikiti«|i«fm!«ebff^,' a^ trirèii'MsiMl^aé lëfilM|)pbtl^ ët'tidctt«^

^ d^U>i#t4^aMlsitntë^ ii''s'éfii*c«ttirr Hèawiieîpartic^tt'^i ai la inéilitiitîoâ,itii4 i'reMëdtttitihi de^'weèittiie^^-a^Bâttand de» M[otte«^lle qu'on «leip^ !al^>ecteFid^kldll%eMepoiïr ifaciAisé/dit'^ l'épàqifce

rement refroidi (i). Un autre historien, dont les

%6 »oi«7S

iOpitàiOBA ^ien( ImtoiiSéteui^ de c«ile«.dtf Moites ^iM#f U^k^nA àa 3>£l&mi»e^ dit la w4mf^ jirérilé presque .4M»k« tnâme» Ierpp4«(>i ^i I^ V^yeii^ qui fit e»iite k 4uc. 4'OrJ^PH û'^^A ^ 1^0 ooA^ut aiKtui «oupifra om^ tire ^îr9lilesl|]K^Ijé comte de ta^^tfks qUî» peadeal eéi f«^li^lç«i9UPKëf«| iiit(4e^frè»pr«p Vhomrieiejsorl^wlil j^j9flstH tunt; d'e»piiraM$9y a4 sefttU. s'w *iSliUîr âUr IçVtte.^^ flofiny plii9i^ui> jBiutres pevMBtffie^ ^ignte dt

r^pM^ ^MiMordîHlirf^dMtiKim.fiqnitoàs )»t^^

qM 4M fu;pertiée de péMtrer se» aearefaïf da4ii eea mor :peti«%d'fibaQdpp /tù IVm delauniil eed^guiaeti aUe»- «teiM; qu'U fitt itràn^v ^eiui éyf BeaieMi 4'ockibrf^ «jt ^MtteiioeiNÎjèp^ do»! d am^éab eôneleiinMi^ eKpl«|U^

-U:'^ QOiiaaffôtoM |ial ji des ofpûiioila qii'Uifst toil^ îfMrA.fis^ jtfi^uacf de-partitelit^ito ^erreiM^ rexkr'

ÇbÂt<^ MM aifPpfe ^n^Î4ii de .4aI« :pMt d^inimetr

4ei| Jid^ ;^lH<9l#iifii t h^ms^ l^pti^mm, itéinpî^ . 4^ ifKnie qu i) > .4% p«vi: deell)imtt«| ip«Wîice,i dimv^eff mur .wimawfs,f(ÂHi/i»imtSi^t^ 6,ie<M^^^)tt€»le: dite id'OelÀKiéj savait, famd; Mo pi;4>jiit. f omt . «'emperor . de i'ftdpmlstrâiioiit 'du. ifojAumei) ^que Mirabedui le aeeo*d^;et iivùtè àfAfùt»ér.ii Mo9imBVi!f^:mùAi )i m,Jii^l 4anheaaÉie que ^teus êtes, qai.iM|is^iiLdii qu'aile M bM

( I ) Préeis hisi»i^Hi$ éf le*

DE MUABXAU. %^

pas un voi? A|tis, que Vous kiporte que. o^ sok

Louis XVI ou Louis XYII? p Le comte de SirPfieift»

dans up court mëmoiie qu'il « laisié ^ffilet ijoumée^

d-octobre^ dit qiieVest daoe Tassei&bUt^; lodqoie.kfc

bandits appréchaifiit deYeitsailltSyqaeMiMliiîer ajrolt

maHifeitë son indjgnatiott^ twçâit «df • soi\ erittguecette

MidaoieujR réporise. Ainsi Siée là des attenials ^i

^latent, elle déroile uneonqpiratetiF. llaia celte té-

poBSê^ut s réeUement ëcë faite, est ^itttériduni aii i4

juillet'^ et pat'CtiDBëqueBt, ne proute.rien sur les vues

dé ;MiMbetfa l< une autre épo^e^ H en ,est dn^ mftnie

^'un i^tretieo - rapporté . d^ms , phuieun \dépinitioilS|

^Qtretîe^que ttivabëaù eut avec Motinièr,:Di^oriiA

Bergasee^ et dans lequel il ûtontra <de»'dkpefittftoiis.fi|-

vèrables atî due tfiOrléans;>'xeette .ccmYenAtion tfit

4galei&ëiit etilérieatis iàu i4 juillet z elle coaûnifp

dotie'M qwfai dit iuir, le» daseeiiiSLqae^le Aéput44^

'Pro'Ninôf a4iit i.la«^|M'fniiëre ipoqt|^^. et tne ocmlMvKt

mdbtoevt lAEMsètftion gue^}tBnii»eM;aprèa^iîli>W^^

^^his iesi<mMîes^v|ies sur Is du» d'Oiiéaila. b^&Hi^^-

puté, dans la haute oiHÉiMl(f|tfii:>aiHttliide ifs^iiofflep,

-déds^gtialtrjln! difsînMtbtfqD^ eloifArl»îli<«ouiiec|t la

«fianefaÎMi^osqu'à! L'impimdMcei âM» eMMÉibi;di$Aid«t

-que, pedr ilqidrelsa'.pcffveésitfl»iteQi«( ibugeMusenJe

ciely «vait jmhtVifkdhrwéLwo^'Ç^mmn^^

"OOndAit lnii«<edu{iablei intrigue •iiYftt1( k ii^éuilk^^tït-

V^ùk eotendiii sbitîfde'sà J)4u0beclflttt dé^niofisiignii^-

eattfiii tlÉbt;<der|dirafce8j;iQiuioraeeuaf»t^t et iie s^en

trouveMtfilifiui àlcàtetdapsJbs joto>qui(pfîéeède«^ta

conspiration d'octobre^ à laquelle cependant on veut

qu'il âît prîs part? Si Ton avait eu des preuves frap*

-pantêsy -régies, jamais on' n'eût cherché à faire quelquie

b^uit de dépositions insignifianlès, telles que celle du

ilifbraireiBt*i^t Ce. témoin nous apprend que le comte

de' Mirabeau^ à qui il était allé porter, des livres,

(vers la Ifiti de septembre^ lui dit : « Je crois apercevoir

-qu'il- y aura: des événèmens malheureiù à Versailles ;

ihiais les -hboùtétel gen^ ceux qui vous ressemblent,

' tt>ont liewà craindre* d En examinant chaque mot de

cette pkrdse, que peut^iin y découvrii^ de blâmable?

■^'"^crois^ àperca^ait qu^il. y aura des éifénemens....

'Sahs ffvtiir. rdè ;prétention' à Tart de deviner, chacun

pouvait en;^ire àutanfc/Cles événement sont qualifiés

^de mtilkeureua:. Mirid)eau né^dit pas^ ks hoiinéies

•^giMm'€ntl\nen klcirqinfire; iJ dit^- Jes honnêtes gensj

ifomi^^fUï ^otesy rKSs&aàleni ;uet des .liiots sîgni3ent

*i^ridëmmenttfe^^i9[?i;rpt7Ûz£^ phrase est

''dotfc"' lihc^iréponsr vasnmate pour Slaisot qui tébm-

^P^ié^àd «lâiiàébj?' cari il' est impossible i. que çel;^

•phvaie^oèniffiieiicëViifntMtîén. f .sJ - ^;.

I i DetiX'iH)dNrtGAwi!iotts rappoHées par le comte de Vi-

^^ïÀnylnsétfKtM d?éà*e «uëntÎTemênt' examinées; .lia

jprmf f èm' iéiÉ Ueu dans le moisr de septembre^ lors-

^^tiU^'^^iéaàssbA's'élevvi:^ de savoir si

lajbf^nt^èd'Esp^gM était èxchie du trône de France

par ie tî'aité id'Utrecht. Vîrieu, cherchant avec Mira-

- beau- les moyens 'de concilier les esprits, dit qu'heu-

^ reusement ; le pofiibrj[î des princes de la ^mille royale

DE «MIRABEAU. 1k^

et leur âge,, mettaient pour longtemps à Talnride craindre l'outerture d'une difBcuite daDgetfeuse^.Sqn interlocuteur répondit : « Elle n'est peut^-étre ! paa aussi éloignée dans le fait, qu'elle peut le paraître au premier coup«d'œiI. L'état pléthorique du roi et celui de Monsieur peuvent abréger leurs jours, et font à peu près dépendre la question de l'existence du dau* phin, qui nest qu'un enfant. D.Yirjeu exprima sa surprise de t*e qu'il oubliait le comte d'Artois, et ses enfans. Mirabeau reprit que, a dans le cas oà l'événement se présenterait à . une époque peu éloignée, il fallait avouer qu'on pouvait regarder le comte d'Ar^ tois comme fiigitif, ainsi que ses enfans, et d'après ce qui s'était passé, comme à-peu-près ex leXj pour au moins ou environ dix ans. » Dans des temps agités, ou chaque parti interprétait au gré de ses préventions

tout ce qui n'était pas d'accord avec ses idées, de ftg|^ honnêtes gens ont pu trouver coupables ces parobir Mais, qu'on les juge de sang-froid, on y verra une exposition exacte de faits, que pouvait présenter tout homme d'état, tout observateur judicieux, quelles que fussent d'ailleurs ses opinions politiques. Dan9 la sir tuation de la France, dire qu'un prince émigré monterait difficilement au trône, c'était énoncer un fait incontestable. Peu de jours après, dans une nouvelle conversation, Yirieu parla à Mirabeau de l'appui qu'il cfioyait le voir donner au duc d'Orléans. Mirab^u se défendit avec beaucoup de franchise; il répondit quq ce prince a avait trop peu de.caractèrc pour qu'on pût

;3o raorrrs

tenter avec lui de grandes entr^rises. Sa tîmidit^ ajouta^t'il, hû a feit manquer de grands succès. Ou voulait le faire lieutenant général du royaume ; il n'a tenu tfUih lui, on lui avait &it son thème.., p et, sans détour, il entra dans des détails vrais sur ce qui s était paifé au i4 juiUet. Yirieu, en commençant son récit, dît que son collègue se défendit un peu de servir les intérêts du prinœ. Il est triste de voir un galant homme tel qu'était Yirieu , s'exprimer en homme de parti. Plos juste, plus impartial , il se fût étonné de la franchise de Mirabeau. Gelui^i ne nie point le passé ; et, sans avouer formellement la part qu'il y a prise^ il repousse l'idée d'une coopération actuelle. Si son dessein eût encore été de servir le doç d'Orléans^ il se fût borné à une dénégation générale; il n'aurait pas manqué d'habileté au point de décrier l'homme jMt^ lequel il eût fondé de grandes espéranceS| et il eût Hkdkit de fortifier les soupçons en se montrant si bien instruit d'un piiemier complot. Voilà, cependant^ les fiiits les plus graves qu'on soit parvenu à recueillrr contre Mirabeau, à l'aide d'une longue procédure, dt^ rigée avec une évidente malveillance. Si l'on retranche les dépositions qui présentent des faits antérieurs au i4 juillet, et qui par conséquent ne prouvent rien te* lati vement au 5 octobre, si l'on apprécie avec bonne fei celles qui rapportent des conversations pkis ré* cente», amliqu^» Tesprit de parti' donne un sens foTùêf on verra combien le resie des dépositions de* viendra însigHifiant et nnl.

DE MiHaMau. Si

MinAMil, je Pki dit iilleiM, M ^étkk ^àÏKit sépkté Vfëtéàit éîk paiti (FOrléiiM; il n^abanddilÈâiit anf^ MM èhfttléë d^art4Ter aU {xyQTôtif'^ais H avait refîMtë «et Vtléi et! son ambitiûm inir un ririnistère <^ lui éôiitfiéhîlf libtiis XVIL iSès 'Moyens de Tobteolr otf de sW Mipare^, "ëtaient dans les relations et familtië dit cemicf dé Lamarck ^ et dans la* combinaison hardie ^41 avait fahe, ponf éffi-ayer la cétir pa^ sa conduite (kctîeuae, pour là assurer par ses principes mônarchiques, et poor Idi apparaître toujours comme uii homme* 1 (jui son caractère et son génie assurent un rrrésislib)le ascendant. Nul doute que s'il avait vu| dans te tD6U¥emènli populaire, un sAr moyen de s*életer à là ^uissàoce, il Pauniit seconde, ou plutôt dlrigd; Biais de pàr^lKls saturnales gênaient ses des^ seitES, et ee serait assez p«ur prouver qu'il les vit avec fëpulskm. S'il n'était pas compKce, a-t-on dit, 9 jti^ tait lutter eontrè IV>rage, te détourner ou périr; 9^ primer- ainsi", c^ parler à Mirabeau te langage qu*otf tiendrait à un chancelier de L'Hospital , à un MaletV^lm; mm esprit n^étaiè^paa Sowmé pour entier^^ns cet ordre d'idées. Convaincu qu'if ne pôuvaiH riétf- Ipour s'(^ppser à ta multitude^ ^11 1^ ferait,, par dTi*

9uùh» y^H^Ay^ qM^ f^i^^ m p^QpuWriléy/tou^ «sa aalciils ae. pMièreilt sur lies moyens d^te&idre au pouvoir, quel que fut le résultat des. éyéneniens dont il alUît ^ l iifc^^aa^^ Xémms ÏA rajjidjjtié de «^

pour démoiMvev^ après la crise*, qtfll' a^ toûhi eé ipe

9? i.i^^pjpî» , .

Qiç.tr|içç point. $oa apologie^jo^ le paips ayec J^dëlit^y c. ., Mpuniei: presij^it j^'as^emblée. lies hpmipafi. 4oi^ ^ fjaiblesse avait i^it échouer, sop plajd politique, avaiei^ cru ;S'absoudi:e. en )^i rendant un hommage,. p^^r^^Qr! mdi|. et yen^Qut de relever psq;* un. scrutin secret aux . honneurs du &uteuiK ^Dès que Mirabeau, .eut ^ppfJL$ qu'une multitude de:. femmes et de bfinditf, approchaient (1)9 il monta au bureau, et dit à demi-^ vpix à Mounier : « Monsieur le président , quarapte mille Parisiens marchent sur nous. •^— Je l'ignore, rrri P^ris^ vous dis-je, marche sur nous. Pressez J[ji déli? bération y levez la séapce; allez au château ^ donne;E«^ leur, cet avis ; dites, jsi vous voulez^ qUQ vous le tene^ de moi| jjr coaseas.—^yJe ne presse jamais les délib^r^tious; 00 ne les^presse que. trop sou veut. — Mai^ <^^ garante mille hommes... — Tant mieux!, ils n'ont q^*X apM^ ^uer to.uS|; mais tous, entendez-vous? le§ affaires de la république en içont mieux.;X| J^irab^U

•■'• r«I *'lî' ' '*

. {JjffÊk.ttL fot îi^jBraié eatrt onselieinret (et midi ; en même -iètti/psi tfM l)f auQoun d^liabiUDs de Versailles.

Les ministres nesavaieut pas mieux ce qui se passait. Saint-Priest, dans té némbifeqûe j*ai clté/ditqull eut la première nouvelle de rémeuté êùtte dMtelifiire» ètifaîdi» et qii*tl l^jfprît patr au deses-domèitiques. L^ fp^ étai^;à{ ia «ekf^c dans le beis de lleodoB ; ilTefioti locsqoe le ministfv Veut lait aYertir. ......

Bailly tout aussi mal servi par sa police, était parti de bonne .heure

petn* la catopagoe sur llnVhation de Santerre qùi^ mieux informe, avait votrinl'éloigQiv de k capitale. Le maireipevirit, lonqnelêa mMJBbresdieTtf eommime t'eurent fait pcé?enirdeatrpQb|e4f|u»-éclaMiienl. t

s'éloigna en disant : «Monsieur le président, le mot est joli. »

C'était une proposition étrange que celle de lever la séance, lorsque le danger de l'état et le parti que les députés avaient pris dans une autre crise politique, auraient dû les déterminer à se mettre en permanence. Cabanis fît un jour cette observation à Mirabeau (]), qui répondit à peu près ces mots : «J'étais fort inquiet pour l'assemblée. Les gazetiers de l'anarchie ne nous traitaient pas mieux, que ce pauvre Louis XYI. Je m'attendais à une scène terrible, mais courte, pendant laquelle il fallait à tout prix sauver la représentation nationale, seule autorité qui survivait aux autres, et qui pouvait tout réparer. J aurais voulu que l'assemblée ne fût pas réunie dans un moment où, si elle était en séance, il lui devenait presque impossible de ne pas se déshonorer ou se perdre.» * Mirabeau, en parlant de la situation de l'assemblée, indique aussi quelle était la sienne, et combien il eût été embarrassé d'avoir à se prononcer nettement. Je ne sais si c'est par calcul ou par instinct qu'il dit ces mots : Allez au château; donneZ'leur cet ai^is, etc. Mais si le roi, sur cette nouvelle alarmante, réunit

(i) Cabanis connut fort tard Mirabeau, ce qui le mit quelquefois dans le cas de luî demander des édaii'cissemens sur des faits imporlans. Leurs relations ne commencèrent que daus la dernière quinzaine de mai 1790» époque à laquelle Mirabeau consulta Cabanis sur sa santé; presque aussitôt ils se lièrent d'une clroile amitié ; auparavant, ils ne s'étaient rencontrés qn'uue seule fois.

34 t»tlo:rî«ts

ses forces militaire^ et prettd un parti qui lui réussisse^ l'auteur de l'avis pourra dire : Je V ai fait prévenir ^ je Vai sauvé. Si quelque év^uement, au contraire, si la fuite du roi fait proclamer un lieutenant général, le même homme pourra dire : G'èst moi qui ai porté répouvante àU château. Pour avoir près de la cour un témoin de ses actions, il quitta peu le comte deLamarck; et, toujours occupé de s'ouvrir toutes les voies à la puissance, il lui dit \ le soir du 5 octobre : *< Dans le cas où le roi serait entraîné à Metz, la dynastie est perdue si Monsieur ne reste pas, et ne prend pas les rênes du gouvernement; »et ils convinrent de la manière dont ils obtiendraient de ce prince une prompte audience, si elle devenait nécessaire.

Dans ces journées périlleuses, Mirabeau se montra sous différentes faces, et toujours redoutable à ceux qu'il voulait dominer. L'assemblée fut convoquée au son du tambour dans la nuit du 5 au 6 octobre. Mi* rabeau, en arrivant dans la salle, vit des femmes, des hommes de la populace mêlés à ses collègues^ assis sur les mêmes bancs ; il demanda que le président fît sortir de l'enceinte réservée aux députés quiconque u'appartenait pas à la représentation nationale. L'or-^ dre, on le présume bien, ne fut qu'incomplètement exécuté* Les femmes restées dans l'enceinte causaient à haute voix avec celles qui remplissaient les tribunes.- Des propos insolens étaient adressés aux députés, et dans le tumulte on distinguait ces cris : Du painL., Pas tant de discoursU.. cest du pain quil

DE luflhÀI^EAU. 35

notiez fùUt! ViTùpétiéux tribun , jalôut de faîr6 respecter rassetnblëé et Itli-ntême, curieUJC de lutter contre la force populaire , se leva fet dit d'une voix tonnante : « Je voudrais bien savoir pourquoi Ton s'avise de venir trotiblër nos séances. s> Il enleva les; applaudissemen!S de cette multitude , et le silence fut ensuite quelque temps t'établi. Le lendemain, âprèg les scènes sanglantes de l'intërieur du château , lorsque rien n'était encore décidé sur le départ pou r Paris, le roi chargea quelques députés d'engager leurs collègues à se réunir près de lui; il espérait que la présence de l'assemblée pourrait encore inspirer le respect que n'obtenait plus l'autorité royale. Mirabeau refusa le secours que demandait un roi malheureux; il voulut qu'une simple députa tion fût envoyée, et dit qu'il ne serait pas de là dîgnïté de l'assemblée de siéger au château. «Notre dignité, répondit Mounier, consiste k remplir notre devoir, » Mirabeau continuait ainsi de suivre les idées qui l'avaient porté à Vouloir que le président levât la séance. Lorsqu'on sut que la famille royale, dl3éissant aux ordres populaires , se rendrait à Paris , il fit un acte de législateur, en proposant le décret qui déclara que^ pendant toute la durée de la session, l'assemblée nationale serait inséparable du roi. Bientôt , songeant à' s'armer dé popularité, il demanda une adresse ailx Français , pour les rassurer , et pour leur annonceur que le vaisseau de l'état allait voguer tcrs le port avec une célérité nouvelle. L'assemblée,

inquiète I troublée, Tentendit à peine, et ne suivit point cet élan : la proposition tomba»

L'invasion de Versailles, l'horrible épisode des brigands qui ensanglantèrent le château, et dont la rage eût fait périr la reine, si elle n'eût été sauvée par les gardes du corps, qui se couvrirent de plus de gloire que n'aurait pu en mériter le succès de leurs armes sur un champ de bataille; l'enlèvement de la famille royale, traînée à Paris au milieu des assassins de ses défenseurs, entourée de femmes qui criaient : « Nous amenons le boulanger, la boulangère et le petit mitron ; » toutes ces atrocités excitaient un joie féroce dans la populace. Beaucoup d'honnêtes bourgeois ne voyaient à blâmer, dans les événemens accomplis, que les crimes des brigands qui, le matin du 6 octobre, avaient fait irruption au château. Tout le reste leur paraissait être une juste punition de Tinsulte faite à la cocarde patriotique; et si le sang avait coulé le premier jour, c'était par des accidens et des malentendus. Leur crédulité allait jusqu'à ne pas douter que le roi consentait de bon gré à venir dans la capitale, sous l'escorte du peuple. Mais ce n'étaient pas seulement les partisans de l'ancien régime, les soutiens exclusifs de la monarchie, que cette grande catastrophe plongeait dans la consternation. Les amis éclairés de la liberté voyaient avec horreur ces scènes de crimes réaliser les craintes que leur inspirait dès longtemps l'anarchie. Plus de trois cents députés demandèrent des passeports. Au découragement causé

par la situation des afïaires publiques se joignait ^ pour une partie d'entre eux, la terreur causée par des dangers personnels. Après avoir accordé les premières demandes, l'assemblée se crut obligée d'opposer des obstacles à la dispersion de ses membres ; elle décréta qu^il ne serait plus délivré de passeport que sur des motifs qui rendraient évidemment nécessaire une absence momentanée.

Mounier se décida à quitter l'assemblée; Lally- ToIIendal aussi s'exila : c'est dans leur vie une erreur déplorable (i).

Le jour même du 6 octobre, tandis qu'on amenait à Paris le roi et sa famille / Mirabeau eut avec Lamarck une conversation importante. On peut penser que le tribun montra plus d'émotion qu'iln'én éprouvait, qu'il mit de l'art à choisir des mots éner^^ùies ; Cependant son indignation n'était pas feinte , ses 'ae-

(i) Les démissions, tes départs ont eit des résultats exposés avec josièsse par Bflalpoèt^.dans un écrit publié hû i79a.^« Cent vingt Réputés de la minorité ont donné leur déniission ou se 'sont absentés .^ depuis le mois d*octobre 1789. Parmi ceux qui sont restés , lesuos ne prenaient point part aux délibérations, d'autres s^étàient impose la loi dé né consentir à rien dé oe qui serait contraire aux anciennes institutions ,^ et plusieurs' voyaient avec satisfaction les entreprises les plustéméraires^ les innovations Jes plus dangereuses ; ils se persuadaient que l'accumulation des injustices et des absurdités amènerait plus promptement le retour de l'ancien ordre de dioses. Supposez maintenant que chaque député fût resté à son poste; la minorité se lût réduite à une défensive raîsonnée et calculée sur les circonstances. Nous aurions d'abord gagné, par lenombre seul des voix, beaucoup de questions que nous avons perdues à %o, So, 5o et 80 suffrages; d'autant plus que la majorité s'était renforcée par les renfiplacemens, tous les nnu-

tipus eu donneront la preuve ; S'ils restent à Paris^ dî}\ri]i,pnJ^Qiirar leurs çadaç^res f et voyant l'horreur ;qu'iaj^pirait}à,^on ami ce^e image sinistre,^ il reprit Aveç pj.1^ cjiç force : On bai^ci leurs çadai^res ^ vou^ diS'jej eiils r quront vouiui C'était provoquer Ja quesr

tipn, çoniment détourner les^ périls? Lai^arck fit cette question;, et jMif^at^eau.cqi^septit à éqrirç^ swv les moyens de salut, un mémoire dont jjç parlerai plus tard pvec: ^taij^... .,; . , . =

., l^iraheau était dauslfji.situatiQa ou 3ç j^ttput les factieux. Le mouvement qu'il avait concouru, à iuiT |)ripçf; au^je^pritfi.déM^ai^ Jbut^ çt (JeYWfit meoaçapit pour jt^ii-fpê^is. ^4'acçrois§eIuept déisor^onné (tjujç .groïfiit la . pui3$£jftçe popi^|aire jrip.lui p^rmettaft pluf^^^la rqgar^çr çan^.^l^rpiesj.etle fît $érije;usem(çq|: xéfléçiiir f^ k flécessité d'9pppsi^^ ^^gPfî ^*^ *P?r jC^tr, Jl y9iïpH ?iY^c peine des poiembres dç l'assjembléç abandonner les affaires publiques. Ses pensées sur la législation ,çpnvei)a}:|le.;à. l^l^i^nce ayaic^nt Jiiiea plus d'^'analogie kvec celles de Mounier et de Lally qu'on n'e lé supposait alors j il regrettait même dés hommes dQ.nt les ppiîpipns jetaient très différeflit^s ç|p§ sieuneg, mais .qu'il s^était. proposé dâ'faire servir à. ses desseins^ I6r8(]fùé Louis XVIj guidé par ses conseils^ leur par*

eaux élu$.0yantélé choisi^ pjBirmi les plus ardeus réTolutionuaires. MaUf pe qui.était^^f^Q jpl^us impor.taot , ^t ce qui,suivant moi n'était pas doutçi^ ç!est «qi^c} uf^us.^rioa^dlçyeA^ç ipfj^llibl^çi^t la m^ijorifé paç la conqu^^ de,tûU9i ie^Mwfue^mQdéréSy.i^ais iaibleS| Uic^rt^ii^ qui se sellaient ralliés à un plan raisonqable^ s'il avait porté renseigne de la liberté. »

DE IflEABBA€. 39

lerait en roi. Ainsi les derniers ëvéoemens avaient multiplia les obstacles à ses succès; il trouverait, eu arrivant au ministère, des enpemis plu^ puissans et des soutiens moins nombreux qu'ils ne l'auraient été avant la calastrpphQ dont il venait d'être témoin. G'çst après les journées d'octobre qu§ cojpmence la troi^ sième phase de s^ vie politique, phase dans laquelle il chercha noblement à réparer ses fautes.

Qnjug^ que Mirabeau ue diçscendr^ point à ce» palinodie» de la médiocrité', qui 31e justifient pas un homme, et le dégradent d^ns l'op^uion publique, ïn-^ trépide, et plus que jamais sfipérieur h ceux qui l'en^ viroUnent, il ne craindra pointj quanii le biçn public l'exigera, de jouer sa popularité; et cependant, par ses fermes révolutionnaires, il s^ura conserver sur la muU titude uue iilQu^nq^ sans laquelle i) ne réaliserait jamais^ ses vues. Souvent il m;9ntrera un front; ^vère à cette cour qu'il v§ut servir d^ps les limites utiles à la monarchie , et à laquelle il a besoin d'impos V, en même tepips qu'il cherche à la déduire. ; .

' Tandis que Ipp désordres récens et ceux que l'avenir faisaient craindre agitaient les esprits, peu de jours iSivant que l'assemblée quittât Versailles, Mirabeau parut, à la tribune. Il demanda que la municipalité de Paris fût arniçe de la force nécessaire pour dissiper les attroupemens et réprimer ,les émeutes. Il lut un projet de loi martiale, accueilli par de vifs applaudissemens ; et l'assemblée décida que ce projet

serait soumis à la discussion. C'était pour la pre* mière fois que les députés s'occupaient sérieusement de faire cesser les troubles. Âh! si le grand orateur eût, par cette proposition, secondé Lally- Tollendal quand celui-ci éleva une voix impuissante, quel changement dans nos destinées! Sans doute il aurait été plus difficile à cette époque de faire écouter la raison ; l'émeute ne menaçait pas encore l'assemblée. Cependant, je le répète, la raison soutenue par l'immense popularité du plus éloquent orateur, aurait triomphé. C'est pour réparer le mal qu'il n'a pas voulu prévenir, que Mirabeau luttera désormais.

Une circonstance vint compliquer les embarras de sa situation; toutefois il se joua des difficultés nouvelles que cette circonstance fit naître pour lui. Dans les journées d'octobre, le duc d'Orléans avait été le même que dans celles de juillet, faible, n'agissant pas , laissant agir, et livré à de vives anxiétés. La Fayette qui, par principes et par honneur, voulait la tranquillité publique, dont sa position le rendait responsable, jugea nécessaire d'éloigner un prince dont le nom ralliait une partie des agitateurs. Le lendemain de l'arrivée du roi à Paris, La Fayette eut avec le duc d'Orléans un entretien dans lequel il l'invita à faire cesser des bruits dangereux, en acceptant une mission diplomatique en Angleterre. Il décida facilement ce prince qui, dans la matinée du 1 5 juillet, avait écrit au baron de Breteuil que si les troubles continuaient, il solliciterait du roi la permission d'aller passer quel-

que temps à Londres (i). Mais à peine le duc eut-il fait part à ses familiers du projet convenu j que sa position lui fut montrée sous un aspect tout différent, et qu'il changea d'avis^ La Fayette revint à la charge; Tentretien fut très vif, au moins de sa part, et le duc céda de nouveau.

Mirabeau, à la nouvelle de ce qui se passait, ressentit un dépit violent, et résolut de s'opposer au départ du prince. Plusieurs motifs le déterminaient à prendre ce parti qui doit, au premier coup-d'œil, causer quelque surprise. Le bruit était répandu que le duc d'Orléans avait excité l'émeute contre Versailles, et que Mirabeau avait été son conseiller ou son agent. Celui-ci pensa que la docilité du prince à recevoir un ordre d'exil confirmerait la première accusation^ et par cela même donnerait crédit à la seconde. Il fallait que le prince restât, afin de prouver par sa présence et sa sécurité , que les récits dont on occupait le public , étaient de pures fables offertes par des esprits malveillans à des imaginations malades. Un autre motif non moins puissant naissait de l'antipathie jalouse, envieuse, que Mirabeau ressentait pour La Fayette. Ces deux hommes se sont rapprochés souvent; jamais ils ne furent unis. La Fayette méprisait la personne de Mirabeau, presque autant qu'il admirait son talent. Mirabeau n'accordait aucune capacité politique à La Fayette, et se sentait

(x) C^est à Bretcuil qu'il adressa une lettre, et non pas au roi , comme je l'ai dit par erreur, tom. a , p« 842.

/^:^ PÏ^OJETS

importune, comme d'un reproche indirect, chaque foi$ qu'il entendait vanter le désintéressement, l'intégrité de ce chef militaire. L'un et l'autre étaient îtmis sincèr rçs d^ h' liberté;, ils semblaient 'se toucher par une. o^ultitude de points; et,, cependant, il y avait un abîme entr'eux. Mirabeau voj^ait dans l'élève de Washington,, up rêveur éprii; d'idées américaines, inapplicables k la !F]r^nçe::^t dont le^.^ntimeps généreux comprometr. traiçn t la chose publique, en le rendant obstiné à pourr sHiv|*e de3 ç)^inières. I^a Eayette regardait l'étonnant Qr^teur comme un )iomme plus avide de renommée que dévpué au.biei^ public } il se défiait de son or-* gueii, c^^ se$ opiniopi^ sur le patriciat, et craignait qu^ pessucccjs redevinssent uq jour funestes ^ l'état. Mir^r beau vQ^diten pitié la plupart dc$ décrétai constiti^tionr n^l^ improvisé^ pai; l'assemblée, le$ regardait compai^ provisoires , et ç'^en expliquait fort libreiflent en présence de plusieurs dp se^s, collègues, I^a Fayette voyait presque touâ ises yç^nx réalisés p^r le3 travaux dç rassemblée, et c'étaitavec le plus sincère enthousiasme qu'il propagerait r^n^our de la constitution» Vainemen| ces deusi: hommes avaient-iU le même but^ souvent les mêmes intérêts; il étftit impossible d'établir entre eui^ uue communauté durable de yups et; d'action. ;

Un motif encore.éxcitaltcpntreï^a Fayette l'animor 3ite.de Mirabeau. Ij'un était l'homme le plus puissant de l'état , l'autre voulait le devenir. La Fayette avait seul une autorité réelle dans la capitale : une force imposante lui obéissait; la sûreté 4e la famille royale

D£ MIRABCAU. ^

était danâ ses ipains ; il approobait du roi, et pouvait faire chaque jour des progrès sur son esprit : il ne Cesserait janaais d'être odieux aux courtisans « et sans doute à la reine ;:ipaia Louis XYI, plus calme et plus facile, ne pbuv^iti.mçqonnaître que La Fayette avait rendu des service^ dans Içs derniers éyénemen8(i). Enfin ce générfili ^n éloignant le duc d'OrUans, allait donner une preuve éclatabtede sa fidélité au monarr que ; peut-âtF^ phtie^drait-U ainsi une influence qui piettrait d'invincibles obstacles aux desseins deMira^be^Vii Sans^Q\ite celuiroi^^ep .$'oppo9aot au départ du ppincct blasait la courj mais il doaiiait une nouvelle preuve que jsans lui les succès étaient, impossibles , et

. (i) Voici ^ le. jifgeipe^t dç Mly Tell^a()fi) ^r ^ .cp9^u|t^ 4e 14 P4yeU^ ji Versailles (Seconde lettre à ses canuttans) : « Je le \is entrer chez le r4Di et y porter ce mélaiige de respect , de douleur et de courage , qui a tant frappé ceux quiToBt vu...'je youIus enteùdre i'e^ haraugiuei aux suisses, à ifi troupe ; elles rçspir^lçnV la ftdéi^é; di(d<9U.Foi, eu mêm^ temps ^u4 fa^ moyr de (a P^tr^e^.. . ^ , . ; ^

« Il faut ravouer cependant, l'événement à prouvé (jue la.sécup^é de M. de Là'Faiyette à été une grande faute : (l se fia trop I la disposition du jnoBMBt*ÀTout dtt <|uc^^uiâ vans dire o^esl (|iie j'avàê cru aussi a la pair, que j*ai goùt^ quelque; fâpos p^^a^t qi^^ \9f\\ de çrii^es se cpo^^||à|peq^ et que je ne sais pourquoi j'en ai des remords ; qu'éyeillé par (^ çps^ Pf^l^ bruit des armer, frémissant des forfaits qui avaient été commis et de cei|à qui avaient |)ensè Téire, jé courus au château , que je n'y vis que du sang^, des larme^ uiie;joie féroce^ une indignatioii stw'ile, des députés errans^ dejs yictimes augqs.le^, et c(^ i^oi^tunés gardes du corps obje^ éternel^ d'atteor drissement et de vénération, qui dans cette nuit à jamais exécrable avaleiU

placé Texcès dé la vertu à côté de Texcès du crime; et dont il ne fut pas

resté un seul, sanf }ë dévoùment dé M. de Là Fayette et la fidélité de s^

qu'aucune force ne remporterait sur celte de son ca^ ractère.

On a dit souvent que Louis XVI ne savait accorder sa confiance à personne. Oui, son caractère faible^ son éducation fausse , et ses malheurs aussi , le rendaient défiant. Mais, combien sa situation était embarrassa ute, cruelle! Mirabeau et La Fayette étaient les deux hommes qui pouvaient lui rendre les plus éminens services ; et ces deux hommes n'étaient pas d'accord. Il eût fallu se décider entr^enx : comment choisir ? Mirabeau, avec son anibition, sa vépalité, touâ ses vices^ devait- il facilement obtenir du roi ce qu'à deux ou trois exceptions près, lui refusaient tous ses collègues? La Fayette méritait l'estime , mais ses opinions connues étaient républicaines; il recommandait de servir la lïionarchie, de la servir par nécesstité ; il disait que la royauté était encore indispensable y au moins pendant vingt ans. Celui qui parle ainsi a*t-il le droit de s'étonner qu'un roi hésite, répugne même à lui donner sa confiance ?

Mirabeaulançait par fois de mordantes épigrammes contre La Fayette : après les événemens de Versailles, il l'appela CrômweUGrandisson. Pour empêcher ce général d'accroître son crédit par Téloignement du duc d'Orléans, il alla voir le duc de Biron, et lui parla du tort que se ferait le prince en acceptant un exil mal déguisé : (c Quant à moi,ajouta-t-il, je saurai bien l'empêcher de me compromettre. Annoncez-lui que s'il part je le dénonce à l'assemblée, je déclare que sa sortie de France doit donner les plus violens soup-

çons sur sa conduite dans les dernières circonsta&ces, et je demande qu'elle soit juridiquement examinée. S'il reste Je l'élève au dessus de tous ses ennemis; j'attaque La Fayette comme un ambitieux prêt à s'emparer du pouvoir , et qui déjà ose attenter à la liberté d'un membre de la représentation nationale. Dites à voire prince qu'une des deux dénonciations sera faite , et que je lui laisse le choix (i).»Le duc d'Orléans ne vit rien de plus effrayant pour lui qu'une accusation portée par Mirabeau à la tribune , et il changea une troisième fois de projet. Mirabeau avait eu de l'activité et de la fermeté ; La Fayette n'en eut pas moins. Le premier menaçait le prince d'une dénonciation ; le second voulut lui faire craindre une arrestation. La Fayette dépêcha un de ses aides de camp à Versailles , pour se conc^ter avec quelques membres du comité des recherches; et, le jour même, l'évêque de Bodez au nom de ce comité, fit rendre un décret qui

(r) Quelqnes mois après un député, Emmery, à qui Mirabeau racontait celle scèney lui dit: «Vous auriez été cependant bien embarrassé pour sou<« tenir votre accusation contre La Fayette. « Rien n'aurait été plus facile, répondit Mirabeau; » et, conlinuaut d*un ton moitié sérieux^ moitié plai* sant, « il ne tenait qu'à moi d'épouvanter rassemblée , Paris et la France , de l'ambition du commandant général. lï'avez-vous pas vu, après le x4 juillet, ce chef de la force armée contraindre à la fuite le comte d'Artois» ses Gis, les princes de CSondé et de Gonti ? Ne le voyez-vous pas» en octobre , amener à Paris le roi , la reine , le dauphin et monsieur ? Un seul prince du sang lui était échappé, il veut l'exiler. N'est- il pas temps de dessiller les yeux du peuple , et de révéler à tous les amis du trône et de la liberté, où prétend lès oonduire le futur dictateur? ••

4& i»llôJEts

TU 1^ circoûstafices aûtotisait, même dûtis es liettit privilégiés , les perquisitions qu'exigerait là sûreté dé Tëtat. Le général eut un dernier entretien avec le duc d'Orléans chez le ministre des affaires étrangères (i). Cet entretien fut très animé.ccMesenneitiis, dit leprincé| prétendent que vous avez des preuves contre moi. — Ce sont plutôt les miens qui le disent , répondit Là Fayette; si j^étais en état de produire des preuves contrei vous, je vous aurais fait arrêter; et je vous déclare que j'en cherche partout. » Le départ fut définitivement convenu; mais le prince étant député, un passeport de l'a&semblée nationale lui était nécessaire; et la demande qui en serait faite pouvait déterminer une explosion de Mirabeau. La Fayette confia ses craintes à un homme très spirituel (Sémonville), le prévint que le député redoutable était à Paris , chez le comte de Lamarck ; et le pria de ne rien négliger pour l'y i'etenir quelque temps. Ses intentions furent remplies ; le charme d'une conversation piquante prolongea un déjeuner fort gai; et Mirabeau , en arrivant à Versailles , apprit que le passeport était accordé (2). Son premier mouvement fut violent ; il accusa le prince d'être sans courage, et dit î Une mérite pas les peines qu'on se donne pour lui. Sa colère n'eut cependant pas d'autre suite , soit qu'il eût fait précédemment des menaces, sans avoir le dessein de les exécuter , si elles n'amenaient point 1^

(i) Les deux première» tvoient eu lieu chez la marquise de Coigoy» (a) Le duc d'Orléans partit le soir même (14 «ctobre)..

DE IvklRAJiÈAn. ^ A^

t^tiltat qu'il éspét*ait', soit tpxe, plùà oticùpé d'tift àtjttre pt*ojet, il ne voulut pas en distraire l'assemblée t c*(?ât le même jour qu'il proposa la loi martiale (ï).

Après les journées d'octobre, dès que les regards èé dirigèrent vers l'avenir, uiie réflexion se présenta d'elle-même, c'est que le ministère était trop faible pour soutenir le poids des circonstances. Cette réflexion s'offrit aUt gens de biéù qui désiraient voir lé gouvernement reprendre la vie, aux intrigans qui jugaient l'instant propice pour saisir le pouvoir. Si l'on finit par laisser le ministère prolonger son insignifiante existence, s'il fut monleûtanément sauvé, ce fut par la difficulté de savoir qui le remplacerait. lA Voix publique n'appelait personne au limon des affaires. Si Mirabeau eût joui de l'estime et de la confiance, cette voix accoutumée à célébrer ses talèns, l'aurait désigné sans qu'il eût besoin de négociations, ni d'efforts; niais avec tant d'immoralité, ses talens, ses qualités mêmes paraissaient redoutables.

(i) Ces mots. Une mérite pas les peines qu^on se donne pour lui ^ dnt été souvent rappelée pôiirprouterqa'ilettslait un complot ourdi parle député, dans l'intérêt du prince. Les partis ont une triste habileté pour détourner le sens des mots. Je n'insisterai pas. sur ce que les paroles incriminées sont susceptibles de recevoir un sens général, tel que les plus grands ennemis du duc d'Orléans pouri'âiéni tes avoir dites. Sâbs doiite^ en les prononçant^ Mirabeau pélMast à sa j^ropre conduite; Àaisy pour les rebd^eibtelligiblM dans ce sens, est- il nécessaire de supposer un .cpmpl()t en octobre ? il ne serait pas même besoin de se reporter à ce qui s'étaitr passé en juillet; Mira* beau venait de se donner des peines pour décider le duc à prendre un parti plui honorable qife èelui de la feite.

l^a Fayette songeait à proposer les sceaux à Mal^f^ sherbesy il désirait faire appeler au ministère de l'intérieur le duc de la Rochefoucauld; il paraît aussi avoir eu un moment l'idée d'entrer au conseil, sans quitter son commandement. Talleyrand essaya de former un ministère ; il avait alors l'ambition de diriger les finances, qu'il croyait rétablir par ses projets sur les biens du clergé. Necker l'embarrassait ; tantôt il espérait le renvoyer, tantôt il se décidait à le faire premier ministre. On ne peut aujourd'hui parler, avec exactitude, de la plupart des intrigues qui eurent lieu à cette époque; les vues du matin n'étaient plus celles du soir ; et l'on sait combien, dans de pareilles circonstances, il circule d'anecdotes vraies ou fausses ou douteuses, qui peuvent être piquantes dans les mémoires particuliers, mais qui sont inutiles à l'histoire.

Trois députés, Duport, Alexandre Lameth et Barnave, aspiraient à diriger ensemble la révolution ; ils étaient ardens, très actifs, étroitement unis ; pour les désigner, on disait le triumvirat, La Fayette longtemps ami de Duport, avait refusé de le suivre dans la route où l'exaltation l'entraînait* Le grand malheur des hommes qui prennent part à une révolution, c'est qu'après avoir été d'accord pour la commencer, ils ne parviennent pas à s'entendre sur le moment où il faudrait la finir. La Fayette, après le i4 juillet, voulait qu'on Ht cesser les troubles, et que la liberté de tous fut garantie par l'exécution des lois. Duport^ Lameth et Barnave s'opposèrent à ses vues : emportés par

DE MIHABE\U. 4d

leurs opinions exagérées, par la peur de complots aristocratiques dont on parlait sans cesse, par un besoin de popularité et de succès, ils excusèrent le désordre et concoururent à prolonger le mouvement révolutionnaire. Le triumvirat n'aimait pas La Fayette, et détestait Mirabeau. Ce géant de la révolution devait effrayer ceux qui voulaient lui disputer l'honneur de la conduire. C'était par différens moyens et, pour ainsi dire, sur différens théâtres, que se déployaient les talens et les ambitions. Mirabeau à la tribune, La Fayette dans Paris, étaient les hommes environnés du plus brillant éclat. Alexandre Lameth et Duport jetaient , dans un club , les fondemens de leur puissance; et concevaient l'espoir d'effacer un jour ceux qui les éclipsaient alors. J'ai, pour un moment, séparé de leurs noms celui du jeune Barnave, agent et victime de leurs intrigues.

Les trois amis eurent le désir de faire renvoyer les ministres : ils pensèrent que le concours de La Fayette et de Mirabeau leur serait nécessaire; puis, leur amour propre était flatté par l'idée de rapprocher deux hommes qui jouissaient de tant de renommée, et que divisait l'affaire du duc d'Orléans. Rétablir l'accord entre de tels personnages, ce serait faire preuve d'une haute influence, ce serait agir en chefs de la révolution : ils leur proposèrent une conférence qui eut lieu à Passy, chez la marquise d'Aragon, nièce de Mirabeau. Celui-ci et La Fayette n'eurent aucune explication sur ce qui s'était passé ; ils se té-

5o PROJETS

moignèrent des égards^ et parlèrent de la chose publique. Les trois amis jugeaient déplorable la faiblesse des ministres, et leur opinion ne fut pas contestée. On prononça les noms de plusieurs hommes qui paraissaient convenir au ministère : le duc de la Rochefoucauld, Emmery, Thouret, le comte de Champagny, le marquis de la Coste, etc. Rien ne fut décidé, comme il devait arriver entre hommes qui ne s'accordaient aucune confiance; seulement La Fayette fut invité à représenter au roi combien on désirerait le voir entouré de ministres plus capables de le servir, dans les graves circonstances où se trouvait l'état.

Emmery, dont il avait été question et que La Fayette consulta, fit preuve de désintéressement : il répondit qu'en effet le ministère était faible; mais que Duport et ses amis avaient en vue d'éloigner Necker et Montmorin, qui mériteraient au contraire une exception ; et il engagea le général à ne point se mêler de cette intrigue. La Fayette pensait de la même manière; il regardait Alexandre Lameth comme un ambitieux, qui apportait dans la révolution l'esprit d'un intrigant de cour ; Duport et Barnave, auxquels il accordait plus de lumières et de droiture, lui inspiraient le regret de les voir s'égarer. Ces trois hommes ont fait beaucoup de mal; et cependant ils prétendaient être sages, parce qu'ils n'étaient point du parti évidemment anarchique; mais ce parti est peu redoutable d'abord, il a besoin qu'un autre moins insensé, moins effrayant, lui aplanisse la route du

DE MIRABEAU. Si

pouvoir : c'est ce que fît eu France le triumvirat. Mirabeau ne s'était point ouvert aux hommes qui lui avaient propose la réunion de Passy ; il se défiait d'eux, et les dédaignait comme gens qui ne pouvaient le servir, ni près du roi, ni près du peuple ; mais il était sorti de la conférence très satisfait d'avoir repris ses relations avec le général ; et, sans retard, il s'occupa de les rendre utiles à ses desseins. La pensée qui le dominait était celle d'arriver promptement au ministère ; il écrivit, pour La Fayette, une note rédigée avec beaucoup d'adresse : on ne peut argumenter d'une manière plus séduisante ; on ne peut offrir plus clairement ses services, et mieux éviter de se compromettre par aucune offre positive. L'auteur de la note établit qu'il y a dans l'état un homme qui, par sa position, est en quelque sorte garant du salut public. Cet homme, c'est M. de La Fayette. Il lui est impossible de remplir sa mission, si les subsistances, les finances, l'obéissance de l'armée et la paix des provinces ne sont pas assurées ; il doit donc pouvoir en répondre chaque jour, à chaque instant. Quels sont ses moyens pour en répondre? Une portion de la force armée, qu'il tient dans ses mains (i), et son influence personnelle. Mirabeau considère successivement chacune des parties du service public qu'il vient d'indiquer; et, pour chacune, il démontre avec une

(i) Après rarfivée du roi à Paris, il avait été investi du Gonimandemeut dA Jn force arné^, daos If njron de m^mtt lieues.

5a PROJETS

ferme logique, que La Fayette peut êlre arrêté par des obstacles insurmontables, s'il n'a pas une action générale et continue sur les ressorts du pouvoir exécutif. La conclusion, rigoureusement juste, est que Tin^ âuence de M. de La Fayette doit êlre employée « à se donner des ministres à lui, qui s'associent à ses intentions comme à sa gloire, qui fidèles aux intérêts populaires, comme aux intérêts monarchiques, à l'union politique, comme à l'amitié personnelle, ne séparent pas leur tête de la sienne, qu'il faille la porter sous le dais du triomphe ou sur l'échafaud. » Mirabeau examine si le temps presse pour former ce ministère et pour sauver l'état. Les délais, même les plus courts, lui paraissent dangereux : a Le meilleur général, dit-il, peut se proposer de ne livrer bataille que dans trois jours, et être forcé de l'accepter dans quelques heures. »

Cette note fut envoyée à La Fayette vers le lo octobre. Mirabeau saisit une circonstance pour en préparer ou pour en fortifier l'effet ; il rendit un éclatant hommage au commandant général, le jour où l'assemblée siégea pour la première fois à Paris (19 octobre). Une députation des représentans de la commune était allée à Versailles, pour calmer de justes craintes , assurer l'assemblée nationale que les Parisiens promettaient la^lus entière obéissance à ses décrets, et qu'une active surveillance garantirait la sécurité de chacun de ses membres, ainsi que la liberté de ses délibérations. Le jour de la première séance, qui eut

lieu à rarcbevéché, un appareil formidable fut deployé ; de nombreux dëtachemens de la garde nationale occupaient toutes les avenues, un piquet de cavalerie et des canons étaient rangés sur la place. Beaucoup de députés qui reparurent plus tard, s'étaient éloignés ; et le nombre de ceux qui assistèrent à cette séance ne s'élevait pas à huit cents. Les représentans de la commune vinrent à la barre exprimer leur reconnaissance, et renouveler leurs promesses ; Bailly et La Fayette étaient à leur tête. Mirabeau demanda que des remercîmens fussent votés à ces deux citoyens, pour le dévoûment qu'ils avaient porté dans l'exercice de leurs fonctions : il fit un tableau animé de tout ce qu'il avait fallu de prudence et de fermeté, de talent et de courage, pour surmonter les difficultés sans nombre d'une administration que les circonstances avaient rendue si périlleuse. L'orateur produisit un effet puissant; il s'élevait en se rendant ainsi l'organe de la reconnaissance publique (i). L'assemblée vota avec enthousiasme; et l'émotion que Bailly et La Fayette éprouvaient, leur

(x) Od peut remarquer, dans ce discours, un passage où Mirabeau laisse voir combien il était occupé de se frayer la route du ministère. Après avoir rappelé que Bailly et La Fayette sont membres de l'assemblée, « Ne dissimulons point, dit-il, que nous sentirons un noble orgueil si Ton cherche parmi nous les défenseurs de la patrie et les appuis de la liberté, si Ton récompense notre zèle, en nous donnant la noble préférence des postes les plus périlleux, des travaux et des sacrifices. »

L'orateur indique ensuite les idées d'ordre et de justice nécessaires à répandre, pour qu'il soit possible de gouverner.

permit à peine d'exprimer les sentimens dont ils étaient pénétres.

Ce jour semblait promettre la paix ; et, dès le surlendemain, Paris fut ensanglanté de nouveau. Un malheureux boulanger, nommé François^ fut accusé par une femme de cacher du pain ; la populace l'assaillit et le traîna sur la place de Grève. Quelques gardes nationaux parvinrent à le faire entrer au co« mité de police; ses voisins, une députation envoyée par son district, vinrent attester sa probité et son zèle pour subvenir aux besoins publics. C'était un fort honnête homme, marié depuis peu, et dont la femme était enceinte. Trois représentans de la commune, qui se trouvaient seuls au comité, parce qu'il était dé très bonne heure, déployèrent un grand courage ; mais l'Hôtel de ville fut mal défendu par des gens de la garde soldée qui fraternisaient avec la populace. Des femmes furieuses se jetèrent sur le proscrit ; des bri^ gands le pendirent, lui coupèrent la tête, et la pro* menèrent au bout d'une pique. Sa malheureuse femme avait voulu le suivre ; elle n'arriva que pour rencontrer sa tête, et fut reportée mourante chez elle.

A l'ouverture de la*séance de l'assemblée nationale, une députation de la commune vint exposer les troubles de Paris , et réclamer, contre les émeutes, le se«^ cours d'une loi martiale. En écoutant ce récit douloureux, l'indignation de l'assemblée fut vive, mais non pas unanime. Quelques députés s'effrayèrent de la loi demandée, et ne trouvèrent point de paroles

eontre le crime qui venait d'être commis. Buzot s'é. cria : «c Ce n'est pas avec la sévëritë qu'on calmera le peuple..* Une loi martiale pourrait exciter une sédition.» a Si nous ne nous réveillons pas, dit Robespierre, c'en est fait de la liberté... On demande des soldats! n'est-ce pas dire : le peuple se révolte; il manque de pain , nous n'en avons point ; il faut l'immoler? » Ces deux députés étaient d'avis de créer un tribunal national pour punir les complots contre la liberté; et Robespierre voulait que les membres de ce tribunal fussent choisis dans le sein de l'assemblée. Duport repoussa cette idée; et proposa, en attendant qu'il fôt possible d'établir constitutionnel lement une haute cour, de confier au Chàtelet le jugement des crimes qui compromettraient la liberté publique : sa proposition fut adoptée. Mirabeau dit quelques mots très sages: <xUne loi martiale, un tribunal, sont utiles, nécessaires ; mais ces moyens ne sont pas suffisans. Je n'en connais qu'un seul : c'est de rendre au pouvoir exécutif, si nous le pouvons, assez de force pour maintenir nos décrets. » Une immense majorité sentait le besoin d'agir avec vigueur, pour mettre un terme au désordre. Le comité de constitution présenta et fît adopter^ séance tenante (2 1 octobre), une loi martiale» qui était en grande partie celle que Mirabeau avait proposée à Versailles. Les dispositions en étaient étendues à toute la France. Les nouveaux rédacteurs avaient employé quelques moyens propres à frapper les esprits : en cas d'émeute un drapeau rouge

serait déployé; les dernières sommations consisteraient dans ces mots laconiques : On va faire feu^ que les bons citoyens se retirent. Cette loi fut , le soir même, sanctionnée par le roi.Dèslelendemain, la municipalité la fit proclamer, sur toutes lesplaces, avec un imposant et lugubre appareil. Le même jour, deuK hommes dont l'un avait pendu François, dont l'autre avait distribué des cartes pour exciter les faubourgs à se soulever, furent jugés, condamnés à mort et pendus. Peu de jours après, le misérable qui avait coupé la tête du cadavre, fut banni pour neuf ans. La commune établit un comité des recherches (i); elle offrit des récompenses à ceux qui feraient connaître les instigateurs de troubles ; le roi promit la grâce des coupables qui révéleraient des complots. Un vif intérêt fut excité par la veuve de François : Louis XVI et la reine envoyèrent vers elle le duc de Liancourt, qui lui porta des paroles de consolation, et lui remit 6000 fr. Des souscriptions .furent ouvertes. Les représentans de la commune et ceux du district qu'habitait François, prirent sous leur protection sa veuve et son enfant^ et lui rendirent des honneurs funèbres.

Les meneurs de la populace frémirent de rage à l'annonce du décret rendu pour sauver l'ordre et la liberté des atteintes du crime. Les bruits les plus absurdes furent répandus : c'étaient les agens de la

(f) Un des premiers actes de ce comité fut de déuoncer au OliAlelet les •crimes du s'ija octobre.

DE MIRABEAU. 5j

contre-révolution qui avaient fait assassiner François, pour donner occasion au roi et à la reine de secourir sa veuve , et de faire célébrer leur bienfaisance ; les traîtres Bailly et La Fayette avaient de concert avec la cour suscité l'émeute, afin d'obtenir une loi dont ils se serviraient pour museler le peuple. Trois ou quatre districts prirent des arrêtés contre cette loi qui forçait, disaient-ils, les citoyens à s'armer les uns contre les autres. Le plus fougueux de ces districts ( Saint- Marlin-des-champs ) déclare que la commune a le droit d'admettre ou de refuser, dans son sein, l'exercice d'uoe mesure de haute police; en conséquence, il arrête que la loi martiale ne sera pas exécutée; il décide que jusqu'à ce qu'elle soit annulée, les citoyens du district cesseront de porter l'uniforme de la garde ua^tionale; et, enfin, qu'une députation ira demander aux représentans de la commune quels motifs les ont déterminés à solliciter une pareille loi, et les sommer de se retirer par devant l'assemblée nationale, pour la supplier . d'en prononcer la révocation. L'arrêté fut envoyé aux cinquante-neuf autres districts, en demandant leur adhésion. Les deux orateurs qui avaient le plus contribué à l'agitation de cette soixantième partie de la capitale, furent mis en arrestation par ordre de la commune, pour avoir provoqué la désobéissance aux lois. La fermeté réussit : le district rapporta son arrêté; et les gardes nationaux de son bataillon signèrent qu'ils obéiraient à la loi martiale.

La tâche des hommes qui voulaient rétablir Tordre,

ëtait d'autant plus difficile qu'ils avaient deux partis à combattre. Tandis que les menées révolutionnaire» fomentaient l'exaltation, les menées contre-révolutionnaires venaient l'accroître encore. Un mandement de l'évéque de Tréguier agitait la Bretagne, et convenait si bien aux anarchistes pour seconder leurs desseins, qu'eux-mêmes le répandaient dans Paris, tandis qu'il était dénoncé à la tribune de l'assemblée nationale. Le prélat inculpé n'avait tenu le langage ni d*un prêtre, ni d'un homme politique. Assurément il a raison, il remplit un devoir lorsqu'il dit que la capitale d'une nation polie, sensible, a été souillée par des crimes dont rougiraient les nations barbares. Mais il devient insensé lorsque, pour rétablir la paix, H invoque le retour do l'ancien régime. Quoi de pluli absurde que de dine aux Français à cette époque : « N'est-il pas étonnant qu'il y ait des gens qui veulent circonscrire les droits du souverain ? Réclamons nos luicîennes lois. » Après avoir débité de pareilles niai* séries, après avoir exhalé sa colère, l'évéque appelle tous les ministres de Dieu à monter en chaire pour y faire entendre les mêmes exhortations. Les révolutionnaire$iisâient àleurs ignorans auditeurs, des fragment d'écrits de cje genre : c'était, disaient-ils, pour assurer le triomphe des auteurs de ces diatribes que la loi martiale était faite; et la multitude ressentait un effroi qui bientôt se changeait en fureur.

Mirabeau poursuivait son projet d'arriver au pouvoir que, dans son intérêt et dans celui de la France,

DE MIRABEAU. Sq

il ambitionnait avec ardeur. Le6 vues offertes dans le mémoire qu'il avait remis au comte de Lamarck, et les moyens dont il avait usé pour faire de La Fayette un instrument utile à ses desseins y lui donnaient des espérances. Cependant Lamarck ne présenta le mé* moire ni à la reine, ni à Louis XVI; c'est à Monsieur <|u'il jugea convenable de le communiquer d'abord, La lecture de cet écrit important affaiblit les préventions du prince , mais sans amener d'autre résultat : nous verrons que Monsieur avait un grave motif pour désirer que , dans ce moment , les offres de Mirabeau ne parvins^nt pas au roi et à la reine. La Fayette, sur Ja demande de l'homme dont les avances devaient flatter son amour propre, le conduisit chez le comte de Montmorin. he tribun exprima au ministre le vœu qu'il formait de raffermir la monarchie par des institutions qui garantissent l'ordre et la liberté. Sans s'expliquer encore sur les moyens de succès qu'il avait conçus, il affirn^a , qu'on sortirait de péril , û l'on ne perdait pas un moment pour suivre une mardbe rai" wnnable et ferme. Il déplora les écarts à^ l'assemblée; et cependant , ajouta-t-il^ c*est un âne rMif qu'on ne peut monter qu'ai^ec beaucoup de ménagement,. Montmorin le voyait avec défiance et , loin de songer à le prendre pour collègue , aurait voulu le faire voyager hors de France, Après un juste hommage rendu à ses talens : «Lorsque j'observais, lui dit-il, le contraste de vos idées vraiment monarchiques^ avec les idées folles de beaucoup d'hommes, qui n'appartiennent pas tous

6o PROJETS

au même parti , j'ai plusieurs fois songé à prier le roi de vous donner une haute marque de confiance y de vous offrir une grande ambassade , telle que celle de Constantinople : » et il attendit l'effet que produiraient ces paToles.«Dans ma position, répondit froidement Mirabeau, je ne pourraisaccepter que celle d'Angleterre;» et il revint aussitôt sur la nécessité de gouverner , de comprimer l'anarchie à Paris et dans les provinces, d'éteindre les passions divergentes qui rendaient vaines les bonnes dispositions d'une grande partie de l'assemblée, etc. L'entretien se prolongea, Mirabeau était très séduisant; et Montmorin, en le voyant sorti?, éprouvait des sentimeus différens de ceux qu'il avait à son arrivée. Ces sentimens n'allaient pas cependant jusqu'à la confiance : il fit connaître au roi les dispositions qu'il avait trouvées dans un homme que ses rares talens devaient rendre si dangereux ou si utile, et représenta l'avantage qu'il y aurait à le confirmer dans ses dispositions pacifiques. L'orateur avait parlé des torts de sa jeunesse, des préventions qui en résultaient contre son âge mâr , des dettes qu'il avait contractées, et qu'il regrettait de ne pouvoir encore acquitter. Montmorin, de la part du roi, lui envoya une somme destinée à payer une partie de ses dettes.

Des historiens et des biographes (i) ont dit qu'à cette époque la reine avait engagé Louis XVI à faire

(i) Entre autres Peuchet qui a donné quatre volumes c|e mémoires 4ur Mirabeau, Voyez tom. 3, p. Sog à 5ii, '^

DE MIRABEAU. 6l

entrer Mirabeau dans ses conseils. Ce fait ne peut se concilier avec d'autres contre lesquels il serait diffîcilé d'élever le moindre doute ; ce qui est certain , c'est que Mirabeau conçut alors de grandes espé* rances , et que même il les dissimula trop peu. Sans doute quelques-unes des causes qui les lui inspirèrent sont encore ignorées^ car celles que l'on connaît ne sufSraient pas pour les justiBer. Peut-être aussi se faisait-il facilement illusion : il trouvait en lui-même des motifs puissans de confiance dans son avenir. Une entreprise hardie était commencée ; pour la continuer et pour réussir^ il avait son habile activité, l'éclat de sa position , son éloquence applaudie si souvent avec transport, et la conviction que sans lui on ne pouvait sauver la monarchie.

Le bruit se répandit qu'il allait entrer au ministère, et beaucoup de Parisiens crurent cette nouvelle. Ce n'est pas qu'il eût dissipé ou vaincu la défiance générale; mais on vivait dans un temps fécond en événemens extraordinaires; il n'était donc pas impossible, et il paraissait assez piquant que le roi et la reine voulussent confier leur salut à celui dont la redoutable éloquence avait tant de fois excité leurs alarmes. Luimême avait contribué à répandre le bruit de son élévation prochaine; soit qu'une nouvelle jetée dans le public, lui parût servir à réaliser le fait encoi'e imaginaire qu'elle annonce ^ soit , tout simplement , qu'il eût parlé de ses vues avec une espèce de légèreté d'esprit qui, née du sentiment de sa force, l'empê-

6a PROTETS

chait d'être dissimulé et par fois d'être discret (i). Plus Mirabeau croyait approcher du moment de son élëyation, plus il désirait faire adopter par l'assemblée une loi évidemment utile, mais que les esprits étroits, ombrageux, devaient être fort disposés à rejeter, dans un temps de jalousie et de préventions où, d'ailleurs ^ l'ignorance sur les hautes questions politiques était si générale. Il pensait à faire admettre, comme en Angleterre, les ministres aux discussions de l'assemblée. Chacun sait aujourd'hui combien d'obstacles embarrasseraient la marche des affaires pubUques, si les députés et les ministres étaient séparés de telle manière qu'il ne pussent se donner réciproquement des lumiè« res f se concerter , ni même se comprendre. On ne doute pas que si Mirabeau avait un grand intérêt à conserver l'influence d'un député, en même temps qu'il acquerrait celle d'un ministre , l'état n'en avait pas moins à ce qu'on adoptât une disposition législative sans laquelle il serait à peu près impossible de gouverner (st). Dès le mois de septembre ,Mirabeau avait

(x) Il donna une preuve d'indiscrétion bien singulière. Marié en 17721 il n^avait pas encore payé ses habits de noces en 1789. La veuve du créancier alla le trouver vers la fin d'octobre, et renouvela ses doléances sur cette vieille dette ; il l'engagea à se tranquilliser, en lui disant qu'il serait bientôt ministre. Sans doute elle fut peu rassurée et redoubla ses instances, car il s'acquitta avec des billets de son libraire. Ces faits, sont consignés dans If" procédure du Châtelet ; déposition du 54^ témoin. ^ (a) L'assemblée avait demandé aux ministres de faire connaître les moyens qui leur seraient nécessaires pour assurer les subsistances. On lÎMit dans l«or réponie : « Il ftiudraic , messieurs ^ être appelA à

^ DIB KIBàBCAU. 63

présenté h la tribune des idées sur cet important sujet. Avant et depuis ce discours, il avait , dans le Courrier de Provence ^ écrit ou fait écrire par les Genevois qui rédigeaient cette feuille, plusieurs articles destinés à éclairer les esprits sur les rapports à établir entre l'assemblée et les ministres (i). Enfin, le 6 novembre^

tniler avec vous les objets dans leur ensemble ; il Isudrait au moins pouvolf les discuter par voie de conférence^ etc* »

Cette phrase causa un grand scandale aux hommes eialtés. Le rédacteur ÙSARévoîutioni de Parts, s*écrie: «Vous voyez, citoyens, à quel pris les mi^ nistres mettent les secours qo*ils peuvent vous offrir sur l'objet des subsii^ tances! Ils veulent avoir séance à l'assemblée nationale. Ceux des membres de l'assemblée qui aspirent à devenir ministres , seraient d'avis de la leur donner. Les autres sont convaincus, par l'exemple de l'Angleterre, que c'est à eela seul qu'est dû le progrès de la dette nationale, les divisions intesti* Des du corps législatif, les impôts énormes, etc. »

(x) La citation suivante , rapprochée de la note qui précède, fera voir combien les opinions étaient divergentes dans les têtes des partisans de la révolution. L'assemblée avait mandé le garde des sceaux. Le Courrier de Pro* vence prit texte de ce fait pour rappeler qu*en Angleterre, les deux cham* bres du parlement « se tiennent sans cesse en garde contre toute atteinte qu'elles pourraient porter au pouvoir exécutif; soit qu'elles craignent d'affaiblir aux yeux des peuples une autorité nécessaire, et qui pourtant n'existe que dans l'opinion ; soit que fidèlement attachées aux principes de leuf gouvernement mixte^ elles sentent que tout peut être perdu, si le corps lé* gislatif s'attribue l'exécution de la loi. Ont-elles quelques plaintes à for« mer? c'est toujours par d'humbles adresses , non par des décrets ou des ordres ^ qu^elles les font parvenir. Le roi sera très humblement supplié , S. M, sera très humblement requise , etc.

« Ce respect porté par les premiers de l'état au pouvoir eiéctitif , est Wi gnmd exemple donnée tout le peuple, et un ressort moral abootoment ni« cessaire dans un gouvernement libre. Otez cette oonsidératioD) détruisex ee caff«ctcre sacréqui appartient au premier magistrat du royaume, il ne vous reste plus, pour enchaîner, les peuples à la subordiiiatioa léglilei que I«

Mirabeau lut un discours de finance très compliqué^ sur la pénurie des subsistances et sur la rareté du numéraire y sur la caisse d'escompte et sur l'établisse* ment d'uue caisse nationale, discours qu'il termina en développant la pensée qui depuis si longtemps l'occupait. Pour hâter le retour de l'ordre, pour ranimer la force protectrice^ dont l'existence dépend surtout de l'union du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, il proposa d'inviter les ministres du roi à venir prendre voix consultative dans l'assemblée nationale, jusqu'à ce que la constitution eût définitivement fixé les règles qui seraient suivies à leur égard.

Deux hommes qui n'avaient pas unehaute influence, Blin, député de Nantes, et le vicomte de Noailles, prirent seuls la parole contre l'orateur. Dans leur faible argumentation, ils insistèrent sur ce que la présence des ministres gênerait la liberté des députés. C'est cependant l'accroître encore que de leur faciliter les moyens d'adresser des questions aux ministres^ d'en obtenir sur-le-champ des réponses, de dire pu- - bliquement à ces fonctionnaires les griefs qu'on a contre eux, et ce qu'on attend de leur zèle pour maintenir l'union des pouvoirs. On exprima la crainte d'ajouter aux moyens de corruption. Comme si la

force et la terreur. Ce n'est donc point par esprit de dépendance, mais par une profonde sagesse, que le parlement britannique a conservé ces formes respectueuses vis-à-vis du prince.

« Quant aux ministres , jamais une des chambres n'en a mandé aucun ; mais il y a plusieurs moyens de les contenir , etc. »

corruption se pratiquait en public ! comme si c'était dans une assemblée que se donnent les places, les titres, et que se passent les marchés honteux! Un des opposans fit en rhéteur le tableau d'un ministre qui, pendant qu'on discute, surveille sa bande soldée, en dirige les évolutions autour de la tribune, et juge de' l'œil qui doit être récompensé, qui doit être puni. Quelle bouffonnerie ! un ministre, pour savoir qui le soutient et qui l'abandonne, a-t«il besoin d'assister aux discussions; n'a-t-il pas ses amis et les journaux ? Les citations historiques ne furent pas plus concluantes que les raisonnemens. On affirma que pour fiiire nommer membre de la chamln-e des communes le chancelier de l'échiquier, il en coûte, à chaque élection, trois cent mille livres sterling au gouvernement britannique. Ce fait n'eût pas été faux, qu'au*» rait-il prouvé relativement à la France ? Blin vota le rejet de la proposition, et Noailles en demanda l'ajournement.

Des voix plus nombreuses s'élevèrent en faveur du projet : le duc de la Rochefoucauld, de Beaumetz, Mathieu de Montmorency, Chapelier, d'Aiguillon, mais surtout Clermont-Tonnerre et Garât, soutinrent' l'opinion de Mirabeau, avec les avantages que donne la conviction puisée dans l'étude approfondie du sujet que l'on traite. La majorité paraissait se rallier à des idées justes, nettement exprimées. Cependant, l'ajournement avait été demandé; et un plus grand nombre de Voix qu'on n'aurait dû s'y attendre le :ré-^ T. m. $

dama^ lorsque Tadseihbiée fut près de voter» Dppuis^ peu ua>dëputé breton, Chapelier, commençait à u^û^ petceféît qu'il ëtait temps de recourir à la sageséé pour coBsenner au côté gauche le fruit de fcea victoi* rt9;il braigditque si la délibération était remise au lebdemàiti, la nuit ne fût féconde en intrigues:; il demanda avec chaleur qu'on rejetât l'ajournement,^ et qu'aussitôt après on mit aux voix la quéàtiob, puiër qu'elle était suffisamment éclaircie. Deux: épreuvei {Parurent douteuses, et la décision fut renvoyée à la séance suîvanti^. ?

Le lendemain l'adëèmblée avait une physionomie nouvelle et singulière ] il régnait dans la salie une agita*^ ttoa qAi ne se manifestait pas bruyankment ; on apeix;ô<^ vait quelqtieB marques d'intelligence entre des hommeg d'opinions opposées. Montlosiér commença l'attaque^ et fot imperturbablement à côté de la question. U prouva sans peine que les députés ne peuvent créer des membres du corps législatif. « Qu'on ne cherche pas, dir-'il enluicu, à nous en imposer par une distinction de Yoix âélibérâtîW-ét de voix consultativev L'une et l'autre appartiennent ati caractère que kl nation nous a trâtismis.* Prétendre que ntos pouvon» eft livrer ia laotndre partie à des. étrangers-, c'est ud tôcrilége constitutionnel , cW un crim<e de lèsena»^ tiom tel Blin renouvela ses arguties et isesdédhmationiS) ottiiB c'est àLanjuinais qu'étaient l^servés leshonneurU de la' jourpée. Lanjuinais était un homtne pieuxy de l'intégrité la plus pure et du courage le plu^ inébra»*

DE MIRABBAU. 67

Iftble^ mais lorsl{u'uDe idée fausse saisissait son esprit, il la soutenait avec toute la vigueur qu'il aurait mise à défendre sa foi. li repoussa ta motion de Mirabeau, qui, sel<»i lui, détruisait la distinction du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif : ce n'était là qu'un prélude. Descendant de la question générale à une i^estioâ toute personnelle : «Un génie éloquent, s'écria-t-il , vous entraîne et vous subjugue; que ne feraiMl pas s'il devenait ministre! Je remonte à la source même de la motion, et je propose de décréter que les députés à l'assemblée nationale ne pourront accepter du pouvoir exécutif, pendant leur législa* ture et pendant trois ans après , aucune place dans le ministère, aucun emploi ni gratification, sous peine de nullité , et de privation pendant cinq and des droits de citoyen actif. »

A l'effet produit par cette motion , il ne fut pas possible de douter qu'un décret absurde allait être ^endui Tous les envieux de Mirabeau, tous ceux de êe& collègues qui lui avaient votié une haine impla^ «able, les têtes voiçaùiqués, les hommes faibles, tes -dupes, quelle imposante majorité ! Mirabeau jugea d'un coup-d'œil qu'il aggraverait sa position s'il voulait recourir aux mouvemens impétueux qui, dans d'autres circonstances , avaient décidé' son triomplie. L'habile orateur n'empïoyâf que ha dialectique et la plaisanterie; il dit (i) : « La question que l'on vous

(i) J'abrège de {du» de moitié' ce disébun.OsfNnirra juger combien le

propose est un problème à résoudre: il ne s^agit que de faire disparaître Finconnu , et le problème est résolu.

« Je ne puis croire que l'auteur de la motion veuille sérieusement faire décider que l'élite de la nation ne peut renfermer un bon ministre ;

ce Que la confiance accordée par la nation à un âtoyen doit être un titre d'exclusion à la confiance du monarque;

(K Que le roi , qui dans des momens difficiles est venu demander des conseils aux représenlans de sa grande famille, ne puisse prendre conseil de tel de ses représentans qu'il voudra choisir ;

« Qu'en déclarant que tous les citoyens ont une égale aptitude à tous les emplois^sans autre distinction que celle des vertus et des talens, il faille excepter de cette aptitude et de cette égalité de droits, les douze cents députés honorés des suffrages id'mi grand peuple ;

ce Que l'assemblée nationale et le ministère doivent être tellement divisés^ tellement opposés l'un à l'autre^ qu'il faille écarter tous les moyens qui pourraient établir plus de confiance, plus d'unité dans les desseins et dans les démarches.

ce Ifon, messieurs, je ne crois pas que tel soit l'objet de la motion, parce qu'il ne sera jamais en mon pouvoir de croire une chose absurde.

talent oratoire de Mirabeau était varié, si Ton rapproche rimprovisatîoa i|u'on va lire y de celle que j*ai citée contre la banqueroute.

DE MIAABEAU. 69

a Je ne puis non plus imaginer qu'un moyen de salut public chez nos voisins y ne puisse être qu'une source de maux parmi nous.

a Je ne puis croire non plus qu'on veuille faire cette injure au ministère de penser que quiconque en fait partie doit être suspect, par cela seul, à rassemblée législative.

a Je me dis : quel que soit le nombre des hommes d^état que renferme une nation aussi éclairée que la nôtre, n'est-ce rien que de rendre inéligibles douze cents citoyens qui sont déjà l'élite de la nation?

a Je me demande : sont-oe des courtisans ou ceux à qui la nation n'a point donné sa confiance, quoique peut-être ils se soient mis sur les rangs pour la solliciter, que le roi devra préférer aux députés de son peuple?

« Non, messieurs, je ne puis croire à aucune de ces

conséquences, ni par cela même à l'objet de la motion

iqu'on vient de vous proposer. Je suis donc forcé de

•penser, pour rendre justice aux intentions de celui

qui l'a faite, qu'un motif secret la justifie, et je vais

iâcher de le deviner.

« Je crois , messieurs , qu'il peut être utile d'em- -pêcher que tel membre de l'assemblée entre dans le ministère.

« Mais, comme pour obtenir cet avantage particulier il ne convient pas de sacrifier un grand principe, je propose pour amendement de borner l'exclusion du ministère aux membres de l'assemblée que l'au-

yO PROJETS

teur de la motion paraît redouter^ et je me charge de vous les faire connaître.

a II n'y a, messieurs, que deux personnes qui puissent être l'objet secret de la motion. Les autres ont idonné assez de preuves de courage et d'esp^rit public pour rassurer l'honorable député. '>

« Quelles sont ces deux personnes? Vous l'avez déjà jdeviné, messieurs; c'est l'auteur de la motion et moi.

a Je dis d'abord l'auteur de Ia>jQDOtion, parce qu'il est possible que sa modestie eipbarrassée ou squ courage mal affermi ait redouta quelqucf grande marque de confiance, et qu'il ait voulu se ménaSger le moyen de l'éviter, ea faisant admettre, une exclnsiba gé^ ilérale. • * •

: ' (c Je dis ensuite moi-même, parce que; ^^s bruits populaires répandus sur mon compte ont donné des craintes à certaines personnes, et peut^tre des espérances à qiieiqùes autres; qii'il est très -possifile. que Fauteur de la motion ait ^e moi l'idée que j'en' fii moi-même,' et dès-lors je ne ««lis point étono^ qu'il nos eroie incapable de remplir' une iiiis£|jioa que Je r^ garde comme fort au-dessus^ non démon zèleiîi âe mon courage^ mais de mes lumières et de mestalens, surtout si «lie devait me priver des leçoàs éludes oôqseils que je n'ai cessé de recevoir dans cette assemblée.

«Voici donc, messieurs y «l'amendement' que }e vous propose; c'est de borner l'exclusion, demandée, à M. de Mirabeau, député descoéuDune&i ^ ia sénédijaus* sée'd'Aix. - ■•' ; '-' l--- "i

<x Je me croirai fort heureux, si au^firiK de œtfe exclusion f je puis conserver à cette assemblée Tespërance de voir plusieurs de ses inembres ^ dignes de toute 01a confiance' et de tout mon respect^ devenir les conseillers intiinesr>de la ns^tion et du roi, que je ne cesserai jamais «de. regarder ^oomme indivisibles*:» ■•

Ce mélange de raisoa et d'ironie^ employa avec un calma apparent^ -ccmeeT^BL 1^ dignité de l'orateur, sans le faire triompher. Ses auditeurs rirent des sai^- CBsmes qu'il lançait à son ad^relrsaire, et gardèrent leur défiance : le coup était porté. Gastellalne fijt d'inulile9 efforts pour ramener les esprits. Cependant l'a^semJblée, grâce surtout :au^ raisonnemens de Mirabeau, n'adopla pas entièrement Iqs idées de Lanjuîr nais i elle ajourna et 'renvbya au- comité : de constitiitim la tqnâstion de fiav^ii?>a'^l semitutUe de donner YOta consultative auitvininistres; ensuite elle décréta qu'aiicim ide «es membres oè pourrait ^tenir dç placé d^ns Ici ministère, pendant lee sessions de l'assemblée actadUe, >:•

La. seîrée du.joUr . précédent s'était passée en dé*marche» actives. Le club breton transporté à Paris), 4(9^uis que les députés' avaient quitté «Versailles , A^ venait plus nombreux (i); Duport, Barnave et les

(i) Il se réunit dans une salle du couvent des jacobins, et prit le pojp de cluh des amis de la constitution, £a allant aux, séances , on disait , jetais aux |acobins;'et de là vint la dénomination sous laquelle ce club •steoniiu.

7 a PROJETS

Latneth y dominaient. La sëance fut très animée ; on y tonna contre les ambitieux qui , se flattant d'être bientôt ministres, préparaient les moyens d'asservir l'assemblée au pouvoir exécutif. Dans la même soirée le garde des sceaux, inquiet pour sa place , très désireux de la conserver , animait plusieurs députés contre Mirabeau , leur disait qu'il fallait à tout prix éloigner ■du ministère un homme si dangereux ; et les pressait, au nom du bien public^ de prononcer une exclusion générale.

Nous avons vu Mirabeau conserver l'apparence du calme , parler avec aisance , et montrer encore sa supériorité par la manière dont il se jouait des vainqueurs. Mais, en sortant, il ne déguisa point son indignation. Jamais peut-être, dans le cours de sa vie politique, il ne ressentit des émotions plus vives que celles dont il fut agité après cette séance fatale. Lorsqu'il croyait toucher au momeht d'être investi d'un pouvoir qui lui eût donné les moyens de diriger le roi et l'assemblée, d'imposer aux courtisans, de réprimer les factieux , de parler avec la franchise qui convenait à la vigueur de son talent et de son caractère , il se voyait réduit , s'il osait tenter encore de réaliser ses projets de salut public , il se voyait réduit à subir les lenteurs de négociations pénibles , et les humiliations qui toujours accompagnent les manœuvres souterraines. Tout ce qu'il y avait en lui de sentimens nobles se révoltait à cette idée. L'ignorance générale sur les hautes questions politiques , les iutri-

gues de Tenvie et la malveillance de l'exaltation co»tribuèrent puissamment à sa défaite ; maison doit en accuser aussi son immoralité qui le condamnait à vivre entouré de défiance. Il faut en accuser encore Fextravagante impulsion qu'il avait concouru à donner aux esprits : il avait déchaîné les tempêtes ; et sans le calme, peut-on élaborer des lois sages ? Trois semaines s*éeoulèrent , et son irritation ne faisait que s'accroître. Il avait dit à tous ses amis, à qui voulah l'entendre , que le décret rendu était trop absurde, et serait rapporté ; mais, désespérant d'obtenir assez tait ce succès , il écrivit à La Fayette ( i *'' décembre) une lettre où, en exprimant son indignation et sesdégoâtî, il lui déclarait qu'il accepterait l'ambassade de Goii^ stanlinople (i). Je ne sais si Montmorin aurait pu la lui donner; mais ce ministre, plein de bonne for, ami du bien public, appréciait de plus en plus les il^ tentions de Mirabeau , et regrettait de ne l'avoir pas accueilli, lorsque Malouet s'était rendu son intermédiaire : «Nous lui aurions, dit-il un j<Hir, épargné bien des fautes, et il nous en aurait fait éviter beaucoup aussi.»

L'idée de s'éloigner de son pays , de quitter ta ttîbunè, ne pouvait être pour Mirabeau que l'effet passager d'un accès d'humeur. Aussi, dès le surlendemain,

(i) Dans cette lettre, Mirabeau parlait de l'argent qu'il avait reçu du roi, fll disait que ses dettes étaient luia d'être eutièrement payées : elle a été brûlée à l'époque de la terreur; mais La Fayette eu atteste le contenu dans ses /Tfi^moirtfijtom. a,p»366. >

74 paoïETs

«crivAit>U à Mauvillon qu'il ne vouUit poiut d'ua hoj[ioi!aUe es^Il : « C'est ici 9 ajoutait*U , quQ je suis neces- §auQt si je suis nécessaire à quelque chose (i).»

Oa a vu que malgré ses vicea, au milieu même ^e ses désordres, Mirabeau ue perdit jamais tout sei\iiment honorable. Une ooble passion, l'amour de la Ifloire, enflammait son âme t et le relevait do l'abaissement où le plongeaient ses autres piassions. On est dans l'erreur si Ton croit qu'il apportai sur la scène politique 9 ce vain désir de bruit que satisfait la popukrité; elle fut souvent iju moyen pour lui, jamais un but; son génie avait besoin du suffrage de la postérité. JSâx parlant de son rôle dans la révolution , il a dit fréquemment : je serais désespéré de tCawir faU qu'attacher mon nom à une vaste destruction^ Lorsque j par un effrayant calcul , il prolongeait les troii- J^s j c'était pour fairepasser 1^ pouvoir dans sa.main; «t ce calcul £atal y mupable , il le justifiait & ses yeuat, par U con^viction que lui seul avait la force nécessaire pour dompter les factioan. Parmi ses détracteurs , les UPS ne voient en lui qu'un fauteur d'anarchie, les autres le traitent d'apostat de la liberté ; et tous le calomnient. Jamais, pour rétablir l'ordr^^ Il n'eut l'idée de 4'etoumer à l'ancien régime ou d'invoquer le pouvoir absolu. Détruire, et recréer ce qu'on a détruit, mettre en pratique une palinodie, est un rôle trop plat pour que son caractère s'y fût plié, alors même que sa

(z) Lettrée du comte de Mrabêau^ etc. p, 4S9.

DE MIEABEAU. 75

raison eût été moins convaincue que , dans l'état de la France, une contre-révolution était l'œuvre impossible. Pour découvrir sur ce point sa manière de voii% il n'est besoin ni de conjectures, ni de raîsonnemens; les relations qu'il eut avec le roi et la reine , pendant près d'une année, sont connues; elles donnent la preuve qu'il s'efforça toujours d'écarter du trône le regret d'un régime qui n'existait plus, et la pensée du despotisme. Mirabeau , jusqu'à son dernier soa*pir, fut l'homme qui du donjob de Viacennes écrivait au lieutenant de police : «La liberté, cette idole des âmes fortes , qui les rend féroces dans l'état sauvage et fîères dans l'état civilisé , la liberté, ce don irrévocable du ciel , ce germe de tout bonheur et de toute vertu, la liberté régne et régnera toujours dans mon esprit et dans mon cœur (x)»»,

Mii^beau voulait mettre un terme a Findécision ûp IxHiis XYI, le faire agir en homme: convaincu, que Ifi révolution était définitivement aooompliâ, et que ii royauté ne pouvait se relever que sur une base^nouvelle. En même temps, il voulait que l'assemblée cessât d^ suivre une marche hostile au pouvoir royal, qu'elle revisât ses lois dans un esprit de sagesse, qu'on obtînt d'elle les concessions nécessaires pour fonder un gouvernement ](ibr.e et durable, o^i qu'on les.pblînt d'une autre assemblée nationale : en un mot, le plus formidable ennemi de la contre-révolution, méditait

(i) Lettreà M. LelHoii^, insérée dans le recoeilides kUns à Sophie,

une contre^constitution. Ses vues étaient conformes à l'intérêt public ; mais serait-il parvenu à surmonter les obstacles accumulés autour de lui ? Ses plans étaient-ils conçus avec assez d'habileté et de sagesse pour atteindre son but ? Voilà les seules questions <{ui restent douteuses.

Le mémoire écrit par Mirabeau, en octobre t 789, est UQ document précieux. M. Lucas-Montigny la fait connaître (i) y et son authenticité est incontestable. Le prince Auguste d'Arenberg (a) le conservait, avec d'autres papiers de Mirabeau ; tous sont aujourd'hui dans les mains de M. de B. qui doit les publier. On peut ajouter qu'Etienne Dumont parle d'un plan que Mirabeau lui communiqua en décembre 1789 (3), plan qui était certainement le mémoire dont nous nous occupons, quoiqu'il paraisse eu différer sur plusieurs points essentiels. Les erreurs de Dumont ne doivent pas étonner ; lui-même dit que le temps a effacé de son lesprit la plupart des faits dont il voudrait se souvenir ; et la manière dont il modifie involontairement le projet qu'il a connu, est d'autant plus naturelle que ce projet lui avait causé un véritable effroi (4)-

(i) Mémoires de Mirabeau^ t. vii^ p. 35 1.

(a) Le même qui porta d'abord le nom de comie de Lamarck.

(3) Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premières assemblées législa» tives, chap. XI.

(4) L'impression fut d'autant plus vive que Mirabeau , craignant sans doute que Dumont ne condamnât ses idées sans examen, s'il les lui présentait con^me un simple aper^ jeté sur le papier, le trom^ia demanièreàatti-

y oici les idées principales contenues dans le mémoire remis au comte de Lamardc. Après quelques considérations sur la situation du roi, de la France et de l'assemblée^ « l'unique moyen de salut, dit l'auteur^ est dans une coalition immédiate du roi avec ses peuples. Mais cette coalition ne peut se lier à Paris qui engloutit tout, à Paris qui veut être tout le royaume, à Paris que les provinces considèrent comme dominant l'assemblée, à Paris qui se perd et perd tout, à Paris qu'il faut ramener à l'ordre, à la modération, qu'il faut arracher à sa propre anarchie.

« Donner une autre direction à l'opinion publique, éclairer les peuples, préparer dans les commettans le meilleur esprit d'une seconde législature, voilà ce qu'il faut pour donner à la nation la garantie des droits qu'elle a conquis, et que l'anarchie compromettrait bientôt, voilà ce qu'il faut pour rendre à l'état la pair, à l'armée sa force, au pouvoir exécutif son action^ au monarque ses véritables droits.

« Que doit-il faire ? D'abord et surtout, point de retraite à la frontière ; ce serait déclarer la guerre à la nation, abdiquer le trône. Point de fuite à l'intérieur et d'appel à la noblesse; celle-ci n'existe plus: ce ne serait qu'évoquer la guerre civile^ à forces excessivement inégales.

« 11 faut que le roi recouvre sa liberté, sans dénon*

rer fortement son attention : il lui dit que le projet était adopté par le rpi^ la reine et mon&ieur, et allait être exécuté; ce qui n*était vrai en aucun point.

cer rassemblée, sans se retirer d'elle, sans divorcer avee elle; parce que sans elle, il n'y a rien d'utile à faire, rien de légal, rien qui puisse satisfaire la Fraacd qui tient à rassemblée et à ses légitimes conquêtes. Ce serait, par une autre voie, tout exposer et déchaîner la guerre civile.

et II reste un moyen qui n'est certainement pas sans danger ; mais, il ne faut pas croire sortir du péril sans péril.

« Ce serait ua déplacement temporaire du roi, précédé de mille précautions prudentes, entouré du plus profond secret pour les préparatifs, de la plus grande publicité dans le fait du départ....

■ <x On disposerait systématiquement ses gardes. On formerait un corps de vingt mille hommes, tous nationaux (pas d'étrangers! plus d'étrangers !), qu'oa porterait en quelques jours entre Rouen et Paris. .é

« Le roi partirait en plein jour du château, et se replierait sur Rouen, ville vraiment française, loyal^ patriote, éloignée de toute frontière, une des sources nourricières de Paris, dont les approvisionnemens se^ raient de là part du roi l'objet d'ttùe surveillance ao tive et bien ostensible.

ce Dès*lors, peu de résistance, bientôt convertie ^n bénédictions unanimes, quand la position nouvelle d« roi, ses efiforts, ses sacrifices personnels, changeraient la disette en abondance. Nulle province, d'ailleurs, plus ihâiiîàble que la Normandie^ très peuplée^ très riche, très commerçante, très lasse de la torpeur des

DE %ftfiÂWtA.V. 70

aflaifèë^ f^èi voiràtie' de la Bretagne et de l'Anjou ; troiè pfotinées faciles à coaliser pour former la tête de la grande coalition de la nation et du roi.

oc t^roclamation du t*ot aùt dëpartemens, Oïl lui a fait violékice à Versailles j il ëtâit sans liberté à PariSé De là, prëtette ame tnëcontens pour refuser l'obéis» sauce aux décrets. Révolution compromisCi tl veut être inséparable de sou peuple^ dont il a toujours dé* siré atnéliorer lé sort. Il s'est eâbrcé de lui procurer la restitution, raccroissement, l'organisatioii consti* tutionnelle de ses droits politiques^ 11 a adopté satlé rénet'Ye tels et tels décrets^ il renouvelle sa sanction ; d'autres ne sont pa^ a^see favorables au peuple, ne sont pas exécutables dans la pratique^ n'ont pas été assë^ téûéithiê^ c'est une œuvk'e à refaire de concert entre le roi ^t la nation.

fEill Ta appeler près de lui l'assemblée, pour continuer ses travaux et pour les finir hors des influences

anat^cbi^èsiqut la dominent.

«Bientôt il' (xnàvoqbera une nouvelle convention , pour juger, confirmer,- modî9er> ratifier les opéra» lions de la pNsmièM fafiiâembléei

v^Les ]^incipès' déjà posés serônft Rendus ^' «bnso^; lidés, consacrés. Les parlemens seront abolis^. Autnm

saerîËoe pe^sonnèi ne coûter* ^n roi j un million sutek^a ^ ^ dépéUisè d'homme ^ de père âe ftmiméé La dette publique Sera sôlëntièltebent gamhtie, des g«géè( seront donnés aux etéaticie^s 4e l'étais ilsfs^ i^èttt «yhdkpîiéiy pmir gérèi^ lemn^prépres Intéfêttf.

8o PROJETS

« Il pread à témoia sa conduite personnelle de tous les temps ; il confie son honneur et sa sûreté à la loyauté française...

<c Autre proclamation du roi. Il appellerait auprès de lui l'assemblée : elle irait, si elle était libre ; si elle ne Tétait pas, la session serait par là même terminée de droit.

«c Si rassemblée délibérait après constatation de son défaut de liberté , les délibérations ultmeures porteraient l'empreinte de la même violence, et seraient légalement nulles. Dès-lors, il y aurait lieu à la convocation d'une seconde législature.

«Les proclamations du roi se succéderaient; et on aurait soin de les rédiger^ de les graduer, de manière à instruire les peuples de leurs intérêts véritables.

« L'esprit actuel de l'assemblée se trouverait très modifié dans une législature nouvelle, par suite du changement nécessaire de l'opinion publique dans les provinces.

«Si quelques cantons résistaient, le pouvoir exécutif autorisé par l'assemblée et plus encore par l'assentiment national, déploierait toutes ses forces. Partout les bons citoyens se coaliseraient avec le roi franchement réuni à eux, et le salut de tous serait l'œuvre de tous.

i « Quel moment choisir pour opérer ainsi ?... Tous et aucun d'une manière précise. Faire lentement les . apprêts. Le défaut de liberté du roi, le défaut de pouvoir dans l'assemblée nationale pour garantir au roi sa liberté, doivent être mieux constatés; il faut mieu^

DE MlRABEilU. 8l

faire connaître les dispositions anarchiques de la population de Paris... Voilà les vrais préparatifs. »

A la lecture de ce projet, on remarque d'abord les difficultés que présente son exécution : elles sont évidentes. On est également frappé de l'audace de Mirabeau qui ne craint point de rendre libres le roi et la reine, de leur donner une armée; et qui croit exercer sur eux un tel ascendant qu'il les retrouvera fidèles aux promesses faites avant leur départ. Un adversaire de la contre-révolution , après avoir reçu ses confidences, n'aurait-il pu lui dire: Le roi et la reine vous redoutent et vous haïssent; leurs engagemens pris dans la captivité, par conséquent nuls, l'emporterontils sur les sentimens de toute leur vie, sur leurs préventions et leurs préjugés, sur leurs idées de bien public et de justice ? En supposant que vous les séduisiez un moment, tous les hommes qui, malgré vous, accourront pour les entourer, ne sont-ils pas vos irréconciliables ennemis? Combien se passera-t-il de jours avant )ue ces hommes soient parvenus à substituer leurs pi*ojets aux vôtres? Ne croyez pas que les courtisans seront vos seuls adversaires; ne vous flattez pas que votre adhésion au départ de la famille royale, suffira pour rassurer les Français sur leurs droits. Le peuple vous aime ; vous le servez comme il lui plaît , il voit les qualités éminentes qui sont en vous et ferme les yeux sur celles qui vous manquent; mais, qu'un ^ grand événement donne lieu de vous accuser de conspiration flagrante, le plus vil démagogue, pour vous T, m. 6

surpas&er ei\ éloquence et ppur vous écraser, n'aura besoin que du mot vénalité. Colosse aux pieds d'argile, vous succomberez dans votre folle entreprise; et vous léguerez à votre pays une guerre civile que viendra terminer la guerre étranger ç.

Ce qu'il 'y a de hasardé dan3 le projet qu'on vient de lire, ce qu'il contient d'amer contre Paris, atteste que l'auteur le conçut sous la sinistre impression des journées d'octobre* Si quelques jours auparavant Mirabeau eût tracé un plan réparateur, ce plan aurait été fort différent. Celui-ci est l'acte le plus foudroyant contre les attentats d'octobre.

Tout en reconnaissant la force des objections qui s'élèvent comtre ce projet, n'oublions pas que, si le remède proposé est héroïque, le mal était effrayant, L'anarchie était près de dévorer l'état : encore trois ans, et le Irone serait abattu, Louis XVI serait victime de sa faiblesse et de la notre; les coryphées du peuple eux-mêmes monteraient à l'échafaud, où tant de citoyens généreux les auraient précédés ; le despotisme seul pourrait comprimer le désordre; et le bouleversement de l'Europe succéderait à celui de la France. Mirabeau avait lu l'avenir dans l'histoire, et savait cil mène la frénésie populaire; il posait nettement la question dans son entretien avec Malouet ( i ) : « Il s'agit de savoir si le monarque et la monarchie survivront à la tempête qui se prépare, ou si les fautes

(f ) J'ai rapporté çat entretien , tom. a, pag. aoo.

Di mieabëau. 83

qu'on a fiiites, et celles q^'on ne manquera pas de faire encore, noas engloutiront fous. »

Une réflexion contenue dans le mémoire est triviak à force d'être vraie : il ne faut pas croire sortir du péril smis péril. Dire qu'un projet est inexécutable^ c'est quelquefois prouver seulement qu'on serait inca* pable de l'exécuter. Peut-on facilement calculer ch qu'il y avait de ressources , de puissance, dans le ca<< ractère et le génie, dans l'éloquence et les intrigues de Mirabeau ?

Mais son plan est-il aussi hardi qu'on le suppose d'abord ? On voit de l'audace dans cet homme qui ne craint point de rendre libres ceux qu'il a tant offensés^ et de leur donner une armée* Au moment oii il écri« vait, aucune loi ne s'opposait à ce qu'il fût ministre; il voulait être chargé de l'exécution de son plan, ses services étaient à ce prix« Lui-même aurait fait tous les préparatifs; celte armée, il en eût choisi les ré»^ gimens et Its chefs. Autant il désirait sauver le roi des fureurs anarchiques, autant il avait la volonté de le soumettre à son influence. Reposons- nous sur son intérêt et sur son habileté, pour s'assurer qu'on n'arrachera pas de ses mains les rênes de l'état*

Ajoutons que l'auteur du plan ne dit point qu'il faut à l'instant sortir de Paris ; il refuse au contraire de fixer aucune époque pour le départ , et il insiste sur la lenteur qu'exigent les préparatifs. Lorsque le but que se proposait un homme d'état est connu, c'est un fait qu'on peut avoir les moyens de juger d'une

manière absolue; il n'en est pas ainsi d'un plan qu'il a laissé pour atteindre ce but, parce qu'en approchant de l'exécution il aurait pu modifier ce plan selon les circonstances, ou même se déterminer à l'abandonner pour un autre. Le plus important préparatif dont Mirabeau devenu ministre se fut occupé d'à* bord y aurait été certainement de se former un parti composé de tous les députés connus par leurs lumières et leur modération, d'hommes faibles que son courage eût ranimés, de partisans de l'ancien régime, qui auraient cédé à la volonté royale formellement exprimée^ et de gens exaltés qu'il aurait entraînés ou séduits (i). S'il fut ainsi parvenu a se créer une majorité imposante, toutes les grandes difficultés auraient été aplanies pour lui, et l'on ne peut savoir si c'est Paris ou la province qui lui eût paru le lieu convenable pour achever son ouvrage. Le reproche d'imprudence et d'audace est-il donc mérité ?

Lamarck, ainsi que je l'ai dit, voulut que Monsieur eût connaissance du mémoire de Mirabeau ; il le lui fit communiquer par le comte de la Châtre. La réponse fut que Monsieur avait trouvé dans cet écrit des idées excellentes, mais que d'autres seraient sujettes à des objections, et qu'on ne pouvait le mettre

(i) Montmorin autorisé par Louis XVI , usa plus tard de la séduction sur quelques démagogues. Dantou et Camille Desmoulins reçurent de Fargenty mais n'en continuèrent pas moins leurs attaques à peine un moment ralenties. Si Mirabeau ministre les eût payés , il aurait bien su les ' faire compter avec lui.

DE MIHABSAU. 85

SOUS les yeux du roi. Ce refus est facile à expliquer: le prince avait lui-même ua projet^ semblable en un seul point à celui de Mirabeau ; très différent et même opposé sur tous. les autres. 11 s'agissait d'en» lever Louis XVI; enlever est l'expression juste, car le roi n'était pas dans la confidence de son frère, qui* cependant avait l'assentiment de la reine. On devait conduire le roi à Péronne, où il déclarerait l'assemblée dissoute et tous ses actes annulés. Le principal agent de cette intrigue était le marquis de Favras^ ancien lieutenant des gardes suisses de Monsieur; homme actif, aventureux, très brave, qui avait fait en Allemagne un grand mariage , et qui n'en était pas moins réduit aux expédiens. A l'aide de deux recru* teurs, il avait enrôlé à peu près cinq cents hommes, sous prétexta de former un régiment destiné à passer dans le Brabant, alors soulevé ; et ces hommes, en attendant des ordres, restaient dispersés dans Paris.- £n même.teinps il négociait avec des banquiers une obligation de deux millions souscrite par Monsieur. Les deux recruteurs^^qui savaient du projet de Favi^s plus que celui-ci naur^it dû leur en dire, séduirs par le» récompenses pécuniaires que la commune avait offertes au^ révélateurs de complots , portèrent une dénonciation au. comité des recherches de l'Hôtel de^ Yille, qui fît iirrêter Favras dans la nuit du a4 au a5 décembre.

Le lendemain matin un billet imprimé, signé d'un nom supposé, fut répandu dans Paris; il annonçait

86 FAOJBTS

TarresUtion de Favras , et portait ces mots : « Le plan était de faire soulever trente mille hommes pour faire assassiner M. de La Fayette et M. le maire, et ensuite nous couper les vivres. Monsieur, frère du roi, était à la tête. » La Fayette envoya un aide de oamp à Monsieur, pour le prévenir qu'un de ses an<cîens gardes était arrêté. A cette nouvelle, le prince troublé laissa échapper quelques mots, dont il était facile de conclure que la conduite de Favras ne lui était pas inconnue. L'aide de camp ne les répéta qu'à Lt Fayette, et le secret fut giurdé. Mais la position du prince était critique; Favras, pour se sauver, pouvait tout révéler; de moindres événemens mettaient les têtes en état d'incandescence; l'opinion générale, uni* veraelle, serait qu'on n'avait pu agir sans l'ordre du roi, ou du moins- sans son aveu; de terribles conséquences étaient à redouter. Monsieur, très justement alarmé, chargea le duc de Lévis (i) de consulter successivement deux personnes qu'il lui désigna, toutes deux bien instruites de l'état de la capitale, et de ce qui pouvait y exercer de l'influence. On juge que le prudent émissaire eut soin de ne parler qu^en son nom : « Une infâme calomnie est répandue contre Monteur; doit-^il, dans de pareih momens, se borner à la mépriser? Quel moyen aurait-il pour imposer sikoce aux malveillans? » Celui à qui s'adressait la question pensa qu'une démarche d'éclat pouvait

(i) Capitaine de ses gardes : le même qui a été membre de l'académie

D£ lIlftAAËAU. ^

seule détourner les dangers qui menaçaient Motl^ sîeur et même la couronne. Le conseil donné fut que le prince se rendit à THôtel de Ville potir y faire efi personne la déclaration qu'il était étranger u tout M dont Favras se trouvait accusé. On a cru que ce cùii^ seil venait de Mirabeau , c'est une erreur; Mirabeflt^ ne fut que la seconde personne consultée j mai$ il dë^ cida l'adoption du premier avis^ Un projet de discouri aux représentans de la commune fui soumis à sa eri^ tique; il le trouva trop faible« Le rédacteur rappelait le jour oii Monsieur, dans l'assemblée des notables^ avait voté pour la double représentation du ti^râ»/ Cela est vague, dit Mirabeau ; et prenait la pltMme, il ajouta : « Depuis ce jour, je n'ai pas cessé de croire qu'une grande révolution était prête; que It roi, par ses intentions, par ses vertus, par son raifg suprême^ devait en être le chef, puisqu'elle ne pouvait pas être avantageuse à la nation sans l'être également au monarque ; enfin , que l'autorité royale devait être le rempart de la liberté nationale , et la liberté natiô-* nale la base de Tautorilé royale. » Cotait courbe*^ Monsieur sous le drapeau de la révolution, et l'on juge quelle satisfaction secrète ressentit Mirabeau en met4* tant ainsi dans la bouché de Taltesse royale les principes sur lesquels reposaient ses desseins, et qu'il as^' pirait à faire proclamer par le roi lui-même.

La visite de Monsieur à l'Hôtel de Ville (26 décembre) produisit tout l'effet que ses conseillers en attendaient. Le maire , dans sa réponse au priisrcé , Itii

offrit en termes expressifs, l'hommage du respect et de la reconnaissance de l'assemblée; et le salua du nom de f)remier fondateur de V égalité politique. Un passage du discours, de Monsieur aurait pu fortifier les soupçons contre lui : il fallait nécessairement quelque circonstance bien mystérieuse, bien étrange, pour qu'un prince de la famille royale eût confié le soin de négocier deux millions à une espèce d'aventurier qui, pour son compte, n'eût pas trouvé cent louis chez les banquiers de la capitale. Les rédacteurs du discours n'avaient pu passer sous silence le fait de la négociation, trop facile à constater (i) ; ils en avaient parlé hardiment, en affirmant que Monsieur n'avait eu aucune communication avec Favras. La démarche par laquelle un frère du roi venait de flatter l'amour de l'égalité , rendit crédules bien des personnes ; d'autres, en plus grand nombre , aimèrent à n'avoir que des doutes.

Un homme qu'il ne m'est pas permis de nommer , a laissé des renseignemens précieux sur plusieurs événemens de la révolution qu'il a bien connus; et je vais donner le fragment le plus important du récit qu'on pourrait appeler sa déposition sur l'affaire de Favras. Absent de Paris pendant le procès, à son retour il s'empressade voir le lieutenant civil du Châtelet, Talon, avec lequel il était intimement lié, et

(i) Huit lettres relatives à Temprunt de MoDsieur, adressées par le ban< qaier Chaumel à Favras, avaient été saisies chex celui-ci.

B£ MIRAfi£AlT. 89

lui demanda la vérité sur ce qui venait de se passer.

Pour première réponse , Talon lui présenta un manuscrit :

(( Quatre grandes feuilles de papier à ministre, chargées de l'écriture de Favras et signées par lui.

c( Aveu sans réserve, détails donnés sur la coopé« ration personnelle de Monsieur , sur ses instructions directes.

<c Elles ne suffisaient point à Favras , il exige la participation de la reine.

a Des difficultés s'ppposent à l'entrevue ; mais il est convenu que la reine viendra se promener tel jour , à telle heure , sur la terrasse du bord de l'eau y et que là , en passant devant Favras qui se tiendra à distance, elle prononcera telles paroles, qu'elle fera entrer dans la conversation , et qui sont d'avance promises à Favras. Voilà ce que j'ai vu^ lu et relu dix fois, toujours avec le même étonnement du parti audacieux adopté par Talon, et de son résultat.

«cUn message de Favras mande le lieutenant civil dans la prison , pour une conférence secrète , deux jours avant le prononcé du jugement.

a Monsieur ^ lui dit Favras ^ je vais être condamné, c'est pour moi l'évidence; mais je ne veux point mourir ou du moins mourir seul , si l'on refuse ma grâce à mes révélations.

c( Veuillez en prendre connaissance par la lecture, de cet écrit ; et en donner communication tant au gouvernement qu'au tribunal.

go PROJETS

«c Talon stupëfîé par ce peu des paroleâ , envisage l'affreuse vërité; et, sans répondre un seul mot au prisonnier , plus agité que celui-ci, cherche à se remettre de son (rouble, pendant le temps employé à la lecture à voix basse d'une pièce aussi longue , dont l'écriture très ferme et sans rature, donnait au lecteur plus de facilité que n'en eût désiré le magistrat.

« Parvenu à la signature , force est d'entrer en explications sur les volontés longtetnps inébranlables de Favras, et sur leur résultat.

a Vous repoussez la mort, et vous y courez , avec cette différence que celle surl'échafaudjàl'aidedecet écrit confié uniquement à ma loyauté, est glorieuse pour vous, infailliblement utile à votre famille, tandis que l'autre mort, infâme, cruelle peut-être, aussi inévitable que la première, déshonore le dernier de vos descendans. Pensez-vous que mille bras vengeurs ne se lèveront point , dan^ toute l'Europe , pour vous punir d'avoir dirigé sur la tête de Monsieur et sur celle de la reine, le glaive qui menaçait la vôtre? D'effroyables calamités les suivront dans l'abîme où tous allez les jeter : il n'y aura pas pour vous , ni pour les vôtres, assez de honte et de violences particulières , consacrées* à l'expiation impossible d'une ' si horrible délation.

«Vous êtes pieux , Monsieur de Favras, acceptez la palme du martyre ; les cieux vous sont ouverts. — La terre... elle sera légère pour vos enfans.

«Monsieur devra la vie à votre silence; et si, dan»

d'autres^ temps y il hésite à remplir ses devoirs envers votre famille , j'ai son honneur dans les mains.

a De tels raisonnemens,' présentés sous toutes les fonnes, dans la discussion la plus chaude, entre les supplications du juge et les menaces du condamné, n'étaient certes ni sans force , ni sans vérité. Après^ trois heures de combat , de paroles d'honneur échan*' gées, Favras céda; et Talon se retira, emportant son écrit et son engagement de garder le silence.»

Favras fut condamné le 18 février (1790), et fut exécuté le lendemain. Arrivé sur k place de Grève, \i demanda à être conduit à l'Hôtel de Ville, pour y faire des déclarations. Là, il dicta^ avec une parfaite présence d'esprit et le plus ferme cburage, son testament de ittort, oà il pardouae à ceux qui ont induit la jusi*^ tice en erifenr, où non seulement il proteste de son innocence, mais affirme prêt à paraître devant Dieu > n'avoir jamais formé le projet de conduire le roi à* Péronne ou ailleurs , ni de détruire Rassemblée natio** nale; et son langage est si digne, si touchant, qu'il sellait impossible de ne pas y ajouter foi, sans les preuves irrécusables âes desseins qu'il servait. La longueur extrême du testament qu'il dictia, et d'autres circonstances doivent faire penser que )e malheureux ne pouvait se persuader qu'il serait abandonné ; ef qu'il espérait en gagnant du temps, voir apporter sa grâce. La nuit vint; Pillusion sa dissipa, et sa rési^ gnatioti fut complète. La foule qui , depuis huit héu« f9i du matin , attendait sur ta place, le demandait h

grands cris , impatiente de voir pendre un noble. A la lueur des lampions et des torches , on put admirer la contenance assurée et le front calme de Favras : il entendit sans émotion les applaudissemens , les injures et les plaisanteries d'une multitude féroce. Son confesseur s'évanouit; l'exécuteur pleurait : trois fois ^ en montant la fatale échelle, Favras dit à voix haute , je meurs innocent, priez Dieu pour moi; çt il accomplit son sacrifîce.Tous les partisans de la contre-révolution virent en lui le héros et le martyr de la fidélité ; leurs adversaires rendirent hommage à sa magnanime fermeté , à son généreux dévoûment.

Talon garda la déclaration qui lui avait été confiée. Napoléon, dans les derniers mois de son règne, apprit l'existence de ce papier accusateur deMonsiepr; il voulut s'en rendre po^ssesseur, et ne put y parvenir. J'ai ouï assurer qu'après la restauration madame^du Cayla, fille de Talon, se présenta aux Tuileries,, et remit ce papier dans les mains de Louis XVIII.

Peu de jours s'étaient écoulés depuis la visite de Monsieur à l'Hôtel de Ville, lorsque Mirabeau e^s^ya de tirer parti de ses relations indirectes avec ce prince. Il espéra que Monsieur, dont la malheureuse tenta-^, tive annonçait l'ambition de jouer un rôle politique, ne refuserait pas de substituer à un .projet . mal concerté, un autre projet-mieux conçu, qui ne l'exposerait^ point aux dangers^ que venait d'entrainer lepremijerr Un ancien intendant de Provence, Séaac de Meilh^n^ à qui Monsieur accordait. des bontés, n'avait pointi

DK MIRABEAU. C^'i

contre Mirabeau les préventions qu'aurait pu lui don« ner une manière de voir très opposée à la révolution ; il pensait qu'un homme doué de si rares talens pourrait et voudrait sauver la monarchie. C'est par lui que Mirabeau fit remettre au prince un mémoire sur la situation de la France et sur le principal moyen de salut public (i).

Aux yeux de l'auteur, les Français forment quatre partis. Il y a «ceux qui veulent la révolution, sans borne et sans mesure, faute d'instruction et de principes;

«Ceux qui, sans bonne foi comme sans esprit, croient ou feignent de croire au rétablissement de l'ancien système;

«Ceux qui ne voulaient pas de révolution, mais qui aujourd'hui comprennent qu'elle est faite , et veulent de bonne foi la circonscrire et la consolider;

« Ceux enfin qui ont toujours voulu la révolution, mais sans être envieux du temps, et en désirant de la mesure, des gradations et une hiérarchie, pour l'intérêt mênfe de la liberté.

a Cette dernière classe gouvernera à la fin les opinions et les affaires ; du moins si la décomposition

générale ne range pas ses vœux et ses projets parmi les nombreux rêves des gens de bien. Cette classe peut

(i) Le comte de Lamarckfut étranger à cette négociation ; il était parti pour le Rrabant Ters le milieu de décembre, et ne revint à Paris que dans le mois de mars.

94 MOJBTS

aisémeat se coalitionner avec la précédente ; mais il n'existe pas de point centrai.

«Tous les liens de l'opinion sont dissous; elle ne sait plus où se rallier. Les excès des ministres ont travaillé si longtemps à démonarchiser les Français, qu'ils y sont parvenus. Pour pallier tous les manques de respect, toutes les indécences de l'indiscipline, toutes les orgies de la licence, on isole de la cause de l'autorité royale, l'individu du monarque; et, au moyen de cette fiction , l'autorité royale et la monarchie avec elle sont en péril, et le roi lui-même n'est pas en sûreté ; du moins en lant que les complots des factieux ou de leurs amis d'une part, l'emportement puéril et l'ignorance du parti aristocratique de l'autre^ et enfin l'inexpérience indocile de l'assemblée, peuvent compromettre cette précieuse sûreté dans des circonstances si difficiles, et au sein d'une capitale oisive, misérable et enivrée d'une sorte de fanatisme.

«c Mais, dans toute société oii il y a des restes d'orga-» nisation, on trouve toujours une grande ressource; c'est que les gens qui ont quelque chose à perdre ou à conserver, sont de beaucoup les plus nombreux. Celte ressource a chez nous un puissant auxiliaire ; c'est notre mobilité prodigieuse, mère de cette impatience corrosive qui fait que jusqu'ici il n'y a eu eq France ni mal ni bien durable ; disposition toute particulière à notre nation, qui ne changera que par la fente influence de l'instruction et d'un bon système d'éducation publique.

DE MIRABEAU. qS

a Proiitoas de l'inquiétude des hoanêtes gens y et de l'amour des nouveautés. On se sépare du roi, parce que l'on voit qu'il s'abandonne lui-même, que ses ministres ne pensent qu'à eux, et à échapper comme ils pourront à l'agonie générale sans mort violente; et que l'autorité royale, trop faible pour lutter contre l'anarchie, paraît la favoriser pour se ressaisir d'une plénitude de prétentions et de prérogatives, qu'on sent très bien qu'elle ne recouvrera jamais.

a Que le roi s'annonce de bonne foi pour adhérer à la révolution, à la seule condition d'en être le chef et le modérateur ; qu'il oppose à l'égoïsme de ses ministres, un représentant de sa famille dispersée, qui ne soit pas lui, parce que son métier de roi est et doit être exclusif de l'esprit de famille ; mais qui soit tout à-la-fois la caution de cette famille et en quelque sorte son otage, et l'organe non ministériel du chef de la nation : aussitôt on verra la confiance ou du moins l'espoir renaître, le goût de la monarchie reparaître ; et les partis qui veulent de bonne foi que l'empire français ne se décompose pas ou ne devienne pas, pour un demi-siècle, l'arène des jeux sanglans de quelques apAbiiieu:!^ subalternes ou de quelques démago* gués insensés', se rallier aqtour d'un Bourbon devenu le conseil du roi ; et le chef djes amis de l'autorité royale régler et subjuguer l'opinion, et dompter les factieux. Le choix de ce Bourbon est indiqué, nonseulement par U nature, mais par la nécessité des

choses, puisque tous les princes du sang, excepté un seul; sont en conspiration réelle ou présumée^ et regardés comme les ennemis de la nation, si universellement qu'il est douteux qu'ils puissent être sauvés par l'avènement de Monsieur, mais qu'il est certain qu'ils ne peuvent l'être que par là.

ce Pour peu que cet avènement tarde, il ne paraîtra plus qu'une intrigue ; tandis que lié à l'événement 011 Monsieur a eu le courage de placer, dans un discours populaire, le roi à la tête de la révolution, il aurait l'incalculable avantage d'être l'adhésion du roi; et, en réchauffant toutes ses ressources dans l'opinion, les seules sur lesquelles il puisse compter, de lui préparer les moyens de renouveler sans secousse et sans difficulté son conseil , qui n'est aujourd'hui que le plus embarrassant de ses bagages, et la première maladie de l'état. »

On le voit, Mirabeau dans ses notes secrètes, ne fait aucune concession aux regrets 'et aux désirs des hommes qu'il veut dominer : il déteste Tanarchie; mais il est convaincu qu'on ne rétablira l'ordre qu'en maintenant tout ce que la révolution a produit de juste et d'utile. Mirabeau parle à Monsieur comme il s'expliquerait avec ses collègues les plus intimes ; on sent en lui la fermeté et l'assurance de l'homme qui a foi dans sa supériorité.

Monsieur lut avec un intérêt très vif le projet qui lui était présenté; mais il craignit de rencontrer des pbstades insurmontables, s'il voulait à l'instant

le réaliser complètement. Ce prince était mal dans l'esprit de la reine , et Louis XYI n'était point disposé à se donner un régent. Monsieur, avec plug d'esprit, d'instruction et de connaissance des hommes que n'en avait son frère, se croyait en état de mieux diriger les affaires publiques; et plus d'une fois il avait songé que, s'il entrait au conseil, il rendrait des services: mais^ lorsqu'il lui était arrivé d'offrir quelques avis, on ne l'avait point encouragé; et il s'était gardé d'insister, parce qu'il y avait dans son caractère une extrême prudence. Cependant il désira, dans l'intérêt général et dans le sien, tirer parti des dispositions de Mirabeau. Sans communiquer au roi et à la reine ni le mémoire ni l'idée principale de l'auteur, il leur dit que Mirabeau persistait dans des vues qu'on rendrait facileme|it utiles à la monarchie , et leur expliqua comment au moyen d'un intermédiaire , ils pourraient tantôt le faire parler, tantôt l'obliger au silence. On ne saurait avoir des détails sur des conversations qui furent parfaitement secrètes ; mais il en résulta l'acte qu'on va lire :

a 1° Le roi donne h. M. de Mirabeau la promesse d'une ambassade ; qptte promesse sera annoncée par Monsieur lui-même à M. de Mirabeau, a^ Le roi fera sur-le-champ^ en attendant l'efTet de cette promesse, un traitement particulier à M. de Mirabeau , de 60,000 liv. ^rmois, lequ^ durera.au moins quatre mois.

(Bc M. de Mii^beau s^engage à aider le roi de ses lu- '»'• III. ^ 7

gft PROJETS

mières, de ses forces et de son éloquence, dans ce que Monsieur jugera utile au bien de Tétat et à rintérêt du roi, deuK choses que les bous citoyens regardent sans contredit comme inséparables; et dans le cas où M. de Mirabeau ne serait pas convaincu de la solidité des raisons qui pourraient lui être données, il s'abstiendra déparier sur cet QbjfiL ^ ^pproUué.l.6vxs.

Le comté de Mirabeau. »

J'ai longtemps, je l'avoue, mis en doute l'authenticité de cette pièâe. Les motifs, pour la rejeter^ sont eertainement très spécieux. Comment Mirabeau qui s^ définissait lui - même un homme dont on a iout dit excepté qu'il fût un sot, aurait -il consenti à s'interdire la tribune, chaque fois que la cour l'eût exigé? Quelque peu scrupuleux qu'pn le suppose à tenir ses engagemens dès qu'il avait intérêt à les rompre, a-t-il pu faire une promesse qu'il aurait été obligé de violer dans peu de jours ou même le lendemain, sous peine de perdre tout crédit dans IW semblée et de s'humilier par un honteux silence? Ces idées me préoccupaient encore lorsque les Mémoires de Mirabeau^ écrits par son fil^doptif, fuirent publiés; et Fauteur, en général si bien instruit, nie Tau* thenticité du mémoire et du traité en question (t. 7, p. a83 et 284)* Mais des raisonnemens, des autorites ne sauraient prévaloir contre un4ait; et c'est avec raison que j'ai continué mes recherches.

M« le docteur Descuret a dissipé mes doutes j il

DE HlilABIAU. 99

m a communiqué le.brouilloa du mémoire écrit ^t corrigé de la main de Mirabeau^ J'ai acquis ëgale*^ ment ia certitude que le traité fut écrit et fait double par Monsieur lui-même. Le possesseur d\x brouillon précieux dont je yiens de parler, avait aussi up des doubles du traité) une copie exacte lui reste , et il explique comment l'original a été perdu. Enfin ^ Tautre double doit se trouver dans les papiers laissés par le duo de BlaCas. Un homipe tr^ digne de foi ma dit lavoir lu à Rom^. oii le duc de Blacas le lui montra ainisi que d autres pièces intéressantc^s. Il n^ s'agit donc plus que d'^pUquer. comment Mirabeau, a fait un traité qui! lui était impossible d'^xéculer^ On verra que mes explications oe sont p9S de simples conjectures. Ce traité pouvait devenir très utile à Mirabeau psr 1^ relations qui en seraient la suite nécessaire. Le prince et le tribun commenceraient, par se trouver en désaccord; mais li^quel raisou-^ nerait avec le plus d'adresse et de vigueur, lequel se laisserait enfin subji^guer? Saus doute ni l'un m l'autre ne cédeirait; mais Mirabeau pouvait-il en jug^ ainsi, lui, ^i plein de confiance dans la fprqe d/^ sa. volonté et dans l^&jressources de son esprit? U ^ flatta de décider Mopsiieur à seconder ses vues, k. tojut tenter de concert ^y(^ lui fQifr dp^iinei; et dir, riger la cour. §qn audâ^ÇUSp hfibilçfé devait |u^ ffi^ri9> penser -qjui'ihlunè^ai;; ,f|||^,cQnjMr^dirait Monsi^ttf*/. à suivre ses conseils. N'était-il pas très capable d'aller jusqu'à montrer au prince, le palais < du lieutenant

I QO PROJETS

général du royaume^ et de lui rappeler en même temps que Favras était encore en prison? Enfin, pourquoi cet homme, le plus en état de conduire et de dompter la révolution, aurait-il désespéré de se faire 'comprendre? Que voulait-il, sinon faire adopter les seules ressources qu'il aperçût pour sauver la chose publique, l'ordre, la monarchie? '

Le traité n'eut aucun résultat. Lorsque Mirabeau parlait des dangers publics et de la marche inhabile de la cour, lorsqu'il développait l'idée principale de son mémoire, Monsieur jugeait que Mirabeau auait bien raison; j'emploie à dessein ces mots, qui seront répétés tout à Theure. Mais quand le hardi donneur de conseils fit entendre au prince qu'il faudrait arriver à s'emparer de ce qu'on refuserait de lui donner, le prince fut effrayé de se voir 9 l'entrée d'une route où ni sa position ni son caractère ne lui permettaient de s'engager, et dans laquelle il aurait pour guide un homme dont l'immoralité souillait le génie aventureux. Je ne fais pas, ai-je dit , de simples conjectures ; j'ai lu et relu très attentivement une lettre autographe de Monsieur, écrite en réponse à quelqu'un qui lui reprochait d avoir ^u des révolutionnaires (i). Monsieur dit qu'il a vu ces gens-là; et que, pour lui faire surmonter tous lés sentimens qui l'éloigiiaient d'eux,' il fallait qu'ils e|||àsent bien raison. On s'^apérçoit qu'iî éptrouve qqiique dépit de n'avoir pas.

: (i) Celte lettre appartieot au docteur Descuret. >

DE AIIHAB£ALT. 101

été appelé par le roi aux affaires publiques après le i4 juillet. C'est lui, dil-il, qui décida Louis XVI à se rendre à l'assemblée; on dut croire pendant trois jours qu'il allait être un premier ministre : cela ne s'est point réalisé. On voit qu'il n'est pas bien avec la reine; elle l'a déconcerté dans un entretien, et dès lors il n'a pu prendre de l'ascendant sur elle. Mais voici la phrase la plus importante; et, si ma mémoire ne me permet pas de la citer textuellement, je suis du moins certain de conserver le sens avec une entière exactitude. Cette phrase est relative au roi et à la reine : «Peut-être devrais-je les servir malgré eux ^ peut«-étre devrais-je me faire craindre, et leur tendre ensuite une main qu'ik. ne pourraient plus refuser; mais je ne me résoudrai jamais à jouer uu pareil rôle.i^ Le traité fut mis en oubli presque aussitôt après avoir été signé. Je ne sais si dans la suite on obtiendra, plus d'éclaircissemens sur ce court épisode delà révolution; ceux-ci suffisent à l'histoire ; ils mettent hors de doute que Mirabeau eut des relations politiques avec Monsieur; ils indiquent d'une manière générale ses vues, et la cause qui ne lui permit pas de les réaliser. Le grand orateur était profondément convaincu qu'il avait en lui la force nécessaire pour sauver son pays (i), et il éprouvait sans cesse le supplice de ne

(t) Il écrivait le 3 décembre au major Mauvillon : « La monarchie est plutôt en danger parce qu'on n'j gouverne pas que parce qu'on y conspire. Si nul pilote ne se présente, il est probable que le vaisseau toucbera; si au contraire la force des choses coiilraiul à appeler qn homme ^e léte,

iôl PROJETS

pouvoir la ééploy^r. Une faute ënorme de l'assemblée Tatait mis dans l'impossibilitë de gouverner ostensiblement l'ëtat; il venait d'essayer de le diriger obscurérneiit par 6es conseils, et il n'avait pas mieux réussi. Quelques soupf^ons de ses relations secrètes contribuèrent beaucoup à faire rendre un nouveau décret {a6 janvier), par- lequel l'assemblée interdit h ses membres d'accepter du gouvernement aucune pkce, emploi, traitement, pensioû ou faveur, même en donnant leur démission.

Tandis que Mirabeau voulait mettre un frein à la révolution , pour la diriger dans des voies plus sages et plus sûres ^ Duport, BamaVeet les Lameth prêtentd&îeût que^ pour sauver la Frauce, il fallait imprimer à la révolution un mouvement plus rapide encore. Leurs inOyens d'action se trouvaient dans le dub dont ils s'étaient emparés. Cette réunion, formée d'abord de quelques membres de l'assemblée nationale, prit une extension prodigieuse dans le couvent des jacobins. Il ne fut plus nécessaire d'être député pour en faire partie; on y reçut les écrivains, dénomination sous laquelle on ne tarda pas à comprendre quiconque avait écrit un pamphlet ou quelques lignes dans un journal; et Ton finit par admettre tous les hommes qui étaient ou qui passaient pour être patriotes. Duport avait eu l'art de

et donne le courage deiratiiore tous les respects ImnaîiiB et la jalousie suiMlterae qui ne eesserMrt jamais de 8*j opfioser, vont mm tous figurez fMsé quel pmX it est facile de mettre le faisseau pubHcà flot. » Letiret iiu oomtt de fdirabttm^ etc., p. 4Si.

DE HUtiLBCAU. lo3

mettre en armes la France entière; une nouvelle idée ne prouve pas moins son talent pour créer des forces révolutionnaires. Duport voulut avoir, dans tous les départemenSy des sociétés patriotiques qui seraient affiliées à la société centrale^ qui correspondraient avec elle, recevraient ses instructions, et lui adresseraient les renseignemens utiles à la cause commune. Ainsi k club de la capitale deviendrait une assemblée délibé* rante et une espèce de gouvernement, formé dans l'état par l'intérêt et la puissance de quelques indivis dus. Ce vaste projet fut d'une exécution fiicile. Non seulement les députés avaient des correspondances très actives avec leurs départemeus, mais beaucoup d'faabitans des provinces visitèrent Paris dans les mois de novembre et de décembre 1 789; ils étaient avides d'assister aux séances de l'assemblée nationale , de' parcourir la ville théâtre des grands événemens, de se: promener sur la place où fut la Bastille; les plus zélés briguaient L'honneur, de converser avec des hommes influens de la révolution,: les ageus nécessaires pour réaliser le projet de Duport, vinrent s'offrir d'euxr mêmes.

i.es clubs se multiplièrent dans toutes les parties de la France. Supposer qu'ils ne furent composés que d'énergumènes, serait Une grande erreur. Il s'y txtMivait beaucoup d'hommes dont les intentions étaient droites et les opinions modérées; mais ceux-là cessèrent promptement d'être les hommes iuflueus. Les clubs fomentèrent les passions, excitèrent l'esprit de tracas-

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série 9 et prirent un caractère inquisitorial. On doit d'autant moins s'en étonner qu'indépendamment des séances publiques , où la fougue l'emportait souvent sur la raison, il y avait de petits comités peu connus, qui réunissaient les gens les plus ardens, et qui entretenaient des correspondances cachées aux membres ordinaires. Alexandre I<ameth fit, pour la capitale, une addition au plan deDuport; il forma, de concert avec ses amis, une petite association dont La Fayette, à qui elle donna beaucoup d'ennuis, parle en ces termes : « C'était ce que les Lameth appelaient eux-mêmes le sabbat , c'est-à-dire une association de dix hommes dévoués à eux, et qui prenaient l'ordre tous les jours, que chacun donnait ensuite à dix hommes appartenant aux divers bataillons de Paris , de manière que tous les bataillons et toutes les sections recevaient à la fois la même proposition d'émeute, la même dénonciation contre les autorités constituées, le président du dépar« tement, le maire et le commandant général (i). »

. Duport songeait avec orgueil à l'influence prodigieuse que devait lui assurer son organisation des clubs, et ne prévoyait pas que l'instrument qu'il avait forgé tomberait de ses mains dans celles de gens dont il méprisait les folies et la médiocrité. Ses amis et lui vivaient d'illusions. Un jour, Chapelier témoigna des inquiétudes à Barnave sur les progrès de l'exagération : ii ci{a l'assemblée du district des cordeliers, qui

(i) Mémoirss de La Fftyeife, t. a, p. 371.

DE MIRABEAU. Io5

transformait cet arrondissement en une république, où les autorités légale^ étaient regardées comme des autorités étrangères, comme des forces ennemies , et qui venait de déclarer qu'aucun mandat d'arrêt ne serait exécuté dans son district , sans avoir obtenu le visa de commissaires qu'elle avait nommés. Chapelier craignait que l'exaltation n'envahît le club des jacobins , par la facilité avec laquelle on y faisait des admissions. Barnave s'étonna de cette crainte: a Sous un gouvernement libre, dit-il, on rencontre inévitablement quelques sociétés extravagantes, quelques réunions de têtes perdues; mais elles seront sans danger pour la France, parce qu'aucune de ces réunions n'aura jamais l'éclat et l'ascendant du club que nous avons formé. L'admission de quelques gens qui n'ont pas notre confiance, est nécessaire pour constater la liberté des opinions. De telles gens ne peuvent lutter avec nous de patriotisme, de talent, de popularité. Que nous importe qu'ils parlent? la masse est pleine de bonne foi, de bon sens; et, comme elle s'éclairera de plus en plus , on verra notre majorité ^accroître sans cesse. » Ainsi, aux yeux de Barnave, le club des jacobins était une barrière opposée à Texaltation.

« Quel sort attendait notre pays! La seule institution forte, créée à l'époque dont je fais le récit, était de nature à pousser la révolution hors de toutes limites.

Le parti sage , à la tête duquel nous avons vu Mounier et Lally-Tollendal , était très affaibU par réloignement de son publiciste le plus éclairé et de

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son orateur le plus éloquent. Trop peu de lumièi*es dans ies esprits , trop peu de calme dans Tétat , n'avaient pas permis à celte fraction de l'assemblée d'obtenir la confiance générale, et son impopularité croissait à mesure que les passions s'irritaient. Ses membres avaient voulu manifester qu'ils restaient fidèles à leurs principes; et depuis que l'assemblée siégeait dans la capitale^ ils avaient pris les noms AHndépendans et à^ impartiaux. Les agitateurs affectaient de les con* fondre avec les membres du coté droit, dont en effet plus d'un motif pouvait les rapprocher. D'abord, l'ennemi de l'injustice doit défendre contre la violence ceux mêmes qui ne partagent point ses opinions politiques: c'est un de ces principes qu'obscurcissent les révolutions, mais qui n'en restent pas moins éter* nellement vrais. Ensuite, les membres du coté- droit avaient pour la royauté un respect, pour les crimes de la révolution une horreur que les impartiaux éprou^* vaient comme eux, et que tous les Français auraient dû ressentir. Enfin, lecoté droit n'était point homogène. Ceux de ses membres qui voulaient à tout prix la contre-révolution n'étaient pas aussi nombreux que le prétendaient ses admirateurs exaltés et ses fougueux antagonistes. Il y avait dans ses rangs des fanatiques et des intrigans, mais aussi des hommes qu'y retenaient des liens d'amitié, quelques préjugés, et surtout l'effroi causé par les forfaits qu'ils avaient vu commettre. Désintéressés, amis du bien public, ils ne se dissimulaient pas à quel point les espérances et les tentatives

contre-révolutionnaires aggravaient les dangers du royaume; et ils auraient fait de grands sacrifices d'opinions, s'ils avaient eu la certitude d'assurer ainsi la paix de Tëtat. Il fallait consoler, attirer à soi de tels hommes, non les repousser et les aigrir.

 la vue des désordres publics et de Tanéantisse** ment du pouvoir, les impartiaux n'espéraient le salut de la France que d'un rapprochement entre les gens de bien , quelles que fussent les nuances de leurs opî^ nions; et ils aspiraient à devenir les intermédiaires Au ce rapprochement difficile. Malouet, Clermont-ToaA nerre et leurs amis n'avaient cependant arrêté aucuh plan pour réaliser ce dessein : ils avaient peu d'ai^ deur, parce que leurs espérances étaient faibles; de tristes pensées les obsédaient, et chaque jour les fautes de tous (es partis les consternaient davantage. Un incident vint les décider à des démarches actives, pour tenter la conciliation qu'ils désiraient.

Les chefs du côté droit, exaspérés par de nouveaux décrets de l'assemblée nationale , sonnaient l'alarxiie^ et se montraient plus que jamais résolus à soutenir la cause qu'ils avaient embrassée. Témoin des succès obtenus par les meneurs des jacobins, ils pensèrent que s'ils formaient un club, ils auraient aussi des suc^ ces; et ils convoquèrent une réunion préparatoire ail couvent des Pelits-Augustins, où se tenaient, sous l'an^ cien régime, les assemblées du clergé et celles des chevaliers du Saint-Esprit. Le but annoncé était de former une société qui s'occuperait de rétablir l'ordre et

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la paix. Malouet, in vile à cette réunion, ne crut pas devoir s y rendre; il fut cependant un des commissaires nommés pour proposer le plan d'association , mais il n'accepta point. Un club où dominerait la partie fougueuse du côté droit ne pouvait convenir aux impartiaux ; il eût fallu, pour entrer dans leurs vues, éloigner de ce club les contre-révolutionnaires, et les remplacer par des modérés du coté gauche. En faisant connaître son refus aux commissaires, Malouet leur représenta qu'une société telle qu'on paraissait vouloir la composer, loin de ramener la paix, deviendrait le prétexte de nouveaux troubles, puisqu'elle serait inévitablement accusée de conspirer contre la révolution et les intérêts du peuple; que le seul moyen de pacification serait d'entrer en conférence avec des homm.es qui n'appartenaient point au côté droit, mais qui avaient toujours condamné les excès du parti contraire; qu'il faudrait proposer une alliance à tous les honnêtes gens du royaume^ et donner une éclatante publicité aux motifs de celte réunion ; enfin que, selon lui, le commandant de la garde nationale de Paris était le premier qu'on devrait en informer. Si ces idées paraissaient justes, il offrait de commencer le^ négociations. Des hommes prudens se trouvaient parmi les commissaires; l'avis des têtes ardentes ne l'emporta point, et la proposition fut acceptée.

Les impartiaux applaudirent à ce projet : Malouel, autorisé par eux , se rendit chez La Fayette (29 décembre), et lui fit connaître les dispositions de ses

amis. Cette démarche fut très bien accueillie par le commandant général ; il avait souvent exprimé le vœu que tous les hommes estimables concourussent ensemble à rétablissement de Tordre légal; il avait fait plusieurs tentatives pour amener des rapprochemens. On a de lui une lettre noble et touchante , écrite à Mounier (aS octobre) pour l'engager à ne pas rester éloigné de l'assemblée ; et une autre lettre à son parent, le marquis de Bouille, pour le presser de combattre avec lui l'anarchie, en se ralliant à la constitution (16 novembre). La Fayette goûta l'idée d'avoir des conférences pour chercher à réunir les esprits. Thouret et Latour-Maubourg, qui se trouvaient chez madame de La Fayette, furent appelés, et manifestèrent les mêmes sentimens. On convint que chacun rendrait compte à ses amis, et que le surlendemain quelques personnes auraient un entretien chez le duc de ja Rochefoucauld.

Malouet réunit vingt-cinq députés du tiers, un du clergé et deux de la noblesse. Ces trois derniers étaient Févêque de Nancy, Virieu et Boufflers; ils furent chargés, avec Malouet, La Chèze et Redon, de se rendre au jour indiqué chez le duc de la Rochefoucauld, qu'ils trouvèrent avec La Fayette, Liancourt, La Coste et Latour-Maubourg. Tous exprimèrent une même opinion sur les dangers que multipliaient à la fois les idées anarchiques et les rêves contre-révolutionnaires, sur le devoir pour tous les Français de coopérer au retour de Tordre, et sur la confiance que

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se doivent les genis de bien. On est facilement d'accord sur les idées générales, c'est lorsqu'on passe aux applications que les difficultés commencent. Chacun reconnaissait qu'un gouvernement doit avoir la force nécessaire à l'exécution des lois; mais quand il fut question de ranimer l'autorité mourante , La Rochefoucauld et ses amis laissèrent apercevoir que, se défiant du faible Louis XYI et de l'influence des per« sonnes qui l'entouraient , ils croyaient utile de pro« longer sa situation jusqu'à ce qu'on eût terminé l'acte constitutionnel. Ils n'exprimaient pas formellement cette opinion, ils la voilaient en disant : L'assemblée nationale s'occupe de régler les relations du pouvoir exécutif avec la législature, avec les tribunaux, les corps administratifs, etc.; la réunion des différens articles constitutionnels qui concernent le pouvoir exécutif formera le chapitre où ses fonctions et ses prérogatives seront fixées; mais ce chapitre ne peut être que le dernier, puisque le pouvoir exécutif est la clef de la voûte. Malouet et ses amis répondaient qu'assurément le pouvoir chargé de faire exécuter les lois n'aurait sa force entière qu'au moment où tous les rouages de la constitution existeraient et recevraient un mouvement régulier; mais que ce n'était point un motif pour différer de rendre au gouverneaient autant de force qu'il était possible de lui en donner à l'instant; que différer, ce serait prolonger l'anarchie et rendre inévitable une désorganisation* coipplèl«.

DE MIRABEAU. II i

Cette controverse excita quelques récriminations contre les députés qui, dans l'assemblée nationale, étaient sans cesse en état d'hostilité contre la révolution et même contre la constitution. La réponse fut que , s'il y avait des députés qui voulussent la contre-révo< lution, le but de la réunion projetée était de détruire leurs espérances, mais qu'un esprit de justice ne permettait pas de confondre avec eux des hommes bien' différens; qu'on était libre de combattre un décret proposé, pourvu qu'on lui obéit quand il était rendu et sanctionné; qu'on pouvait même alors persister à le trouver mauvais , pourvu qu'on cessât de l'attaquer, et qu'on donnât l'exemple de s'y soumettre. La tolérance, ajoutait«on, la tolérance qui n'est que le respect pour la liberté, est un des moyens que U réunion doit employer pour ramener la paix. Ces principes furent universellement approuvés; et c'est en se donnant des témoignages d'estime réciproques,, en exprimant le désir et l'espoir de concourir ensem** ble au bien général , que l'on convint d'avoir dans trois jours une nouvelle conférence : celle-ci fut la dernière. I^a Rochefoucauld et ses amis politiques étaient des hommes que leur intégrité rendra toujours honorables. L'éloiçnement pour l'intrigue, la baiqe des moyens violens distinguaient leur parti de celui de Duport et des Laïuetb , dont ils s'étaient ouvertement séparés. Mais leurs idées américaine^ ne leur avaient pas permis de s'entendre avec Mounier sur les bases de la constitution, et rendaient fort dif^

ficile qu'ils s'entendissent avec Malouet, même sur les moyens de faire cesser le désordre, tant une erreur peut étendre loin son influence. Puis des calomnies furent répandues avec activité, avec adresse. Le bruit circulait que Malouet était l'agent de Maury et de Cazalès, qu il leur avait conseillé de se mettre à l'écart, tandis qu'il duperait La Fayette et d'autres modérés. En même temps les contre-révolutionnaires, irrités des efforts pacifiques des impartiaux, leur reprochaient de vouloir disloquer le côté droit ; et lorsqu'on citait ce mol pour apaiser les révolutionnaires , ceux-ci répondaient : Ils jouent un râle convenu. La Rochefoucauld, La Fayette, les députés qui avaient accepté les conférences, étaient en butte aux soupçons, aux injures ; le club des jacobins ne leur laissait que le choix entre les noms de dupes et de traîtres. Ces députés s'inquiétèrent de leur position ; ils ne dirent pas, mais s'ils se fussent expliqués franchement, ils auraient dit aux impartiaux : Nous croyons la popularité nécessaire à qui veut être utile ; nous essaierions en vain de vous en donner, et vous nous feriez perdre la nôtre ; séparons-nous. Dans la nouvelle conférence (3 janvier), ils continuèrent de montrer une exquise politesse; mais les sentimens affectueux qu'ils avaient manifestés le premier jour étaient refroidis, et l'on cessa l'entretien sans convenir d'en avoir un autre. Malouet et ses amis, en se retirant, annoncèrent qu'ils allaient publier une déclaration de principes^ et que tous ceux qui la signeraient feraient partie de leur société.

DE MTBABEAU. f l3

La déclaration parut en ces termes : « Nous membres de l'assemblée nationale, ennemis de toute mesure violente et exagérée, séparés de tout intérêt personnel, réunis par le patriotisme , et dévoués entièrement à la cause de la liberté nationale et du salut public, professons et déclarons les principes suivans.

I. ccFidèle*^ à notre devoir, et invariablement attachés aux intérêts du peuple , nous ne cesserons de nous opposer, jusqu'à la fin, à tout projet qui tendrait à l'égarer ou à compromettre ses droits, soit en excitant insidieusement sa défiance, soit en le portant au mépris de la constitution et de l'autorité légitime.

II. «Tout citoyen doit se soumettre à la constitution. Ce qu'elle pourrait avoir de défectueux, le temps et l'expérience le manifesteront à la nation, qui le changera ou le modifiera à son gré.

IIL « Il est plus que temps de ramener l'ordre, la paix et la sécurité ; c'est le seul moyen de sauver la patrie, de garder la foi promise et due aux créanciers de l'état, de ranimer le commerce et de rétablir la perception des revenus publics, sans lesquels on verrait bientôt périr la constitution elle-même et la liberté.

IV. «Le maintien de la constitution et de la liberté dépend essentiellement de l'observation des lois; et l'observation des lois ne peut être garantie que par une puissance active, protectrice de tons les droits. Il faut donc se hâter de rendre au roi Texer-

Il4 PROJETS

cîce Aw poupoir exécutif suprême j conformënaent au vœu solennel de la nalion et aux principes monarebiqueSy reconnus et consacrés par la constitution.

V. «Nous défendrons de tout notre pouvoir, sans acception de rang ni de personne, les droits de Tbomme et du citoyen , trop souvent violés ^aujourjdliui avec impunité.

YI. a La constitution ayant aboli la distinction politique des ordres, un même titre doit réunir tous les Français, celui de citoyen.

YII. <cll est d'une saine politique d'attacher tous les cœurs à la constitution. Si son complément commandait encore de grandes réformes, il est indispensable d'éviter dans l'exécution tout moyen violent; ils alarment les citoyens, aigrissent les esprits^ menacent les propriétés, multiplient les malheureux, et qe peuvent qu'augmenter la détresse du peuple.

YIII. ccNul, sans doute, ne doit être inquiété pour ses opinions religieuses, ni pour le culte rendu en commun à la divinité; mais l'expérience des siècles passés n'a que trop appris combien la tranquillité et l'intérêt même de l'état exigent que la religion catholique continue à jouir seule, dans le royaume, de la solennité du culte public (i).

(i) La tolérance des impartiaux disposait la plupart d'entr^eux à désirer une liberté plus complète; il crurent cependant devoir insérer cette restriction, plusieurs prélats très estimés, tels que TarcheTéque d'Âix, ayant promis, si elle était adoptée, d'adhérer i la déclaration entière et d'en seconder le succès par toute leur influence.

DE mibabeâu. ii5

IX. « Pour assurer, dans tous les cas et contre tous les événemens I la dépense du culte public, Tentre» tien de ses ministresi et les secours dus aux pauvres et fondés pour eux, il est essentiel de conserver aux églises une dotation territoriale. £n conséquence, jusqu'à ce que la dotation nécessaire ait été déterminée et solidement assurée, il ne doit pas être fait d'autre aliénation des biens de l'église que celle décrétée le 19 décembre dernier, comme secours extraordinaire.

X. « Conformément au décret du 2 novembre précédent, aucune disposition relative soit à l'aliénation, soit à la répartition des biens ecclésiastiques, ne doit avoir lieu que d'après les instructions et sous la sur^ ifeiUance des provinces respectivement intéressées.

XI. a Une nouvelle constitution veut un autre ordre judiciaire, dans lequel les nouveaux tribunaux soient restreints au seul pouvoir judiciaire. Mais oa doit prendre les tempéramens convenables pour concilier, à l'égard des anciens magistrats, ce que la nécessité commande et ce que l'équité réclame.

XII. « Chez un peuple libre qui veut continuer de l'être, la liberté de la presse doit être constamment protégée ; mais l'ordre public, l'honneur et la sûreté de chaque citoyen demandent que la licence de la presse soit réprimée. Bien n'est donc plus instant que de provoquer et faire rendre sur cet objet, une loi sage et prudemment motivée,

XIII. «Toute force arn^éP^eviendrait redoutable à la liberté publiqu^ et serait le fléau des particuliers,

Il6 PROJETS

si elle n^ëtait contenue par la constitution ^ et toujours dépendante du pouvoir exécutif conservateur de l'ordre. Il faut donc que subordonnément à l'ordre établi parles principes constitutionnels ^ l'armée et les gardes nationales soient soumises au monar^ que, comme le monarque lui-même doit être soumis à la loi.

XIV. « Nous réunirons tous nos efforts pour obtenir la plus prompte expédition des affaires, accélérer la fin si désirable de nos travaux , et surtout pour maintenir l'union entre toutes les parties de ce vaste empire, dont l'intérêt est si essentiellement de former un seul et même corps, sous la dépendance de la loi et du roi.

XV. « Pour parvenir au but que nous nous pro- {)osons, nos moyens sont la justice, la vérité, la constance. »

Une autre tentative eut lieu , à la même époque, en faveur des mêmes principes. Le ministre qui la conseilla eut soin de ne l'unir aux projets d'aucune fraction de l'assemblée, d'aucun parti politique; il devait lui donner un plus haut caractère, il y faisait intervenir le monarque.

Necker dont l'étoile avait pâli dès longtemps, restait persuadé que le roi rallierait les esprits, s'il donnait une adhésion volontaire et solennelle à la constitution. Les circonstances devenaient chaque jour plus alarmantes, les pr^Aces voyaient se multiplier les incendies et les assassinats. Ntfcker écrivit un dis-

DE MIRABEAU* Iiy

cours paternel, destiné à être lu par le roi à Tasscmblée nationale. Louis XYI était disposé à suivre tous les conseils qui lui donnaient Tespoir de rendre le calme à la France, et les sentimens de son cœur étaient fidèlement exprimés dans le discours que lui présentait son ministre. Les personnes qui pouvaient exercer de l'ascendant sur ses déterminations avaient un grand motif pour ne pas le détourner de prendre un engagement constitutionnel ; on approchait, non sans alarmes, du jugement de Favras : le projet de Hecker fut adopté.

Le 4 février, un billet du roi annonça au président de rassemblée, qu'il allait se rendre au milieu des représentans de la nation , et qu*il voulait être reçu sans cérémonial. Bientôt, il parut accompagné seulement de Necker et du garde des sceaux : sa présence excita de vives acclamations. Louis XVI venait donner un exemple et faire cintendre des paroles dont il espérait le retour de la paix : il désire qu'on sache partout que le monarque et.le^ repréàentans sont unis par le même intérêt et par les mêmes vœux; il invite l'assemblée à' faire cesser les défiances qui contrastent avec les lois de sûreté et de liberté qu'elle veut établir. Son discours ne contient que des idées très générales sur la tâche que les députés ont à remplir ; le but de ce discours est de toucher les cœurs, il abonde en traits de sentiment dont il serait difûcile de n'être pas ému. ^ ♦

Après avoir paclé des consolations que doivent

éprouver ceux auxquels la révolution a coûté des sacrifices, Louis XVI ajoute: «J'aurais bien aussi des per^ tes à compter si, au milieu des plus grands intérêts de rétat, je m'arrêtais à des calculs personnels; mais je trouve une compensation qui me suffit, une compensation pleine et entière, dans l'accroissement du bonr heur de la nation; et c'est du fond de mon cœur qu« j'exprime ici ce sentiment.

« Je défendrai donc, je maintiendrai la liberté constitutionnelle , dont le vœu général , d'accord avec le mien , a consacré les principes. Je ferai da« Vantage, et de concert avec la reine qui partage mes sentimens , je préparerai de bonne heure l'esprit et le cœur de mon fils au nouvel ordre de choses que les circonstances ont amené. Je l'habituerai dès ses l^fémiers ans , à être heureux du bonheur des Français....

«Vous qui pouvez influer par tant de moyens sur la confiance publique , éclairez sur ses véritables intérêts le peuple qu'on égare, ce bon peuple qui m'est si cher, et dont on m'assure que je suis aimé, quand on veut me consoler dans mes peines... »

Les applaudissemens avaient souvent interrompu ce discours y et se prolongèrent lorsqu'il fut termine. A peine le roi rentrait-il au château que l'assemblée envoya une députation pour lui exprimer les senti* mens dcmt elle était pénétrée. La reine confirma , en termes affectueux, la promesse du roi sur les principes dans lesquels serait élevé le daupkîn, En même temps

Fassembl^ arrêtait que chaque députe prêterait le serment d'être fidèle à la nation , à la lai et au roi , et de maintenir de tout son pouvoir la constitution décrétée par l'assemblée nationale et acceptée par îe roi. Il fat décidé, sur la proposition à'Emmery, qu'aucun représentant ne serait admis à voter, satis avoir prêté ce sei*n^ent.Les partisans delacoùtre-révolutioni étaient restés silencieux, laiidis qu'une immense majorité applaudissait le roi : la demande du serment les blessa; te vicomte de Mirabeau sortit accompagné de quelques^ uns de ses collègues; et , dans le corridor , il jeta sk)n épée avec fareur , en disant : lorsque le roi bfise son sceptre j un sujet fidèle doit briser sonepée.Cepetidanl^ les autres membres de la minorité semonirèrent moins exaltés; et quoique l'assemblée ne vôulàt admettre ni restrictions , ni explications , ils répdwdirent à l'appel nominal, ils prononcèrent le serment ( i ). tiCs supplëans demandèrent à être admis au même honneur; lt»s nombreux spectateurs qui sfe pressaient dans les tribunes,

(t) Cinq on ax députés qui avaieùt quitte la salle le 4 février, expoèsèrent dans une des séaiices soivautes, qu'ils éprouviôiDnt des scrUpuke$« C^çit la- première fois i|ue les- adversaires de la révolutioa se servirent, pour la combaltre, du. principe de la souveraineté du peuple.» Nous ne pouvons, disaient-ils, jurer de mainicnirdc tout noire pouvoir Fa conslîtutiou, si^é peuple n'ca veut pas ou cesse d'en vouloir. «Le pré«Mc»t leu*" fit observer que la constitotion recounaissait au peuple ie^roit de clian^^ •es lois; et ils prêtèrent sermenit.

Bergasse .après le 6 octol)re avait quitté l'assemblée» où il ne reparut jamais, quoiqu^'il n'ei\t pas donné sa démission : il écrivit pour refuser le sermetxt exigé^-el persista seul dans ce refus.

I âO PAOJ£TS

entraînés par l'enthousiasme, debout^ les mains étendues vers l'assemblée, s'écrièrent, ye lejurel Dès que les nouvelles de la séance parvinrent à l'Hôtel de Ville, les membres delà commune prêtèrent aussi le serment. Toutes les têtes étaient électrisées; Bailly descendit sur la place couverte d'une foule immense, dont les accla* mations cessèrent pour entendre la formule du ser« ment;, et dès qu'elle eut été prononcée, un cri unanime éclata. Des Te Deum furent chantés dans les soixante districts , et le soir Paris fut illuminé. De proche en proche, à l'arrivée des courriers, les provinces partage* rent l'ivresse de la capitale; et le serment cmque fut prêté dans tout le royaume.

Ce fut le seul résultat de la démarche du roi. Les hommes des deux partis extrêmes s'accordaient à dire que les vrais «sentimens de Louis XYI étaient connus, et qu'il avait cédé aux instances de plusieurs ministres. Quelques maladresses accréditèrent bientôt de fâcheuses conjectures. Le soir de la séance , un grand nombre de députés appartenant à différens partis , allèrent au château ; et ne furent pas tous accueillis avec lia même bonté. Les prévenances du roi et de la reine s'adressèrent à ceux qu^ils avaient affligés; les autres se virent reçus avec froideur. Ainsi , dans cette journée destinée à rallier les esprits, tous les députés eurent des sujets de mécontentement. L'absence d'appareil dans la séance , l'abandon de Louis XYI avaient touché les cœurs; et, le lendemain, les ministres écrivirent au président pour demander que le

procès -verbal ne fît pas mention de la manière dont le roi s'était rendu à rassemblée. Puisqu'on avait vou- lu que la royauté reprit quelque force, peut-être auraitil été convenable de la faire apparaître avec éclat ; mais , après avoir excité l'enthousiasme par un moyen contraire, c'était une insigne maladresse que de choquer les esprits par une réserve en l'honneur de l'étiquette, par une prétention intempestive, à laquelle l'assemblée refusa de faire droit.

Mais la grande faute de Necker fut de n'avoir pas appris de l'expérience que si l'on se borne à débiter des phrases sentimentales, on n'obtient que des applaudissemens fugitifs. Il aurait fallu que le ministre eût concerté une suite de mesures politiques, avec des hommes capables d'exercer de l'influence , et que le discours royal commençât l'exécution d'un plan arrêté. Necker éleva un péristyle qui ne conduisait à aucun édifice.

Malouet essaya de réparer celte faute ; il demanda (5 février) que les points principaux du discours du roi fussent examinés, et qu'ils devinssent l'objet de délibérations, afin que la séance de la veille produisît les effets qn'on devait en attendre. Une proposition si naturelle , si juste , fut impatiemment repoussée.

Mirabeau avait deux motifs pour voir avec humeur la démarche du roi : il ne l'avait pas dirigée; et il savait qu'elle était conseillée par Necker , approuvée par La Fayette. Le Courrier de Provence, sans violer le respect dû à l'autorité royale, critiqua la séance et le

discours de Louis XVI. L'auteur de Tarticle, inspiré ' par Mirabeau s'il n'était pas Mirabeau lui-même, suppose la constitution en activité, et représente combien il serait dangereux que les ministres fissent parler le roi sans être responsables de ses discours, quel funeste parti ils pourraient tirer d'un pareil moyen d'influence sur une nation mobile, enthousiastes confiante. Ensuite, regardant le discours royal comme leur ouvrage, il leur reproche de se plaire à rappeler sans cesse, avec affectation, les circonstances fâcheuses qui accompagnent la révolution. Le

rédacteur lance des traits perçans à Necker : aprèâ avoir réduit presqu'à rien l'effet du discours, il dit que la défiance croit y voir un signal de détresse financière et un désir de préparer quelque opération fisicale, parce qu^oii a pris l'habitude de chercher de petites vues à ceux qui n'ont pas fait preui^e de grands desseins^ et il rappelle le parturient montes. Enfin,

Kax\ en reconnaissant Malouet pour un bon citoyen, il- prétend le caractériser en lui appliquant ce mot à-xin ancien : Cest un homme qui tient de bons propas hors de propos.

La démarche de Louis XVI ne produisit aucun bien. Les efforts des impartiaux échouèrent. Leur déclaration de principes ne fut adoptée par aucun 'inèmbre influent du coté gauche', et tous les membres exaltés du côté droit la repoussèrent ; Cazalès dit que pour la signer il faudrait en changer la moitié, tàrmi les ecclésiastiques et les nobles qui adhérèrent

DE MIRA.BEAU. ia3

à cette déclaration, cinq prélats furent remarqués : c'étaient les archevêques d'Aix et de Toulouse, les évêques de Chartres, de Montpellier et de Nancy. Les impartiaux eurent des réunions ; mais leur club et leur journal s'éteignirent eo peu de semaines, pour reparaître ensuite avec moins de succès encore.

Nous venons de jeter un coup-d'œil sur les principales tentatives qui, dans les derniers mois de 1789 et dans les premiers de Tannée suivante, fuient fautes en sens divers pour modérer^ pôui* arrêter ou poiii* précipiter la révolution. Je n'ai pas voulu interrompre ces récits qui se salivent et s'enchaînent. Maintenant, reportons nos regards en arrière, il faut assister à des discussions législatives dont j|e n'ai pu parler encore.

VBIVCIPAUX AOTSS US VAB8MMSLÈX.

Dans la période que je vais parcourir (i), l'assemblée nationale fit trois grands actes de puissance : elle changea la division du royaume, anéantit les parlemens, et jeta dans le trésor public les richesses du clergé.

C'est à Sieyès qu'appartient l'idée d'une nouvelle division du royaume; et si Ton peut lui reprocher d'avoir eu souvent des conceptions plus révolutionnaires que législatives, plus singulières qu'utiles, on doit reconnaître que celle-ci est d'un homme d'état. En réalisant cette idée, on mettait un obstacle insurmontable au retour des privilèges de provinces; on préparait à la France de puissans élémens d'union, de force et de prospérité; on rendait facile l'unité de législation; l'autorité pouvait devenir plus paternelle, et l'expédition des affaires plus rapide.

Les législateurs balancèrent peu les inconvéniens et les avantages de ce grand changement. On n'examina pas de combien d'asiles on allait priver la li-

(i) De ia fin de sepUaibre 1789, au milieu d*avril x79o.

principaux: actes de l' assemblée. ia5

berté, ni de combien d'obstacles le despotisme se trouverait affranchi, s'il voulait tenter un jour de relever son sceptre. Des questions aussi difficiles qu'importantes méritaient d'être discutées, bien que je ne croie pas que la discussion eût fait^ ni dû faire chan* ger l'opinion de l'assemblée.

Très peu d'hommes prévirent un résultat que devait nécessairement amener la transformation des grandes provinces en petits départemens; c'est l'influence, l'autorité qu'elle donnerait à Paris sur le reste du royaume. Malouet craignait cette autorité ; et pour y mettre obstacle, il proposa de diviser la France en quarante départemens, dont chacun aurait une population à-peu-près égale à celle du département que formerait Paris. Ce plan aurait été sujet à des objections, et le danger qu'apercevait l'auteur n'attirait point l'attention ; les esprits ne se portaient guère au-delà du présent. Peu d'années s'écoulèrent, et l'on apprit par expérience, quels sont les dangers et les avantages de l'influence qu'on avait, sans le savoir, concentrée dans Paris. Il fut impossible de résister à la terreur qui certainement aurait été vaincue, si de grandes provinces se fussent armées contre les montagnards; mais dans nos guerres de la révolution et de l'empire , la centralisation toujours croissante donna une force immense aux Français contre les étrangers (i).

(i) Après la révolution de i83o> beaucoup de personnes demandèrent

J2^6 FBîNqiPAUX ACTJE3

Sieyhs n'exposa pas lui* même ses vues; il abandonna ce soin à Thouret^ en le faisant nommer rapporteur du comité de constitution. Le projet de loi était fort compliqué : il indiquait les bases de la nouvelle division du royaume ; il établissait Tordre hiérarchique dans lequel les autorités administratives exerceraient leurs pouvoirs; il déterminait les conditions nécessaires pour élire et pour être élu.

Thouret se fit remarquer par la netteté de son esprit méthodique. Mirabeau montra le même genre de mérite, dans une discussion souvent aride^ où la précision et la clarté devaient remplacer l'éloquence. En général, ses opinions ne prévalurent pas. Plus démocrate encore que le comité, il portait à cent vingt le nombre des départemens ; il ne voulait pas des districts, et faisait communiquer sans intermédiaire les municipalités avec les administrations de département. Alexandre Lameth l'accusa de flatter la multitude et de rechercher la popularité.

Le choix des administrateurs fut livré entièrement

qu'on décentralisât la France. Une preuve qu'elles avaient peu réfléchi , c'est qu'aucune d'elles n'a parlé du premier moyen qu'il faudrait employer pour parvenir à réaliser ce vœu. Un moyen sans lequel tous les autres n'atteindraient pas le but, consisterait à faire une nouvelle division du royaume» à créer de grands départemens qui, par leur population et leur richesse, fussent en état de donner à leurs capitales une puissance réelle. Dans la situation des esprits, une pareille mesure eût rendu la France impossible à gouverner, et l'eût fait périr dans les convulsions de la guerre civile.

BE L ASSEMBI^EB,. 12^

à Télection populaire. La vanitë jouait un grand rôle d^ns la révolution ; et tant de places à exercer, à donner, à promettre, enivraient d'araour-propre un nombre considérable de Français. On oublia que, pour servir l'intérêt public, un gouvernement a besoin de force, et qu'il eu conserve bien peu si on lui ôte le choix de ses agens. On oublia que s'il est des affaires locales que peuvent régler les habitans de la ville ou de l'arrondissement qu'elles concei'nent, partout il est aussi des affaires générales que la nation ne doit point abandonnera des hommes qu'entraîneraient facilement des intérêts particuliers. La loi votée par las* ^semblée dit que les administrations de département seront subordonnées au roi, administrateur suprême ^ qu'elles recevront ses ordres, les transmettront et les feront exécuter; mais ces mots ne donnaient à la couronne qu'une autorité nominale. Le roi ne délé* guait pas même de simples commissaires pour requérir et surveiller l'exécution des lois ; il n'avait pas le pouvoir de suspendre les administrations qui négligeraient ou refuseraient de remplir leurs devoirs. Sans doute on s'imaginait que les affaires iraient d*ellesmêmes, ou que les élus du peuple auraient toujours de la subordination, du zèle et des lumières. On ne laissa donc au gouvernement, pour agir sur l'administration, d'autre moyen que d'écrire de pressantes missives. Les démagogues jugeaient ce moyen très suffisant, et pensaient que, dans certains cas, il serait fort utile que les administrateurs ne tinssent pas compte

laS PRmciPAUx actes

des instances de Tautorité suprême. Le côté droit, si plein d*ardeur pour la royauté, ne se souleva point en la voyant si complètement annulée; il désirait une constitution éphémère, et de pareilles dispositions le servaient à souhait. Plus tard, cependant, rassemblée s'aperçut qu'elle n'avait pas donné au gouvernement la possibilité d'administrer le royaume ; mais la manière dont elle essaya de réparer sa fauté, est aussi curieuse que la faute même. Le monarque fut investi du droit de suspendre une administration qui n'exécuterait pas ses ordres, à charge d'en informer le corps législatif qui confirmerait ou lèverait cette suspension provisoire. Quelle anarchie! Si le gouvernement ose sévir contre des administrateurs qui refusent de remplir leurs devoirs, il se trouvera mis en cause devant l'assemblée législative. Qu'il évite une pareille épreuve, que le pouvoir exécutif suprême cède sans bruit, s'il ne veut subir de scandaleux échecs et préparer des triomphes à ^l'insolence de ses subordonnés.

L'assemblée constituante exigea une faible contribution, égale seulement à la valeur de trois journées de travail, pour avoir droit de suffrage dans les assemblées primaires; à la valeur de dix journées, pour être électeur; et d'un marc d'argent (54 Hv.), pour être éligible à la représentation nationale.

Quand les passions démocratiques s'emparent des esprits, ils deviennent impossibles à satisfaire. Ces dispositions de la loi furent qualifiées d'aristocratiques par une forte minorité de l'assemblée, par les prin-

us ^ ASSBMBUÉf., . 1 29

cipaux .Orateurs de^ clu}>$, par les journalistes qui pno*, naient exclusivement le tiU5e de patriotes , et par Jf^ multitude qui -faisait écho* On entendait dire qu'exi^ ger une contribution pour être admis ^ux asserpbli^ primaires, c'était déchirer la déclaration des droijL^ c'était diviser les Français. en citoyens et en esclaves» Qçs.r^lamations si vi^^ séleyèreut, que rassemblée^ voqlut. apaiser une effervescence menaçante. Ijepvîjf^ de la icmmée de travail variant; dans. les différeatei^ parties de 1^ France^ il devait être^ évalué p^r ,les ai|tQi;iti^ locales. :Xîii,4PtQjivean décret décida quç Tévalu^lion ne pourrait e^^céder vingt sous; et ^^s i«r^ st<;uiqtioiis envoyées , par le r^i dans -les départ^n^ns^ fiicpt pl^server que le décret n'empêchait pas de renf; dc^ rév/filuaiion plus faible encore. Beaucoup de vpu| ne conJtiAuèrent pas moins de çriei; que k loL.çt^jjit aristoicçaUquiç. ,. . , » ? f

«jj^^fuptîde relatif ai} mar/Q d'argent ^ fut cplui quj e3|ci^aJesplus,violeiUe§tcli^ él^dï'W votév

quele^tUipulf^ de la, n^inçrité vaincue interrompit 1^ séance^ Il y eut dans les journaux, dans les cl\i.l>S| ^\\v ,ks.f^^C{9^ des déjclam^^ons fpçgenées.^ Le décret était rendu depuis plusieurs semaines^ lorsque le comité d^ constitution effiayé des attaques, dirigée^ contre lui ,^ pf Qoosa . un article additionnel rédigé d'une manière ambiguë, mais dont il résultait que la condition xle contribution e&igée pour iétre citoyen actij\ électeur ou députa, : seï'ait censée remplie par ceux qui pendant deux ans auraient payé vôlôntaireml^nt

i3d PRiJWS^Àtfit icfÉ»

Cette eonfributibti^ et èq seraient engkgëéi à côtitîntièr éè ràcqaJttér. C*ëtàît bfFdlrVîes mbyfetiè *é cwruptibii à TratrîgUe, c'était mettre en iréùté le flrdît 4^éltre et Cëkir d'êtrt ëlti (ï):Dans le tiëbat*/ la qaèîstioti ne fat If^itëe ni de part ni d'autre, tous lés orateurs étant aàbs cesse iittefrômpus parkuhâhtagôniâtés. Enfin, lél Arppbrteiir ctît que lé cÔimitéidë s'ëCait |jàif aiSJtei HetteïàfMtt expliqué) éi proptU Ûiïë Stécoflâè rédacdoti fdi^ dtffêi^enté dé la prehiièl^ï fé liirtiVel aiticlbyà|^li4)[iiàlt l^lèiiiëiit buk Fràdçiis ^i,'sadâ iSti-é Siipbséï'ii U tdiéiirâ'an MUré â*âi'geiit,/t^(]h(ieift'dëV^dit'>ëHp Mes. tJné vive discttsâlon s'édga^ea âur Mttë ^ecé f kidëddénient. Mfi^bëdti qdi iikitvôté contf é lé mai^ (fi^etA, prêtk^oil d^i^oi a}itù6fèn6Rèttj^ûil^é\iiibt Kt disjiôsitidà qu'il àtiti rëpàti^éèi lUàtsy i>^l-' âtté titëitqde habile de éétfx ^ut "^àtRukttï èdàsë^^^ intaëi le décret rendu, la seconde rédaction (OZ éèki^i ^ Tàii vota sut' \À^r^iti\hré qii'iF était pliis jiïÉèii» Ile Ûiifé iâctptfetf. Lei^jët^^t^è^dëiik éjfl^éayë^^ktit'^ê ^irondiidé, âe hiayiûiei àpaitèb^iié, éî^''éVk'4niëi^ rbmpirent, pendâùt pliif^ d^biàébéti^ làsëatice; l'àfTfiel nominal flitrédlàiiJé;'ét'èbkMâ^éfëJetliIàllàil)lè majorité de trékë vblx. "'■■"''■ ■■■<■'■■•'

Bientôt le comiifé ûi ëdCôre ùhé tëâtàtivé V il voulût dispenser de là cônlnbittié'n exigée pôW^êlre dé-

(t)Si Ton èljjêclé 4{(te, êÊmtélt<àMéù Mii^<Jdtté4iiposiik>a légbli- IMW «liste et a'ébtraiBe prâat «k'abul^ je répoii4r«d en ezprioiaut tpute^ iim ▼éoération pottr le pajrs où la conidLence des particuliers et Vopinion publique exercent de concert une si noble ioilueuce.

i^È' t'AâSEMfilie; l3l

ptité^eeltri qtli dMHÛtie assemblée électorale rëuni« rait lës^ trôii ^uàrtë ûts suffrages, au premier tour de sclrutîn. On derah prësumer que cette propo&^tioff serait soutenue avec diàleur ; eHe répondait au i^e-' pi^6cfce tàfnl dé fois 'répété : Ittoihme de génie, s'il est péuvYie, ne poutra donc être app«elé à défendre lea intérêts dtt peuple à la tribune ? La nrinorillé sa»§ doute était fatiguée de ses inutilei» efforts, la nouvelle pMpèifttiM fut rejetée sans tumulte.

I>at(§' lèsl dernières séances consacrées à la lot d'é^ tebttbn ^ Mirabeau flt i^ltisieurs motions remarquables; liés 'tirihcipateè îdéëft qttf'il présenta ne Itri'ap^tté^ itaiébf(<]^)^t, maii^il les développait atec tén rar« niteàt; l'éclat de ses pak)leset de son ftciion oratoire ct^titaîeÉQiC f aftentlbti de l'assemblée entière. Il ptyW pôsk HT â9bpte)(* unWe M de Genève, admirée par Mon* tetrqttfèn. Ciètté tôt pHre des droits politiques, non-^ imiii^uLut ie banquétioutier , le faifl^ ,- le débilenr 4»^ êmàSSIé ; màiS eneèt^ ^es eâfen^y s'il^ n^acqurttëtllf

pàshifmioti'Yimë'éèi dettes <fe leur père, "^afïiàié él^rtf'RÉlchéfetièattild; fôtit'eft reconnaissant ce qtid i^i'ésedtè déftor&l ëètte dernière disposition, se dé^^ cidèMfnt à la c^bi^tt^ë. La Fœ> dirent-ils, est injUsl^ lëiS^i/elle ^Ui^t ^bttr ii'afvbir pas fait plus qu'elle û%(édhé4, W lés règfeàf'^^ ne pedterif

êft^pWscktàqoe^^'fef ifaôwlè ^ l'opinion publn 4ûe. rfeiit*beiâA '^ti'àrtflfe-àcqttîKèlés^ dettes de sotf pë^è ; 4nais làfsàony là "^tix toàseiRé^ ce qut e^t hétt4 itêwilësïiis dôîteirtsfe IWrnér à prèsèrire ce qui esï

l3a PRINCIPAUX ACTES

jusle, Mirabeau, dans sa réplique, insista sur ce qu'il s'agissait d'une loi politique, non d'une loi civile, et sur ce qu'il convient d'exiger des membres de la représentation nationale, une intégrité plus pureque^ la probité vulgairequi suffit pour échapper aux tribur naux. Son opinion prévalut ; mais» dans la sfiite, l'assemblée. revint sur ce vote, et la disposition relaftiveaux enfans fut eC&cée de la loi. ; <

Un autre projet avait été suggéré à Mirabeau p^r^ une hi*ociiure dan$ laquelle Sieyèâ proposait' d^. célébrer annuellement une fête où' l'on inscrirait, sur le tableau des. citoyens , les jeqnes gens qui auraient ati teint rage de ^ i-^^ps. L'orateur xappelie combien :.i| es^ utile que la patrie revête d'ufi caractère. de. splçp-^ nité l'adoption de ses enfans,. pour. graver plus pi^ofondement dans* leur cœur le prix de ses bien^its et retendue d.e Içurs obligations^ (^ L'idée d'une insçrîpti^n civique, dit-il» n'est pas noi^yelle; je la f^qfgjfl^ ipéme au^si ancienne que la constitutipp des pf^yyfjjesi libres. Les Athéniens^ en (^rtiçuUer,.q^i;ayf(ieiit sJl bien connu tout Le parti qu'op peu^^j^i^^.^eSjiforçes» mprales de l'homaie, ayaieat régl^ par ,^ne.iolque les jeunes ,gens, après un service militaire de, deux aj^uées^, espèce de noviciat oii tous éti^içni; égaux, /o^;fta}i^ apprenaien l à porter dpçileineiijË le j pi^g de Jf^ , fWÎ^^'': diuation légale ^ seraient; insoritsi.à l'âge de,, ao..ai]ia^ ^r le rôle des cîtoy^Bn^^ . C'étfii|; ppur les, iapiil^ps et piour les tribus une réJQuissapc^ publique , et pour le^ nouveaux citoyçn;& c'était un:graa4.ipi^;. ils juraient

BE x'ASS£MBLÉe. l33

au pied des antels .de vivre et de mourir pour la patrie. Les effets de ces institutions ne sont bien sentis que par ceux qui ont ëtudié le» rentables crises du cœur humain; ils savent qu'il est plus important jde donner aux hommes des mœurs et des habitudes, que des lois.et des tribunaux.;.» Ce discours contient des vues législatives , des idées pleines d'intérêt y offertes avec une noble et brillante éloquence ; il. excita Tenthousiasme, la loi fut rendue au milieu des applau* dissemens; et, cependant^ jamais elle n!a pu recevoir d'exécution. Il faut l'avouer à regret , ces institutions touchantes, si propres à élever iesâmes,.à les pénér trer de dévoûment au bien public, ne^aïu^aient pou$r ser de fortes racines dans le sol de nos vastes empi4 res; il leur faut de petits états où' chaque citoyen semble avoir avec tous les autres des liens de famille ^ ou la patrie est d'autant plus aimée qu'on la connaît tout entière, où les passions privées, des intérêts mer*cantiles, les plaisirs qui s'achètent, ne viennent pas distraire les esprits et dessécher les cœurs* . • : p Lorsque l'assemblée fut près de terminer son tra** vail sur les conditions d'éligibilité^^Miraheau présenta un projet qu'il annonça comme le complément nécessaire de cette importante loi. Il en avait puisé Fidée dans les conseils donnés par Jean-Jacques à la' Pologne. Pour s'assurer du mérite des éltgibles, pour obliger. à des études positives les hommes qui prétendraient aux fonctions publiques ,. la loi les soumettrait à suivre une marche graduelle. Dans six ans , nul ne pourrait

l34 P»imUFA.U3^ ÀC1C£S

être nommé admiiiîsllrateiAr de département , s'il nV vait déjà rempli des fooctioas administratives inférieu* res. Dans huit ans il faudrait, pour être nommé député, avoir été deux fois '^u membre d'assemblées administratives, ou avoir exercé pendant trois ans au moins une place de magistrature (i). Ce projet, aux yeux de Mirabeau , offrait le double avantage d'honorer, de &ire rechercher les plus modestes fonctions, et de garantir les connaissances et le zèle des hommes qu'on appuierait à des fonctions plus élevées*

« Une marche graduelle, dit'^il, n'est-elle pas indiquée par la nature elle-même dans toutes ses opérations, par l'esprit humain dans tous ses procédés, par Texpérience dans touis ses résultats, comme la seule marche à laquelle a voulu nous assujettir l'auteur éternel des êtres ? La poUtique est une science ^ l'administration est une sdence et un art ; le gouverna^ «mit embrasse tout ce qu'il y a de grand dans l'hu* manité.». L'art le plus difficile serait-il donc le seul qu'il ne faudrait point étudie»* ? Le regardeiîons-nQUs comme les jeux de hasard qu'on n'apprend points parce qu'ils dépendent Ae combinaisons «qui suintassent noire portée?

' « Si l'expérience ne se forme que par degrés, la nature et la raison veulent qu'on passe pai" ks fonctions les plus simples de l'administmiioni avant de

(i) It fatsak «ne exception pour eeux qni aunUept déjà M ineinbrtf <2e

pury^ir apx plu^ çompliqy^i qu'pp itudie les lois dans le^rs^e0et$; df q$ leqractipi^ ipêmei avautc^'êlee j^dmi^ à le$ ré&nneir , jet 4 «n 4icter de nouvell^^ 9> y orateur v^nit.jqiiop J^rcç Tambitiga ^ à tout méri* ter au. lieu de tout eavahir,» Il mX qu'on lui dira qu'il ne faiUpa« limitai: la liberté d'éUre. «Ce priocipie, x^pooiJ-îVs $i on J[^ suivait dans 3es rigoureuses içws^ef^c^y irait à condanu^er les )ois qij^i fia^ei^t J a{[e 4u ..piajorat (ûvil et politique ; inais si la Iqi ^ youlu :^'assur^r de l'es^p^rience et de h r^ispn de ceux qui aspir/^pt dM^^ emploi^^ comme Ja raison et Tei^jpéçienc^ dépendent moins du temps qu'on ^ vé- /pu y q^e de l'usage qu'on en a fait, ççst entrer d^ns i('esprit d? ^ejLte loi qi^ d'exiger un noviciat pour êtiiB éligibjfeau eorps l^islatif«,^9

B^rnay^ Véljsra ^n(re ce projet avec yiv^m ^^ ;rude|ti^ ; f 3i poy^ ai:^4^ntjir la constitution d'u^ seif l cpvp 4I ç^fl5sait, dit-il, d'enveloppef dç quelques idéç^s mffrsàfs eç de quelques^ traits d erwditpn^ les princir pesles plus coiUr^i/'e^ k la. dfplaralipn cjes d^pjts ^ # nos diçcret^^ J[e préf^p^ani pourrait se Çafjtfx de pçRduire d^ l'effet gpr voui5 ; ^^iç , Ijeur^u^ipenti^il npii5 a aguerri^ conp:e les^^éductionjs dej^n (i^loq^i^j et plusienr^. foi;$ nous avpps eu pcçaiioQ d^ chçrcl^er la rajspn et le bien public à travers les^ traits élçqi^^^ dont iJ, avait embeljli sc^^jpiQipfls. * Barnave ypit (|a;^ Je projet, l'ewlwsion de toutes les placer pxpao^îcéfî contre le peuplt^;, ks rjicbes seuls jcjLcitcs Jt ^s w ^*MP^" Wf SPMy ^ feœplir ^yeç négligence^ ,fln'}r iJisHiKljier

l36 ]^RtirCIPAtJX ACTES

qu'un passage pour arriver à Tassemblëe nationale. Duport et La Rochefoucauld se joignirent à lui; ils furent combattus par Clermont-Tonnerre et Rœderier. Mirabeau avait appelé son projet; la sauvegarde 'dé la loi qu'il voulait compléter ; dans sa réplique, il

le présenta comme la clef de là' voûte sociale. L'assem- Blée frappée de cette proposition inattendue , embarrassée pour la juger , n'osant ni l'adopter , hï la rejeter, prit le parti d'ajourner un projet dont le plus grand défaut peut-être , est de blesser trop vivement l'amour-propre, l'ambition etia paresse.

Il seVait d'un haut intérêt de saToir quelles institutions Mirabeau jugeait nécessaires pour assurer eu France la durée d'un gouvernement libre. On ne peut à cet égard se former que des notions très générales. Durant son court passage aux affaires publiques, sa pensée principale fîit d'arriver au pouvoir; et l'on n'aurait bien connu ses vues législatives que lorsqu'il eût été maître de les réaliser. Quand le premier projet de constitution filt présenté, le grand orateur parla sur le veto; il avait besoin de prouver avec éclat que ses opinions étaient sincèrement monarchiques, mais ensuite, occupé du soin de sa popularité qu'il vient de compromettre , il se tait sur d'autres points importans; il plaisante dans quelques conversations sur le sénat qu'on propose d'établir, et laisse passer les décrets qu'improvise l'assemblée; ces décrets sont provisoires à ses yeux; il demandera une révision, il fondera des lois durables quand il aura la puissance.

•DE ïl xisÈWSLÉÉ. 137

' ' Souvent il n'est pas facile de distinguer si ses paroles sont inspirées par le désir de s'emparer d'un bouillant auditoire j ou si réellement elles expriment ses idées politiques. Ce qui résulte d'observations im^partiales et justes, c'est que cet homme qui tant àe fois échauffa les passions populaires , ne se dissimulait point les dangers qu'entraîné lé pouvoir dé la multitude; jamais il ne voulut constituer ce pouvoir; et, pour en garantir l'état, il faisait des combinaisons remarcjûables : nous venons d'en avoir un exemple. Mirabeau, dans la discussion sur le marc d'argent, se montre facile; ii vote avec les démagogues^ et semble -caresser le parti qui dispensé les honneurs du moment. Mais peu de jours après, en disant qu'il faut compléter la loi d'élection, il apporte un projet qui la modifie profondément; il veut créer une hiérar- ■chiè, il exige de ceux qui prétendront à la représentation nationale des garanties d'études, de savoir, de temps consacré à la chose publique, et par conséquent dé fortune.

Mirabeau, en discutant contre TKouret la division du royaume, ^demande qu'on multiplie les départemens et qu'on donne plus d'importance aux municipalités. Alexandre Lameth l'accuse de vouloir capter la faveur populaire. Pour juger l'emploi que Mirabeau fait de l'élément démocratique, il faudrait mieux connaître la manière dont il se proposait de le modérer, de le diriger, de le><!ontenir. Ses études positives, soà dédain pour la politique métaphysique, les défiances

1 38 9fUf^^4¥^ ^<^3(£S

df{ X^ Fayette çt 4e ^ea^potip ^'mtr^^ la fiertë de ^m cart^t^re^ se^ paroles et isa CQ94uU^ e^ diver^s pircp9«^ce$ attestent qu'il étak loÎQ d'avoir d^a fxé- Y^Dtip»^ <x>otre la véritable arîstocra^îç, ^i difSéreote 4e I4 Élusse. Mais comiaent préteadait-il eiâployer jDOt^ autre élémeat qui, sous dUlféreotef formes , ae iretix>uve da|is ti!>ute$ las constitutions libres et durables ?: U se gardait de s'^expliquier sur pe poÎQtf dans ,^n, teinp^ ^ii il "croyait la popularité néce^sairveà son esîstepce comme 1 air qu'il r^pîraili» daiM UH temps oîi des hommes, cependant éclairés, prenaiisnt Tesprit Xiobillaîre pour l'esprit aristoc^atiqu^ , bi^n que l'un SP^t égoïste et l'autre généi^euK ; çîi l'ignoraniee, aub- {^ituant à la langue des ppblicistes une ^orte d'angot, avait &it des mots démocrate et aristocrate les ayn^ïiijm^s d'ami et d'ennemi de )a liberté. Vers la âli jde sa carrier^, ses travaiu^ secrets nops indiqueixHiJ; plusiejLir^ des changerons qu'il voulait apporter à la constitution;; encore ^ ne s'explique-t-il , guerre que sur les moyens d'assurer à la royauté FinQuence que ré^ i^la^mç i'iatérlt public. \\ veut idiviser le corps légîalatif e^deux çhambrea, mais il se tait sur l'orgiiniaati^ 4f; pelle qui, dans to^^. les états constitutionnels, est plus 9u moins aristocratique.

3i l'çp voulait rendre de telles notions pluscomplètesi, oa. s'exposerait à prendre ses propres idées pour celJi^ /le Mirabeau. Homme d'étal et non simple théoricien^ M avait un but, et pour l'atteîndfif^ il avait des idées généraleis dout lapplipation ser^t oiodi^ice par les

X)£ h AsszJABiéib^ iZg

circonstances, par ses réflexions et p^r la disposition des esprits^ par ses forces et par celles de sçs antiir gonistes.

La loi relative à la division du royaume^ à rétablissement des autorités administratives, aux conditions nécessaires pour élire et pour être élu, occupa pen^ dant trois mois entiers une partie des séances (i)*ht prodigieux travail qu'exigea la transformation des provinces en départemens fut fait avec une étoo^ uante célérité, tant il y avait de xèle dans ks mem^ bres des comités de l'assemblée, et tant ils trouvèrent d'ardeur à les seconder dans toutes les parties de lu France,

L'ordre judiciaire devait être mis en rapport avec la nouvelle division du royaume. Par ce motif et par d'autres, la destruction des parlemens était résolue. Alexandre Lameth, après une conférence tenue cheis Duport, dit à la tribune (3 novembre) que le» va^ cances annuelles 4es parlemens touchaient à leur fin ; qu'il serait nécessaire d'en prolonger la durée, jus^ qu'au moi»^it où les représentaos de la nation auraient créé un nouvel ordre judiciaire qui rapprocherait du peuple les tribunaux , et qui renfermerait les juges dans l'administration de la justice. On craignait, si les magistrats étaient assemblés pendant qu'on délibérerait sur leur sort , qu'ils n'eussent les

^ (r) Is premier rapport afait été présenté à la Su de septembre 17^9» et M \9\ ne fut aoheiiée ^«'à h fia du dcoembrt .

l4o PRINCIPAUX ACTES

moyens de se concerter, de défendre leur cause avec l'ënergie dont ils avaient souvent donné des preuves, et qu'ils ne sortissent de leur nullité présente par des actes de vigueur qui appelleraient à les seconder tous les adversaires de la révolution. L'assemblée nationale décréta que les parlemens resteraient en vacances jusqu'à nouvel ordre, et que leurs fonctions continueraient d'être remplies par les chambres de vacations. Lameth, en sortant de la séance, dit : Nous les avons enterrés tout vivons.

Le bruit circula que la chambre des vacations du parlement de Paris allait donner le signal de la résistance. Le garde des sceaux, très inquiet des i*enseignemens qui lui parvenaient, se hâta de faire appeler le président de Rosambo, et lui représenta quelles affreuses calamités pourraient suivre un refus imprudent. Le magistrat répondit que dans les circonstances les plus orageuses, le parlement ne s'était jamais laissé détourner de ses devoirs par la crainte des soulèvemens populaires. L'entretien fut long et animé ; le garde des sceaux parla du roi avec émotion : «Songez, dit-il, que vous provoqueriez de nouvelles journées d'octobre; les magistrats veulent^ils attirer sur leurs têtes la responsabilité de pareils événemens?.... » Le public apprit bientôt que le décret de l'assemblée nationale venait d'être enregistré. Un profond secret permit à peu de personnes de savoir qu'une protestation avait suivi l'enregistrement : elle fut renouvelée avec mystère, et rcn-

PE L'ASSEMBXir. l4f.

(lue plas explicite eacore le ]4 octobre 1790 Xi)..

La chambre des vacations de ^puen n'earegUïra.

que provisoiremeut, et fit parvenir au roi son arrêté». Après un préambule où la situation du royaume, es^^ peinte sous les plus noires co^^^r$ , les inagistçal^. d^seat que cet eoregistrement i|e pourra dans auqup, c^s tirer à conséquence, attendu qu ils y ont prpç44ç: sans liberté et qualités sij^|}^antes ; ils tepmi^eot,:^!}^ assurant le roi qu^ils ne yivjTpnt que, pp^ur respecter et servir son autorité,. , . ...

Le ministère, eiD^ recevant, cette pièce», 9'^ffraya d ^e^ communicatipa q^i pojuvait com^r^o^etU^e Je gpuy^r, uçmçQt sr'il tarislait à ^éyjjr^ , Jp'fiw'êté d^ naagifitfats c^Çj Rouen fut çassé^^^^ J]Çr giii^e des^.çceauiL.CM) ififonaft. IVisçmblée. De9 remercîmcA^ .fur^t.adras^és aux^, pour la promptitude Jiyec ^qu^e il, ^ypX:^.,wéapL^^ IWe coupable, f B^fiUiçopp de dép^tés, pam^i lesquels^ il y eA avait de tJCf;sumpdér<^. f els q^ Çlermont-Tpf^

(1) Ctetté protestât! ôh idôit par éîre comvteFUÂê iia'gistrats qm )*ilvaiâft sjgoàâ'fore&t traduits 4* tfiboiiat:téVQtâti(maiDe>; et là^ili doniièinit;iiii[ spfiçtHiW kéroique. La Xewite ét.l^s 4éiié|^tiaiis,leiir .^arvrent, aur^fffov^ d'eux. Le président de Rosambo dît quli. avait fidèleiD^t gardé |a pro^ testatfoD, qiTàvant de' iboiirir'irraiiratt remise' au plus aftièn 'cbQsenlélrJ qvl'eât ensuite a|;idbinèiMaveb leéelisèillerlé'pluBaiicitn aprèalfti/LlI pr4fii^t.di|.tr«biv^hr^hiK<»iifiîretkqii|Mi^ à c^c^(|f

deiGes.Biagistrats^ çe|qu*ilaur|dlf fait^ de la protestation, 4 ^le fût arrivée^ dans ses maius. Tous, cominé s*ils eussent encore siégé sur les Imucs de la grànd'chanibi'e, se iérvirénf de là courte formule soutettt' èitptbyée lori^' qu'on Meuèiikait lea^nû; chaeun d^eui'pnuMiqa d'un.* ton lnDquiUa<«t f^m^^i^^c^fii^W. ToifS:«iontia'ent,à l'échafauf. .i ' .. : :.;

|44 PBJVrÇlPAUX, ACT)BS

qM^nce il lui paraissait convenable que cette affiiire n'eût pas d'autres suites : il. recommandai rin4ulgenc§ et la çnodéraûon comme le plus sûr moyen de réunir^ les esp^(sî et il finissait par ces mots ; Je n^Iiésite pas à vous dire que c'est le voeu de mon^cœur.hxxs^ilot les deux tiers, des députés annoncèrentpar un même mçuvfment qu'ils adl^aient au désir du roi; mai3 une vive opposition éclata dans, la minorité. • , « I^ roi .peut êtrqip^ulgeoty^'çcrif Alçx^ii^Qe l^ainet^l^n^pp^rra.rétre. lorsque l'affaire sera, jugée* >9 Un mifrmure gén^f^. .^e lui penpit pas de.continuç[r ; Ui,m.a£(^. ^o/^tt/.retentit^ et le tumulte devint exr trême. La ;ninoriiié,.yoi|lait qu'on disputât, quelques députés demandaient rajournçment;.Ja inajctiité re-r pouss£^itj;'fijournep^ept.et.la disçussipn., J^ ]>aron,de Mçnou jûavoqua. avec impétuosité fe féglement,^qui défendait qu'une question décidée par rassemblée ifiût i^téede j^quv eau dans la paêmç cession, a Si l'on fait gRâpe ^n^ fli^isf r^s dç Bx>uen, ajou^a-Viii je demande oue tous. les. détenus poiir crime de lèsernation soient )Qis )^ liberté^ pJLeS: prêteurs s^ suipcèd^at, et soutien* iV»it.4g^ opipiqi^ïOPPfifP^; E^fi^î-^lêizen rappelle

qq'au wpi&i ^® ÎV^^. ^'îl^ls^^'^H® ?9W'Ç^tft. ^'^^^^^^ 4^Jrgi pow iles mi}itairess eftlevéf^jrfe.Jt'abbayc, et. que

Ifl roi répondit, qu'il ,%cçordaft ^yefî eçipressement la pi^noii^r^: gi4^ ;qU'? Aui d«¥"!\2^»f!?^ . ÏV^em W^ p^tiou^^ki «<]£h i^ien, continjuaTt-il» 9'^^ ^ première grâce ll»e vQiw defnande le^^oi.; la reft\SjBi:w-vous ? » A ces mots un.gTi^pd nombre de déput^. se , levèrent , et ^

.0E l' A SSEMBLÉE, 1/(5

fut dëcrëté que le vœu du roi devenait celui de l'assemblée. Cependant la proclamatioa du décret fut suivie de marques d'improbation violentes ; il fallut lever la» séance, et plus de deux heures après il restait encore des groupes de députés qui faisaient retentir la salle de vaines déclamations.

Peu de jours s'écoulèrent, et le garde des sceaux communiqua à l'assemblée un. arrêté du parlement de Metz y cassé par le roi en conseil. Cette affaire était plus grave que la précédente. La chambre des vacations de Metz avait tempprisé; le parlement était rentré^ et il avait délibéré ; toutes les chanibres assembléea^ Son arrêté portait que ne croyant pas reconnaître, ji danst le décret de l'assemblée et dans la sanction d» roi, la liberté nécessaire .pour rendre les lois obligatoires, il protestait contre ledit décret et ladite sanc-: tion; que cependant, pour éviter de plus grands maux, il ordonnait l'enregistrement provisoire. Les magisr trats de Rouen n'avaiept envoyé leur arrêté qu'au garde des sceaux,, avec prière de le mettre sous le^ yeux; du roi; le parlement de Metz donnait au sien la plus grande publicité

Le premier orateur fut le vicomte de Mirabeau, homme frivole , spirituel , aimant à prendre le ton de l'ironie, habile à lancer l'épigramme (i). Des mur-

* (ij II se livrait jùsqu^a Pexcès aux plaisirs de la Ubie. Son frère lui iair sait ULi jour des représentations sur ce qu'il tombait dans l'ivrogneri^ ] Que veux- tu? répondit-il, c'est le seul wce que tu m* as laissé,

T« I1I« iO

i^ nmttPAVX ACTES

inûres toujours croissans interrompirent à chaqud |>brase ton discours : « Je sens messieurs, dit-il, quelle défaveur doit accompagner à cette tribune celui qui tient y parler contre votre sentiment général... Je connais peu leâ formes judiciaires ; je ne distingue pas bien un enregistrement pur et simple , d'un enregis-* tifèiiieùt provisoire suivi d'une protestation... Je me bôrilé donc à exàtidinér lesl tnotifs du parièAiént de Meti. Cette cour ne tttAt fàs que Târsâcmblée et té foi soient libres. Personne n'est plus cOilivaiilùâ qU0 moi que le roi est libre; il l'a dit, je ne doute pôiM de ce qu'il atteste; mais, quand il nô le sellait pas, il tiendrait le même langage.... Je crois aussi que Ta^

ifembîée est libre et ce que j'éprouve en ce moment

ine le garaiitit. Maiâ , siu bout du royaume , est * il sili^enant qu'on ait des doutes ?... Il est possible qu^ lés quinze mille ïioittnie^ qui sont allés si paisiblement inviter le roi à vèhir à Paris, aient paru le forcer à à'y rendre..,. Je démandé que le parlement de Met* enregistre purement et simplement ; et que pôut ras*» ènrer les provinces , rassemblée reconnaisse par un

décret qu'elle est libre » Les éris à Vofdre i'é*

levèrent; la proposition fut faîte d'interdire ail vicomte de Mirabeau pendant trois mois la parole. Gé fut Robespierre qui termina ce débat, en demandant que pour preuve de la liberté de l'assemblée et pour seule punition infligée à l'orateur, on fît imprimer son discours.

La discussion devint sérieuse. BarnaVe demanda

î^t t^ASSSMNÉE. l47

Kftîe leÈ magistrats rebelles à la loi, fussent poursuivis eùtùint coupables dti crime de lèse-nation. Barrère |)rop6sà de ca^eï* le parlement de Mets^. Lé comte de Crilloifi exprima le regf et d'avoir sollicité Tindulgence fkmr les mslgistif^ts dé Rotien.

Roederei* ëtàit menibi'e dé là compagnie accui^ée^ éti parlant avec fermeté des torts qu'elle avait, il sut les éxcuier. Cherchant à maintenir la dignité dé Fas- Sétnbléé, sàtis ètte trop Révère, il établit en principe qtte le ëorps législatif a le droit de punir la révolte dintte fte pôtiVoîr législatif J et il proposa que les magistrats ^ùi avaient pris part à la délibération illégfale, fussent nàfandés à la barire^ pour enteiidre de la bôUcfie du président Téxprésâidû du lilécfbùténtemeut dé TasiMibléé tiatibliàlé. Loi^^e cette proposition eut été ftddptéé, Htfedeîrer s?e coùeertâ avec Ëmmery; ils dirîgèt*ent le zèle de leurs compatriotes les plus influéns : te parlement êe rétracta ; la municipalité qUi venait d'être iûstalléé , écrivit à rai^embl^é nationale pour Éôlltcitér dé son indulgence que la peiùe fût remisé àtn magistrats? tepeûtans ; et Cé vœu pôpuïàîré fui e^àttcé, éomme FàVait été ïe désir du roi.

DeUx «chambres de vacations firent encore des tentàtiveâ dé résistaâée. Celle de ttênnes fut' fa plus tiardlé, elle refusa d'enregistrer : l'assemblée nationale lui ordonna de Yétilr à la barré rendre compté de sa ôondoitÉf.

L'abbé de M ôtitésquïou présidait la séance où patul*ûtlesniagistfâts bréïôttâ (Ô janvier 1790). Ce député

xo«

l48 PRINCIPAUX ACTES

siégaît au côte droit ; mais un esprit conciliant, uq tact parfait des convenances, une élocution noble, facile et douce , lui attiraient l'afTection de presque tous ses collègues; il dit aux magistrats accusés^ (c L'assemblée nationale a ordonné aux tribunaux du royaume de transcrire sur leurs registres^ sans retard et sans remontrances , toutes les lois qui leur seraient adressées. Cependant, vous avez refusé^ d'enregistrer le décret qui prolonge les vacances de votre parlement. L'assemblée nationale étonnée de pe refus, vous a mandés pour en savoir les motifs. Comment les lois se trouvent-elles arrêtées dans leur exécution? Comment des magistrats ont -ils cessé de donner l'exemple de l'obéi^ssance ? Parlez : l'assemblée juste dans les moindres détails, comme dans les plus grands objets, veut vous entendre ; et si la présence du corps législatif vous rappelle l'inflexibilité de ses principes, n'oubliez pas que vous paraissez aussi devant les pères de la patrie , toujours heureux de pouvoir en excuser les enfans, et de ne trouver dans leurs torts que leségaremens de leur esprit et de simples erreurs.» Le président de la chambre des vacations de Ren-" nés persista , au nom de ses collègues , dans la voie de résistance oîi ils étaient entrés. Ses premières paroles semblent même écarter l'idée qu'ils se rendent aux ordres de rassemblée ; ils se féUcitent d'offrir au roi une grande preuve de leur obéissance, en donnant aux; représentans de la nation les raisons qui n'ont pas permis l'enregistrement demandé. Deux motifs ont

DE l'assemblé If. 149

déterminé leur refus. Le terme fixé aux séances de la chambre des vacations était arrivé, elle n'existait plus; s'il fallait en créer une nouvelle, le parlement seul aurait pu enregistrer les lettres patentes de son établissement. L'autre motif était tiré des contrats solennels qui, en consacrant l'union de la Bretagne h la couronne de France, avaient garanti qu'aucun changement dans l'ordre public de cette province, n'aurait lieu sans le consentement de ses états particuliers. Los magistrats comptables aux Bretons du dépôt de leurs libertés, ne doutent point que l'assemblée reconnaîtra que les deux nations sont réciproquement liées par les contrats qui les ont unies. Le président exprime la pensée que cette circonstance illustrera son nom et celui de ses collègues^ que l'histoire rappellera qu'ils ont bravé les dangers pour ne pas étouffer le cri de l'honneur et de la conscience ; et il prédit qu'un jour les Bretons désabusés rendront hommage à leur dévoûment.

Dans la discussion, Mirabeau prononça un des plus éioquens discours dont il ait fait retentir la tribune. <c Lorsque dans la séance d'hier , dit-il, mes oreilles étaient frappées de ces mots que vous avez désappris aux Français, ordres ^ privilèges ; lorsqu'une corporation particulière de l'une des provinces de cet empire , vous parlait de l'impossibilité de consentir à l'exécution de vos décrets sanctionnés par le roi ; lorsque des magistrats vous déclaraient que leur honneur et leur conscience leur défendaient d'obéir à vos lois^

i5q principaux actes

je me disais : sont-ce dooc là des souverains détrônés qui , dans un élan de fierté imprudente, mais généreuse, parlent à d'heureux usurpateurs ? Non , ce sont des hommes dont les prétentions ont insulté longtemps à toute idée d'ordre social ; c'est une section de ces corps qui après s'être placés par eux-mêmes entre le monarque et les sujets , pour asservir le peuple en dominant le prince, ont joué, menacé, trahi tour à tour l'un et l'autre , au gré de leurs vuçs aqfibitieuses , et retarde de plusieurs siècles le jour de la rabon et de la liberté (i). C'est enfin une poignée de magistrats qui, sans caractère, sans titre, sans prétexte , vient dire au représentant du souverain : Nous gvons désobéi , et nous avons dû désobéir ; nous avons désobéi , et notre rébellion nous sera un titre de gloire; nous avons désobéi et notre désobéissance honorera nos noms ; la postérité nous en tiendra compte , notre résistance sera l'objet de son attendrissemept et de son respect.

«Non, messieurs, le souvenir d'une telle démence ne paiera pas à la postérité. £h ! que sont tous ce^ efforts de pygmées qui se roidissent pour faire avorter la plus belle, la plus grande des révolutions, celle qui changera infailliblement la face du globe , le sort de l'espèce humaine !

« Je voudrais qu'ils se dissent à eux-mêmes ces dissidens altiers:Qui représentons-nous? quelvoçu, quel

(x) Rien de plus JDJuete que ceUe dernière accusation.

iotërêt, quel pouvoir yeaonsraous (^p(^er à cette assemblée qui a déjà terrassé tant de préjugés enner mis et (le bras armés pour les défendre ? . • . • Viea- Qent-ils, citoyens magnanimes d'une cité détruite ou désolée y ou généreux défenseurs de Thutnanité souffrante , réclamer des droits violés ou méconnus ? ISon, messieurs, ceux qui se présentent à vous ne sont que les cbamplons , plus intéressés encore qu'audacieux, d'un système qui valut k la France deux: cents ans d'oppression publique et particulière, poli* tique et fiscale , féodale et judiciaire.*, et leur espér^uce est de £ûne revivre ce système^ Espoir coupable , dont ie ridicule est l'inévitable cjiatiment....»

Dans l'impossibilité de citer ce discours entier, il faut se borner à rappeler les premiers traits de l^apgumentation pressante de l'orateur contre les moti& allégués par les magistrats de Rennes.

«( Descendrai-je à ces objections qu'on a tirées des définitions d'un parlement , d'une chambra «des vacar tions , de l'ordre judiciaire?... Si j.e ne dierchais qu'à rembarrasse le faiseur d'objections , je lui dîr^s : Le pouvoir de presque toutes les chambres de YmfitjéMS était expyté ; ^lles ont cq)eiidant obéi , elles ont oonc enregistré sans pouvoirs ? et pour se justi^r d'un diélit , les magistrats de Rennes apcusent tous fieux in royaume....

« Je lui dirais : Tous les membres 4les parfemeiNis eoi^vienneiit qu'ils conservent même ipendant «leuiis ^vacations ie caractère dç magistrats , que leur poiir

ï5a PRINCIPAUX ACTES

voir n'est que suspendu , et qu'un simple ordre du roi peut les rassembler avant le temps ordinaire de leur rentrée. Or, je demande dans quel tribunal aurait été enregistrée la loi qui aurait rassemblé le parlement? Je demande si rassembler un parlement avant le 1 1 novembre, ou une chambre des vacations après le 1 7 octobre, ne sont pas deux opérations qui tiennent essentiellement au même principe, et s'il y a plus de difficulté à prolonger une époque qu'à devancer l'autre.

ce Je lui dirais : Si le parlement n'existait pas le 3 novembre, et si la chambre des vacations ne peut être créée que par une loi enregistrée au parlement , il fallait donc d'abord rassembler le parlement de Bretagne; et comme la loi qui lui aurait donné des pouvoirs qu'il n'a point, aurait eu aussi besoin d'être enregistrée dans un parlement quelconque, il aurait fallu commencer par créer un parlement; c'est-à-dire qu'il faut une loi pour créer un parlement , et un parlement pour créer la loi : cercle vicieux dans lequel la chambre des vacations et ses défenseurs s'enlacent euxinêmes,«ct dont il leur sera difficile de sortir jamais, sans tomber dans les plus étranges contradictions.

tf Je lui dirais : Eh! ne voyez-vous pas qu'en dernière analyse, ces objections que l'on présente comme si décisives, ne sont que cet ancien système des cours souveraines sur le droit d'enregistrement, droit usurpe sur la nation et sur les rois, droit par lequel nous ^aurions été éternellement esclaves, droit que les parlemens ont dix fois abdique dans leurs défaites ^ et

DE l'assemblée. i55

qu'ils ont repris lorsqu'ils ont pu espérer d'être vainqueurs; droit qui, même dans les maximes parlementaires, ne peut exister quand la nation exerce le pouvoir législatif? L'enregistrement tel que l'entendent les magistrats coupables, serait une véritable sanction ; mais^ quelle serait cette étrange . constitution où la souveraineté serait partagée ou arrêtée par les corps judiciaires, par des magistrats à finance, c'est-à-dire par quelques individus, concurremment avec les députés de vingt-cinq millions d'hommes? N'a-t-on voulu que manifester une prétention révoltante ? on y a sans doute réussi. A-t-on voulu parler sérieusement ? on a joint l'absurdité à l'insolence....»

D'un côté, Barnave, Chapelier, Lanjuinais, Barrère, etc.; de l'autre, Maury, Cazalès, d'Espréménil, etc., parlèrent dans cette discussion qui remplit deux séances. Les interruptions, les clameurs furent fréquentes , surtout lorsque les défenseurs des magistrats accusés étaient à la tribune, parce qu'alors les voix des spectateurs se mêlaient à celles d'une partie des députés. Clermont-Tonnerre mit un terme aux débats, en parlant avec calme et dignité : il sut concilier ce qu'il devait à des magistrats dont Tintégrilé longtemps éprouvée attestait qu'ils avaient suivi leur conscience , avec ce qu'exigeaient l'ordre public et les droits de l'assemblée nationale. Après avoir réfulé ce qu'il trouvait d'exagéré dans les opinions des accusateurs et de trop sévère dans leurs conclusions , il demanda que les membres de la chambre des vacations

i54 PBiNciPAux actb:s

4e Rennes fussent rappelés^ pour entendre le président annoncer que l'assemblée nationale improu** vait leur conduite, leur justification prétendue , et déclarer que Leur résistance à la loi les rendait inhabiles à exercer leurs fonctions , jusqu'à ce quils eussent prêté le serment qui liait tous les Français à la constitution. Cet avis fut adopté, mais avec un amendement qui rendait le décret très dur. C'est de toutes les fonctions de citoyen actif ({uq furent exclus les magistrats bretons , jusqu'à ce que , sur leur requête présentée au corps législatif, ils jeussent été admis à prêter le serment. Ces magistrats rappelés a la barre, entendirent la lecture du décret et se retirèrent en silence.

Les parlemens n'étaient pas encore supprimés, mais ils n'existaient plus. Ainsi tombèrent , avec peu d'éclat et presque sans résistance , ces grands corps qui, même dans l'ordre poliiique, s'étaient acquis des droits à la reconnaissance de la nation, en concourant à élever le pouvoir royal au-dessus des tyrannies féodales, à le garantir de la domination ultramonlaine , et à répandre dans les esprits des idées d'ordre légal. Telle était la puissance de l'assemblée nationale que , pour anéantir ces corps si fiers , elle n'eut besoin que de prolonger leurs vacances.

Si la sagesse eût présidé à l'ouverture des états généraux , si le gouvernement eût aidé à former daus leur sein une majorité éclairée , prudente et ferme , telle que pouvaient la donner les hommes raisonnables

DE L'ASSEMBLiE. l55

sortis des différens ordres j on eût fait autant de reformes et moins de destructions. Alors, on eût ôté à la magistrature les moyens de s'ingérer dans le goti*> vernement; sa mission politique cessait du moment où la France avait une représentation nationale; mais on eût pris soin de conserver les magistrats à Tadministration de la justice, où ils méritaient de servir toujours de modèles par leur désintéressement et leur zèle, par leurs lumières et leur intégrité.

L'assemblée nationale , en s'occupant de réformer Tordre judiciaire, crut devoir ne pas établir des cours supérieures de justice. Chaque district eut un tribunal composé de cinq ou six juges; et les appels se portèrent d'un tribunal de district à un autr;e. On eut encore des juges , mais il n'y eut plus de magistrats ; eths mois sanctuaire de la justice^ semblèrent effacés de la langue.

Sous un rapport , trop oublié de nos jours , le travail de l'assemblée relatif à l'administration de la justice mérite de grands éloges; on y voit un zèle honorable pour diminuer le nombre des procès, pour éteindre l'esprit de chicane. L'assemblée constituante <]onna la plus grande latitude à l'arbitrage; elle établit les justices de paix ; elle créa des bureaux de conciUation , où les personnes près d'entrer en procès , étaient obligées de se présenter et d'exposer leurs sujets de litige, avant de pouvoir recourir aux tribunaux. Cette institution produisit beaucoup de bien , là où les conciliateurs furent des hommes pénétrés de

l56 PRINCIPAUX ACTES

leurs devoirs , et dont la réputation inspirait la confiance. La loi voulut que les proches parens soumissent d'abord leurs différends à un tribunal de famille. Tout plaideur qui, après avoir été condamné par un tribunal de district ou par un juge de paix, en appelait et perdait de nouveau , était puni d'une amende. Ces vues de la première assemblée nationale ont été bientôt dédaignées; elles déplaisaient aux gens processifs, et aux gens plus redoutables encore qui vivent à leurs dépens ; la chicane a triomphé sans peine de la philanthropie, mais ces vues paternelles exciteront toujours la sympathie des hommes de bien.

Une partie du travail de l'assemblée est déplorable; on y reconnaît l'influence exercée par la crainle de donner des forces au pouvoir royal, par l'amour de la popularité , et par le goût des idées abstraites. La justice continua d'être rendue au nom du roi, mais il n'eut aucune part à la nomination des juges; sou rôle se réduisit à les instituer, c'est-à-dire à déclarer, sur le vu' des procès- verbaux, qu'ils étaient nommés. Cazalès, dans un discours remarquable, demanda sans succès que la nomination des juges fût confiée au roi seul, ou que du moins le peuple lui présentât des candidats. Les juges furent nommés par les électeurs de district ; et ils devaient être soumis tous les six ans à la réélection. C'était livrer leur conscience à de rudes épreuves que de les mettre dans la nécessité de hasarder si fréquemment leurs places, ou de consulter quelquefois le degré d'influence des plai-

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