POSTFACE
Lee et vit tomber les têtes des comtes d'Egmont et de Homes.
C'était le signal d'une révolution qui changea la face du monde, car elle amena le triomphe des idées nouvelles de liberté sur le despotisme politique et religieux du moyen âge ; elle ébranla le catholicisme , précipita l'Espagne du faite de sa grandeur et enfanta la république des Provinces- Unies, appelée si tôt aux plus hautes destinées.
Au moment même où le régime de la terreur inauguré par le duc d'Albe avait plongé les Pays-Bas dans la stupeur, où l'insurrection était partout vaincue, où la reine Elisabeth fermait les ports de l'Angleterre aux vaisseaux- flamands, la prise de La Brielle par les gueux de mer rallume le feu de la révolte, qui se répand rapidement; toute la Zélande est bientôt en armes ; la Hollande se soulève et le comte Louis de Nassau, digne frère du Taciturne, entre dans le Hainaut. Mons insurgé retombe au pouvoir des Espagnols, malgré les efforts du prince d'Orange, surpris par la nouvelle du massacre des Huguenots dans l'exécrable nuit de la Saint-Barthélémy. Les vainqueurs saccagent Zutphen et Malines, puis ils se tournent vers la Hollande, dont les états, réunis à Dordrecht, ont proclamé Guillaume stadthouder et commandant en chef des forces de terre et de mer. Ferdinand de Tolède, fils du duc d'Albe, massacre les habitants de Naarden et s'empare de Harlem, après une longue résistance; mais le duc, obligé de lever le siège d'Alkmaar, voit les insurgés battre sa flotte et prendre Gerlruydenberg ; il est rappelé et remplacé, en 1574, par Requesens.
Le comte Louis tente une nouvelle invasion dans les Pays-Bas; il est défait et disparait mystérieusement dans la bataille. Mais la flotte espagnole est détruite; l'amnistie
fMibliée par le nouveau gaoyerneur ne réprad pas à son attente; il est forcé de lever le siège de Leyde, qui se défend av^ec un héroïsme dont il y a peu d'exemples dans Thistoire, el meurt après avoir pris Ziertckzee, la clef de la Zélande, en 4575. ♦
Le conseil d*État s'empare alors du gouvernement. Les Espagnols se mutinent, surprennent Âlost; il les déclare rebelles. Anvers est saccagé par la soldatesque qui se livre aux plus horribles excès. Les provinces s'allient par la pacitication de Gand. Don Juan d'Autriche arrive, signe u&e convention, dérisoirement appelée édit perpétuel, avec les Etats qui, lui retirant bientôt leur confiance, appellent l'archiduc Mathias, frère de l'empereur d'Allemagne. Celui-ci &!Are à Bruxelles, en 1578, tandis que la reine d'Angleterre envoie des secours et fait un traité avec les Etats. Mais l'armée nationale est défaite à Gembloux et les Wallons catholiques cessent de s'entendre avec les Flamands protestants ; funeste mésintelligence , féconde en calamités pour les provinces du sud , retombées sous le joug de l'Espagne. L'union d'Arras sépare la cause des Wallons de celle de leurs frères du nord; Tunion d'Utrecht resserre les liens qui réunissent les sept provinces de Hollande, de Zélande^ d'Utrecht, de Gueldre, de Frise, de Brabant et de Flandre; les bases de la république des Provinces-Unies sont jetées.
Vers ce temps, le jeune Sébastien de Portugal, jouet d'une chimérique ambition , avait conduit en Afrique une imposante armée ; il périt avec elle dans la bataille d' Alca* zar, laissant son trône à son oncle, don Henri. Celui-ci était vieux, infirme, sans enfants, et sept prétendants réclament »a succession, entre autres Antoine, prieur de Grato, fils d'une maîtresse du jeune fils du roi Emmanuel, la duchesse
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de Bragance et Philippe H. Don Henri s'occupait d'examiner les droits des prétendants , lorsqu'il meurt, en 1580. Le prieur de Crato avait un parti nombreux ; mais le duc d'Albe envahit le Portugal et le soumet.
Dans cette même année , le duc d'Anjou est appelé da&s les Pays-Bas. Le roi d'Espagne met à prix la tête de Guillaume le Taciturne; il est solennellement déposé par les États, l'année suivante. Le diic d'Anjou meurt sans être regretté, et le prince d'Orange est assassiné par un fanatique à qui le clergé a promis le ciel, et Philippe II, de l'or ainsi que des lettres de noblesse.
Alexandre Farnèse , prince de Parme, commande les Espagnols, mais les insurgés ont pour chef Maurice de Nassau, fils du Taciturne. Farnèse réduit Anvers, après un siège signalé par des péripéties extraordinaires ; il remporte d'autres succès encore , pendant que Ton offre la souveraineté des Provinces-Unies à Henri III, puis à Elisabeth, qui la refusent, mais cette reine envoie Leicester avec une armée.
Sur ces entrefaites, Philippe II projette une invasion en Angleterre ; ce pays, aujourd'hui le soutien des petits États libres du continent, était, au xvi® siècle, le boulevard du pro^ testantisme. Une flotte immense est réunie dans les ports de l'Espagne; elle se comi>ose de cent cinquante vaisseaux, montés par cent mille matelots et vingt-huit mille soldats; on la nomme l'Invincible Armada, mais, à peine partie, elle est assaillie par une furieuse tempête, qui la ramène au rivage, et, lorsqaelle est entrée dans la Manche, elle est défaite par les Anglais et les Hollandais réunis.
Le grand champion du catholicisme ne devait pas être plus heureux en France ; les troubles qu'il avait fomealés dans ce pays, avec l'espoir d'en profiter pour y établir son
2t8 HISTOIRE DU RÉGNE DE PHILIPPE II.
autorité, paraissaient près de cesser. Les beaux jours de la Ligue étaient passés et Henri lY assiégeait Paris. Le prince de Parme reçoit Tordre de secourir cette ville et en fait lever le siège , pendant que Maurice de Nassau s'empare de Zutphen, de Deventer, d'Hulst et de Nimègue.
En 1591 9 Farnèse entre une seconde fois en France et délivre [Rouen assiégé par Henri IV; il meurt, Tannée suivante. Ses successeurs , le comte de Mansfeldtet Tarchiduc Ernest d'Autriche, ne peuvent arrêter les progrès de Maurice. La guerre est déclarée entre TEspagne et la France, qui a enfin reconnu Henri IV. Philippe II , par le traité de Vervins, en 1598, abandonne ses conquêtes sur le territoire français; il meurt, la même année, le 13 septembre, après avoir abdiqué la souveraineté des Pays-Bas en faveur de sa fille ainée, Tinfante Isabelle, épouse de Tarchiduc Albert.
Tels sont, brièvement rappelés, les principaux événements que Prescott devait retracer; vaste et magnifique sujet qu'il était assurément capable de bien traiter. L'éminent historien, que la jeune république des États-Unis est fière d'avoir produit , a , sans doute, amèrement regretté, à sa dernière heure, de laisser imparfaite l'œuvre qui devait le plus contribuer à le faire vivre dans la mémoire des hommes; mais, n'eût-il pas écrit la première partie de ce règne, il a fait assez pour mériter Timmortalité. L'auteur de Thistoire de Ferdinand et dlsàbelie, de la Conquête du Pérou, de la Conquête du Mexique, ne sera pas oublié parmi les grands écrivains qui font la gloire de la littérature dii xix® siècle, et son histoire de Philippe II restera debout comme un monument inachevé , objet à la fois de douleur et d'admiration pour les amis des lettres.
GmLLAUME Renson.