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pt bâtiments égyptiens, dont une frégate de 4o canons 1 el un aviso «trouvent dans le port F1,
«Le chilfre des troupes actuellement débarquées s'élève à 3000 hommes d'infanterie, 1000 hommes d'artillerie et 250 cavaliers bachibouzouks.
«J'apprends par voie indirecte que les troupes égyptiennes qui se trouvent cantonnées à Kassala et dans les districts environnants viennent d'étre, elles aussi, concentrées dans les Bogos.
« Des renforts considérables venus du Caire, par le Hant-Nil, À Ke toum ont été dirigés sur Metemma, dernière ville frontière égyptienne an nord-ouest de l’Abyssinie (,
« La plus grande agitation règne ici, le télégraphe ne cesse de fonctionner entre Massawa et le Caire.
« Munzinger bey organise à Keren, ville capitale des Bogos, les troupes qu'Arakel bey lui expédie de Massawa au fur et à mesure de leur débarquement 5},
« Tout fait présumer une double attaque simultanée des troupes Égyp-. tennes pénétrant à la fois en Abyssinie de Metemma sur Gondar dans l'Amhara, et de Keren sur Tsazéga dans le Hamacène, province depuis longtemps convoitée par |’ Égypte …
« L'empereur Johannès est toujours à. Aou.
« Les dernières nouvelles que je reçois d’ Abyssinie m ‘apprennent que le négus, tout en restant dans sa capitale, concentre de nombreuses lroupes dans la province de Hamacène,
M Le Mohamed Aly, "Le Latf, “ Le st septembre dans l'après-midi, le vapeur Zagasig apporta à MeKillop Vordre de partir pour Berbera avec le Latif et le Mohamed Aly. Gamäli pacha, qui wwntuil le Mohamed Aly, déclara alors à MeKillop qu'il avait des ordres spéciaux du vice-roi el que « suivant les règlements du services, il les suivrait sans le consulter. MeKillop télégraphia aussitôt au Caire pour demander au Khédive de mettre tn à ce conflit d'autorité {A.A., MeXillop À Khairi pacha, + septembre 1875). Les deux navires appareillèrent pour Berbera le 4 septembre, “ Celle assertion est inexacte.
* En réalité les troupes ne quittèrent pas Massawa ainsi qu'on le verra plus loin,
« Contrairement au plan suivi par son prédécesseur Théodoros, lors de sa guerre avec les Anglais, Sa Majesté Éthiopienne serait décidée à se replier devant l'ennemi et à attirer autant que possible l’armée égyptienne dans l'intérieur, tout en faisant le vide derrière elle,
« Malgré l’envahissement probable de son territoire, le négus serait en outre décidé à ne livrer bataille qu'à la dernière extrémité. Sa Majesté n'aurait pas perdu l’espon de voir les puissances européennes intervenir, convaineue qu’elle est qu’elles ne permettront pas à l'Égypte de commettre vis-à vis-de l’Abyssinie un nouvel acte de spoliation (1),»
Averti de l’arrivée des troupes égyptiennes à Massawa, le roi Johannès prit des mesures en vue de protéger le Hamacène et donna l’ordre d’oceuper militairement les passages de Guererd et de Beit Girgis. Le premier se trouve sur la route de Massawa au Hamacène par Gumhod, le second sur le chemin direct de Massawa au Hamacène par Aïlet ; les deux passages sont à seize heures de distance de Massawa et à environ dix heures de marche des villages précités. Arakel, qui mandait ces nouvelles au Caire, déclara que de telles mesures étaient entièrement injustifiées. « Elles ne peuvent être considérées comme de sages précautions dictées au roi Jean par la prudence, écrivit-il; ce sont des démonstrations hostiles. En effet, depuis leur débarquement, les deux bataillons n’ont pas quitté leur campement à une heure de distance de Massawa ; il n'y a pas ou le moindre mouvement de troupes, aucune disposition menaçante n’a été
prise de notre côté, et cela malgré la provocation d’une force armée assez
considérable ® se rapprochant de plus en plus de nos frontières.» Arakel accuse ensuite le roi Jean de vouloir faire à l'Égypte une guerre des nerfs, « Les dispositions prises par le négus, poursuit-i, sont conformes au but qu'il veut atteindre : inquiéter le gouvernement égyptien, l’obliger à augmenter sa force armée dans le Soudan oriental, le maintenir aussi longtemps que pussible sur le qui-vive, le contraindre à de grands sacrifices, rendus stériles par le fait de l'impossibilité dans laquelle so
( ASE., Corresp, polit., Massawa, t. IT, Sarzee au Ministre des Affaires étrangères, 1° septembre 1875.
(3 Arakcl évalue les «bandes» abyssines «munies de mauvais fusils, de lances ou simplement de glaives» à 36.000 hommes environ, |
trouvo l'Égypte (suivant l'opinion de nombre d’Abyssins) d'attaquer l'Abyssinie.. Il ne faut pas néanmoins compter absolument sur cette nunièro de voir ; à un moment donné, le roi Jean pourrait se jeter tête baissée dans une aventure, attaquer l'Égypte et tâcher de reconquérir ainsi son prestige fort diminué ; je doute cependant que le roi ait de si tôt recours À ce dernier moyen; l’imprévu en Abyssinie est à l’ordre du jour, l’invraisemblable y est fort possible, mais je pense que le négus préférera, somme toute, suivre Le système actuel et, par des démonstrations hostiles, forcer le gouvernement égyptien à être prêt pour une hp sans lui déclarer la guerre.»
Arakel n’est pas d'avis d'accepter une pareille situation, « La question, dital, est de savoir jusqu'à quel point il est admissible de tolérer des démonstrations hostiles... Plus le. gouvernement égyptien fera preuve de longanimité, plus il se montrera modéré, plus il évitera toute attaque, ét plus les Abyssins deviendront intraitables, plus ils seront présomptueux, paree qu’ils se croiront invincibles et redoutables pour 4 Égypte. S'ils se bornaient à des simples bravades, il n’y aurait guère là de grave inconvénient, non il ne s’agit pas de cela ; après avoir impunémont menacé la gouvernement égyptien cette année, le roi Jean aura l’année prochaine rocours aux mêmes Frovobations, il augmentera les démonstrations hosiles, il en sera ainsi jusqu’au jour où il aura été démontré aux Abyssins par un acte de vigueur q on n6 SEE Li pas impunément sans cesse l'Ég gyple.…
‘À un autre point de vue encore, se Arakel, À question mérite d'être examinée. Les intérêts administratifs de ces contrées se trouvent aflainis par l’attente continuelle d'entreprises belliqueuses de la part du l'Abyssinie, Le gouvernorat de Massawa peut, avec ses ressources, suflire à ses besoins ; il en est de même du gouvernorat de Souakin ; la moudirich du Taka aurait grand besoin d'utiliser ses revenus pour amélorer sa situation financière et tirer parti de ses richesses naturelles ; or lo lorritoire de Senhit ne peut entretenir et nourrir deux bataillons,
c'est au Taka, à Massawa et à Souakin qu’incombe la tâche de pourvoir aux besoins des troupes en garnison dans le pays des Bogos ; de là des dillicultés financières auxquelles il sera difficile de remédier tant que la situation de l'Abyssinie vis-à-vis de 1’ Égypte n'aura pas été régularisée
et que la ligne des front'èves n’assurera pas aux territoires égyptiens une protection plus efficace contre n’impoïte quelle surprise tentée par les Abyssins ; c’est l’unique moyen de remédier à une situation fausse tant au point de vue de l'intérêt général que des besoins strictement administratifs 1,»
Ainsi Arakel bey pousse à la guerre contre Johannès pour rétablir le prestige del Égypte et mettre fin aux difficultés politiques et financières qui assaillent les régions du Soudan limitrophes de l’Abyssinie. À cette époque vivait à Massawa, des subsides de l'Égypte, un certain émir Abay P, neveu du ras Haïlou S), qui, soupçonné comme son oncle d’avoir des accointances avec des agents du gouvernement égyptien, avait dà fuir du Hamacène pour échapper aux mauvais traitements et à l’emprisonnement. L’émir Abay remit à Arakel une supplique dans laquelle il exprimait lo vœu de voir son pays dépendre directement du gouvernement égyptien; ce vœu, assurait-il, était partagé par la majorité des habitants de cette province qui, fatigués des excès et des vexations sans nombre dont ils avaient à souffrir, enviaient la sûreté et la sécurité dont jouissil le pays des Bogos. Arakel transmit la supplique au Caire : « La possession du Hamacène, déclara-t-il, vaudrait au gouvernement égyptien des frontières sûres et faciles à garder d’abord ; en second lieu, Senhit perdrait son importance stratégique, une petite garnison de deux ou trois compagnies serait suffisante et les troupes actuellement sous les armes dans le pays des Bogos occuperaient le Hamacène qui, au besoin, avec ses ressources, pourrait pourvoir à l'entretien d’un régiment ; le Soudan oriental serait, par ce fait même, soulagé des charges qui pèsent sur lui et qui nuisent à ses Intérêts. ., En pleine paix, il ne faudrait pas songer à un pareil procédé, mais les démonstrations hostiles de l’Abyssinie seraient aisément, je pense, considérées partout comme une déclaration de guerre. Qu'est-ce, sinon un casus belli, le rassemblement de troupes allant sans cesse grossissant sur les frontières? L’occupation militaire
(7 A.A., Arakel bey à Khairi pacha, Massawa, 2 septembre 1895.
8) Ou Gabay, d'après un autre doeument,
3 Sur ce personnage et sur ses rapports avec l'Égypte, cf, t. STI, 1°° partie, p. 4o,
TENSION DES RELATIONS ENTRE LE KHÉDIVE ET JOHANNÈS. 74t de Ne des routes au col de Guererâ et au .col de Beit Girgis à dix heures de la frontière, n'est-ce pas un cusus belli? Le général anglais Kirkham, au service de l'Abyssinie, produisant à tout venant un décret royal du négus par lequel il est nommé en pleine paix gouverneur non seulement de Ghinda, territoire qu'il est possible jusqu’à un certain point de disputer à l'Égypte, mais encore de Zulla, d’Amphila et de la grande plaine de sol d'Assalé 0 dont la possession légitime ne saurait être contestée par qui que ce soit à l'Égypte, comment considérer sa nomination sinon comme un casus bell? Les provocations ne manquent pas, les démonstrations hostiles sont nombreuses ; aussi les indigènes sont-ils convaincus qu'une répression sévère va mettre un terme aux menaces dont l’Abyssinie «buse par trop depuis quelque temps P).» |
Les circonstances paraissent favorables au gouverneur de Massawa, Gest en vain que Johannès compte sur l'appui de la France et de l’Anglelerre ; celte dernière puissance ne tienf pas à intervenir dans les affaires
(5 ans un autre document, Arakel rapporte que Kirkham a montré à un Français qui exploite une coupe de bois à Sabargouma le firman du roi Jean le nommant gouverneur de cette région, et lui a demandé de lui payer l'impôt. «Les Abyssins, cplique Arakel, disent que la région de Ghinda leur appartient, et nous, nous avons toujours dit que cette région nous appartenait. De touttemps, niles Abyssins ni nous n'avons perçu d'impôts dans cette région. Quant à Zulla et Amphila, ils font partie du littoral de la mer Rouge et paient un impôt depuis l'établissement du youvernement égyptien à Massawa.» Arakel ajoute que la distance qui sépare Massawa de Ghinda est de un jour et demi et qu’il y a un poste de bachi-bouzouks établi à Sabargouma pour garder le matériel de la scierie (A.A., Reg, 33, 4rr. Abd., pièce 26, Arakel à Khairi pacha, 4 septembre 1875), Le Français mentionné par Arakel, s'appelle Baptiste Mellière ; 4 avait installé depuis trois ans une scierie à vapeur à Sabargouma, dans le but d’y débiter des bois pour le divan de Massawa, et il avait déjà coupé plus de 3.000 pieds d'arbre, lorsque Khkhan lui demanda d'arrêter son exploitation. Mellière en référa à M. de Sarsce, consul de France à Massawa, qui l’envoya à Keren pour exposer lo fait à Munzinger. La réponse de ce dernier, d’après Sarzec, fut la suivante : « Le général Kirkham a raison ; Ghinda n'appartient pas à l'Égypte, vous n'avez donc point le droit d'y couper des bois, Vous pouvez seulement abattre et enlever les arbres sur le terrain des montagnes qui fait face à la mer depuis la base jusqu'aux crêtes.» (AE, Massawa, t, IT, Sarzee au Ministre des Affaires étrangères, n° 26, Ghinda, 6 octobre 1875.)
AA, Arakel bey à Khairi pacha, Massawa, 4 septembre 1875,
d’Abyssinie ®, Le royaume du négus est en pleine anarchie ; les négociants, qui en viennent, se plaignent des désordres qui désolent le pays).
Devenu de plus en plus méfiant, Johannès soupçonne tous les hauts dignitaires d’être dans l’intention de déserter sa cause. IT vient de faire périr le ras Walad Mariam, mais cet exemple n’empêchera pas les défections F. Le ras Woronya, gouverneur de l’Amhara, n'attend qu’une. occasion favorable pour abandonner le roi Jean ; il tourne ses regards du côté du Choa et s’est entendu avec l’imam Ahmed, chef des Wollo- Galla, qui lui aurait promis son concours. Ras Adal, gouverneur du Godjam, a de son côté pris ses dispositions pour se déclarer indépendant dès que les circonstances Île permettront (, Ménélik, l'ennemi le plus redoutable du négus, compte lui aussi, après le Maskal 6}, passer la frontière, pénétrer dans l’Amhara et entrer en hostilités avec Johannès. I n'est pas jusqu'à l’oncle du négus, le vieux ras Areya, qui, ambitieux et mécontent, froissé dans son amour-propre par son neveu, ne soit prêt à
f} Arakel bey eut à cette époque connaissance d’une lettre écrite par ordre du résident politique d’Aden à Aito Samuel, ancient agent du roi Théodoros ot détenu en prison par Johannès, qui s'était plaint aux Anglais des mauvais traitements que lui infligeait le négus. Dans cette lettre, le résident politique déclinait d'accorder aucune assistance à Aïto Samuel et lui disait que son gouvernement ne désirait pas intervenir dans les affaires d'Abyssinie.
“1 Les commerçants se plaignaient également des mesures vexatoires prises par le roi Jean à | ’égard du commerce qui se faisait entre Adoua et Massawa ; ces mesures comportaient tantôt l'interdiction pure et simple de transporter des niarchandises d’une ville à l'autre, tantôt l'imposition d'une double taxe. Dans l'espoir d’y voir mettre fin, les commerçants souhaitaient naturellement l’arrivée des forces égyptiennes(A.A., Reg. 33, Arr, Abd. pièce 97, Arakel à Khairi pacha, 9 septembre 1875).
8) Munzinger écrivait de son côté le 26 août à Khairi pacha que Ledj Oubié, neveu de Théodoros, qui occupe le pays s'étendant entre Gallabat ct Gondar, recherche l'amitié du Khédive et demande qu'on lui donne des armes pour soutenir la lutte contre le roi Jean. Le Khédive accéda 4 la requête, mais preserivit de lui faire passer les armes «en contrebande» (A.A., Reg. 39, Arr, Abd., pièce 373, Munzinger à Khairi pacha, 46 août 1875 ; Reg. 24, Dép. 4bd., pièces 59 et 63, le Cabinet du Khédive à Munzinger, 4 septembre 1875).
(À Ja même époque, Alaeddin bey télégraphiait de Senhit au Caire que le ras Adal avait livré bataille. au ras Woronya, gouverneur de Gondar (A.A., Reg. 33, Arr, Abd., pièce 50, 11 septembre 1875).
passer dans le camp ennemi (). Ainsi l’empereur est menacé de divers côtés. Les Lazaristes français, eux-mêmes, ayant perdu l'espoir d'obtenir du roi Johannès des concessions en faveur de leur apostolat ), poussent l'Égypte à agir contre l'Abyssinie. Mgr Touvier cherche à démontrer à Arakel que «le gouvernement égyptien aurait la majorité des vrais amis de la civilisation et du progrès pour lui, s’il se décidait à mettre fin à l'anarchie qui désole les États du négus ; l’unique moyen d'atteindre co but, selon lui, serait l'intervention d’abord, puis l'occupation du Hamacène ». Toutes les nouvelles, tous les désirs conspirent donc à montrer que l’Abyssinie sera une proie facile. « Le gouvernement égyptien, écrit oncore Arakel, une fois qu'il se serait décidé à agir, serait contraint, pour rectifier et régulariser ses frontières, d'occuper et de garder au moins le Hamacène et tout le Tigré ; il posséderait.de riches contrées, en état de fournir les moyens d'entretien de troïs ou quatre bataillons, et les frontières qu'il aurait acquises le mettraient à même de ne jamais bre exposé à n'importe quelle surprise.» Maintenir, comme on le fait présentement, les troupes en cordon le long de la frontière, depuis Mensa jusqu'à la plaine d'Assalé, c'est les vouer à l'impuissance ; elles ne réussissent pas à protéger le pays contre le pillage et les déprédations; ce qu'il faut, c'est franchir les frontières. « Opérant en une seule masse, les deux bataillons Ü), avec le concours des forces militaires se trouvant dans le
U1 A.A., Arakel à Khairi pacha, 15 septembre, 3 octobre 1875.
M) On sait que le négus avait interdit aux prêtres entholiques de circuler dans les provinces d’Abyssinie, d'y convertir les populations et de célébrer ouvertement vu clandeslinement leur culte, Mgr Touvier envoya à la cour du négus le père Duflot dans l'espoir d'obtenir des concessions, se faisant fort, en pareil cas, d’'empêcher le gouvernement égyptien d'entreprendre quoi que co soit contre l'Abyssinie, eh assurant à co dernier pays-la protection de la France (A.A,, Avakel à Khairi pacha, 15 septembre 1875). La mission n'eut aucun succès,
PI A.A., Arakel à Khairi pacha, 23 septembre 1875. Arakel est d'accord avec Mgr Touvier sur ce point, mais il ne suit pas l'évêque dans son désir de voir Ménélik supplanter le roi Jean. Les Lazaristes, dit-il, favorisent le roi du Choa, parce qu'il se montre tolérant, semble vouloir attirer les Européens et accueille parfaitement les étrangers; ils croient que Ménélik n'aura pas besoin de chercher son appui auprès du clergé national et laissera pleine et entière liberté d'action aux prêtres tatholiques,