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TENSION DES NELATIONS ENTRE LE KHÉDIVE ET JOHANNÈS. 795 eo
de distance de Senhit, et que l’on prêtait au roi Jean l'intention de les suivre avec son armée. En présence de cette menace, Alaeddin bey avait décidé de quitter le Taka pour se porter à Senhit et appelé en renfort deux compagnies de la garnison d’Amideb (,
Lo Khédive fit aussitôt ce que la raison et l'humanité commandaient. «Nous vous ordonnons, télégraphia-t-il au vékil général du Soudan oriental, de faire bon accueil à toute personne qui viendrait de sa propre initiative dans une région égyptienne, que ce soit Walad Farrach, les Arabes du Hamacène ou autres, et de les installer à l’intérieur des frontières du gouvernement, dans les endroits où les soldats sont établis. Vous devrez leur procurer tout le confort voulu, les bien soigner et les bien traiter, soit en matière religieuse, soit en toute autre matière, Si l’on vous demande de les rendre ou de les renvoyer chez eux, vous ne devez pas y donner suite et vous répondrez que … le gouvernement ne peut pas les rendre du fait que ces personnes sont venues dans le but de mettre en sécurité leurs vies et leurs biens, Si un homme de confiance vient et leur donne l’aman nécessaire et que ces personnes manifestent le désir de rentrer chez elles, nous ne voyons aucun inconvénient à ce qu’elles partent, si elles en font la demande (},» En même temps, le Khédive prit les mesures de défense qu'imposait la situation. Il ordonna de faire partir pour Massawa deux bataillons, des canons et des munitions, et enjoignit
“à MeKillop pacha, directeur général des Ports et Phares, de s’embarquer
sur le Latif et de se porter vers la région menacée, afin de veiller à la
M} AA, Rog. 89, Arr, Abd., pièces 110, 113, Alaeddin bey à Khairi pacha, 19 et 80 juillet 1895,
M AA, Reg. 23, Dép. Abd., pièce 459, ordre supérieur à Alacddin bey, g août 1875. En exécution de ces instructions, Walad Farrach fut reçu avec sa suite à Senbit où on lui fournit du doura, Quelques jours après son arrivée, la grande majorité de ses hommes le quitta; Walad Farrach les laissa partir après s'être fait rendre leurs armes qui lui appartenaient en propre (A.A., Reg. 30, Arr, Abd, pièce 36°, Alacddin bey à Khairi pacha, 18 août 1875). Dedjaz Gabrou-ayant écrit à Munzinger pour lui demander de renvoyer les Arabes réfngiés à Senhit, eelui-ei répondit en lui communiquant l'ordre de la Maïa Sanieh et ajouta qu'il n'y avait aucune utilité à lui écrire du moment que le roi d’Abyssinie n'était pas en bons termes avec le Khédive (A.A., Rep, 32, Arr, Abd., pièce 371, Munzinger à Khari nacha, 10 août 1875).
sauvegarde du littoral jusqu’à la cessation des troubles 0, Munzinger fut avisé des événements et reçut l’ordre de suspendre son voyage à Tadjoura, « Vu votre connaissance parfaite des aflaires de ces régions, lui manda le vice-roi, nous vous mettons au courant de la situation pour que vous l’examiniez avec votre attention habituelle. Quant à la personne venue de la part du roi Ménélik (), vous louerez une barque spéciale pour elle et l’enverrez à Tadjoura pour qu’elle retourne chez elle. Vous lui recommanderez de dire au roi Ménélik de se porter à l’attaque du roi d’Abyssinie sans retard. Si Ménélik a besoin d’autres fusils que ceux qui ont été envoyés, vous lui donnerez ce dont il a besoin pour lui venir en aide (,» À la Sublime Porte, le Khédive expliqua que le roi d’ Éthiopie, profitant de ce qu'il avait dû dégarnir ses frontières pour faire face aux événements du Darfour, avait mobilisé ses forces et envoyé trois détachements dans le Hamacène . Il déclara au consul général d'Angleterre qu'il regrettait d'autant plus cette situation que, loin d’avoir en quoi que ce soit provoqué l'hostilité du roi Johannès, il lui avait fait faire des ouvertures de paix et d'alliance qui avaient été rejetées par ce prince (); il ajouta qu'il croyait que l'influence de M. de Sarzec, récemment revenu à Massawa ( n’était pas étrangère à
(AA, Reg. 2, Ordres supérieurs, pièce 10, p. a7, O.$. à Munzinger, 11 août 1875 ; pièce 191, p. 93, OS. au gouverneur de Massawa, 11 août 1895 ; pièce 9, p. 27, O.$, à Alaeddin bey, 11 août 1875. McKillop quitta Suez le 18 août avee six compagnies sur le vapeur Latif et arriva à Souakin le 16 août. Le vice-roi lui ordonna de poursuivre sa route sur Massawa, où il arriva le 21.
B1 Il s'agit du ras Bourou,
AA, Reg. 23, Dép, Abd., pièce 461, Khairi pacha à Munzinger __. 10 août 1875.
(9 AA, Reg. 43, 4bd., p. 14°, le Khédive à Abraham pacha, 11 août 1895.
#} Le vice-roi fait sans doute allusion iei à la mission confiée à M. Flad au début de 1874,
{1 On a vu au tome IT, e° partie, p, 430 note », les raisons pour lesquelles M. de Sarzee fut rappelé en France, Le 9 décembre 1874, le Khédive apprenant par Mgr. Touvier que M. de Sarzec retourncrait à Massawa en qualité de consul, fit écrire une lettre par le chef de son secrétariat M. Barrot à M. de Cazaux, agent de France, pour dire que le rappel de M. de Sarzec en France avait eu lieu en vue de lui être personnellement agréable et de faciliter les bonnes relations entre les deux pays. À Paris, on contesta cette interprétation et l’on fit valoir que La réintégration
ces événements, De son côté, le chevalier de Gischini, consul général d'Autriche-Iongrie, mandait à sa Gour : « Le Khédive, qui entrerait en guerre avec l’Abyssinie contre sa volonté, paraît pourtant décidé, au cas où 1} s'y verrait contraint, à agir avee toute sa puissance ef à ne pas poser les armes avant qu'un succès décisif n'ait amené une paix durable. Au cas où l’on entrerait vraiment en‘hostilité avec le roi Jean.…., il est à prévoir que le gouverneur général égyptien, Munzinger pacha, que l’on peut considérer comme le véritable organisateur de la uouvelle domination égyptienne au Taka, à Kassala et aux Bogos, qu'il aida à conquérir, jouerait un rôle prépondérant (?),»
Les dépêches adressées par le Khédive à Munzinger et aux gouverneurs do Massuwa et de Souakin subirent de longs retards en raison des avaries survenues à la ligne télégraphique du Soudan fl; aussi le premier ne trouva-t-il pas, en arrivant à Massawa, l’ordre du vice-roi qui suspendait sa mission à Tadjoura. Instruit toutefois des événements par son vékil général, Munzinger agit dans le sens souhaité : il partit aussitôt pour
de M. de Sarzec à Massawa était exclusivement dictée, comme l'avait été son rappel, par des considérations de convenance pour le service. Cet agent ne bénéficiait d'ailleurs d'aueune promotion ; il retournait à Massawa comme vice-consul, dans la situation qu'il occupait originairement (AE., Massawa, t, I, note relative à M, de Sarzec, 15 décembre 1874), La Porte donna son exequatur à M, de Sarzec, sans en référer au gouvernement égyptien qui protesta à Constantinople (A.A., Reg. 43, 4bd., p. 139, le vice-roi à Abraham pache, g avril 1875). La Porte répondit au vice-voi en le priant de regarder comme nul et non avenu le firman d’exequatur (AA, Barrot à Chérif pacha, 31 juillet 1875). Le 15 septembre 1875, ile avisait le vice-roi qu’à la suite des démarches faites par le Ministère ture des Maires étrangères, l'ambassade de France venait de l'informer que M. de Sarzec allait être remplacé dans son poste par M. Carbonnel,
1 1,0. 78 - 2404, M. Cookson à lord Derby, Alexandrie, 11 août 1875,
1 Vienne, Archives politiques, Alexandrie 1875, Fase. XXXVIIT, 174, rapport de Cischini, 11 août 1895.
°? La ligne se trouvait avariée entre Dongola ct Berber, et le moudir de Dongola reçut l’ordre de transmettre les dépêches À Berber par méhariste (A.A., Reg. 23, Dép. Ald., pièce 460, Khaïri pacha au moudir du Dongola, 10 août 1875) ; cette avarie fut réparée le 17 août, Mais une autre avarie s'était produite dans la ligne quelques jours plus tôt, entre Berber et Kassala ectte fois (A.A., Reg: 8a, 4rr. Abd niñen do La éintinn éoronhirnn da Ron a Mit Contah aa nat: Durs
Souhif, afin de se rendre compte sur place de la situation. Lorsqu'il ponte à Keren, il apprit que le roi d’Abyssinie se trouvait à Adoua, où 1] s’occupait à faire « construire une muraille» pour se protéger contre
les Égyptiens. « Le roi Jcan fait savoir à foute personne qui se rend auprès de lui, poursuit Munzinger, qu'il a l’intention d'attaquer les soldats égyptiens qui se trouvent sur les frontières. Dans une localité appelée Sarawé (), située à mi-chemin entre Adoua et le Hamacène, se trouve une grande armée sous le commandement de trois grands chefs, Dedjaz Gabrou, gouverneur du Iamacène, se trouve à Tsazéga, localité située à quinze heures de Senhit, et un corps nombreux y est concentré, À son arrivée au Hamacène, il a donné des instructions interdisant à toute personne de se rendre à Senhit; toute personne allant de Senhit au Hamacène est arrêtée, Dans la nuit du g août, 400 habitants du Hamacène, environ, sont partis pour piller Mensa qui dépend de Senhit ; après être entrés dans nos frontières, ils ont pris peur et ont rebroussé chemin. Dans le courant de ce mois-ci, À plusieurs reprises, ces habitants ont pillé des vaches à Mensa. Quand les propriétaires de ces vaches se sont présentés pour demander qu’on les leur rende, ils ont été frappés et mis en prison (,»
La situation n’était pas moins inquiétante du côté d'Amideb. Le maamour de cette place informa en effet Munzinger que Walad Marrag, gouverneur d’Adiabo, était descendu avec des troupes dans la région des Bazen ; la population tes frontières avait pris peur et la situation demeurait incertaine. « Si cet état de choses continue, commentait Munzinger, les habitants subiront de grands dommages et l'administration fonctionnera mal, car tous les soldats et le personnel se tiennent prêts à combattre F1.» Plutôt que de laisser traîner les choses en longueur, Alaeddin bey était d'avis de trancher dans le vif : «11 nous paraît préférable, manda-t-il à Khairi pacha, d'envoyer un ultimatum au roi pour lui demander d’é- Joigner ses troupes, dans un délai fixé, des positions qu’elles occupent
(2) Nous avons vu que Sarawé est le nom d'une province,
A, AÀ., Roy, 89, Arr, Abd., pièce 204, Munzinger à Khairi pacha, 13 août
BI AA, Rey, 3a, Arr, Abd, pièce 204, Munzinger à Khairi pacha, 13 août 18795.
sa ideere
TE sur les frontières ; sinon, on agira avec lui de Îa façon qui convient et selon les circonstances (),»
Munzinger prit les mesures nécessaires pour assurer la défense des frontières. L'attaque du roi Jean paraïssant viser Senhit, placé au centre du front dont Massawa et Amideb forment les ailes, il demanda l'envoi des deux compagnies soudanaises qui avaient été désignées pour l’accompagner à Tadjoura. Ce renfort porterait l'effectif de la garnison de Senhit à 11 compagnies, 4 canons de montagne et 2 mitrailleuses, soil environ 1.200 soldats réguliers ; on s’occupait en outre de renforcer les fortifivations de la place. Alaeddin bey était à Amideb avec 5 compagnies du 2° bataillon; Munzinger prescrivit à la moudirieh du Taka d’envoyer, en renfort à ce dernier, deux compagnies armées de fusils Remington et deux nitrailleuses, ce qui porterait à 7 ou 800 Île nombre des soldats réguliers ; le vékil général disposait en outre de 200 cavaliers bachibouzouks et arabes, À Massawa, il y avait deux compagnies de mouhalizines, ainsi que les trois compagnies amenées par Munzinger sur le Koufit; la place possédait en outre des artilleurs et des bachi-bouzouks ainsi que 200 cavaliers des ordis de Ragab agha et Kheireddin agha (. « Nous avons l'intention pour le moment de patienter et d'attendre que les Abyssins attaquent les frontières, manda Munzinger au Caire. C’est ulors, si Dieu le veut, et avec l’aide du Khédive, que toute la force armée . quillera Senhit, Amideb et Massawa pour se réunir dans le Hamacène. Tous les soldats sont contents d'attendre l’arrivée de l'ennemi 6,» L'arrivée à Massawa le 3 1 août de McKillop-pacha, qui amenait 6 com-
AA, Reg. 82, Arr, Abd., pièce 205, Alaeddin bey à Khairi pacha, 13 août 1875. |
M Ces 200 cavaliers, destinés à Zeyla, avaient été arrêtés à Massawa par suite d'une avarie de machine survenue au Koufit qui les transportait. Le a3 août, le vice-roi ordonna à Munzinger d'appeler à Massawa le vapeur Dessouk, qui était allé porter à Zeyla Raouf pacha et ses troupes, et d'y embarquer les 200 soldats de Kagab agha et de Khcireddin agha pour qu'ils aillent rejoindre Raouf pacha (A.4., Reg. 28, Dép. Abd., pièce 581, Khairi pacha à Munzinger, 23 août 1875),
PE AA, Reg. 39, Arr. Abd., pièce 251, Munzinger à Khairi pacha, 1 7 août 1875, Munzinger demandait qu’on lui envoyât d'urgence des fuséos et une bonne quantité le fusils pour lui permettre « d'exterminer l'ennemi» en cas d'attaque, I réclamait aussi des soldats spécialistes pour manipuler les fusées,
pagnios sur le Latif, avait été précédée de celle du Damanhour qui transportait les deux autres compagnies de ce bataillon ainsi que des artilleurs, et suivie de celle des navires Giaffarieh et Mohamed Aly P}, qui, sous la conduite de Gamäli pacha, amenaient le second bataillon envoyé d'Égypte. Ainsi, le 24 août, se trouvait réuni au voisinage de l’Abyssinie un nombre de troupes suffisant pour en imposer à ce pays. Khairi pacha prescrivit à Munzinger de laisser MeKillop à Massawa et l’autorisa à écrire, comme il le proposait, une lettre au roi Jean qui s'inspirerait des directives suivantes : « L'arrivée du roi avec ses troupes à proximité des fronüères égyptiennes a provoqué l'insécurité parmi les habitants, sans parler de l’irruption des Abyssins dans nos frontières et le pillage auquel ils se sont livrés. Ces faits causent l’insécurité et sont contraires aux droits de voisinage. Les intentions du roi sont inconnues. C’est pourquoi vous demandez qu’il vous fasse connaître ses projets et ses intentions et vous l'invitez à rentrer avec ses troupes à l’intérieur de ses frontières comme par le passé, car s’il refuse et persiste dans ses intentions ostensiblement mauvaises, vous seriez obligé de vous défendre et de l'éloigner à tout prix des frontières.» « Si la nécessité s'impose à vous de faire avancer des troupes, ajoutait Khairi pacha, comme vous connaissez parfaitement les localités et les voies de communication faciles, vous choisirez les endroits convenables pour y installer les troupe: sur un terrain plat, se prétant aux opérations militaires, car il est probable que, dans leur ignorante, les Abyssins se livreront à une attaque à l’improviste, Si vous décidez de marcher avec ces troupes, vous devrez au préalable vous concerter avee McKillop pacha et vous entendre avec lui sur les opérations que vous jugerez bonnes et en rapport avec les nécessités de la défense. Si, à la suite de votre lettre, les Abyssins se retirent complètement de nos frontières et rentrent chez eux, et prouvent par là qu’ils n’ont plus l'intention d'attaquer, ce sorait préférable, Si, par contre, ils persistent dans leur attitude agressive, vous serez alors obligé de vous défendre et de prendre toute mesure nécessaire en la circonstance, Vous devez prendre bonne note que nous
01 Le Damankhour arriva à Massawa lo 18 août.
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TENSION DES RELATIONS ENTRE LE KIIÉDIVE ET JOHANNÈS. 731 ini te
n'avons pas l'intention de saisir cette occasion pour rentrer chez eux ou nous emparer de territoires leur appartenant, Toute notre pensée vst de les éloigner des frontières et de nous défendre contre leurs attaques. ('ost pourquoi votre lettre doit être rédigée avec beaucoup de gentillesse et d'amabilité, car si cet incident se dénoue sans guerre, nous vous en sorons plus reconnaissant (!),5 Deux jours plus tard, le Khédive renouvelait à Munzinger ses instructions de rester sur la défensive, mais entre temps l'idée qu'il avait déjà exprimée de détourner le roi Jean d’une atlaque contre l'Égypte, en distrayant son attention sur une autre partie de son empire, se précisa dans son esprit, « Comme nous n'avons pas intérêt à nous battre avec les Abyssins, manda-t-il à Munzinger le 20 août, nous ne voyons pas d’inconvénient à ce que vous preniez les mesures nécessaires pour pousser Ménélik, roi de Chpa, à attaquer Kassa. De cette façon, ce dernier serait occupé dans une guerre avec Ménélik. En tout cas, vous devez appliquer tous vos eflorts à faire surgir un litige entre eux deux pour qu'ils se livrent bataille ©.» Dans les jours qui suivirent, l'idée se développa et conduisit le Khédive à adresser le 26 août 1875 à Munzinger de nouvelles instructions qui étaient rédigées comme il suit :
& J'ai reçu hier soir votre télégramme du 18 août et j'ai tout lieu de croire, par les appréciations qui y sont contenues, que les Abyssins n°’ose- -ront pas sortir de jeurs frontières pour faire irruption sur notre territire, Les dispositions prises par vous, le déploiement de nos forces les ont sans doute fait réfléchir et, s'ils ne se sont pas avancés jusqu’à présent, on vst conduit à présumer que le roi Jean licenciera ses troupes ou les éloignera de nos frontières. C'est précisément ce que je désire, car avant fout, ainsi que je vous l'ai fait savoir, je ne veux pas de collision avec les Abyssins qui forcerait mes troupes à passer la frontière, Au reçu du télégramme susdit, j'ai pris une décision que vos appréciations m'ont sugçréréc, Je vous la fais connaître, ainsi que les raisons qui m'ont déterminé,
M AA, Reg, 23, Dép. Abd., pièce 5a7, Khairi pacha à Munzinger, nuit du 18 au.tq août 1875.
AA, Reg. 23, Dép. Abd, pièce 545, Ordre supérieur à Munzinger, a0 août
«Le meilleur moyen d'éviter une collision avec le roi Jean, c’est de lui montrer d’une manière frappante que nous sommes préparés et qu’il ne fait sur nous aucune impression. En second lieu, c’est de l'inquiéter sur ses derrières, soit en lui faisant croire que nous allons soulever Ménélik contre lui, soit en acceptant en effet les offres de service que Ménélik m'a fait faire ), Ge double but serait atteint : 1° en laissant nos troupes
disposées comme vous les avez disposées, toujours sur leurs gardes et
prêtes à attaquer si on les attaque ; 2° par la reprise du voyage de Tadjoura [et de la mission] dont je vous avais chargé auprès de Ménélik, mission interrompue par le rassemblement des troupes du roi Jean.
« L'absence de la frontière du gouverneur général (? témoignerait auprès de Kassa du peu de cas que nous faisons de ses tentatives, en même temps que la présence de nos troupes lui montrera à quel point nous sommes préparés. Votre mission auprès de Ménélik le fera réfléchir et décidera promptement la dispersion de ses bandes. Je vous prie donc de laisser le commandement des troupes à Alaeddin hey, que vous mettrez au courant des dispositions prises par vous, ainsi que de mes idées rela-
tivement au mouvement du roi Jean. Vous prendrez pour escorte les troupes qui avaient déjà été fixées et vous vous rendrez à Tadjoura pour exécuter les ordres que je vous ai donnés et le projet de convention do commerce dont nous nous sommes entretenus.
4 Relativement à ce traité, vous concevez, mon cher pacha, que Je ne puis vous tracer pour votre conduite que les lignes principales ainsi quo les principes que je désire poser. Les questions de détail ne peuvent être traitées d’une manière complète que par vous, car elles tiennent toutes, non seulement aux articles qui servent à l'importation ou à l’exportation, mais en même temps à la valeur relative de ces articles.
« Ainsi done, mon cher pacha, ne perdez pas de vue : 1° que les relations commerciales entre nos deux pays, soit dans les échanges entre eux, soit dans Î6 transit, doivent être complètement libres ; a° que les sujets égyptiens qui désirent faire le commerce dans les États de Ménélik ou exercer une industrie quelconque pourront le faire librement sous la
® Ces offres durent être verbales, car nous n’en avons retrouvé aucune trace dans les archives égyptiennes, ® C'est-à-dire de Munzinger lui-même,
sauvegarde des lois et usages du pays ; que les sujets égyptiens qui exercent : leur commerce ou leur industrie en Abyssinie seront soumis complètement aux lois et coutumes qui régissent les propres sujets de Ménélik ; qu'ils seront en tout sur le même pied, jouissant des mêmes droits et privilèges que ces derniers ; 3° si, dans la suite, le roi Ménélik était amené à accorder des privilèges ou des droits supérieurs à quelque autre nation, les sujets fgypliens jouiraient par ce fait même de ces mêmes privilèges et de ces mêmes droits; en un mot, qu'ils seront toujours et pour la durée du traité sur le pied de la nation la plus favorisée. Il serait bien aussi que les sujets égyptiens eussent le droit d'acquérir et de posséder des immeubles el des propriétés à l'instar des indigènes, si vous trouvez que cela n’est pus contraire à leur organisation ; 4° les sujets du roi Ménélik qui feraient le commerce ou exerceraient une industrie sur le territoire de mon gouvernemenf, soit dans mes possessions du Soudan, soit en Égypte même, seront en tout traités comme il est dit dans les articles ci-dessus, natnrellement en dehors de la clause qui les placerait sur le pied des nations les plus favorisées. Sur ce point, vous concevez, mon cher pacha, que nous ne pouvons pas accorder la réciprocité, car les traités qui nous lient avec les puissances européennes sont anciens et existent déjà, tandis que ceux que Ménélik pourrait faire sont encore à être discutés, conséquemment inconnus dans leurs conditions,
«Lo second principe que vous ne devez pas perdre de vue et le plus important, puisque sans lui il n’y a pas de commerce possible, c'est la sécurité entière et l’exemption complète de tout droit ou de toute contribution de quelque nature qu'elle soit, des marchandises qui auront ucquilté le droit légal de douane que le traité fixera,
«Si le Choa a des douanes intérieures, ces donanes doivent être abolies, S'il a, ou s'il établit des octrois, des droits de consommation ou autres, ces droits ne doivent point peser sur les marchandises qui auront acquitté ln laxe légale de douane, certifiée par un raftié délivré par la douane elle-même et qui doit spécifier la provenance, la quantité et la qualité de la marchandise. De même, si quelques seigneurs vassaux ou fonctionnaires du roi Ménélik ou si quelques tribus exerçaient des exactions ot prétendaient lever des droits sur ces marchandises, le gouvernement du roi serait tenu d'empêcher un pareil état et de rédnivra ras satonanne
vassaux où fonctionnaires, quels qu'ils soient, à l'impuissance d'exercer leurs exactions.
« H est évident que mon gouvernement s'engage aux mêmes clauses et conditions qui sont exposées dans l’article précédent pour toutemarchandise traversant son territoire.
« Gette clause qui concerne la sécurité du commerce est essentielle, car sans elle, il n’est point de commerce. Ces bases une fois posées, la question du traité se réduit à une question d’estimation et de tarif.
« Sur ce point, il y a deux manières de procéder : 1° ou mettre un droit uniforme et ad valorem sur toutes les marchandises importées ou exportées ; 2° ou faire des classifications des divers articles de commerce et fixer un droit, plus ou moins élevé, que chacune de ces catégories devrait acquitter. Je laisse le choix entre ces deux manières de procéder entièrement à votre appréciation, mais je pense que le premier mode est à préférer par cela seul qu'il offre plus de simplicité.
«La seule chose que je vous recommande d’une manière toute spéciale, c’est de ne pas perdre de vue que mon désir et monintention, en entrant dans des relations commerciales avec le roi Ménélik, c’est de développer le commerce au profit de nos deux pays et que conséquemment, soit les droits d'entrée, soit les droits de sortie, soit ceux pour les marchandises en transit doivent être calculés de manière à ne pas être une entrave au commerce, qui doit nécessairement contribuer aux dépenses qui servent à le protéger, mais ne pas supporter des charges qui l’entravent. La fixation de ces droits est la question principale que seul vous pourrez déterminer, connaissant si parfaitement la nature des deux pays, de leurs ressources et de leurs besoins.
« Une fois, mon cher pacha, que vous aurez ci tous vos arrangements avec Ménélik, vous pourrez signer ce traité, mais en spécifiant d’uné manière formelle mon examen préalable ainsi que ma ratification. Vous me l'enverrez avec un rapport détaillé dans lequel vous exposerez les raisons qui vous auront déterminé pour un tel droit plutôt que pour un autre ; car je tiens à me rendre un compte exact et parfait des motifs qui auront guidé vos appréciations et vos calculs.
« Je n'ai pas besoin d'ajouter que les armes et les matières premières de guerre doivent être prohibées même en transit.
« Gependant je laisse à votre Jugement et à votre connaissance des hommes ct des circonstances, de décider si vous vous rendrez de votre personne au Choa auprès du roi ou si vous inviterez le personnage que Le roi m'avait envoyé au Caire () à venir dans un lieu, que vous désignerez d'avance, discuter avec vous les conditions de ce traité. Le lieu que vous désigneriez pourrait être sur la route de Tadjoura, où je veux qu'en tout état de choses vous vous rendiez pour remplir la nussion dont je vous ai chargé, mission retardée par le mouvement de Kassa, Pour vous guider dans le choix que vous ferez, je dois vous dire qu'une de mes intentions en faisant ce traité est de reconnaître le roi Ménélik ainsi que son gouvernement, et surtout de faire savoir que je l'ai reconnu. À cet effet même, je vais lui envoyer le patriarche qu'il m'a demandé. Mon intention étant telle, vous jugerez vous-même s'il convient mieux que vous alliez au Choa pour faire cette convention, où s'il suffit d'inviter le personnage déjà mentionné à se rencontrer avec vous sur la route que vous devez parcourir pour remplir votre mission 6), »
0) Ras Bourrou. |
& AA, Instructions du Khédive à Munzinger, le Caire a6 août 1875, A ces instructions, était annexé le projet de traité commercial suivant :
Son Altesse le vice-roi fsmaïl pacha, Khédive d'Égypte, d'une part, et Ménélik, roi d'Abyssinie, de l’autre, étant également animés du désir de resserrer les relations d'amitié et de commerce et d'assurer la paix entre leurs peuples, le roi Méuélik a envoyé le ras Bourrou porteur d'une lettre qui l’autorise à conclure un traité d'amitié, et Son Altesse le Khédive, de son côté, a nommé pour son plénipulenliaire.…....
Lesquels ont convenu des articles suivants :
1* Le commerce est libre dans toute l'étendue des deux États rospectifs sous réserve des droits de douane,
a* Les droits perçus par les douanes égyptiennes étant fixés par les traités conclus entre les diverses puissances, le roi Ménélik s'engage à ne faire percevoir dans ses États que les mêmes droits,
4° Chacune des deux parties contractantes garantit sur son territoire la sûroté du commerce et des caravanes.
h* Les ressortissants de chacun des deux États établis ou de passage sur le torritoire de l'autre sont soumis à la juridiction et à la justice locales.
5* Le roi Ménélik s'engage à seconder de toutes ses forces et de tout son pouvoir
Avant de partir pou: Tadjoura, Munzinger reconstituerait les délachements que les circonstances avaient conduit à détourner de leur destination pour les affecter à la défense des frontières. L’un d'eux, composé de deux compagnies, d’un canon de montagne et de fusées de guerre, accompagnerait Gamäli pacha à Berbera; le second, comprenant des soldats réguliers et des bachi-bouzouks rejoindrait Raouf pacha à Zeyla ; le troisième enfin, composé également de soldats réguliers et de bachibouzouks, escorterait Munzinger lui-même dans sa mission au Choa, Les soldats des deux batullons de renfort arrivés à Massawa combleraient les vides créés par ces prélèvements. Munzinger disposerait les troupes sur les frontières aux points voulus pour en renforcer la défense (1), I donnerait au gouverneur de Massawa et à Alaeddin bey, vékil général du Soudan oriental, les instructions requises pour qu’ils exécutent toutes les mesures décidées par lui }, L’attention d’Alaeddin bey fut en outre spécialement attirée sur l'importance de la région d’Amideb ; il reçut l'ordre d’y établir un des deux binbachis envoyés d'Égypte avec les bataillons de renfort 6),
Les mesures militaires prises par le Khédive avaient amené un grand mouvement à Massawa et ne pouvaient manquer d’être connues en Abyssinie, « En ce moment, écrivait de ce port M. de Sarzec le 1° septembre,
dans les iimites de son pays les efforts que fait Son Altesse le Khédive pour empécher le commerce des esclaves,
6° S.A. le Khédive ayant dù, dans l'intérêt de la sûreté publique, prohiber l'importation des armes et des munitions de guerre sur toute l'étendue de la côte africaine, fera son possible pour accorder au roi Ménélik toutes les facilités qui ne seront pas directement contraires au but de ces mesures,
7° Le présent traité entrera en vigueur à dater d'aujourd'hui le... 1875.
(9 Dans cette répartition, Munzinger devrait veiller cependant à placer les troupes dans les régions ou le climat serait le plus salubre pour elles, et le vice-roi rappelait à ce propos que les deux bataillons envoyés à Massawa appartenaient à l'armée régulière et ne dovaient pas être confondus avec des bataillons de discipline. = |
AA, le Khédive à Munzinger, 26 août 1875; Reg. a, Ordres supérieurs, pièce 11, p. 100, OS. à Munzinger, a7 août 1875.
() A.A,, Reg. a, Ordres supérieurs, pièce 2038, p. 98, OS, à Alaeddin bey, 27 août 1875,