‹ Histoire du règne de Louis XVIChapitre 8 sur 23 · DE L ASSEMBLEE · texte numérisé non relu

DE L ASSEMBLEE

deurs sur les élections populaires. Comment oublia-t* on les sages maximes sur l'inamovibilité des magîs* trats, tant répétées dans les discussions récentes entre les parlemens et la cour? Qn croyait répondre à tout avec ces mots : les nominations seront faites par le peuple. Comme si Tinamovibilité n'était pas égaie* ment nécessaire, quel que soit le pouvoir dont émanent les choix. Mais on disait au peuple devenu souverain, qu'il serait toujours juste; comme on le disait au roi, quand il avait la puissance. L'assemblée consentit à ce que le roi nommât des commissaires près des tribunaux; mais par une disposition que sa bizarrerie n'empêcherait pas d'expliquer aisément , ces magistrats qui auraient dû être les seuls amovibles j furent seuls inamovibles.

Les discussions sur la réforme administrative et sur la réforme judiciaire ne remplissaient pas toutes les séances ; la même époque vit les orageux débats sur les biens du clergé.

La pénurie des finances s'aggravait; l'augmentation des dépenses, l'affaiblissement ou la nullité des perceptions fiscales, laissaient peu d'espoir dans les res^ sources ordinaires; et cependant les esprits accoutumés à de vastes projets continuaient de songer à supprimer des impôts, à rembourser la dette publique, à faire disparaître les anticipations, etc., comme si l'on eût vécu dans des jours de paix et d'abondance. La possibilité de satisfaire à tous les besoins, à tous les vœux , avec les richesses ecclésiastiques , flattait

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les imaginations ardentes. £n même temps, on exprimait la crainte que le clergë ne fût redoatable au nouveau régime si , par la possession de biens énormeSy il pouvait se croire encore un ordre dans l'état. Puis attaquer, contrarier, humilier le clergé était pour bien des gens un plaisir très vif, à cette époque où tant d'écrits qu'on pourrait appeler anti-philoso* phiques avaient répandu la haine du christianisme €ft le mépris du sacerdoce, où le clergé lui*méme était venu en aide à ses ennemis, où Ton voyait les ec^lé* siastiques les plus laborieux à peine rétribués, tandis que des hommes , scandale de l'église , regorgeaient de richesses. La réforme de crians abus dont gémis* saient les âmes pieuses, eût sanctifié la révolution: mais, le clergé avait été administrateur infidèle , la nation fut spoliatrice et dissipatrice.

Déjà quelques hommes avaient, au sein de l'asséril^ blée, iiidiqué les espérances que leur ofFraienI les biens du clergé^ on en parlait beaucoup dans les réunions^ dans les conversations particulières ; mais aucun projet n'avait eneo<*e été présenté, lorsque l'évêque d'Autun (Talleyralnd) parut à la tribune (lo octobre). Après avoir prouvé l'insuffisance de tous les fnoyens financiers proposés jusqu'alors, il énoift^ft Topitiion que la seule ressource efficace serait de consacrer aux besoins du royaume une partie des richesses ecclésiastiques. Il établit que la nation petit s'approprier les biens des communautés religieuses dont la suppression sera jugée convenable, qu'elle

peut aussi disposer des bénéfices sans fonctions qui de trouvent vacans , et successivement de ceux qui le deviendront; enfin , qu'elle peut réduire le revenu des bénéficiers vivans, puisque la portion de ce revenu nécessaire à leur honnête subsistance est la seule qui leur appartienne^ le ^rplus étant la pt*ôpriété des temples et des pativres. Si la nation assure cette subsistance, si elle se chai'ge de satis« faire aux autres conditions, le droit des bénéficiers n'est point attaqué, et les intention^ des fdndâteurà sont remplies.

L'auteur du projet évalue à 1 5ôr itiiïlions les revenus du clergé ; il lui en réserve les deux tiers, et veut que dans la répartition, chaque curé reçoive au moin^ douze cents livres par an. Les cent millions consacrés au clergé seront bientôt réduits à quatre-vîïigts, par les extinctions : ainsi l'état aura un revenu de 70 millions , qui représente un capital de detix milliards. Les biens du clergé seront vendus ; et l'on voit quelle source de prospérité la nation trouvera dans la masse de capitaux dont elle pourra disposer. L'orateur tie discute pas la question de propriété des biens ecclésiastiques; il l'élude en disant: le clergé n'est pas propriétaire à F instar des autres propriétaires ; et, dans une phrase, il rappelle les droits incontestables de l'état sur les corps.

Mirabeau voulut trancher la question que l'évêqné d'Âutun laissait indécise; il demanda que l'assemblée consacrât d'abord deux principes : tous les biens ec-

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clésiastiques appartiennent à la nation^ sauf à pourvoir aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres; le traitement de cba* que curé sera de i sooliv. aumoins. Il fut arrêté que ces deux propositions seraient discutées les premières. £a sortant de la séance , Mirabeau dit à quelques dépu-* tés : « Décidez la question de propriété , et toutes le& conséquences viendront d'elles-mêmes (i).»

La longue et tumultueuse discussion dont l'assemblée fut le théâtre j a maintenant perdu beaucoup de son intérêt. Les orateurs furent nombreux de part et d'autre.Deux défenseurs du clergé, l'archevêque d'Aix et l'abbé de Montesquieu, se firent écouter de l'assemblée entière; un langage modéré garant de la droiture de leurs intentions, leur donna des approbateurs même parmi leurs adversaires. Mais les discours qui, dans le public, eurent le plus de retentissement furent ceux de l'abbé Maury. C'était un orateur très distingué, bien que l'esprit de parti ait pu seul le com-

(i) Ces paroles font voir une insigne mauvaise foi dans ce passage d'un discours qu*il prononça lors de la discussion : « Mon objet n*a point été de prouver que le clergé dût être dépouillé de ses biens, ni que des acquéreurs dussent être mis à sa place; je n'ai pas entendu non plus soutenir que Jes créanciers de Tétat dussent êlre payés [par les biens du clergé^ puisqu'il n'y a pas de dette plus sacrée que les frais du culte, Teotreiien des temples et les aumânes des pauvres ; je n'ai pas voulu dire non plus qu'il fallût priver les ecclésiastiques de l'administration des biens et des revenus dont le produit doit leur être assuré. £b ! quel intérêt aurions*nous à substituer les ageus du fisc à des économes fidèles^ et des mains toujoum pures^ à des mains si souvent suspectesj? »

DE l'assemblée. t6i

parer à Mirabeau : il avait une prodigieuse facilite d'élocution, mais souvent ses formes étaient celles d'un rhéteur, et jamais la flamme du génie ne brilla sur son front; il employait avec liabileté une érudition étendue , variée j qui cependant n'était pas tom jours sûre. Quelquefois il se jetait hors de son sujel ^ quelquefois aussi il se servait d'argumens dont lui* mêmci avec un peu de réflexion, aurait senti ik fausseté ou la faiblesse. Ce qui lui donni^it un grand éclat^ ce qui le rendait le chef de son parti , c'était surtout l'intrépidité, l'audace avec ^quelle il màr^ chaitau combat, repoussait la violence par la vio* lence ,. et luttait opiniâtrement jusqu'à la ornière extrémité. Souvent on l'a vu, lorsqu'un effroyable tu? muke ne lui permettait plus de se faille entendre^ ébranler la tribune qu'il frappait d'au; bras vigoun reux: Maury était pour son parti une machine, ds guerr^. , ;

Les deux hommes, qui portèrent les coups les pli^s redçiitsibles au clergé ^ :furent Thoqret et rQiapelierv Le premier soutint avec une dialectique pressante^ que le clergé n'était point propriétaii*e, et fit une grandç sensation par les distinctions qu'il établit ep juriscpnsulte, entre les corps et les particuliers. so le rapport de la propriété. Chapelier, dans la séaniçe où le débat devait se terminer, fit valoir des considérations politiques ; il avertit que si l'on déclarait que le clergé est propriétaire , les ordres ne seraient p^s détruits; que par celte déclaration, ou reconnaîtrait

|6» BmUfGlPAtFX ACTES

qu-il peut exister 4es eoi^ps independans ^ qu'il peut j aVèic uae puissance supérieure à celle de l'État. Ces idées que le député breton développait avec^cHdeor^ jefcèrent T^alarme dans le cote gauche; uu grand nom* hre de ses membres se levèrent en criant aux voiâol ^sicur» orafèurs ét«iieat encore inscrits ; tuais /âU bniilitoujoUTs Ufl^îéisbnt , îlà- désespérèrent d'dftte^ ea* tendus: MSiPâbëàultit'séw projet dedéciPèl : un notttiMitt tuttnritô'éclÈitai ltevë<« ameftdemens ftiireîit pi^posés} })» «étaient à Rendre la rédaction ihoitls absolue. Des d^lés, très zélé^ cépéttdàtit , bésît-àiënt 'àf 'jirobôtf eëf qtië ksf liatîon est propriéti#irë des biens ^eléslaft^^ qfràs^^'ïld ^aifèinv e^téâdu l'af»'^^ Câijrns ^^ si ^fèMM dàh9i^ Opffiîdhs démocraliqù^i^oWenii^quèltf^fc^gë ^a&|ipk>pi4ëtatré€ésèsr biens'; ils éraignirienl de^âléWi nei^;^Wfft^lâ«'5ùrie aipme pbu^ agitei* les' prë^idd^; îttirâ4)éà(UV «oit i[|ii'JÏ jtigeât que Hi Aiaj^rîté^sVffaib&i sait, soit qu'il crût inutile de disputer sur •fe ^fllôft ^liandbtf léètèeï'tàin d'àv^oit! la^béSé=,'à!(!opfra'iÀ **yendetnept ^oposé par un tîéjWité •pèU' toihitp'^BKi*?é) ; «l%dbéci*et sïuHràutÂit t^udiP(è'nov^iulH'e5f.'^^'^'''I ■^'^'

I* lie ta mtï6n\h''4\^v^^^ |rouWbi¥ ifiirtfê^iàlrtttert ^««venabfë àlîx; frais du ctette/îk^r^btrètieu *?8ei liili noSstres et au soùlàgètoèni dés pauYiVs/*'sous1a1sùif^ t^illance et ' d^près • les ïnstftfctïbhs dès '^irtrvîbcéàl fe Dans les dispositions pour subvefnrr'à FërittetSch des ministres de la religiori , il iië |)burrà être assuré à lia dotatiort d^aucune ccire moins de Jouzë

eeilts livrcb de rente^ non compris le presbytère d (f ). îCecker peu consulté, regardé par les hotnûies du jour comme un esprit timide, était resté ea dehoorfi- de ce grand mouvements Protestant, il lui répugnait de blesser le clergé catholique f ministre, il se spueiàît peu de perdre pouHe dJéfimdFele&faiblies vestes &mÊit vîetlfle popularité.: Sa délicatesse lui jaisaitef aindi^e que Ui violence ne recourût à des mesiAres'immoraksj^ et ^eut^être^ par un a«itre sentiineot dMst ttdiétoùriàit «à |ieiifirfë, eràigaait-4l que d^s mdyeti^révQiolliôiniiipilitè iqpi^UésjNQx firpàttcés'^ ne renrdii^nt bïefltâi ifttitiAét ïe^ nmo» ec les tafeiis dHin flmrtwier'i ' Necfcer tèwij^ imak de cfaerchc^i de^ reksotfrèês à^nàf^ikhii^ûoi^^ék présenia^ ^ Vpts^mhléé'^^f^ ïtùVémhi^ niï pt^éi^ ff^ sédoifioni Pbur s«ibvrair tÉ«^^âëpen^É^^^^â^]ii^i^ fbla fîa^ t'ann^ et dêirâqhëe sViivàbèé^ il>£!iikil prt]^ curer au trésor 1 70 milli)!)di$^ Lô ïiii)ji^l<ë îfràfiâferâMlk larxak» dfesctjmpte en bdûquè'tvdtionsâe':! l^^selbait WtttêriséerÀ élever lei'!iitom|}te ^ d^seï^" bittéfs^ jitfikfQ^à là ^Talew de^4o(niittioQ^-ét^^^ billets ^e«ài<etit gai^û(& fw l'État, il dette' dl^«y^^^^ 4U ferait dep

4aiirà*wjéfipp^»n j ij^. rtifflidnà f'êmr te^^fâWlwiiÉfrsettièïft

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ii?est'^f«y a^e'te^^fcdftfiàifté^ ^ùi 4ài^ftif Ibtfglëfnp^lia^-

(1) Le nombre des dépulé* préséu3 élail (Je 954,: il y eut 568 voix pour

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courage, mais on voit qu'il est près de céder à l'abattement. Plus de crédit, et Ton pourrait dire plus d'impôts; une excessive rareté de numéraire, produite par l'émigration qui emportait de l'argent, et par les troubles qui en faisaient cacher davantage; les besoins ëaotmes que l'avenir menaçait d'accroître encore; c'étaient là des causes perpétuelles de tourmens pour l'administrateur des finances. Necker, fatigué d'une lutte toujours plus pénible, commençait à douter qu'il fût possible, même au génie, de surmonter tant d'obstacles. Son amour-propre souffrait du peu d'égards qu'il rencontrait dans une assemblée dont il s'était flatté, d'être l'oracle; et ses forces physiques succombaient sous le poids de ses soufirances morales. Il ne parlait pas encore de retraite ; mais bientôt il annonça que sa santé déclinait, et que probablement un voyage aux eaux lui serait nécessaire, i. L'assemblée entendit son comité des finances sut le projet préseaté. Le rapporteur était le marquis de Montesquiou, homme spirituel, enclin aux illusions, prodigue d'espérances, assez habile à rendre spécieuses des idées romanesques : pour l'assurance, on aurait M^ le comparer à Calonne. Le ministre avait appelé il'atteûtioo sur 1^ nécessité de pourvoir aux dépendes rextraordinaires; le comité embrasse un plus vaste horizon, il veut sans retard éteindre toute la dette non constituée, les anticipations^ l'arriéré^ etc. : 870 millions lui seront nécessaires; ses chiffres de recettes comblent tous les vides* Dans ses ressources, il fait

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entrer 4oo millions de biens nationaux qui seront vendus en quatre ans. Quant aux 170 millions cherchés par Necker, et qui font partie du total que je viens d'indiquer, le plan du ministre n'est pas di^uté; on peut Tadopter ou choisir entre deux autres; dans tous les cas, le secours de 170 millions est assuré, et sera fourni à un prix modéré. L'excédant de là recette sur la dépense sera si fort, que 33 millions de revenus libres permettront de fonder une caisse d'amortissement. Des impôts sur le luxe pourront en accroître de ao millions la puissance. Les capitaux deviendront tellement abondans qu'il sera très utile de leur fournir des débouchés par des emprunts toujours ouverts, qui seront toujours employés à des remboursemens. Ainsi, on pourra éteindre une partie de la dette viagère, réduire les intérêts de la dette perpétuelle, etcj Le ton de cet incroyable rapport contraste avec le ton du mémoire de Necker. Le travail du ministre est celui d'un homme instruit par l'expérience à mesurer les obstacles , et qui s'alarme sur l'avenir; le travail du comité semble être celui de jeunes gens, dont l'imagination colore les objets sur lesquels ils jettent un rapide coup-d'œil (j). '^^^ Lorsque la discussion s'ouvrit sur le projet de *

(i) Le rapporteur termine ainsi : « Voilà donc, messieurs, la preuve acquise du rélnblissement possible et très prochain de l'ordre, du bonheur et de la tranquillité publique. Nous ne vous avons pas présenté les rêves de rimagination, nos évaluations ne sont pas problématiques, nous n'avons rien donné au hasard. C'est dans quelques mois que nous pourrons entrer

i66 PBDiroiPAUx ACTjgs

Necker, Mirabeau pçirlgL avec Id violence qu'il ipani<t. feslah souvent contre U caisse d'escompte , et qu'eu attribuait uQU-çeulement à sa conviction , mais esicor^; à 8a baine pour le ministre qui protégeait cet éta^ blissément. Dupont de Nemours fut le seul défenseur^ du.projety et il ne l'adoptait qu'en le modifiant. ,

jB^^ucoup de députés zélés , ardens^ disaient dan^ leurs entretiens particuliers, que les moyens de rekh» ver les finances seraient de mettre en vente sans re«^ tard une partie des biens du clergé y et de créer un papier destiné à être reçu en paiement. On objectait que l'aliénation ne pouvait être si prompte , qu'on n% connaissait ^dcore ni la valeur de ces biens, ni les charges que l'état, en les vendant, aurait à supporter»: Le décret du a novembre annonçait que des instruo* tions seraient demandées aux provinces; elles n'avaient pas encore été consultées. On redoutait un papier-« monnaie; le souvenir de Law effrayait les esprits* Les réponses aux objections étaient que la portion de biens mise en vente ne serait pas assez considérable pour compromettre aucun intérêt, que le papier pourrait n'avoir pas un cours forcé , que d'ailleurt 4S'émission en serait très limitée , et qu'il disparaîtrait après avoir sauvé l'état.

Enfin, le comité des finances proposa deux décrets

en jouissance ; c'est dès aujourd'hui que vous pouvez poser toutes les bases. Vous pouvez dire : Tel jour, l'ordre immuable sera établi; tel jour, il ne sera plus permis d'être inquiet de la fortune publique.

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(17 dëcembre) y pour lesquels Necker et les adminîâ* trateurs de la caisse d^escompte avaient été consultés* Xi'un des décrets , sans convertir cette caisse en ban« que nationale , l'obligeait en lui assurant certains avantages, à prêter 80 millions au trésor. L'autrd portait qu'il serait vendu pour 4oo millions de biens du domaine et du clergé , qu'il serait créé des as<* signats pour une valeur égale , et que l'état les rece^ vrait de préférence dans ses ventes : par suite des rentrées successives, les derniers devaient être détruits en 1795.

Ces deux décrets furent votés dans une seule séance. Le second souleva une tempête. L'assembléd n'avait fait précédemment qu'énoncer un principe sur les biens du clergé; elle allait en suivre les conséquences ; toutes les passions furent en mouvement. Les partisans de l'article qui mettait eu vente des bîenid ecclésiastiques , accusaient leurs adversaires de chercher à revenir sur une question décidée : ceux-ci voulaient être entendus. Deux orateurs, avec des formes bien différentes, tentèrent vainement de se faire écouter. L'abbé de Montesquiou n'obtint plus la bienveillance qui jusqu'alors avait accueilli ses paroles; le .j^ tumulte couvrit sa voix. L'abbé Maury épuisa ses poumons et sa fougue , on entendit seulement qu'il protestait contre la violence.

Ordonner que des biens seront mis en vente, ce n'est pas encore avoir la possibilité de les vendre ; et ceux qui voulaient maintenir le clergé dans la possession

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de ses richesses, conservaient des espérances. L'assemblée, les administrations auraient à prendre des mesures préparatoires qui seraient nombreuses et lentes. Dans tous les temps , il aurait été difficile de donner rimpulsion à la vente d'une masse considérable de domaines ; les obstacles devenaient plus grands à une époque où tant de Français étaient troublés dans leur fortune, incertains de leur avenir, et lorsqu'il s'agissait de propriétés dont une partie de l'assemblée déclarait l'acquisition sacrilège.

Deux mois s'écoulèrent, et la situation des finances empirait. Il ne s'agissait plus seulement de se procurer 170 millions pour subvenir aux dépenses extraordinaires de quatorze mois; un nouveau mémoire de Necker annonça qu'il fallait trouver 294 millions pour l'année courante. Â la vérité le marquis de Moutesquiou, en refaisant les calculs du ministre, réduisait la somme nécessaire à 1 34 millions ; mais ce financier amateur était enclin à l'optimisme , disposition plus heureuse pour ceux qui l'éprouvent que pour les états qu'i's régissent.

Les députés erraient dans un dédale, lorsqu'un moyen d'en sortir fut tout-à-coup révélé. La municipalité de Paris offrit d'acheter pour deux cents millions de biens nationaux qu'elle revendrait partiellement. D'autres municipalités suivraient cet exemple; les administrations , en se plaçant ainsi entre l'état et les particuliers, faciliteraient la vente des domaines , préviendraient leur dépréciation, et procureraient sans

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retard des ressources au trésor, ea signant des obligations. L'assemblée accepta cette offre (17 mars). Les dispositions du décret furent plus tard modifiées, puis entièrement changées ; mais la démarche de la municipalité de Paris avait exercé sur les esprits une grande influence.

L'assemblée nationale marcha vers son but avec ardeur. Un de ses comités lui présenta (9 avril) un projet de décret portant que l'administration des biens mis à la disposition de l'état, serait sans délai confiée aux départemens et aux districts , et que dorénavant les traitemens ecclésiastiques seraient payés en argent (j). Ce projet et ses conséquences frappèrent vivement tous les partis. La mesure proposée était décisive; elle ferait sortir des mains du clergé les biens ecclésiastiques , Tordre de les vendre tous ne serait plus qu'une formalité à remplir.

Le clergé mit de la dignité dans sa résistance. Ses principaux interprètes furent deux hommes respectés de l'assemblée presque entière. « Yoilà donc, dit l'archevêque d'Aix, voilà donc l'abîme où nous avons été conduits, où l'on veut nous précipiter ! Que sont devenues les assurances qu'on nous avait solennellement données de conserver nos droits et nos possessions? Que sont devenues les promesses que vous nous avez

(i> Dans le décret, il fut ajouté que les curés de campagne continueraient provisoirement d'administrer les fonds territoriaux attachés à leurs bénéfices.

i^o paiiraPAUx agt£s

faites au nom du Dieu ^e paix, que nos propriétés se-» raient inviolables et sacrées ? M'avez-vous donc pria ces engagemens que pour nous ravir jusqu'aux der-niers restes de ces propriétés? N'avez-vous juré de les maintenir, que pour les détruire sans ressource ?«...k Nous épuiserons, sans nous lasser de nos efforts, tou9 les moyens de conciliation qui sont en notre pouvoir » Il proposa un emprunt de4oo millions, que

décréterait l'assemblée, et dont le clergé fournirait l'hypothèque, paierait les intérêts et rembourserait le capital par des ventes successives. « Mais, ajouta-il, si le projet du comité était adopté, nous demandons acte de la déclaration que nous faisons de ne pouvoir participer en rien au décret, nous réservant de réclamer pour les droits de la puissance ecclésiastique, suivant les conciles, les canons et les libertés de Féglise gallicane. » Thouret, dans une improvisation dont la logique était pressante, combattit les argumens et les propositions du clergé. L'abbé de Montesquiou finit par ces mots un discours prononcé sans espoir de succès : (( Qu'allez-vous faire, me disait-on, lorsque je suis monté à cette tribune? Le sort en est jeté; des comités particuliers ont tout décidé. £h bien ! il faut descendre de la tribune, et demander au Dieu de nos pères de vous conserver la religion de saint Louis, de vous protéger; les plus malheureux ne sont pas ceux qui souffrent l'injustice, ce sont ceux qui la font.»

Tout-à-coup, les débats changèrent d'objet d'une manière inattendue. Un chartreux siégeait à l'assem-

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blëe nationale : son imagination était rêveuse, ardente; cénobite pieux et membre du club des jacobins, il eût donné sa vie pour la religion et pour la liberté» Dom Gerle crut avoir découvert le moyen de réunir les esprits , il prononça ces paroles : ce Pour fermer la bouche à ceux qui calomnient l'assemblée en disant qu'elle ne veut pas de religion , et pour tranquilliser ceux qui craignent qu'elle n'admette toutes les relif^ gions en France, il faut décréter que la religion catholique, apostolique et romaine est et demeurera toujours la religion de la nation, et que son culte serale seul autorisé. »

Aussitôt les membres du coté droit demandèrent à grands cris que cette motion fût mise aux voix; tandis que leurs collègues, sur les bancs opposés, réclamaient l'ordre du jour avec une égale violence. Des sentimens divers agitaient chaque parti. Dans le côté droit, il y avait des hommes pleins de vertu, profondément affligés de voir repousser une déclaration < qu'ils regardaient comme inhérente à la foi de leurs pères; d'autres riaient de l'embarras des philosophes, et de l'espièglerie que bien innocemment Dom Gerle leur avait faite ; d'autres songeaient, avec une joie sinistre, aux moyens qu'ils allaient avoir pour soulever les provinces contre l'assemblée, au nom de la religion. Dans le côté gauche, les opinions n'étaient pas non plus uniformes : des députés repoussaient la mo* tion en haine de la foi catholique; d'autres respectaient la religion, mais voulaient la liberté des cultes rejetée

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par Dom Grerle. Ces derniers hësitaient à s'expliquer avec une entière franchise ; la liberté des cultes était encore odieuse à beaucoup d'ecclésiastiques, et Ton n'ai»rait pu la réclamer formellement sans exciter des tempêtes. Ses partisans voulaient avoir le temps de réfléchir; il demandèrent avec force qu'on remît la délibération au lendemain , et l'ajournement fut prononcé après trois épreuves, au milieu d'un effroyable tumulte.

Dans la soirée un grand nombre de membres du coté droit se réunirent au couvent des capucins; ils convinrent que si la motion de Dom Gerle était re* jetée, ils sortiraient tous ensemble de la salle, et qu'ils iraient aux Tuileries déposer entre les mains du roi, une protestation contre ce vote attentatoire à la religion. Les députés de la noblesse devaient , le lendemain f assister à la séance en habit noir et l'épée au côté. Le garde des sceaux informé de ces projets , fit prévenir les membres de la réunion que le roi ne les admettrait pas en sa présence , et ne recevrait point leur protestation.

Le club des jacobins s'assembla, très irrité des efforts du clergé. Dom Gerle fut grondé par les hommes qui s'étaient chargés de son éducation politique; il apprit que, dans son inexpérience, il devait ne rien faire sans les avoir consultés. Le jardin et les cafés du Palais-Royal se remplirent d'agitateurs ; on y décida qu'on se retrouverait près de l'assemblée nationale. Plusieurs districts étaient en fermentation ; celui des cordeliers avait à ses ordres des gens de la populace

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auxquels il avait distribué des armes, et les fit avertir d'être prêts le lendemain.

Les galeries de l'assemblëe furent de bonne heure encombrées. Des groupes nombreux entouraient la salle ^ les colporteurs criaient un pamphlet imprimé k la hâte : Uassembîée des aristocrates aux capu^ cinsy noweau complot découifert. On craignait une émeute, et La Fayette avait fait doubler les postes de la garde ûationale.

Le baron de Menou, en protestant à la tribune de son respect pour la foi, de sa soumission de cœur et d'esprit à la religion catholique, exprima la crainte que, si on la déclarait dominante, on ne fournît des armes à ceux qui voudraient contraindre les convictions différentes de la leur ; il rappela combien il est £icile d'exciter des dissensions en pareille matière^ et «|uels maux nous ont causés les guerres de religion.

Dom Gerle, confus et repentant, annonça qu'il avait -Mcondu les inconvéniens de sa motion, et qu'il la retirait. Le côté droit s'en empara, la reproduisit, et voulait qu'elle fut mise aux voix. Des clameurs lui répondirent. Cazalès et plusieurs de ses amis s'efforcèreat ;<$Q vain d'obtenir la parole, l'assemblée ferma la discussion; ils insistèrent avec persévérance, un appel nominal confirma le refus de les entendi*e. :^„ Duport avait écrit un projet de déclaration pénijblement élaboré ; il crut nécessaire d'emprunter le .secours d'une voix plus généralement respectée que la sienne, et le duc de }^ {Rochefoucauld lut cette déclii'*

.f74 PÏIÏNCIP4UX ACTBS

ration : « L'assemblée nationale, considérant qu'elle n'a et ne peut avoir aucun pouvoir à exercer sur lès consciences et sur les opinions religieuses, que la majesté d^ la religion et le respect profond qui lui est dû, ne permettent pas qu'elle devienne l'objet d'ujK délibération; considérant que l'attachement de l'aa* semblée nationale au cuite catholique, apostolique et romarin,, ne saurait être mis en doute dans le moment où ce culte seul va être mis par elle, à la*^ première classe dest dépenses publiques , et dîi par un mou vendent unanime , elle, a prouvé son respect de la seide matiière qui. pouvait'convenir au caractère de TasseiÀjUléeitiatioiLale, décrète qu'elfe ne peut^ ni ne* doit é^ libérer sui^ la motion proposée* » Après cette lecture , d'E^préménil s'écria. : Quand les Juifs crucifiaient Msuâ^Christ^ ils li^i disaient : nous, vous saluonJ^ nài desJu(/fs ! Au miHei^;du bruit, Montlo^ier^ Maury^. Je yicondte de Mirabeâuy ne parvinrent à faire entendre c|»iie.ides phrases entrecoupées. Un député du Garabré. sis demanda le maintien des proméisirég de Louis XIY, qui avasljwïé devant Cambrai de né'jatîiais i^ouËâi^r dans cette ville Fexercioe du dulte protiestaiit.'Mitibeaurépondît^cjûfassurément^'Soas tm règrfe dgn«lë j[ïap.i ilaî i »é vocatioiï de Tédit de Naiiftëff j l'intoléraniJc avait été consacfïîée,' mais qui te^'acles- d-un d^spt^^ nbpQuvebt fiférvir de tabdèle àceùx*(fes repréaè^tans df UK. pwp}e Kbre'^ et Vowiant frapper Fa^Sèmblëë' Mi dâmgjer^ d^ex<îrt€tt' le fenatisitt^ : «"Rappelez^Vôu^,' dk^ii*, qite>d'id^ dé' <^rtte t^lbutie où je ^rté^j-é vois lA*^

flètre do palais dans lequel des fkctieax^ unissant des intëréts tétnpoteld aux intérêts le^ plus sacrés de la religion, firent partir delà main d'un roi des Français, faible, Tarquebuse fatale qui donna le signal de la &iint- Barthëlemy:!). Saisie par ce mouvement inattendu, terrible, rassemblée resta quelques instans dansTétonnement et le silence; puis, les applaudîssemens éclat^ent (l). La discussion était fermée, il ne pouvait pins y àvôlr Ijue des amèndemens. Maùry, soUs prétexte d^en préîrenlér un, voulut rentrer dans lé fond de k questioii, et soutînt tiri dialogue Véhénent avec ses interruptéttw. Après de longs tt stériles éftbrté, le côté droit cessia Be délibérer; la déclaration fot adoptée , sans qtte péfebnïie se Fefvât à fa ccmtre-éprèuve. '

' En sortant de là séknéè, Maury , Câzàlës et d^airtrei députés furent en butte aux injures' et diix meiiàcei de la multitude. Maury présenta lés pistolets qn'iîpyrw fait tottjoors sur hîi; féVïcomfe de Mirabeau' mit l'éj^éîà la main, ta garde na^tîonâTê* entoura les députés

ittaq[ùès , et Tes escorta Jusqu'à ce qtfiîs* fiiàsèûV bbrfe

dèpérîl. '■••••-••■- ^> --.'^ ' ' ' ■'- '-'^

" *^t'asseraHéy i'ëptît Ve lendemain ia dîscussîote^rài^^ïè jfïtojet du comité. ' Màloùët dèmâ^â qu'avknt YôtiV, délit' ^ûeàtionâ fu^sëtil ttiisés aux' voix i ]>ép6uîllérà-^ti^ bïi de leurs poàsesisïôns lés ecclésiastiques titulaires^ de

^i) Peu de jours après, Mirabeau dînait eu petit comité ;Sfeyès M fam au succès èclàiant (^ù^à avait obl'eiiu. « Avouons, â'à Rœaeréi',<ïue dam sës paroles très éloquentes, il y avait un peu de charlalanîsihe; càV/ (ïfe îâ trî*

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