‹ Histoire du règne de Philippe IIChapitre 46 sur 90 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

vigoureusement la guerre en Italie. C'est ainsi que Charles, du fond même de sa retraite , rendait d'importants services à son fils ; ses conseils dirigeaient, on peut le dire, la politique de la cour de Valladolid , et les dépêches envoyées de Yuste étaient reçues avec autant de déférence que les édits signés autrefois dans le cabin'et impérial.

Dans ses opérations financières , l'empereur éprouva une contrariété à laquelle il ne s'attendait pas. D'après une loi, Tor apporté des Indes, pour le compte de l'État oju de particuliers, devait être consigné dans la caisse de la Casa de Contratacion ou chambre de commerce de Séville, qui inscrivait régulièrement les envois sur ses registres. Le gouvernement, quand ses besoins l'exigeaient, s'appropriait cet argent et donnait aux propriétaires des bons en garantie. Vers cette époque , il n'y avait pas moins de cinq millions de ducats déposés , somme énorme sur laquelle le roi comptait pour couvrir les frais de la guerre. Mais les marchands de Séville, à qui appartenait une grande partie de ce trésor et qui préféraient naturellement leur or à des fonds publics, s'entendirent avec certains officiers de la chambre de commerce et firent secrètement transférer les lingots chez eux. Lorsque Philippe apprit cet acte audacieux , sa perplexité fut extrême et il exhala son indignation dans une lettre à la régente , où il dénonça les coupables comme des ennemis de leur pays , « attentant non seulement à la fortune de leur souverain , mais à son honneur et à sa réputation. >

Le roi , habitué à refréner ses passions, ne montra pas autant de fureur que son père; celui-ci , en despote qui ne voit qu'un seul côté de toute question où son autorité est impliquée, regarda les marchands qui étaient rentrés en pos-

session de leur bien, comme des fripons qui Vavaient volé; leurs complices étaient , à ses yeux, des criminels moins dignes encore de pardon. « N'étaient mes infirmités, » écrivit-il à Jeanne, a j*irais moi-même à Séville rechercher les auteurs de cette coquinerie, et la leur ferais promptement expier. » Dans une dépêche au secrétaire Yazquez, il donna Tordre « d'arrêter les coupables et de les conduire enchaînés, sous bonne garde, à Simancas, pour y être jetés dans un cachot, tandis qu'on mettrait leurs biens sous séquestre, en attendant que le roi eût fait connaître son bon plaisir. » € En vérité , » écrivait Gaztelu , dans une lettre datée du même jour, « l'indignation de l'empereur est si grande et il me dicte des expressions empreintes d'une violence tellement sanguinaire , que vous me pardonnerez si mon langage n'est pas aussi mesuré qu'il devrait l'être. »

Ces ordres sévères furent exécutés; les fonctionnaires infidèles furent démis de leur charge et enfermés à Simancas, où l'un d'eux mourut victime des mauvais traitements qu'il avait eu à subir de la populace. Mais on ne recouvra pas l'or ; Charles , pour éviter que le fait se renouvelât , fît aussitôt partir un vaisseau pour les îles Âçores, où il devait rencontrer la flotte revenant des Indes, et des mesures furent prises afin de déjouer toute tentative de la part des marchands, pour s'emparer des lingots, à leur arrivée h JSéville.

H Vers ce temps , on reçut des dépêches satisfaisantes du ^théâtre de la guerre; on apprit à Yuste que l'Angleterre avait enfin fait cause commune avec l'Espagne. « Cette nouvelle, » écrivait Gaztelu au secrétaire Yasquez, ^ a été accueillie avec une giande joie par l'empereur, qui n'a pas été moins content des semences que vous lui avez envoyées;

Page 1