‹ Histoire du règne de Philippe IIChapitre 71 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ments de cœur. » « Depuis que j'ai écrit ceci, » ajoute en post-scriptum le majordome, « les médecins ont montré tant d'insistance, que rextrémc-onclion a été administrée à sa majesté, bien qu'un peu trop tôt, à mon avis. J'ai fait ce qu'ils me disaient, car ils doivent savoir mieux que moi ce qu'il faut faire. Vous pouvez comprendre la position d'un homme qui, comme moi, a servi, pendant trente-sept ans, un maître qu'il est sur le point de perdre à jamais. Je voudrais offrir ma vie en échange de la sienne, s'il doit mourir; mais, je le répèle, je ne crois pas qu'il succombera cette nuit. Dieu soit avec lui et avec nous tous. »

La cérémonie, comme nous l'apprend Quixada, eut lieu dans la soirée du 19. Le sacrement fut administré au monarque par son confesseur. Régla, accompagné de moines du couvent. Charles voulut le recevoir dans les formes en usage pour les religieux , c'est à dire avec Taddition d'une litanie, des sept psaumes de la pénitence et de plusieurs autres passages des Écritures. Cette cérémonie était beaucoup plus longue et plus fatigante ainsi, qu'elle ne l'était pour les laïques. Le malade eut toutefois assez de force pour la supporter jusqu'au bout ; il pria avec une grande dévotion et parut ensuite jouir du calme de l'homme dont toutes les pensées sont tournées vers le ciel.

Dans la matinée du 20 , l'empereur exprima le désir de rester seul avec Quixada. L'entrevue dura une demi-heure ; pendant tout ce temps, Charles put parler, à voix basse mais distincte; il chargea le majordome de bien recommander au roi de payer exactement les pensions faites aux serviteurs de son père , puis il passa à un autre sujet qui le préoccupait davantage. 11 s'agissait de don Juan d'Autriche , au sort duquel il n'avait pas pourvu dans son testament, jugeant

peut-être plus politique de le laisser dans la dépendance de Philippe. C'était ainsi que son sage aïeul, Ferdinand le Catholique, n'avait fait aucun legs à son petit-fils Ferdinand, objet de sa prédilection, et s'était borné à appeler sur cet enfant la sollicitude de son frère aine, Charles, l'héritier du trône. Comme Tévénement le prouva , l'empereur ne pouvait léguer à son fils aucun bien plus précieux que l'amitié de Philippe.

Quelques heures après cette entrevue, le malade se confessa de nouveau et voulut communier. Quixada, craignant que son maître ne présumât trop de ses forces, lui fit observer que cette cérémonie était inutile, puisqu'il venait de recevoir l'extrême-onction, mais celui-ci répondit que <c c'était une bonne préparation au long voyage qu'il allait entreprendre. » Le majordome ayant objecté au monarque qu'il ne pourrait, à cause de l'inflammation de sa gorge, avaler l'hostie, Charles répliqua : « Je l'avalerai, » d'un ton qui ferma la bouche à Quixada. ^

Comme on craignait de n'avoir plus le temps dé faire dire une messe, pour bénir une hostie, on prit celle qui était déposée sur le maître-autel de l'église. Elle fut apportée par le confesseur, Jean de Régla, accompagné, comme auparavant, des moines du couvent, qui, alors au nombre de trente environ, remplirent la chambre impériale. Le malade reçut l'eucharistie avec la plus grande dévotion, disant : « Dieu de vérité, rédempteur du monde, je remets mon âme entre vos mains. » Le majordome s'assura qu'aucune parcelle de l'hostie n'était restée collée à l'intérieur de sa bouche. La messe fut ensuite célébrée. Charles priait silencieusement, avec une visible ardeur, mais, lorsque les moines récitèrent les mots : < Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du

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