‹ Histoire du règne de Philippe IIChapitre 43 sur 90 · CHAPITRE 11. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11. S

au milieu de la niiity conduit par quelque paysan qui lui servait de guide, des lumières brillaient aux fenêtres de toutes les maisons et les cloches sonnaient pour appeler à sa recherche les habitants des alentours. C'était le temps où il était réputé c le plus parfait chevalier de Tépoque; » où un soldat chroniqueur pouvait se plaindre « que le meilleur cavalier du monde fût malheureusement né sur le trône. » C'était le temps où il était vainqueur aux joutes moresques des roseaux et aux tournois de la chevalerie chrétienne ; où, dit-on , jaloux même de la gloire du matador^ il descendait dans l'arène, avec l'esprit national du vieux Castillan , pour combattre le taureau. Tout cela était bien changé ; depuis de longues années, Charles n'avait plus conduit son cheval de guerre, ni chassé dans les forêts d'Allemagne ou dans les sauvages défilés des AIpujarras. Il n'avait amené à Yuste qu'un poney borgne et une mule; un jour il tenta de monter à cheval, mais il faillit s'évanouir et dut mettre promptement pied à terre. L'empereur n'était guère plus capable de marcher; aussi se faisait-il porter en litière et plus souvent dans un fauteuil par ses serviteurs, lorsqu'il voulait se promener hors de son jardin. Cependant il cherchait à réveiller quelquefois les souvenirs de sa fougueuse jeunesse, en faisant une excursion dans les bois" voisins , où il abattait le gibier qui se mettait à portée de son fusil. Gaztelu, dans une lettre du 5 juin, rapporte avec beaucoup de satisfaction que son naaitre a eu assez de force pour se lever de son siège , sans aide, et tuer deux pigeons avec son arquebuse.

La*^tranquiIIité de sa vie présente convenait si bien aux goûts de Charles , qu'il prit des arrangements , non seulement pour embellir sa maison , mais pour l'agrandir et en faire un séjour plus agréable. On envoya, du château de

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Quixada k Yillagarcia, un poêle d'un singulier modèle , qui venait de Flandre ; on reçut aussi une tapisserie flamande, représentant la campagne de l'empereur en Afrique, tapisserie qui orne aujourd'hui le palais de la reine à Madrid. Charles prit également plaisir à faire le plan d'un oratoire et d'un bâtiment destiné à recevoir Philippe , à son retour en Espagne; il attendait la visite de son fils et instruisit les moines des dispositions qu'ils devaient prendre pour la réception de leur jeune roi. Celui-ci visita» en effet, le couvent, mais douze ans plus tard seulement, lorsque son père se reposait depuis longtemps des agitations fébriles de la vie, sous les voûtes de l'église de Yuste.

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