CHAPITRE lY
Taurore de jours meilleurs, un petit nombre de moines rentrèrent' dans leurs anciennes demeures, où ils se logèrent comme ils purent dans les ruines du cloitre. Ils y furent plus d*une fois visités par des voyageurs, qui attestent que les religieux continuaient à exercer, comme par le passé, une généreuse hospitalité, malgré leurs faibles ressources. Leur vie monastique ne devait pas durer longtemps; en 1837, parut le décret ordonnant la suppression des couvents, et les malheureux hiéronymites, la plupart brisés par l'âge et les infirmités, furent de nouveau condamnés à errer sans abri sur la terre.
Désert et négligé, Yuste déchut rapidement. Le voyageur qui s*y rend aujourd'hui, en se frayant péniblement un chemin à travers des buissons épais, a peine à s'imaginer qu'il est dans le jardin si bien cultivé autrefois par un puissant empereur; cependant, au delà des murs, il voit encore le grand noyer de Yuste, couvrant de ses bras gigantesques la I^ace où jadis une foule immense s'assemblait pour célébrer Tanniversaire de la naissance de son ancien souverain, et où celui-ci, dit-on, venait souvent s'asseoir, méditant sur les gloires flétries du passé ou cherchant à sonder les sombres mystères de l'avenir.
L'étranger peut entrer maintenant dans le palais, sans âYoir besoin de ce permis royal auquel le monarque attachait tant d'importance, qu'il en fit, à son lit de mort même, l'objet d'une recommandation spéciale à Philippe; mais, en errant dans ces chambres sombres et désolées, aujourd'hui converties en des magasins de blé et d'olives, il reverra difficilement en imagination le temps depuis si longtemps écoulé, où Charles-Quint donnait audience, en ces lieux mêmes, aux ambassadeurs étrangers, et celte nuit mémo-
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rable où des prêtres, des seigneurs, réunis autour de son lit, écoutaient dans un religieux silence les dernières paroles de leur maître mourant.
Partout s*offre aux regards l'image de la désolation. Uéglise est encore debout, mais les délicates sculptures du chœur et les belles décorations des murs sont tombées ou ont été violemment arrachées. Tout autour, le terrain est jonché de débris de colonnes et de voûtes ; les murs noirs, dégradés, du cloitre dominent majestueusement cette scène affligeante. Cependant là même la nature s'est, comme toujours, empressée de dérober à la vue les ravages du temps et les effets de la violence; elle a jeté sur ces ruines un riant tapis de fleurs sauvages et revêtu le hideux squelette d'un riche manteau ^
Yuste ne vit plus que dans le passé; déjà son nom commence à disparaître de la carte d'Espagne. Mais il vivra toujours dans l'histoire, et longtemps encore des voyageurs viendront, des pays les plus éloignés, visiter ces lieux mémorables, où, retiré loin du tumulte du monde, vécut et mourut le plus grand monarque du xvi® siècle.
* La description la plus étendue et la plus intéressante de Yuste, dans son état actuel de désolation, se trouve dans Eord, » Ilandbook ofSpainy « tome 1^, p. 552, 653 (éd. de 1845), et dans les dernières pages de « Za «16 claustrale de Ckar les- Quint, » par Stirling. Le.récit éloquent et animé de ces deux écriTains montre qu'ils s'étaient bien inspirés du génie de ces lieux.
TABLE DES MATIÈRES DU CmQUIÉHfi VOLUME,