OCCUPATION DE LA CÔTE DES BENADIR
s'arrèter sur des côtes désertes pour charbonner. La deuxième opération eu lieu près de Brava, où MeKillop laissa les navires Mohamed Aly ct Latif avec Radouan pacha, tandis qu'il se dirigeait avec le Tantah sur Djouba à la recherche du Dessouk qui détenait dans ses flancs le précieux charbon de soule.
Pendant leur séjour près de Brava, le Mohamed Aly et le Latif envoyèrent leurs chaloupes À terre pour faire de l’eau, mais les indigènes refusérent aux marins égyptiens l’accès du puits}, Radouan pacha écrivit alors une lettre au gouverneur ‘de Brava, Mohamed bin Musaoud, pour se plaindre, Sans l'intervention d’un nommé Salamis, de la tribu des Habyr Awal de Berbera, affirmaitl, une collision entre les Arabes et les sauvages aurait eu lieu. Le pacha demandait en conséquence au gouverneur de punir les coupables ct de prendre les mesures nécessaires pour prévenir le retour de pareils incidents, parce que, disait-l, «les navires égyptiens croisent dans la région pour examiner le pays et protéger les tribus musulmanes» Au reçu de cette lettre, l'émir de Brava envoya des messagers aux Bédouins pour les engager à laisser les Égyptiens prendre l’eau qui leur était nécessaire, et adressa une lettre d’excuses à Radouan pacha ; les navires purent alors s’approvisionner, aidés par les indigènes.
Cependant MelGillop avait poursuivi sa route vers le fleuve Djouba, à l'embouchure duquel il arriva le 16 octobre M). « L’agitation de la mer, rapporte le colonel Long, nous empêcha de débarquer. Un pêcheur somali nous fit savoir qu’un bon port existait à quinze milles au sud et nous y pilota. | |
« Kismayo, poursuit le colonel, est situé au sud de l'Équateur, dans ja courbe d’un bassin formé dans les terres, d’un demi-mille de large et dont l'entrée difficile ne comporte qu'un étroit passage percé entre deux masses de rochers... Au loin, pleinement visible à l'œil nu, s'élevait un fort en pierre, sur le parapet duquel se trouvaient des canons et des hommes qui, . torches en main, les agitaient d’un air de défi, Le lieutenant Hassan Wassif
1) Ce puits d’eau saumâtre se trouvait à 7 milles de distance environ du mouillage,
6} La lettwe de Radouan pacha a été publiée dans Correspondence relating to the Slave Trade, 1876, p. 307, où elle est datée du 17 ramadan 1992 (17 octobre 1875),
F C’est la date citée par Long.
voyé à terre avec un pavillon parlementaire &t, peu après, il revint uatre dignitaires qui, en montant sur le pont, nous ordonnèrent avec nee de partir, MeKillop répudia toute intention de déranger la gar- , mais demanda simplement la permission de débarquer pour se rer de l’eau pour nos soldats, nos chevaux et nos mules. Les dignide Kismayo refusèrent, sur quoi toutes les embareations furent . fes et le débarquement commença, tandis que les dignitaires étaient 1s en ofage.
vec la première compagnie d'infanterie fut débarqué un dignitaire é de porter au [gouverneur du] sultan l'expression de nos intentions ques. Quatre compagnies furent ainsi débarquées ; les autres dignifurent ramenés à terre dans mon embarcation avec moi-même et le nant Hassan, « Maintenant, leur dis-je en les renvoyant à leur chef, s à Hamed (1 que nous ne voulons ni sa ville, ni son fort, ni ses soldats, ; que nous désirons de l’eau et que nous occuperons les puits. Siun : .coup de canon est tivé du fort, il en cuira à Hamed,.» Le sable du rivage ‘t un excellent moyen de défense et nous fûmes bientôt solidement achés. Avant l'aube, je dé‘achai une compagnie et la conduisis en e de la ville, et, à un signal convenu, nous nous précipitâmes, baïon- ; au canon, à la gorge du fort-qui n'était pas gardée, et qui fut ainsi
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“eusement pris sans perte de vie humaine ©,»
a prise de possession de Kismayo donna licu à une grande cérémonie, 5 soldats et Les marins égyptiens se formèrent en carré autour du mât avillon où flottait le drapeau rouge de Zanzibar, Hamed, le gouverneur, déprimé, se plaça à gauche de MekKillop. Le pavillon de Zanzibar fut é puis amené, et les couleurs égyptiennes montèrent au haut du mât, ées de vigourouses acclamations en ture, poussées par les détachements navires : Éffendemiz chok yacha (Puisse notre maître le Khédive vivre nellement !) 6,» ie colonel Long reçut ensuite l’ordre de se rendre par voie de terre j r’au fleuve Djouba, où il établit son camp sur un cap élevé dominant i
rs d’eau.
Le gouverneur de Kismayo s'appelait Hamed bin Abdulla. Cf, Loxe, op. cit., €. I, p. 1758, 179.
Cf, Loxc, op. ait., t, 1, p. 180,181.
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Une lois Kismayo en son pouvoir, MeKillop retourna avec le Tantal devant Brava, où il avait laissé au mouillage le Mohamed Aly et le Latif. Le pouvoir qu'exerçait dans cette ville le sultan de Zanzibar était des plus précaires. Radouan pacha avait mis le temps à profit et commencé des pourparlers avec les principaux résidents de la ville. Ceux-ci se plaignaient de ce que Seyid Bargach se fût emparé de leur territoire par la force et que, bien qu’il prélevât une dîme importante sur leurs marchandises, il ne les défendit point contre les incursions des autres tribus ; Ahmed Yusuf, notamment, le chef somali de Geledi, levait sur eux un tribut annuel de 3.000 dollars et parfois davantage. Quant aux Anglais, ils les opprimaient également, détruisaient leurs dhows et s’emparaient de leurs esclaves W?, En un mot, les habitants se déclaraient broyés par le sultan et par les Anglais. Les Égyptiens les leurrèrent-ils par de fausses promesses? Leur promirent-ls, pour les gagner, de les protéger contre les opérations des croiseurs anglais et de les autoriser à importer librement la main-d'œuvre servile, comme l’aflirme le docteur Kirk? Cela paraît peu probable. Les habitants, qui souflraient de l’état de choses actuel, devaient être naturellement portés à voir dans les nouveaux venus des protecteurs et à les accueillir comme des libérateurs. Aussi, à l’arrivée de MeKillop, le cheikh Chighou Abdio et quelques-uns des principaux notables de Brava se rendirent-ils auprès de lui pour signer un document par lequel ils demandaient au Khédive d'Égypte d'assumer la protection de la ville de Brava et des territoires placés en bordure de la rivière Djouba 5.
(CF, Slave Trade, 1876, p. 353, 354, lettre de Ahmed Yusuf au cheikh Abdul Na, 14 novembre 1875. |
F3 Cf. Slave Trade, 1876, p. 307, mémorandum de Kirk sur la prise de Brava par les Égyptiens.
F1 Voici le texte de ce document qui se trouve dans le dossier 3/6 Abdine.
Requête en arabe datée du 23 ramadan 1998 (23 octobre 1875) présentée par . Les cheikhs de Brava, Chighou Abdio, Mouna Hassan, Abd el-Nour Abdi, Hag Abou Bekr Ibn Mohamed, Mohamed Ibn Rifaï, Omar Ibn Chighou et Mouna Ibn Al, à l'Aniral commandant l'expédition du puissant roi Ismail,
ExcxLiexce,
4 Depuis quinze ans, nous sommes soumis au gouvernement du sultan de Zanzibar Scyid Bargach et lui payons une dime représentant 5 o/o de la valeur de tous articles ct objets, à l'exception de l’ivoire pour lequel nous payons 12 tallaris et quart par
Le 26 octobre, MeKillop débarqua à la tête d'une cmquantine de soldats, Reçu par la garde du sultan qui se composait de 25 hommes mal équipés, il ordonna d'abord de les désarmer ; après quoi le pavillon du sullan de Zanzibar fut amené et remplacé par celui du sultan de Turquie, que saluèrent de coups de canon les bâtiments présents sur rade, Après avoir pris complète possession de la place, on procéda au désarmement de la population, et la garde de la ville fut confiée à une garnison égyptienne (),
Les habitants furent avisés que l'importation de la main-d'œuvre scrvile
et la vente des esclaves étaient désormais interdites. |
Après avoir pris possession de Brava, sans coup férir, MeKillop appareilla avec le Tantah et le Molamed Aly pour Djouba, emmenant avee lui huit habitants de Brava décidés à faire valoir leurs droits sur cètte répion. «Le fleuve, rapporte Radouan pacha, est large comme le Nil et il se déverse avec force dans la mer, ce qui produit de fortes vagues à son embouchure. Le débarquement des soldats s’est poursuivi avec beaucoup de difficultés. Ils ont été établis sur le bord du fleuve, à huit milles de
favässila. Pourtant le dit sulan ne nous protégeait pas contre les ennemis. Les Arabes des montagnes nous attaquaient constamment ct s'emparaient de nos biens et de nos enfants. Nous nous sommes plaints à lui souventes fois, mais sans aucun
résultat, et il ne pouvait en:pêcher ces attaques, Comme vous êtes arrivé à Brava, ?
notre village, que nous avons appris que vous êtes musulman, que vous relevez du gouvernement de notre bienfaiteur le roi Ismaïl et que vous êtes délégué par lui pour inspecter le Hitoral oriental d'Afrique jusqu’à Djouba et y instaurer la paix ct la sécurité, nous vous adressons cette requête pour vous prier de nous envoyer le pavillon musulman et de Le hisser dans notre village dénommé Brava, afin que nous dépendions du gouvernement khédivial et protégions ainsi nos vies et nos biens, en même temps que nous serons à l'abri des attaques des ennemis: Et comme la région de Djouba et ses dépendances à l’est appartiennent à nos pères depuis très longtemps, que Seyid Bargach s’en est emparé parce qu'il est le roi de ce pays, que ‘Djouba et ses habitations se trouvent délaissés par suite des dissentiments qui . règnent entre lui et nous, comme enfin la dite région fait partie des dépendances du gouvernement égyptien, nous sollicitons de x miséricorde royale l'autorisation d’habiter la région de Djouba et de nous y établir, car il y existe des maisqns qui nous appartiennent depuis longtemps, Nous prions Dieu de maintenir la puissance, la gloire et la prospérité de notre bienfaiteux Le roi Ismaïl ct de ses nobles enfants. » 07 MeKillop ne laissa à Brava qu'un détachement composé d’un lieutenant et de 5o soldats, Ge détachement fut renforcé par la suite,
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Li côte, dans un endroit élevé et sain (},5 Au cours de cette opération, le Lauf perdit, à l'entrée de la rivière, un aspirant de marine ct quatre matrlots ot le Mohamed Aly un matelot. En raison de l'insécurité du mouillage, MeKillop dut conduire ses navires à Kismayo, sans avoir pu achever son ravitaillement en eau. On était à la veille du Baïram. Pour célébrer cette fête, les canons tonnèrent et les bateaux furent pavoisés cLilluminés, Le lendemain, 1° chawal {31 octobre 1875), les habitants et les commerçants de la ville se rendirent auprès de MeKillop pour lui présenter leurs souhaits, Le gouverneur de Kismayo avait été également invité à célébrer la fête avec les Égyptiens, mais il ne parut pas. On apprit alurs que Hamed bin Abdulla, effrayé par les coups de canon de la veille, s'était enfui avec les Go soldats qu'il commandait dans la direction de Lamo, Les commerçants eux-mêmes, à vrai dire, n'étaient pas très rassurés. « Nous calmâmes leurs appréhensions, déclare Radouan pacha, en leur faisant comprendre le but de progrès et de civilisation poursuivi par Son Altesse. Une force de 95 soldats, avec deux canons de montagne, deux lance-fusées et une mitrailleuse, fut placée dans le bandar ain de sauvegarder la vie et les biens des habitants et de défendre le drapeau égyptien. Les habitants manifestèrent leur joie en voyant toutes les mesures prises ?,» Radouan pacha fut nommé gouverneur de Kismayo qui prit le nom de Port-I$mail,
Gepeudant l’escadre manquait de charbon. MeKillop envoya le vapeur Tantah à Zanzibar, avec le major Joyce, pour s’en procurer et acheter de l'outillage }, Les chevaux et les mules ayant bien supporté le change-
AA, Dossier 3/6, pièce 4, Radouan pacha au mihradar, 4 novembre 1835.
“A. À., Dossier 3/6, pièce 4, rapport de Radouan pacha, 4 novembre 1875. Le pacha explique que le port de Kismayo, ainsi que Djouba et ses environs, étaient, dix ans plus tôt, habités par les Galla, mais que des gens de Hafoun, de la tribu du sullan Osman Mohamed, et des Warsigli, les en délogèrent par la force et prirent leur place, et que deux ans après ils demandèrent la protection du sultan de Zanzibar.
° MeKillop lui signa deux traites, l'une rédigée en français pour £, 1.000 sur Hassan Aly bey, maamour à Aden, et l’autre écrite en arabe, en date du 5 novembre, pour £, 1,000 ou plus, sans préciser de nom, la personne qui l’accepterait se charpeant d'en recouvrer le montant du Ministère égyptien de Finances, M. Joyce reçut “ynlement 6.000 tallaris en argent pour ses achats, au cas où l'on n’accepterait pas ses railes, (C£, À. A., rapport d'Abd el-Razzak bey, 16 novembre 1895.)
inent de climat, le chef de l'expédition demanda au Khédive de lui envoyer encore 4o mulets ct 20 chevaux qu’on oceuporait aux transports. « Ces animaux, écrivit}, causent un grand étonnement aux indigènes de ces parages qui n’onf quo des bêtes très chétives et inaptes à quelque service que ce soit (f),» Il réclama aussi des chaloupes à vapeur, dont l'emploi, déclara-t-1l, éviterait bien des peines aux équipages et permettrait d’accélérer le travail,
Le g novembre, Radouan pacha partit pour Djouba, afin d'y faire construire un magasin en bois destiné à conserver les munitions et les approvisionnements. Il s’oceupa également de pousser les travaux agricoles entrepris sur les berges fertiles du fleuve, Un jardin d’une superficie d’un feddan fut planté de graines diverses et clôturé. On releva sur les bords du Djouba la présence d’un grand nombre d’arbres dont le boïs ressemblait à celui qu’on importe de Turquie en Égypte. Radouan pacha demanda au Caire l'envoi de bücherons et de menuisiers, ainsi que de maçons pour construire des maisons en pierre ; il sollicita aussi l'envoi de deux bateaux et de quelques barques pour faciliter les déplacements des soldats le long de la rivière, car, par suite du manque de chameaux, il était impossible de se déplacer par voie de terre ©),
Conformément à ses instructions, MeKillop écrivit à Gordon pour l’aviser de son arrivée à Djouba. « Comme je crois, lui dit-il, que vous aurez reçu une copie de mes ordres, le Khédive me disant vous l'avoir envoyée, je n'ai pas besoin de vous faire connaître l'objectif de ma venue ici, Notre arrivée iei fut des plus problématiques, car on nous fit partir manquant de tout : charbon, eau et provisions. Et quelle côte ! Cependant je ne vous énumérerai pas mes besoins et mes misères ; j'ose dire que vous avez assez des vôtres.
€ Maintenant, quant à exécuter les ordres qui m'ont été donnés de pousser vers la région des lacs pour vous rencontrer, nous sommes entièrement dépourvus de tout moyen de transport. J'ai 4oo soldats ici ot 150 à Brava, 16 chevaux, 8 mules, pas de chameaux, pas de bœufs. Je ne puis déplacer aucun de mes navires pour aller en chercher, n'ayant
(À, A., McKillop au Khédive, 1°° novembre 1875. ®) À, À., Dossier 3/6, pièce 8, Radouan pacha à Khairi pacha, 1 7 novembre 1875,