‹ Histoire du règne de Philippe IIChapitre 79 sur 90 · CHAPITRE IV. soi · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. soi

orage s'abattit avec furie contre les murailles grises du cou-^ vent, et, taudis que les éléments déchaînés menaçaient de faire crouler le vaste édifice, les restes glacés de Charles- Quint et de sa famille furent une seconde fois confiés à la terre.

Les obsèques de Fempereur furent célébrées à TEscurial avec la pompe solennelle dont elles avaient été entourées à Yuste. Par une singulière coïncidence, Toraison funèbre du grand prince fut de nouveau prononcée par Thiéronymite Villalva, devenu le prédicateur favori de Philippe IL Le monarque, conformément à ses désirs, fut enterré aussi près que possible de l'autel, un peu en avant, à côté de sa bien-aimée Isabelle. Au dessus, dans une châsse de jaspe, on voyait les statues en cuivre des royaux époux, agenouillés côte à côte, dans leurs manteaux artistement travaillés, les mains jointes, dans Tattitude de la prière; ces statues étaient Fœuvre de Leoni. Derrière on remarquait les effigies

des deux sœurs de Charles, Éléonore de France et Marie de Hongrie, également à genoux, les mains étendues et

la figure tournée vers Tautel. Ces deux princesses reposaient dans le caveau au dessous, près de leur frère; la mort n'avait pas séparé ceux qui s'étaient tant aimés dans la vie.

Yuste, si longtemps honoré de la présence de Charles- Quint, perdit tout droit à son titre de royal. Son palais devint l'objet spécial de la sollicitude du gouvernement, et en 1638, Philippe IV consacra six mille ducats à le réparer complètement. On en entendit peu parler dans la seconde moitié de ce siècle, ainsi que dans le suivant, et l'on put croire que l'on allait voir s'accomplir la triste prédiction de l'orateur hiéronymi te, annonçant que le souvenir du séjour

36t VIE DE GHARLES-QUINT A TUSTE.

de Charles-Quint aa couvent, flnirait par sWacer entièrement de la mémoire des hommes.

L^oubli dans lequel était tombé Yuste fut ce qui le protégea le plus efficacement ; le temps vint cependant où cette protection lui fit défaut. Pendant les guerres de la péninsule, en 1810, des dragons français, fourrageant dans les environs, trouvèrent le cadavre mutilé d*un de leurs compagnons, non loin des portes du monastère. Ne doutant pas que le crime n*eAt été commis par les religieux, la soldatesque furieuse^ s*abattit sur le couvent, dont les habitants épouvantés s'enfuirent au loin, et mit le feu à Tédifice, en plusieurs endroits. Le vaste monument brûla durant huit jours, sans que nul tentât d'éteindre Fincendie; le neuvième jour, ce n'était plus qu'un amas de cendres fumantes; une petite partie du cloître seule, à l'ouest, avait été épargnée. L'église, grâce à la solidité de ses murailles, échappa heureusement aux flammes, et, à son tour, protégea le palais qui lui était adossé.

En 1820, une irruption des patriotes des villages environnants compléta l'œuvre de destruction; ceux-ci dévastèrent l'intérieur des bâtiments qui restaient encore debout, enlevèrent tous les objets de valeur qu'ils renfermaient et convertirent la chapelle même en écurie. La belle copie du Jugement dernier du Titien, suspendue depuis le temps de Philippe II, au dessus du maitre-auiel, fut emportée par les libéraux de Tejuela, qui la placèrent dans leur église paroissiale.

Cependant les hiéronymites, chassés de leur ksile, erraient dans le voisinage, ne pouvant renoncer à l'espoir de rentrer un jour en possession de ces lieux que tant de glorieui souvenirs leur rendaient chers. Dès qu'ils virent poindre

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