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INSTRUCTIONS À MCXKILLOP PACHA

L'expédition militaire que le Khédive dirigea vers l'Océan Indien, à l'automne de l’année 1875, allait le mettre. en. contact et en conflit avec le sultan de Zanzibar que protégeait l'Angleterre, -

L'idée de prendre pied sur la côte de cet océan n'était pas, à vrai dire, nouvelle, À la fin de l’année 1872, le vice-roi, sans nouvelles de l’exptdition Baker, et la croyant en difliculté, avait songé, on l’a vu {1}, à envoyer par celte route une colonne de secours commandée par le colonel Purdy. I! s'agissait, à l’époque, de débarquer à Mombasa, en plein accord avec Seyid Bargach, sultan de Zanzibar, dont on devait solliciter les conseils ot l'appui ®}, Trois ans plus tard, Le but change ; l'ambition du Khédive se précise. S'il s’agit toujours d'ouvrir une route entre la région des lacs équatoriaux et la mer, le vice-roi compte, à la faveur de cette entreprise, afivmer son autorité sur une vasté région, y faire régner la sécurité, annexer en un mot à l'empire égyptien l'immense territoire en forme de corne que le continent africain pr ojette dans l'Océan Indien.

Peu après son arrivée dans la province équator jale, Gordon, on le sait, frappé de la dificulté et de la lenteur des communications entre Gondokoro et Khartoum, avait songé à s'ouvrir une route plus courte vers la mer, À travers les pays situés à l’est de Ouganda, où les montagnes et les fleuves

U) Cf, 4. IT, o° partie, p. 88 et suiv. — 4) Cf. t. I, 2° partie, p. 91. ko. +

dévalent d’une pente rapide vers l'Océan Indien. Le Khédive, cependant, avait résisté à ce projet. Îl pensait que le commerce de la province équatoriale prendrait la voie du Nil, comme étant la plus naturelle et la plus facile H); et peut-être n’aurait-il ; jai changé d’idée sans la visite que lui fit ke sultan de Zanzibar en Égypte, au cours de l'été de l’année 187. | Fils de Saïd bin Sultan, le sultan de sens qui réunit à sa principauté les villes arabes de la côte orientale d'Afrique, déplaça en 1840 le ” siège de son gouvernement de Mascate à Zanzibar et signa avec l’Angleterre, en 1845, un traité qui interdisait l'exportation des esclaves de ses possessions africaines, Seyid Bargach bin Saïd bin Sultan avait succédé à son frère Majid en 1870 1. Il régna tout d’abord avec le concours des chefs arabes et, fort de leur soutien, rejeta les nouvelles propositions restrictives que lui fit l'Angleterre au sujet de la traite. Obligé, trois ans plus tard, de céder à la pression britannique, il signa le 5 juin 1873, avec la . Grande-Bretagne, un traité qui interdisait le transport d'esclaves par mer d’une partie à l’autre de ses possessions 5), Fidèle depuis lors à son amitié avec l'Angleterre, Seyid P wgach suivit les conseils prudents et fermes du docteur Kirk, consul général de Grande-Bretagne à Zanzibar, qui, en retour, veilla désormais jalousement À maintenir l'intégrité des possessions du Sultan }, Cette politique nouvelle reçut sa consécration lors du voyage . que fit Bargach en Europe en 1875. Parti d’Aden le.g9 mai 1875, il arriva le 15 juin en Angleterre où il resta un mois. Il fut reçu par la reine Victoria à Windsor et par le prince de Galles à Londres, visita l'arsenal de Woolwich, le camp d’Aldershot, la Direction générale des Postes et le British Museum. H assista aux courses d’Ascot, aux représentations de Lohengrin, Acis et Galatée et Barbe-Bleue, à des, dîners, à des bals, à des

PV Cf, supra, p. 249, lettre du Khédive à Gordon, 19 septembre 1875.

® Majid, qui avait succédé à son père, répna à Mascate de 1856 à 1870.

1 Ce qui revenait à interdire la traite entre les Îles de Zanzibar, Pemba et Mafia d'une part, et la côte d’autre part, ainsi qu'entre les différents ports de la côte, Mais Ja route de. terre, entre ces derniers ports, restait ouverte à Ja traite.

(} Sur la politique des sultans de Zanzibar et le rôle de Kirk, ef, R. Courrann, The Exploitation of East Africa, 1856-1890, Londres 1939.

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garden-party, fut reçu au Guildhall et banqueta à Mansion House. Bien accueilli partout en raison du traité qu'il avait signé deux ans plus tôt pour réprimer la traite, il compléta cet acte diplomatique par un traité additionnel qui fuf passé à Londres le 14 juillet 1875 M, Des visites à Birmingham, Liverpool, Manchester et Brighton lui firent faire connaissance avec les grands centres commerciaux et industriels de l'Angleterre ©, Le 15 juillet 1875, Bargach bin Saïd partit pour Paris, où il s’arrêta une dizaine de jours avant d'aller s’embarquer à Marseille pour regagner Zanzibar en passant par l'Égypte. | Le souverain, quimontrait un intérêt si vif pour la civilisation occidentale, n'en demeurait pas moins un prince très attaché à la culture de l'Orient. « Il possédait dans les recoins de sa salle de réception, écrit en 1873 le Rév. G. Badger 8), une grande collection d'ouvrages arabes imprimés en Égypte, comprenant des géographies, des histoires et des grammaires, outre quelques ouvrages religieux. Je découvris, de plus, en conversation avec fui, qu'il lisait avec diligence d’autres livres arabes modernes sur la puissance, les ressources, les forces militaires et navales comparées des différents États de l'Europe. H était arrivé à la conclusion que le vice-rol d'Égypte était un très riche souverain, et il écouta attentivement les explicalions que je lui donnai sur la position du Khédive vis-à vis-du Sultan (),» Le Khédive Esmaïl, de son côté, entretenait avec le sultan de Zanzibar des relations fort courtoises, En mai 1873, le vice-roi ayant appris que le sultan avait l'intention de se rendre en pèlerinage aux Lieux-Saints et de venir ensuite en Égypte, lui avait offert de mettre un bateau spécial à sa disposition (9. L'année suivante, il intercéda en faveur d’une parente du

1} Cet acte prévoyait la capture des bâtiments qui porteraient des esclaves autres que ceux au service de leurs maîtres ou employés à la navigation, que ces esclaves fussent destinés à la vente ou non.

O1 Cf. R. Courzann, op. cit., p. 239, 240.

8) Le Rév. G. Badger accompagna Sir Bartle Frere à Zanzibar en 1878 ct lui servit d’interprète,

® Cf. Correspondence respecting Sir B, Frere’s Mission to the East Coast of Africa, p. 49, Report by the Rev. G. Badger, 14 janvier 1873.

GY A, A. Res: 1946, Ordres supérieurs, pièce 121, p. 67, lo Khédive au sultan de Zanzibar, 25 mai 18738.

sultan qui vivait en Europe dans une situation pitoyable(), Aussi Seyid Bargaeh était-il assuré d’être bien accueilli lorsque, le 6 août 1875, il arriva à Alexandrie sur le paquebot Ébre, de la Compagnie des Messageries Maritimes. Le Khédive le reçut avec les plus grands honneurs. « Le canon des forts, écrit le consul général de France, a salué l'entrée dans le port du bâtiment qui portait Sa Hautesse, et Les fils du Khédive : Tewfik pacha, prince héritier, Ministre de l'Intérieur, Hussein pacha, Ministre de la Guerre, de la Marine et des Travaux publics, les Ministres des Finances, des Affaires étrangères, le gouverneur d’Alexandrie et plusieurs autres hauts fonctionnaires sont allés le recevoir à bord en grand uniforme.

« Après les quelques paroles de bienvenue d'usage, Le souverain africain

est descendu dans un canot de gala et s’est rendu directement au palais

de Ras el-Tine, où l’attendait le Khédive dans le grand salon de réception. Son arrivée dans ce palais a été saluée de nouveau par des salves d'artil-

lerie. Seyid Bargach bin Saïd est ensuite monté en voiture pour aller, avec .

une brillante escorte, à l’hôtel du Ministre des Finances, où des appartements avaient été préparés pour lui et sa suite. Deux heures après, le Khédive accompagné du prince héritier est venu rendre visite à son hôtel),»

Le surlendemain, le sultan de Z be visita la ville et parcouru en voiture découverte la rue Ghérif pacha et la place Méhémet Ali, où une foule considérable se pressait pour le voir M, Le + août au soir, le prince héritier Tewfk pacha donna au ‘palais n°8 un diner de 24 couverts en l'honneur de l'hôte de son père, Le Khédive le combla d’attentions et de cadeaux. Seyid Bargach, de son côté, fit au vice-roi et aux princes des pré-

sents, dans le nombre desquels figurait, fait assez étrange, une grande *

quantité de pots de confitures (), Le 8 août, il partit pour le Caire, où il

6) A. À., Reg 3, Ordres supérieurs, pièce 10, p. 9, leKhédive au sultan de Zanzibar, 4 octobre 1874. T1 s’agit de la princesse Seyida Salme, sœur de Bargach, qui épousa l'Allemand Heinrich Rente ; cette mésalliance attira sur elle les foudres de ses frères, (CE R. Courrans, op. cit, p. 46, 4B,)

&) À, E., Égypte 56, Pellissier au Ministre des Affaires étrangères, Alexandrie, 7 août 1875,

81 Cf, le Moniteur égyptien du 7 août 1875,

(9 Ge détail est donné par le consul général de France,

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demeura, jusqu'au 24, l'hôte du Khédive, puis il s'embarqua à Suez et rentra le 19 septembre 1875 à Zanzibar.

On s'était naturellement préoccupé dans l'entourage du vice-roi de

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connaître l'importance du pays gouverné par Seyid Bargach, et, le 29 juillet 1875, le général Stone, chef de l'état-major, avait soumis au Khédive, en guise d'information, la traduction d’un article publié dans le Geographical

Magazne sur l'État de Zanzibar, avec une carte figurant l'étendue de son territoire. D'après cet article, les possessions du sultan s’échelonnatent sur le continent depuis le petit îlot de Warsheïk situé par 2 °30' de latitude nord, jusqu'au cap Delgado au sud. Cependant le Moniteur Égs yptien, dans son numéro du 31 juillet 1875, publia une étude sur État de Zanabar, où l’on se bornait à dire que le sultan possédait, sur le continent, «une bande étroite de territoire aux limites mal définies. Qu'en était-il au Juste sous ce rapport? Seyid Bargach possédait-il ou non les ports somalis de Brava, Merka et Mogadisho qui jalonnent au nord de l’embouchure du fleuve Djouba, la côte des Benadir jusqu’à Warsheïk? Lorsqu'il avait conclu avec l’Angleterre les traités de commerce de 1821 et de 1839, le fondateur de l'État de Zanzibar avait fixé sa frontière méridionale au cap Delgado, mais n'avait indiqué aucune limite vers le nord. Gependant Saïd bin Sultan lui-même, dans une lettre officielle qu'il écrivit au secrétaire d'État au Foreign Office en 1844, avait désigné le port de Mogadisho comme l'extrême limite de ses États de ce côté. Et c'est ce même point qui figura dans la sentence arbitrale prononcée par lord Canning, en avril 184, pour départager les prétentions rivales des souverains de Mascate et de Zanzibar (1, Cependant le traité de 1845, passé entre l’Angleterre et Zanzibar pour la répression de la traite, mentionnait l'ile Kiwayu, qui dépend du port de Lamo, comme limite nord de l'État de Zanzibar, ce qui excluait des possessions du sultan le port de Kismayo et la côte des Benadir. Quant au dernier traité conclu le 5 juin 1873, il était, lui, resté muet sur l'étendue des possessions du sultan sur la terre ferme. En raison de leur silence ou de leurs contradictions, les traités passés par l'État de Zanzibar ne permettaient donc pas de définir avec précision la frontière septentrionale du royaume du sultan. À défaut d’un état de droit, quelle était donc la situation de fait dans cette région ? « Majid, écrit M. Goupland, comme son père Saïd, réclama la suzeraineté sur toutes les villes de la côte entre le cap Delgado au sud et Warsheik au nord, et, pour l’aflirmer, il préleva un pourcentage sur les droits de douane, Dans les ports principaux comme Mombasa, Kilwa et Lamo, il continua à nommer des gouverneurs et à installer de petites garnisons.

(1) Sur cette question, cf, R. Courrann, op, eïl., p. 26 à 31,

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INS'ERUCTIONS À MCKILLOP PACHA. 645

Quant aux villes somalies, elles paraissent être devenues encore plus mdépendantes que du temps de Saïd. À Merka, seulement, d'après un rapport du docteur Kirk de l’année 1871, il y avait des soldats et une douane, mais l'emprise de Zanzibar ne s'étendait pas au delà de la ville. Mogadisho et Brava, centres importants d'un commerce d'exportation de grains, acceptèrent épalement la suzeraineté de Majid ; leur véritable maître, toutefois, était plus proche que Zanzibar. Toute la région côtière entre Mogadisho et le fleuve Djouba était contrôlée à cette époque par un nommé Ahmed Yusuf, puissant chef somali résidant à Geledi, qui commandait à une force de 40.000 hommes de tribus. Brava, notamment, fut obligée de lui payer tribut pour obtenir d’être protégée contre les assauts et le pillage, tâche qui aurait dà incomber à Majid G),5 Aussi le consul Kirk engagca-t-il ce dernier à affirmer son autorité sur la côte des Benadir, soit par la force, soit par d’autres moyens, car les principaux commerçants dans ces ports étaient des Indiens, dont les intérêts soufiraient de cet état d'anarchie. |

Le conseil fut suivi. Lorsque Sir Bartle Frere visita en 1873 l'État de Zanzibar, 1 nota en effet que le poste le plus avancé vers le nord, tenu par les troupes de Bargach, se trouvait à Warsheik ®}, Le port de Brava avait été occupé par les troupes du sultan deux ans auparavant ®. À l'automne de l'année 1874, M. Holmwood, fonctionnaire du consulat général de Banzibar, se rendit à son tour sur la côte des Benadir #), I] toucha d’abord à Kismayo, port situé à dix milles au sud de l'embouchure du Djouba. Golonie somalie, la ville Jui parut susceptible de s’accroître sous l’active

G CFR. Courrann, op. cit,, p. 63.

8? Cf, Correspondence respecting Sir B, Frere’s Mission, p. 108, Six B. Frere à lord Granville, 7 mai 1873. Il y a lieu de faire remarquer toutefois que Sir Bartle Frere ne fit que passer devant Merka sans aller à terre et ne se rendit pas à Warsheik. Son information n'est donc pas sûre,

F1} CF, Correspandence, ete., p. 85.

® Le rapport de Holmwood, en date du 17 novembre 1874, a été publié dans Gorrespondence with British Representatives and agents abroad and Reports from Naval Officers relating to the Slave Trade, 1875, p. 3 à 18. Dans ce rapport, Holmwood déclare que les ports situés au nord de Lamo n’ont jamais, à sa connaissance, été visités par un fonctionnaire du Gonsulat, Un rapport administratif du même auteur, pour les années 1873 - 1874, sc trouve publié dans le même volume, p, 76 à g.

direction de son gouverneur ; la garnison, fournie par Zanzibar, s'élevait à 80 soldats, Un millier de Somalis occupaient la ville et la parcouraient armés de pied en cap, mais le fort était bon et commandait la place ; ses canons enfilaient la rue principale et quelque courageux qu'ils fussent, les Somalis ne pouvaient braver un canon, même lorsqu'il était mal servi par des soldats arabes, « Du fleuve Djouba à Brava, poursuit M. Holmwood, le pays est entièrement entre les mains des Somalis et les dhows donnent un grand tour à cette côte, car la mort ou la captivité serait presque certainement le lot de tout équipage qui s’y échouerait, On ne peut donc, pour le moment, considérer le pays comme faisant partie des possessions de Zanzibar, bien que le gouverneur de Kismayo parle déjà d'annexer la bouche principale du Djouba (!},» Au nord de ce fleuve, le premier port que l’on rencontre est celui de Brava, ville de 4.500 habitants environ, dont les quatre cinquièmes sont constitués par des Somalis et leurs esclaves ©}, La population arabe comprend une cinquantaine de personnes ; trois ou quatre Indiens musulmans #), sujets britanniques, y résident pendant la saison commerciale. La ville comprend une cinquantaine de maisons bâties en pierre, mais la majorité de la population vit dans des huttes. [ n’y a pas de fort, et bien qu'il reste des traces d’une vieille muraille, la ville est à la merci des tribus pillardes qui l’entourent à une vingtaine de milles de dstance. Ges tribus, écrit M. Holmwood, ont de longue date prélevé un tribut sur la population citadine, accroissant leurs demandes à mesure que la prospérité de la ville augmentait, et c'est ce qui à conduit les habitants à consentir à recevoir une garnison arabe, dans l'espoir que celle-ci rebâtirait les murailles et construirait un fort. Mais, bien que les troupes du sultan et un gouverneur arabe assurent uominalement le pouvoir depuis trois ans à Brava, ils n’ont rien fait et le gouverneur s’est vu obligé de payer aux Somalis de la brousse, comme jadis,

(9 CE, Correspondance, etc. Slave Trade, 1875, p. 91,92. Le gouverneur de Kismayo occupait déjà en fait un petit fort construit on bouc à l'embouchure du Djouba ct demanda au sullan la permission de s’y établir en force, (Cf, Slave Trade, 1875, p. 16.)

@ Le cinquième restant était constitué par des ’Mbalazi, soumis par les Somalis.

F1 Les Banians, commerçants de religion hindouc, n’y pouvaient vivre en raison du fanatisme des Somalis musulmans,

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un tribut annuel qu'il prélève sur la ville 1}. Aussi est-il détesté par tous les partis el n'a-t-il réussi à maintenir son pouvoir qu’en profitant des petites querelles qui divisent les deux principales tribus, appuyant tantôt l'une, tantôt l’autre, bafoué tour à tour par les deux partis et récoliant les insultes du publie. Le gouverneur est d'ailleurs incapable de remplir son poste et manque tout à fait de dignité, tant devant les vingi-sept soldats qui composent la garnison que devant les Somalis de la ville. Aussi les commerçants, se sentant fort mal protégés, ont-ils peu à peu quitté les lieux et le port de Brava est en pleine décadence.®),

Le port de Merka, situé à 58 milles au nord de Brava, se développait par contre rapidement. La ville possédait un fort et une garnison importante de 150 hommes, que commandait, au nom du sultan, le gouverneur

: Salun Yakoub. Plus au nord, la ville de Mogadisho n'avait accepté que

tout récemment de recevoir des troupes arabes, qui s’y étaient glissées à la faveur des discussions survenues entre les tribus habitant les deux quar- | ticrs de la ville, Quoique placé à la tête d’une troupe de 180 hommes, le gouverneur Mohamed bin Sultan ne possédait encore qu'un pouvoir précaire ; la ville n’avait pas de fort et des déscrtions se produisaient journellement parmi les soldats dont la solde n'était pas payée, Quant à Warsheik, bien que la place fût réclamée par le sultan comme sienne, cetle prétention, déclare M. Holmwood, n’était reconnue ni par le chef de la localité, ni par la population ; Seyid Bargach n’y possédait en fait aucun représentant (), ‘

Ainsi, sur la partie de la côte des Benadir qui-s'étend depuis Kismayo jusqu’à Warsheik, le sultan de Zanzibar n'avait établi son autorité qu'en quatre endroits, et encore de ces quatre points, deux seulement, Kismayo ut Merka, étaient réellement susceptibles de résister À une attaque des tribus somalies, Tout le reste du territoire échappait à son pouvoir. Quant à la partio de la côte qui s'étend au sud du fleuve Djouba, depuis Kismayo jusqu'à Lamo, et qui était occupée principalement par la tribu des Bajuni, mi-somalie, mi-souhalie, elle répondait un peu mieux à l'autorité dusultan

1. Ce tribut était payé à Abou Bekr Yusuf, frère de Ahmed Yusuf, chef somali de Celedi,

(7 Cf, Slave Trade, 1875, p. 11, 10.

M CF, Slave Trade, 1875, p. 16.

en ce sens que Mzi Saif al-Istamboul, chef de cette tribu, avait accepté le titre de gouverneur de Paza, ce qui le plaçait nominalement sous la dépendance de Zanzibar ; les hommes de sa tribu, toutefois, refusaient de reconnaître comme sultan Seyid Bargach qui n’était, à leurs yeux, qu'un parent du gouverneur de Lamo (}, À Patte et à Siwy, le gouverneur Seyid bin Hal bin Hamed commandait, au nom du sultan, À 8o soldats Balouchi. À Lamo, où tenait garnison une quarantaine de soldats, le gouverneur Seyid bin Soud bin Hamed était personnellement populaire, mais les habitants montraient une grande désaflection à l'égard du gouvernement da sultan, et seule la crainte des Somalis qui, en raison de leur proximité, pouvaient tenter inopinément un coup de main sur la ville, tenait les partis ralliés à l'autorité. À Ozi et Kipini, situés dans la partie nord de la baie Formosa, le gouverneur Seyid bin Ali commandait à 5 hommes, tandis que Mambrui possédait une garnison de 10 hommes ©), Ainsi donc le pouvoir du sultan, bien qu'un peu mieux établi sur cette partie de la côte, ne s’y affirmait encore que de distance en distance, et c’est la crainte d’être pillée par les tribus de l'intérieur qui retenait la population des villes du littoral sous sc 1 autorité. |

Telle était la situation de fait sur la partie de la côte africaine qui s'étend au nord de la baie Formosa. Le Khédive ignorait naturellement tous ces détails, mais 11 savait fort bien que sur le continent l'autorité du sultan ne s'étendait guère au delà des murs de ses forteresses garnies de soldats arabes et qu’en beaucoup d’endroïts, notamment dans les pays somali et galla, on niait son pouvoir et on refusait de lui obéir. Aussi ne jugea-t-il pas nécessaire d'élever la moindre remarque lorsque, au cours d’une conversation qu'il eut au Caire avec Seyid Bargach, ce dernier l’entretint de ses prétentions à dominer tout le littoral africain qui s’étend jusqu’au ras Hafoun, et lui fit connaître son intention d’arborer son drapeau, dès son retour, à l'embouchure du Djouba et sur ce cap. Mais il fit son profit de la confidence, ct lorsque, quelques jours plus tard, il reçut les lettres de Gordon en date des 26, 2 juin et 17 juillet 1895, dans lesquelles le colonel, reprenant la question du débouché sur l'Océan Indien, suggérait qu'à défaut de la baie. Formosa ou de Port Durnlord, sur lesquels le

(Cf, Slave Trade, 1875, p. 16,17. — (? CE, Slave Trade, 1875, p.15,

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INSTRUCTIONS À MOKILLOP PACHA. 639

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sultan de Zanzibar avait peut-être des droits, les Égyptiens pourraient s'établir à l'embouchure du Djouba, il saisit l’occasion qui se présentait d'llirmer ses droits et passa résolument à l’action.

Depuis qu’il avait occupé, dans le golfe d’Aden, la côte des Somalis et que le sultan de Gonstantinople lui avait cédé l'administration de Zeyla “et de ses dépendances », le vice-roi se considérait, en effet, comme le possesseur légitime du pays entier des Somalis. Au su de tout le monde, en pays s'étendait vers le sud jusqu'au fleuve Djouba. Le sultan de Zanzibar ne pouvait donc s’y installer sans commettre un acte d'usurpation, un envahissement du territoire égyptien. Jusqu'ici, dans le désir de ménager les susceptibilités de Seyid Bargach, expliqua le Khédive à Gordon, 1 avait différé d'accepter son plan, tant était vive sa répugnance, en prenant l'ormosa, « d'occuper un pays sur lequel le sultan de Zanzibar n'avait jamais exercé aucun droit, il est vrai, mais sur lequel il pouvait avoir des vues plutôt que des prétentions». Aucune objection de la sorte, par contre, ne pouvait naître de l'occupation de l’embouchure du Djouba. « En formant cet établissement, manda-t-il au colonel, je ne cours aucun danger de léser les droits d’un voisin avec lequel mon désir le plus vif est d’entretenir des relations amicales. L’embouchure du Djouba nous appartient ; c'est Je point qui, sur le littoral, sépare le territoire de Zanzibar d'avec celui des Somalis. Les cartes les plus élémentaires indiquent cette limite

: louf autant que les cartes les plus perfectionnées, Le territoire des Somalis,

dont la partie nord est déjà occupée par nous, nous appartient aussi bien dans son littoral oriental que dans son littoral nord. Donc en ouvrant la roule entre les lacs et l'embouchure du Djouba, nous sommes toujours sur notre territoire U),» Le vice-roi était si convaincu de son bon droit qu'il Jjugea mutile d'ouvrir, comme Îe lui recommandait Gordon, une négociation avec les puissances intéressées, dans le but de s'assurer que son entreprise ne rencontrerait pas d'opposition de leur part ; il était persuadé, d'ailleurs, que ces puissances apprécieraient le bien-fondé de ses motifs et applaudiraient à ses efforts.

Pour diriger l'expédition destinée à se rendre dans ces parages, le Khé-

dive choisit Mekillop pacha qui, au printemps de Pannée 1875, avait déjà PE qu au Ï 79;

1 Cf, supra, p, 250, lettre du Khédive à Gordon, 17 septembre 1875.

emphi, à sa satisfaction, une mission sur la cdle des Somalis. Peut-êlre ussi l'idée que le chef de l’entreprise pourrait se trouver en contact avec es autorités étrangères, conduisit-elle le vice-roi à faire choix de cet officier e marine anglais passé au service de l'Égypte ; la collaboration avec ordon en serait également facilitée. Le colonel Chaillé-Long, qui de ngue date avait offert ses services pour cette expédition, fut désigné our commander les troupes de terre), Mckillop se trouvait à cette poque dans le golfe d’Aden. Gomme le temps pressait, on se dispensa de : rappeler au Caire Ê, et, le 17 septembre 1875, le Khédive lui envoya ar écrit les instructions suivantes : |

« Mon cher Pacha,

J'ai fait choix de vous pour prendre le commandement d'une expéîtion que j’envoie sur le Hittoral de nos possessions au sud du cap Guardaü. Le colonel Long est chargé par moi de vous amener à Berbera trois

impagnies F} avec leurs munitions ete., embarquées sur le Tantah et le

essouk. Sur les {vois compagnies qui se trouvent à Berbera, vous en pren- {rez deux. Cela fera cinq com,agnies. Quant aux bateaux, je mets sous os ordres, outre le Tantah et le Dessouk, le Saaka avec Radouan pacha, quo vous prendrez avec vous, et encore le Latf si vous le préférez au Mohamed y.

« Pour vous bien pénétrer de l'esprit de votre mission et vous mettre ar à à même de pourvoir à toute circonstance fortuite, je vous remets ous ce pli copie des ordres que j'ai fait parvenir au général Gordon. Vous errez qu'il s’agit d'ouvrir au commerce une communication nouvelle nire les lacs et l'Océan. C’est à cette œuvre, confiée au général, que vous

HS 4 as destiné à coopérer.

3 Long était placé sous les ordres de MeKillop, ainsi qu'il ressort des instructions nnées par le Khédive au colonel le 17 septembre, dans lesquelles on lit : « McKil- > est investi par moi du commandement supérieur de la flotte et des troupes sünées à l'expédition de Djouba : vous êtes donc sous ses ordres, »

7 Un télégramme expédié du Caire le 15 septembre à MeKillop lui ordonna de ster À Berbera pour attendre des ordres ultérieurs.

83 Le texte original porte 3 bataillons ; c’est là une erreur, car les instructions ne

sentionnent plus par la suite que des compagnies,

PS ME 2 8 MAQUIS dm pm a

INSTRUGTIONS À MGKILLOP PACHA. GA

« Le débouché que j'ai indiqué à (rordon pacha est l'embouchure du fleuve Djouba, C'est donc à que vous devez vous rendre. C’est là que vous devez débarquer, vous établir et attendre lirivée du général Gordon ou bien les instructions qu'il vous fera parvenir, car un de vos premiers soins est de chercher à savoir où il se trouve et à communiquer avec lui, Je désire que le temps qui s’écoulera entre votre débarquement et l’arrivée du général soit mis à profit par vous; votre installation à Djouba doit être permanente, elle doit-avoir, dès le principe, des bases sérieuses et qui assurent sa vitalité, Installez donc vos troupes en leur donnant l'organisation des colonies militaires ; employez-les à se suffire à elles-mêmes pour leur nourriture. Je fais embarquer pour leur usage une variété de graines et de légumimeuses ; les soldats peuvent et doivent, au milieu de leurs exercices militaires, se livrer à l’agriculture. Je tiens beaucoup à cette manière de les organiser et, si vous établissez quelque poste dans l'intérieur, que la même idée et la même organisation président À son installation,

« Vous devez explorer le pays toujours dans la direction des lacs, faire tracer sa configuration, en faire dresser la carte. Faites pousser quelques délachements dans l’intérieur du pays. L'étendue que vous pourrez ainsi five parcourir et reconnaître dépendra complètement de vous et des dispositions que vous trouverez parmi les populations, Vous ne devez pas oublier que ces populations qui, en fait de commerce, ne connaissent que la traite et la rapine, pénétreront bien vite le but de FexpédMeR et qu'en ronséquence, il est douteux que vous rencontriez auprès d'elles des sentinents d'amitié,

« Vous avez À bord de la flotte deux ou trois canots à fase ; faites explorer le cours du fleuve Djouba par une partie de vos équipages ; nolisez à Burbera quelques barques indigènes que vous pourrez faire servir à celte même exploration, si vous Îles trouvez adaptées à ce service.

ç Avant d'effectuer votre débarquement, ayez soin d'affirmer mes droits à la possession des bouches du Djouba suivant les formes et les usages consacrés en semblables circonstances. Je dois vous faire observer que les formalités que vous remplivez ue sont pas une prise de possession, puisque Djouba nous appartient déjà, mais simplement une aflirmation, une consérralion de.mes droits à la possession de ce territoire, qui fait partie du pays des Somalis.

Hist, du vègne du Khéd. Ismaïl, t, IE, LE

« Si j'appelle votre attention sur ce point, c’est pour vous prémunir sur un état de choses qui pourra peut-être se présenter. Gest le suivant :

« Le sultan de Zanzibar, pendant son séjour au Gaire, m'a entretenu de ses prétentions sur tout le littoral jusqu'au cap Hafoun. Je n'ai pas voulu le contredire ; il était mon hôte et le silence m'était imposé par les lois les plus élémentaires de la courtoisie et de F'hospitalité ; il m'a même

‘fait entendre que sonintention était, dèssonretour, d’arborer son drapeau sur Djouba et ras [afoun. C’est pour éviter des difficultés ultérieures, pour empêcher de sa part un acte d’usurpation, un envahissement de notre territoire que je précipite votre départ. Notre drapeau flottant à l'embouchure du Djouba, cette affirmation de mes droits prévient toute conséquence ficheuse que l’intention du sultan de Zanzibar, s'il venait à l’exécuter, pourrait entraîner à sa suite. Je suis persuadé qu’à votre arrivée à Djouba, vous ne trouverez aucun drapeau arboré, ni aucune autorité constituée ct que votre débarquement se fera pacifiquement, mais on doit prévoir le cas où vous trouveriez la place occupée par le sultan, soit nominalement, soit eflectivement. Dans ce cas, vous gurez à procéder d'abord envers les occupams d’une manière amicale, en les invitant à se retirer ; s’ils ne cèdent pas, vous userez des moyens militaires que j'ai mis à votre disposition, ea il s’agit alors pour vous de rentrer en possession d'un territoire qui relève de mon gouvernement. Je veux que sur ce point vous soyez bien pénétré de mon idée. L’embouchure du Djouba est à nous. Je désire vivre en bonnes relations spécialement avec le sultan de Zanzibar, mais je ne souflrivai aucune atteinte à mes droits, à plus forte raison une occupation, : |

« Je suis décidé à faire la police parmi les populations arabes et nègres entre le littoral de la mer et les lacs, Je désire que la sécurité règne dans ces régions et que les trafiquants et les voyageurs puissent parcourir le pays en toute sécurité, Je n’épargnerai aucun moyen pour parvenir à ce but ; s’il faut employer la force, je l'emploicrai pour punir et châtier ceux qui s'y opposent, Voilà ma décision que vous devez vous eflorcer, soit par vos paroles, soit par vos actes, d’inculquer dans tous les esprits. Ge langage, vous pouvez le tenir-hautement à tous en général et spécialement à toute personne que le sultan de Zanzibar pourrait vous envoyer ; car il est à prévoir que le sultan de Zanzibar, dès qu'il saura votre installation,

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INSTRUCTIONS À MOKILLOP PACITA. G43

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pourrait avoir l’idée de vous envoyer soit un de ses officiers, soit un interiédiaire choisi parmi les personnes accréditées auprès de lui, avee invitation de vous retirer, La réponse que vous aurez à lui faire en ce cas ressort de la lettre et de l'esprit de mes instructions. Vous êtes soldat, vous avez des ordres auxquels votre devoir est d’obéir ; Djouba est à moi, et, sans un ordre de moi, la force même ne vous ferait pas quitter le poste que vous oceupez. Vous maintiendrez votre dire sans sortir de la limite que j'ai tracée à votre langage, quel que soit l’envoyé ou l'intermédiaire du sultan,

-et vous aurez soin de n’entrer dans aucune discussion et vous déclarerez que vous n'y êtes nullement autorisé. Si l’envoyé de Zanzibar se trouve être un intermédiaire choisi par lui parmi Les agents accrédités auprès de son jyouvernement, vous aurez pour dernière réponse à le référer à moi. Vous me préviendrez par la voie la plus rapide, L'importance de cette recommandation ne vous échappera pas sans doute.

« Occupez-vous au plus tôt à établir une communication aussi régulière que possible entre Djouba et Berbera. Voyez quel parti vous pourrez tirer des Somalis marins et des bateaux indigènes comme éléments des services de communication. Je tiens beaucoup à ce service, non seulement au point de vue du gouvernement, mais comme un premier pas pour attirer le commerce. J'espère, mon cher pacha, vu l’importance que j’attache au succès de l’entreprise confiée au général Gordon, que vous ferez tout poux coopérer à sa réussite. Je désire que dès que le général sera arrivé, vous lui remeltiez le commandement de vos troupes et que vous vous mettiez à sa disposition avec la force navale sous vos ordres, car c’est au général qu’appartient le commandement civil et militaire dans toute cette partie de mes possessions, J’ignore si l'embouchure du Djouba présente un mouillage sûr pour vos bâtiments. Au cas où il ne vous serait pas possible d’y stationner, vous débarquerez avec vos troupes et vous chercherez dans le plus proche voisinage un bon mouillage où vous vous installerez, |

« Je n'ai plus rien à ajouter. Je désire seulement vous faire une dernière recommandation qui se rapporte aux explorations que vous êtes appelé à faive. Ne commencez à envoyer des détachements vers l'intérieur

‘que lorsque vous serez complètement installé et organisé sur Je littoral et que vous serez assuré que le sultan de Zanzibar aura abandonné toute idée et Loute prétention sur cette partie de notre territoire,

Gâ# HISTOIRE DU RÈGNE DU KHÉDIVE ISMAÏL,

« Je désire encore qu'après votre installation, vous fassiez partir sur un des bateaux à vapeur un détachement qui ira occuper soit Guardafui, soit ras Hafoun. Vous examinerez quel est le point le plus convenable et vous donnerez ordre à l'officier que vous y enverrez de procéder à son installation, après avoir rempli toutes les formes consacrées en pareilles circonstances.

« Je termine mes instructions en vous réitérant mes ordres de vous abstenir de toute attaque non motivée par des raisons sérieuses ; mais il est superflu de vous rappeler que si vous êtes attaqué, vous ne devez avoir qu'une considération devant les yeux, à savoir l'honneur de mon drapeau . que je confie tout autant à votre prudence qu’à votre courage ().»

Ces instructions furent accompagnées d’une lettre de Nubar, dans laquelle Ie Ministre des Affaires étrangères du vice-roi entretenait plus particulièrement Meckillop de la partie diplomatique qu’il aurait À jouer avec les agents accrédités auprès du sultan de Zanzibar. « La mission, disait-il, est importante et demande un homme de tête et de cœur. C’est “pour cela que le Khédive vous à choisi. Pour moi je ne vous recommande qu'une chose et en cela je ne fais que suivre l'idée du Khédive, c’est la plus grande discrétion ct la plus grande réserve au cas où des agents accré- .dités auprès du sultan de Zanzibar se présenteraient à vous et vous inviteraient à vous retirer, soit au nom. du sultan, soit au nom de leur gouvernement. Ge dernier cas me semble improbable, sinon impossible, à moins que le gouvernement au nom duquel on vous adressera cette invitation ne veuille ouvertement se mettre en lieu et place du sultan, et aueun gouvernement n'a encore émis une pareille prétention. Ainsi done, en pareil ras, rélévez l'intermédiaire ou le plénipotentiaire au Khédive ; c’est à lui u’on doit s'adresser et non à vous, chargé d'exécuter ses ordres. Quant ux prétentions du sultan, pas besoin de vous dire qu'elles ne sont pas Amissibles ; les raisons en sont déduites tout au long dans vos instrucons, ce qui me dispense de les répéter. Son Altesse me charge de vous re que vous devez garder d’une manière secrète, mais plus que secrète, (3 À, À., le Khédive à McKillop pacha, Guézireh, 17 septembre 1875. Cette {tre a été publiée dans le Journal of the Royal African Society, en juillet 1935.

OCCUPATION DE LA GÔTE DES BENADIR. 645

le but de votre destination. En dehors du colonel Long qui le connaît, nul à votre bord ne doit le savoir que lorsque vous serez rendn à Djouba, Le Khédive pense que le secret de l'expédition est indispensable ct, en vous faisant part de cet ordre vice-royal, il ne me reste, mon cher pacha, qu'à vous souhaiter succès et prospérité (),»

Deux hauts fonctionnaires égyptiens, Radouan pacha et Abd el-Razzak bey furent attachés à l'expédition ©}, Habitués à traiter avec les populations somalies, ils apporteraient à Mekillop le concours nécessaire pour praliquer une bonne politique indigène,

2, — OGCGUPATION DE LA CÔTE DES BENADIR.

Mckillop prit à Berbera le commandement de sa petite escadre qui se comyosait de la frégate Mohamed Al, des transports Tantah ot Dessouk, et se rendit d'abord à Siyara, où il rallia la corvette Lutif, montée par Radonan pacha, et approvisionna ses bâtiments en eau, Les troupes avaient reçu cinq mois de solde d’avance, sous déduction d’un cinquième, les marins trois mois d'avance seulement etlesrations de viande, de beurreete., ne leur avaient pas été payées; MeKillop demanda en conséquenec at Khédive de lui envoyer 3.000 L.E. à Bevbera pour les besoins du personnel composant l'expédition ®), Le » octobre 1875, l’escadre égyp- Uenne quitta Siyara et se dirigea vers le ras Hafoun, où elle arriva le 5 (1, Le lendemain Harsi Mohamed, oncle du sultan de Hafoun Osman Mahmoud 6}, se présenta avec le cheikh du bandar de Sanda et .dix-buit indigènes, et informa McKillop qu'ilsseraienttrès heureux de voir leur territoire annexé à l'Égypte. Le pacha fit droit à leur demande et leur remit deux

6 À, À., Nubar à MeKillop, 16 septembre 1875.

+ A, A., Rey. 10, Ordres supérieurs, pièces 7 ct 8, p. 3, O,$. ä Radouan pacha et à Abd el-Razzak bey, 17 septembre 1875,

FA, À., MoKillop au Khédive, 1°° octobre 1875.

1 Le départ de Berbera de l’escadre égyptienne chargée de troupes et sa marche en direction du cap Guardafui furent aussitôt signalés à Londres par le résident politique à Aden (cf. F.0. 78 - 3188, nouvelles d'Aden du 30 septembre au 6 octobre 1875),

#7 Le sultan est aussi appelé dans certains documents Osman Mohamed,

peaux égyptiens ainsi que différents cadeaux. Des lettres furent adress au suban de Hafoun, qui se trouvait à l'intérieur du pays, pour l'inter qu'un bon accueil lui serait réservé à son retour et qu'il serait uné en qualité de représentant du gouvernement dans la région Un),

7 octobre, MelGllop et Radouan pacha se rendirent au bandar deSanda, -

mmpagnés d'un détachement d'infanterie ; le drapeau fut hissé, avec le monial d'usage, à un mât dressé au centre de la ville, au milieu de la et de l’allégresse des habitants ), Ceux-ci jurèrent fidélité au Khédive ds baptisèrent du nom de sultan Ismaïn (}, Puis MeKillop alla planter même le pavillon égyptien sur le sommet du ras Hafoun. Après avoir de l’eau, l'expédition quitta le 7 octobre cette côte inhospitalière que soldats arabes avaient surnommée £ ouich bita afrit (la figure du dé- 1), et fit route vers la côte des Benadir. La traversée fut longue et able, pour des raisons que McKillop expliqua au vice-roi en ces termes : : charbon qui fut chargé sur le Mohamed Aly à Suez n’était que de la ssière ct des débris, que le mécanicien même avait refusé d'accepter ; nt à celui qui m'a été envoyé à Berbera sur les vapeurs Tantah et souk, il laisse à désirer. Les mx :hines de tous les vapeurs, à l'exception Tantah, sont en mauvais état. Les bateaux mêmes sont complètement pourvus de cordages de rechange, de toile, de bois, d'outils et tout ce test strictement nécessaire. Aueun outil n'est en possession des mécaiens pour la réparation ou rechange de quelque tuyau. Aucune citerne plémentaire n'a été ajoutée aux bateaux qui devaient suflire aussi x les troupes. Votre Altesse comprendra sans peine les difficultés que eu à surmonter en luttant avec ces bateaux contre des courants qui, uis Siyara, acquièrent une vitesse de 3 à 4 milles par heure, alimentés ‘a mousson et qui étaient complètement en notre défaveur. Heureunt qu'aucune tempête ne vint pour nous occasionner des dégâts ou s qui n'auraient pas pu être réparés ll,» L'expédition, on le voit, ssentait cruellement de son improvisation. À deux reprises, 1l fallut

\. A., Rapport de Radouan pacha, 4 novembre 1875. À. À., Dossier 3/6, pièec 4, Radouan pacha à Khairi pacha, # novembre 1875, À. À, Rapport de MeKillop au vice-roi, 1°° novembre 1879. CE, Loxe, My life in Four Continents, &, 1, p. 176, 177. A, À., MeKillop au Khédive, 1°° novembre 1875.

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