CHAPITRE III
£rreurs accréditées aa sujet de Charles -Quint. — Intérêt pris par lui aux afiaires publiques. — Louis de Avila, — Petites contrariétés. — Yisite de François Borja. — Mémoires autographes de l'empereur. — Visite de ses sœurs à Yuste. — Mort de la reine Éléonore. — Renonciation à la couronne impériale. — Zèle de Charles-Quint pour la foi.
On a cru géoéralement jusqu'ici que Charles-Quint, dans sa retraite monastique, s'était si bien inspiré du génie de ces lieux consacrés, que, rompant tous les liens qui le rattachaient au monde, il s'était entièrement appliqué à l'œuvre de son salut. Cette opinion a trouvé faveur chez les anciens chroniqueurs, qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, ont voulu rehausser de cette manière le mérite du sacrifice fait par un monarque, qui descendit dû faite des grandeurs terrestres pour aller s'enterrer au fond d'un couvent. « Il était aussi complètement détaché des afiaires du royaume et du gouvernement que s'il n y eût jamais pris part, » dit un historien; — « si profondément absorbé dans sa solitude , 9 dit un autre contemporain , « que ni l'arrivée des trésors apportés
de rinde par ses flottes, ni le bruit des armes, au milieu duquel sa vie s'était écoulée jusque-là, ne purent troubler sa tranquillité. » Cependant le même écrivain rapporte que, dans une occasion , le ministre Granvelle ayant fait remarquer à Philippe II que c'était Tanniversaire du jour où son père avait abdiqué la couronne : « Oui, j> répondit le roi, « et du jour aussi où il se repentit de Tavoir fait. » L'inexactitude de ces assertions est démontrée par les lettres que Gharles- Quint et les gens de sa maison écrivirent de Yuste.
Au moment où Fempereur vint s'établir parmi les hiéronymites, la situation était sombre et de nature à décourager Philippe. Nous avons vu plus haut combien Charles avait été mécontent de la trêve que le duc d'Albe , dans le cours même de ses victoires, avait accordée au pape, et qui, selon sa prédiction, ne devait servir qu'à donner à Tennemi le temps de respirer et de reprendre des forces, pour recommencer la lutte. Le roi de France avait, en effet, profité de ce temps de répit, pour envoyer au delà des Alpea son armée, commandée par le duc de Guise, qui s'était fait, quelques années auparavant, une grande réputation militaire, par sa brillante défense de Metz contre les meilleures troupes de l'Espagne , ayant l'empereur à leur tête. Ce vaillant général, descendant vers le midi de l'Italie, avait opéré sa jonction avec l'armée papale et était entré sur le territoire de Maples, où il avait dévasté sans pitié les villes florissantes et les hameaux situés sur les frontières. En même temps, Goligny, gouverneur de la Picardie , avec des forces considérables, menaçait la Flandre d'une invasion vers l'ouest, tandis qu'on invitait Soliman le Magnifique à s'unir av^ les deux puissances chrétiennes et à attaquer les possessions espagnoles dans la Méditerranée. Voyant, partout où il