‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 16 sur 176 · PR RE EE · texte numérisé non relu

PR RE EE

Le colonel Arendrup emmenait dans son état-major le binbachi Dennison, ancien officier américain gradué de West-Point, qui appartenait à l'arme du génie, le major égyptien Omar Rouchdi, le major Durholz, de nationalité suisse, qui avait servi quelque temps dans l’armée du Pape et remplissait depuis plusieurs années les fonctions de secrétaire particulier du général Stone M. Il arriva à Massawa le 26.septembre à s heures de l'après-midi, et fit aussitôt débarquer les troupes et le matériel embarqués sur ses navires ©), Le lendemain, le corps expéditionnaire fut formé au camp de Mkoullo ; il‘comprenait 18 compagnies d'infanterie armées de Remington, deux batteries de 6 pièces de montagne howitzer, 5 lance-fusées et un petit détachement de 14 cavaliers (9),

Arendeup avait reçu du Khédive l’ordre de recueillir sur place tous les renseignements nécessaires avant de décider sa ligne de conduite. Le gouverneur de Massawa eut peu de peine, semble-t-il, à le convertir à ses vues l), « Dès son arrivée, manda le gouverneur au Caire, M. Arendrup a recueilli iei tous les renseignements que je pouvais lui fournir et il a été mis à même de juger la situation et d'apprécier les conditions dans lesquelles se trouvait placé le Soudan oriental par les provocations et les menaces dont le roi Jean a de depuis plusieurs mois, pouvoir user us-à-vis de l’ Bgypte. Ce n’est qu'après avoir été convaincu que le mauvais vouloir du roi n'avait fait qu'augmenter dans ces derniers temps, que la longanimité du gouvernement égyptien, loin de raméner le souverain à des idées justes, l'avait encouragé à se montrer de plus en plus l'ennemi wrévonciliable du gouvernement de Son Aliesse, que patienter davantage en serait laisser impunément porter atteinte au prestige du gouvernement

Pr Cf. Dys, op. cit, p. 189,

4 officiers, 130 artilleurs avec leur équipement complet ct 10 |envaliers se lrouvaient sur le vapeur Hodeida ; trois compagnies d'infanterie sur le Kosséir ELA, Reg. 33, Arr. Abd, pièce 31 4, Arakel à Khairi pacha, 26 septembre 1875).

"AA, Arendrup à Khairi pacha, 8 octobre 1875, Deux compagnies devaient tester à Massarwa, |

«fèves de conquête, de puissance et de gloire, écrit Dye on parlant d’Arakel, “elriient dans l'imagination de ce conseiller jeune, ardent et ambitieux, qui, puis- “ment secondé par le comte Zichy, eut peu de difficulté à imposer ses vues 4 Arendrup et à façonner, sinon même à contrôler entièrement l'expédition.»

ICS, Due, cit, p. 139.)

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égyptien, de façon à lui rendre plus difficile l’administration du Soudan, ce x'est, dis-je, qu'après avoir acquis cette conviction que M. le colonel Arendrup bey a décidé de faire marcher vers le Hamacène les troupes qui sont sous ses ordres (l},» Plus brièvement, Arendrup déclara au Gaire qu'il avait trouvé l’état de choses à Massawa « conforme aux rapports du gouvernorat» et qu’il avait en conséquence décidé de procéder à l'occupation du Hamacène. N'ayant trouvé sur place que 15.000 tallaris(?}, il demanda au Caire de lui en envoyer d'urgence 30.000 autres ), ainsi

que 6.000 vêtements chauds destinés à protéger les troupes contre |

les rigueurs du climat du Hamacène W).

Les ordres du Khédive prescrivaient au gouverneur de ne d’examiner le genre de gouvernement qu’il conviendrait de donner au Hamacène après son occupation. Confier cette région à l’un des descendants de l’ancienne famille régnante, toujours en lutte entre eux, ce serait, déclara Arakel, y perpétuer l'instabilité. « Les deux membres les plus importants de la famille, deux anciens rivaux, manda-t-il au Caire, sont aujourd’hui pour ainsi dire prisonniers du roi Jean : .dedjaz Haïlou, oncle du prince réfugié à Massawa, et Walad Mikaïl. Un autre membre de la famille nomm“ Haïlou est depuis longtemps à Senhit. Quant au prince venu ici, c’est un jeune homme de 18 à 20 ans, sans expérience et qui n’a jamais pris part aux affaires. Le mieux, je crois, serait... de

(3 AA, Arakel à Khairi pacha, 3 octobre 1875.

# Dont 10.000 dans la caisse du 1°° bataillon et 5.000 qu’Arakel espérait pouvoir ramasser à Massawa, |

) A.A., télégramme d'Arendrup, Massawa, ag septembre 1875. Arendrup considérait que le « meilleur et même l'unique moyen de gagner la confiance et la bienveillance des habitants du Hamacène était de dépenser au début un peu d'argent en achetant des vivres cte.». Il avait aussi besoin d’argent pour « d’autres buts». 15.000 lallaris lui furent expédiés du Gaire le 12 octobre par le Sesnar que commandait M, Privileggio, et 10.000 par le Mansourah, commandé par Hussein Rabmi,

( A,A., télégramme d’Arendrup, 1° octobre 1895. — demandait 6.000 pièces de chacun des vêtements suivants : flanelle, caleçon de laine, ceinture de laine, couverture de laine, paire de souliers forts ; et, en sus, 200 pièces des mêmes effets pour les officiers subalternes, Gette demande fut transmise par Khairi pacha au Ministère de la Guerre le #0 octobre 1875 (A.A., Reg. sans numéro, Dép. Maïa Sanieh, p. 96).

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dt maintenir autant que possible intacte l'organisation actuelle du Hamacène ; le véritable moyen d'inspirer de la confiance aux habitants, c’est de les gouverner de façon à ce qu'ils s’aperçoivent le moins possible du changement qui a eu lieu; maintenir les institutions actuelles, les utiliser du manière à assurer la tranquillité et la sûreté, empêcher le moindre désordre, offrir des garanties de sécurité en appliquant les lois en vigueur dans le pays, respecter les us et coutumes, voilà, je pense, le moyen le plus rapide pour s’établir solidement dans le Hamacène.» Arakel préconisuit donc administration directe de ce pays par l'Égypte. «Les populations du Hamacène, ajoutait-il, sont depuis longtemps désireuses d'être youvernées par les représentants du pouvoir souverain de notre Auguste Maitre ; si on leur inspire de la confiance, si on respecte leurs traditions et leurs croyances, on trouvera chez elles le concours le plus empressé (1),

Le + octobre, le commandant Durholz, avec 4 compagnies du 2° bataillon @ qui formaient le premier détachement du corps expéditionuaire, partit de Mkoullo à 6 heures du soir, avec ordre de se rendre par Suati à Sabargoume, au sud de Aïlet et à deux heures de Ghinda(), Comme lo major devait faire réparer la route jusqu'à Sabargouma et même au delà, un détachement de 15 sapeurs mineurs fut attaché à sa colonne. Un deuxième détachement, comprenant 4 compagnies, 6 canons et 4 fusées, partit le 5 octobre pour la frontière ; trois jours après, le 8 octobre, un troisième détachement, composé de deux compagnies, se mit en marche à son (our. Arendrup quitta Massawa de sa personne le 10 octobreavec une compagnie. Deux compagnies escortant le convoi de munitions et de vivres devaient partir le lendemain et trois autres suivre aussi vite que possible; la force dirigée vers la frontière comprendrait alors 16 compagnies et deux batteries (*, Le jour où Arendrup quitterait

() A.A., Arakel à Khairi pacha, 3 octobre 1875.

“l.Ce bataillon était commandé par Ahmed eflendi Fawzi,

P} La troupe devait marcher sans tentes et emporter a jours de provisions en quche et,15 jours à dos de chameau, 4o cartouches en giberne et 100 coups en réserve,

M A.A., télégrammes d'Arendrup, a, 7 et 10 octobre 1875, L'équipement du torps expéditionnaire n'était pas parfait car, dans son télégramme du 7 octobre, Areudrup signalait que le docteur était «sans instruments».

Sabargouma, Alaeddin bey devait, de Senhit, diriger 6 compagnies à sa rencontre à Tsazéga (, Le colonel ne pensait d’ailleurs pas que le roi Johannès s’opposât de vive force à son entrée dans le Hamacène ©. Le 5 octobre, la première colonne arriva à Sabargouma et poussa un détachement, sous la conduite d’un officier, jusqu’à Ghinda. « Tous les chameaux qui se trouvaient sur Îe plateau, écrit M. de Sarzec qui. était de passage dans cette localité, ont été saisis et emmenés de force. Des soldats se sont même avancés à plus de quatre heures de Ghinda, jusqu'au pied des derniers contreforts du haut plateau abyssin sur lequel se trouve Asmara dans le Hamacène. Tei la panique est générale. Les gens du Tigré qui campaient sur le plateau avec leurs troupeaux fuient vers l’intérieur. Les caravanes des marchands abyssins se rendant à Massawa ont été arrêtées, leurs mules et autres bêtes de somme saisies, déchargées et employées de force au transport des bagages de soldats 6),» Au moment où les troupes égyptiennes abordaient le plateau abyssin pour entrer dans le Hamacène, des événements graves se déroulaient dans la province voisine d’Okulè-Kouzaye. Profitant de l’absence du gouverneur, le ras Areya, mandé à Adoua par le négus, son fils Ambeya pénétra le 7 octobre dar s le canton du Tsanadéglé et tomba sur la bour-

1 Ces compagnies devaient être mises en marche de manière à arriver à Tsazéga le dimanche 17 octobre avant midi, Elles seraient commandées par un binbachi, Chaque soldat porterait 4o cartouches et chaque compagnie emporterait 8 caisses de munitions, Arendrup demandait également à Alacddin bey de lui envoyer les animaux de la batterie d'artillerie, sans les canons ; il lui prescrivait de rester à Senhit et de se tenir prêt à lui envoyer les soldats qui se trouvaient à Amideb, au cas où il aurait besoin de renforts, Deux compagnies resteraient à Senhit (A.A,, Reg. 33, Arr. Abd., pièce 481, Alaeddin bey à Khairi pacha, 141 octobre 1875).

&) Les renseignements reçus d’Abyssinie, à là date du 3 octobre, disaient en effet que dedjaz Gabrou se hâtait de rassembler les soldats qu'il avait dispersés dans la province pour percevoir les impôts, et que son intention était de battre en retraite, Par ailleurs, les contingents les plus sûrs du roi Jean, fournis par la province d'Agamé, n'étaient pas encore à pied d'œuvre; une-partie d’entre eux se trouvait à Adoua, tandis que l’autre partie était restée par ordre royal à proximité d’Assalé pour s’opposer au besoin à l’exploitation de la plaine de sel (A.A., Arakel à Khaiïri . pacha, 3 octobre 1875),

5 AE., Massawa, 1. If, de Sarzee au Ministre des Affaires étrangères, Ghinda, 6 octobre 1875.

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gade de Saganayiti, sous le prétexte’ de lever les impôts. Les habitants résislèrent aux exactions des soldats et le fitaorart Tagos, commandant militaire du canton, soutint et défendit les droits du Tsanadéglé à Ja tôle de ses hommes. Ambeya, exaspéré, donna aux siens l'ordre de faire feu. Une des premières victimes fut le fitaorari. Les habitants de Sagaaayiti eurent alors recours aux armes et. Ambeya fut égorgé avec onze do ses soldats, tandis que le reste des troupes prenait la fuite 1), Or le Tsanadéglé était l'unique territoire où, malgré l’ordre d'expulsion lancé par Le roi Jean contre les Lazaristes, la mission catholique possédât encore des établissements. Aussi Mgr. Touvier, eflrayé à la pensée du danger qu'allaient courir ses prêtres lorsque ras Areya reviendrait pour venger lu mort de son fils, erut-il devoir immédiatement implorer le secours et la protection du gouvernement égyptien. Quelques notables, envoyés par les habitants du Tsanadéglé, vinrent également trouver Arakel bey le 12 octobre pour lui dire qu'ils désiraient devenir dorénavant les sujets du Khédive ®), Le gouverneur, qui se trouvait sur le point de partir pour vojoindre Arendrup, afin de l’assister de ses conseils au cours de son expédition, se mit aussitôt en route avec éux pour le quartier général.

Arendrup était arrivé à Sabargouma le 11 octobre et y avait trouvé tout en bon ordre. La route de Ghinda étant réparée 5, il poussa, le 12 octobre, le commandant Durholz avec 4 compagnies sur cette localité ; lo lendemain, ä mit en route une deuxième colonne derrière la première. \rakel rejoignit le colonel le 13 à Sabargouma et l’entretint des incidents du Tsanadéglé. Bien qu’il déclarât ne pouvoir rester indifférent à l'appel de Mgr. Touvier ni au sort des habitants de ce canton, Arendrup répondit qu'il ne pouvait rien changer pour le moment aux dispositions militaires qu'il avait prises ni dévier de sa route pour leur porter assistance ; il donna rendez-vous aux notables à Asmara, car il lui paraissait aisé, une fois parvenu à Tsazéga, de secourir le Tsanadéglé, le chef-lieu du Hamacène ne se trouvant qu'à deux petites journées do marche de Sapanayiti,

1 Pour le récit détaillé de ces incidents, ef, J. de Counsac, Lo rêgne de Johannès, Romans, 1926, p. 298.

A4, Arakel à Khairi pacha, Mkoullo, 12 octobre 1875.

* La route restait néanmoins très dure pour les chameaux, :

Le 14 octobre, Arendrup arriva à Ghinda, et le lendemain il poussa le commandant Durxholz sur Asmara avec 4 compagnies. Lui-même compfait Le suivre de près avec 4 autres compagnies, une batterie et 4 fusées. « Nous devons arriver ce soir au pied des deux derniers défilés avant Asmara, écrivit-il au Gaire à cette date, et demain j'espère y entrer avec la troupe sans bagages, comme les chameaux ne pourront plus avancer. Arrivé en haut, je compte — le naïb Mohamed qui est avec nous dans la suite du gouverneur me l’assure— trouver des bœufs, mulets, ânes ete. pour aller nous chercher nos bagages; en attendant, nous entrons avec trois jours de biscuit en poche, 4o cartouches en giberne et 5o cartouches en réserve sur le dos des 16 mulets de l’autre batterie d’artitlerie. À Asmara, si tout va bien, je laisserai deux compagnies et deux canons ef marcherai avec le reste sur Tsazéga, où je compte être le dimanche 17 avant-midi, J'ai donné l’ordre à six compagnies de Senhit de m'y rencontrer à cette heure. Aussitôt que possible, je pousserai alors vers la frontière sud — Debaroa — et l'occupation du Hamacène sera faite (),»

Avant de quitter Ghinda, Arendrup adressa une lettre au roi Johannès Le négus restait, disuit-on, enfermé depuis plus de dix jours dans’sa demeure, pour cause de maladie selon les uns, à la suite de nombreux accès de colère selon les autres, et ne cessait de conférer avec ses chels, parmi lesquels on citait dedjaz Gabrou et ras Areya À,

La distance de Ghinda à Madet est de six heures de marche environ et le chemin relativement facile ; mais au delà de Madet la route n’est plus praticable aux chameaux, aussi fallut-l établir une station en ce point, situé au pied du premier des deux grands défilés qui conduisent à Asmara. La montée sur le plateau abyssin fut très dure. Bien qu'on eût pris la précaution de réduire au minimum les provisions et les bagages qui furent chargés sur 30 mulets d'artillerie, la colonne ne mit pas moins de quatorze heures pour s'élever jusqu'à Asmara, Accompagni d’un bataillon et d'une batterie, Arendrup arriva dans cette ville le 16

().A.A,, Arendrup à Khairi pacha, Sabargouma, 18 HE — Ghinda, 15 octobre on

(Nous n'avons pas retrouvé‘le texte de cette lettre.

P} A.A,, Arakel à Khairi pacha, 15 octobre 1875,

L'EXPÉDLFION ARENDRUP. 759

labre. Devant l'avance des Égyptiens, les soldats du roi Johannès s'étuent repliés sur Tsazéga. Le colonel reçut de la population un accueil amical (0 ; il décida de rester un jour à Asmara pour faire reposer les: troupes et les animaux qui avaient eu trois jours consécutifs de marches très faligantes ®). « Mos soldats sont presque nu-pieds après les asconsions, télégraphia-t-il au Caire le 17 octobre. Les nuits sont très froidos ici; celle nuit nous avons eu 7° centigrades.» Et À demanda à Khairi

garha do hâter l’expédition des souliers et des autres effets chauds réclamés par dépêche avant le départ de Massawa f. Le 18 octobre, Arendrup poussa jusqu’à Tsazéga, chef-lieu du Hamacène, où il opéra sa jonction avor les six compagnies soudanaises venues de Senhit et commandées par le binbachi Farag Effondi ®, Il avait laissé le commandant Durholz à Asmara, avec deux compagnies, deux canons et une fusée de guerre,

aver ordre de se retrancher et de couvrir le défilé menant à Madet et à Ghinda, où le commandant du 1° bataillon Aly effendi Raëf était resté,

wec deux compagnies et deux canons, pour surveiller l’acheminement des convois venant de Massawa. Le soin de mettre en marche ces derniers

incumbatit à l'adjudant- -major Mohamed effendi Chobaki, commandant

la gnison de Massawa,

À leur arrivée à Tsazéga, il ne restait aux troupes qu’un jour de biscuit en poche; chaque soldat disposait de 100 cartouches seulement et l'artillerie de deux caisses de munitions, soit 24 ‘coups par pièce ; les lents avaient été laissées en arrière à Massawa. L'ennemi n'avait heureusement opposé aucune résistance ; la marche du corps expéditionnaire avnit élé si rapide que dedjaz Gäbrou, surpris de voir les Égyptiens arrher si vite, avait dû renoncer au dernier pillage qu'il s'était promis du faire dans le pays ; le soir même du jour où les Égyptiens arrivaient

1 sous les habitants d'Asmara et des alentours, écrit Arakel le 17 octobre, sal venus à notre rencontre et ont fourni aux soldats ef aux animaux, de leur proire iniliative et avec empressement, tout ce dont ils avaient besoins (A.A., Reg. 33, Arr, Abd., pièce 567, Arakel à Khairi pacha, 17 octobre 1875),

9 AA, télégramme d’Arendrup, Asmara, 16 octobre 1875.

"1 AA., télégramme d'Arendrup, Asmara, 17 octobre 1875.

‘ Ces compagnies appartenaient au 1° bataillon du 2° régiment d ‘infanterie veut rnaise,

à Asmara, il avait plié bagage et quitté à minuit le camp de Tsazéga qu'Arendrup occupait maintenant M), Quelques maraudeurs appartenant à l'armée abyssine furent pris et désarmés ; le Hamacène se trouvait délivré do ses bandes de pillards. Avant d'avancer vers la frontière méridionale de cette province, Arendrup décida d'assurer solidement son service de ravitaillement et de transport l, à

M. de Sarzec avait précédé de quelques jours la marche du corps égyptien 5, I] se rendait à Adoua pour porter au roi Johannès le cadeau d'armes fait au régus par le maréchal de Mac-Mahon, armes dont la saisie par les autorités de Massawa avait, on l’a vu, créé un incident diplomatique entre la France et l'Égypte W, Lorsque le consul arriva à Tsazéga, dedjaz Gabrou lui apprit « que les troupes épyptiennes venaient d'occuper Ghinda, qu'un autre corps parti des Bogos remontait la vallée de l’Ainseba et se dirigeait sur Tsazéga; que Munzinger pache, accompagné d’Alaka Bourrou, venait de s’embarquer à Massawa avec 600 soldats égyptiens pour une destination inconnue, tandis qu’un corps de 6.000 hommes, parti de Metemma, avait pérétré dans le Kouara et n'était plus qu’à deux journées de Gondar (}». Se voyant menacé d’une attaque concentrique, dec] jar Gabrou prit le parti de se retirer sur Debaroa; puis, lorsque les Égyptiens eurer t atteint Tsazéga, 11 ne se sentit plus en sûreté à Debaroa et se replia sur Addi Mogunti, localité de {a province du Sarawé, où il rencontra dedjaz Maro. Ancien gouverneur de FAgamé

0) À défaut des tentes laissées à Massawa, les cabanes en paille du camp abyssin fournirent aux troupes égyptiennes un abri très apprécié.

@) A.A., Ârendrup à Barrot boy, Tsazéga, 23 octobre 1875, «Les moyens de D de Madet doivent tous être trouvés ici, écrivait Arendrup ; c’est là que j'ai trouvé les plus grandes difficultés malgré les prix relativement élevés que je paie. »

6} Nommé consul à Bassorah, M. de Sarzec se rendait en Abyssinie pour la dernière fois, Parti de Massawa le 28 septembre 1875, il arriva à Ghinda le 1° octobre et y séjourna jusqu'au 1 1 octobre, dans l'attente des porteurs qu'il avait demandés au gouverneur ide du Hamaebne : il arriva le 18 à Asmara ct le 14 à Tsazépa,

UN Cf, t, IT, o° partie, p, 428 et suiv.

(9 AL, Massawa, {. If, Sarzee au Ministre des Affaires élrangères, a 4 décembre 1875, La nouvelle de l'entrée des Égyptiens dans la province de Kouara était fausse, Sarzec, lui-même, trouva la nouvelle très exagérée, néanmoins jl la télé-

ssanhia à Dome

ess

L'EXPÉDITION ARENDRUP. . 761

ae ee et longlemps rebelle envers le’ roi Jean, dedjaz Maro avait fini par faire su paix avec le négus qui l'avait nommé gouverneur du Sarawé. « Dedjaz Maro, rapporte Arakel, reprocha amèrement sa conduite à Gabrou. et lui dit que leur devoir à tous deux était de marcher à la rencontre des troupes égyptiennes ; un conseil fut convoqué auquel prirent part, outre dedjaz Gabrou et dedjaz Maro, le fitaorari Woled Guirguis, le belambrava ) Woled Selassé et le’ beleta 8) Woled Dankel; après le conseil, uno lettre fnt envoyée au roi, soit pour lui demander des renforts, soit pour hâter son arrivée #),» Les chefs abyssins ne disposaient en effet que lo 3.000 hommes, On doutait cependant, du côté égyptien, que Johannès accédât à la demande de ses gouverneurs. « Les compétitions sans rein, le manque de dévouement des hauts dignitaires, écrivait Arakel su Caire, sont la cause bien naturelle des hésitations du roi. Sur qui doiflet peut-il compter? I ordonne à ras Wororya, gouverneur de l'Amhara, de lui envoyer des troupes 6); le ras se borne à répondre que, aenacé d’un côté par le roi Ménélik, de l’autre par ras Adal 1, ïl ne pouvait amoindrir ses forces, mais qu'il était heureux de profiter de : l'occasion pour ‘offrir à son royal maître cinq chevaux en cadeau. Les “uls qui ne trahiront pas sont ceux qui, comme dedjaz Gabrou, n’ont fon à espérer de qui que ce soit excepté du roi; par contre des chefs comme Woronya ou même Areya ( sont tous plus ou moins suspects (#).

® Titre’signifiant «commandant de l'avant-garde». :

‘ Nom signifiant caide de camp».

% Titre équivalant à « conseiller intime» et donnant à son titulaire droit d'accès -uprès du souverain, sans se faire annoncer.

“ A.A., Arakel à Barrot, Tsazéga, 23 octobre 1875.

* D'après Arakel, ce ras disposait de 15.000 hommes armés,

Gouverneur du Godjam.

? « Ras Aroya, écrit Arakel dans une autre lettre, a toujours été avide et ambi- “su; l'Okulé-Kouzaye qu’il gouverne ne lui rapporte pas suffisamment, il se trouve couvent à court de ressources ; quant à sa position, olle n’est pas telle qu'il l'a : “tée; il est ras, mais il a une des plus petites provinces à gouverner, il ost par ’séquent mécontent» (AA. Arakel à Barrot, 28 octobre 1875).

* Dedjaz Maro, au dire d’Arakel, regrettait d’avoir trop facilement consenti rilrefois à traiter avec le négus, et n’hésiterait pas à se prononcer contre Johannès st pouvoir de nouveau prendre possession de l’Agamé.

Il pe faut guère, malgré les défections possibles, compler sur des disposilions moins hostiles du roi, c’est trop tôt; M. de Sarzec lui répète sans cesse que, dans un mois au plus tard, le gouvernement égyptien sera contraint d'évacuer Le Ifamacène, ce qui compromettra sa domination dans tout le Soudan, que la France et l'Angleterre interviendront en faveur de l’Abyssinie, que la retraite forcée des troupes égyptiennes sera la défaite la plus désastreuse pour le gouvernement de Son Altesse. Aussitôt que le négus se sera uperçu combien les prévisions de M. de Sarzec sont chimériques, il saura peut-être maîtriser son orgucil, plutôt que de risquer sa couronne ; peut-être sentira-t-il que son véritable intérêt lui commande de s'arranger avec le gouvernement égyptien Ml,»

Aïvsi, dans le camp égyptien, on se flattait de l'espoir que le négus éviterait d'en venir aux mains et qu’il suflirait d'exercer sur lui une forto pression militaire pour l’amener à résipiscence, Le 26 octobre, Arendrup quitia Tsazéga pour marcher dans la direction d’Adoua ®}, Ce jour là, le père lazariste Duflot, fugitif, rejoignit le quartier général et demande “asile ; 1] rapporta que l’église catholique avait été pillée et le pays dévasté par les soldats du ras Areya, et renouvela la demande d'assistance militaire pour la protection du Tsanadéglé, Le 2" octobre, Arendrup arriva à Debaroa. Informé que dodjaz Maro occupait un plateau, à deux heures demarche de la localité, avee une petite force d'observation, tandis que dedjaz Gabrou était à Addi Mogunti avec la force principale, il envoya son lieutenant-colonel, avec deux compagnies, reconnaître la position où campait Maro ; cet officier revint à 8 heures du soir, sans avoir trouvé personne, Le 28 dans la soirée, des espions rapportèrent au colonel que dedjaz Maro et dedjaz Gabrou s'étaient réunis devant Addi Mogunti, dans l'intention de l'attaquer pendant la nuit. Les avant-postes furent doublés et les troupes passèrent la nuit sous les armes. Mais l'attaque n'eut pas lieu. Au lever du soleil, le 29 octobre, Arendrup poussa une colonne légère composée d’un bataillon, deux canons et deux fusées, sur Addi Mogunti. Lorsque les Égyptiens y arrivèrent à 1 h. 30 p.m., ils trouvèrent que l'ennemi avait évacué la place la veillo dans l’après-

(3 A.A., Arakel à Barrot, Tsazéga, a3 octobre 1875.

@) Le train fut laissé à Tsazéga, sous le commandement du major Omar Rouchdi, avan ardre de rcioindre l'armée aussi vite que possible,

L'EXPÉDITION :ARENDRUP. | 763

Se ne lu ee midi, et s’en élaif allé camper à Addi Agoga, localité située à trois heures de distance, En vue d’assurer la sécurité de ses troupes pendant la nuit, Arendrup confia 5 compagnies soudanaises au binbaëhi Farag eflendi, lui donna trois bons guides et le fit partir à 1 1 heures du soir avec ordre d surprendre et de capturer ou, tout au moins, de chasser radicalement

le. troupes qu'il trouverait sur sa route. .

« Le commandant Farag effendi, trois fois décoré au Mexique, écrit Vendrup, ne m'inspirait pas beaucoup de confiance en sa capacité, mais la chose était simple, l'ordre distinct ct je comptais sur son courage, lu seule qualité demandée. À 3 heures du matin, il arriva devant les want-postes qui firent feu ; il répondit vivement, fit sonner l’alarme et s'arrêla jusqu’au lever du soleil. Un habitant du village vint alors l’avertir qu'il pouvait prendre dedjaz Maro et tout son monde par un mouvement tournant, mais il préféra marcher tout droit, trouva l’ennemi parti en bun ordre, vit encore, de l’autre côté du défilé, l’arrière-garde de l’ennemi à une distance de deux kilomètres, recommença le feu, puis, le trouvant inutile, sonna la retraite sous les murmures de ses soldats. On trouva sur place trois soldats ennemis tués, ainsi que deux négociants abyssins appartenant à une caravane qui était campée entre Îles avantpostes et le camp ®, Un cheval ennemi fut prise De notre côté, un guide fut tué P) et deux de nos fusils démontés. Je n'ai aucun doute que tout cela aussi était par notre feu 61,»

Surpris à Addi Agoga par Ranpanls égyptienne dis la nuit du 29 au 30 octobre, Gabrou et Maro s'étaient hâtés de battre en retraite vors Gundet, dans l’intention de passer le Mareb et de se rapprocher d'Adoua, « La retraite des deux chefs est facile à expliquer par leur

t Les soldats pillèrent et les négociants, mais, par ordre d Arendrup, lout le butin leur fut rendu. | :

‘1 Sa veuve reçut 5o tallaris, déclare Arendrup, ot ‘eje suis sûr, ajoufet-il, qu'elle a eu de nombreuses envieuses parmi les dames mariées d’Addi Mogunti»,

“A.A,, Arendrup à Khairi pacha, 11 novembre 1875. La mollesse déployée eu cette circonstance par lo commandant Farag effendi conduisit Arendrup à le traduire devant un conseil de guerre qu'il présida en personne. Farag effendi fut suspendu de son commandement et renvoyé à Senbit ; l’adjudant-major, qui arriva au camp le 5 novembre au soir avec les deux dernières compagnies du bataillon de Senhit, assuma provisoiremont le commandement du bataillon.

méfiance réciproque, écrivit Arakel au Caire ; dedjaz Gabrou, sans passé militaire, du moins comme chef d’une armée, ne voulait pas laisser à dedjaz Maro la direction unique de la résistance à opposer aux troupes égyptiennes, parce que ce dernier aurait pu en profiter pour satisfaire son ambition personnelle et qu'il en auraif eu à lui seul tout le profit. Dedjaz Maro, de son côté, se sentant surveillé, songeant toujours à la possession de l’Agamé, dont il avait été dépouillé, préférait rester inactif et se réserver ainsi l'avenir {},»

Le 1°* novembre 1875, Arendrup marcha d’Addi Mogunti à Godofélassié, chef-lieu de la province du Sarawé, tandis que le commandant Durholz, arrivé à Addi Mogunti le 31, y était laissé avec un détachement. Le colonel séjourna quelques jours à Godofélassié. Depuis l’arrivée des troupes à Debaroa, le biscuit était presque terminé et le soldat vivail « de la main à la bouche», c'est-à-dire des provisions qu’il pouvait trouver à acheter chez les habitants. I y avait assez de viande de bœuf, mais la difficulté était de trouver du pain. Le peu de sacs de biscuit.qui restaient devaient êfre gardés pour les expéditions qui seraient reconnues nécessaires, De petites rations de farine, de froment, d’orge, de teff etc., furent trouvées avec peine et distribuées. Les difficultés sugmentèrent nalurellement avec les déplacements. Mais les soldats acceptèrent tout : marches rendues pénibles par la nature du terrain, rations minces et extraordinaires, car ils n'avaient ni ne savaient construire les fours nécessairos pour cuire le pain. Enfin, le 3 novembre dans l'après-midi, arrivèrent les restes du dépôt laissé à Debaroa avec le commandant Omar Rouchdi. Cet officier était accompagné de deux Anglais. correspondants. l'un du Standard, l'autre du Daily Telegraph ; Avendrup leur fit le meilleur accueil.

Pendant son séjour à Godofélassié, le .colonel acheva d'organiser sa nouvelle ligne de communication avec Massawa. Ayant reconnu que la route de Ghinda, Madet, Asmara offrait de grandes difficultés aux transports ef qu’elle lui enlevait trop de monde, il avait, dès le 25 octobre, pris des dispositions nouvelles, Les détachements de Madet et de Ghindo (5 compagnies et deux canons) reçurent l’orde de marcher sur Kayakhor Pl,

(Ÿ A,A., Arakel à Barrot, 10 novembre 1875. + Ces troupes étaient placées sous le commandement du major Raëf effendi,

L'EXPÉDITION ARENDRUP. . 765

tandis que le détachement d’Asmara rejoindrait le gros de l'armée. La route de Massawa à Kayakhor était praticable aux chameaux. Le service d'escorte serait fait par la garnison de Massawa, augmentée d’une des compagnies du corps expéditionnaire. Kayakhor deviendrait la station intermédiaire entre le quartier général et Massawa et serait gardée par h compagnies et deux canons. Ces unités feraient le service de garnison et oscorteraient les convois de Kayakhor au si général, en passant par Goura et Godofélassié, suivant une route qu’on rendrait praticable aux chameaux. Le changement de la ligne de communication offrait plusieurs avantages : il substituait à l’ancienne route une voie plus courte et plus facile, permettant d'économiser 3 compagnies, 9 canons et a fusées; la garnison placée à Kayakhor servirait en même (RDS à protéger le Tsanadéglé.

Arendrup ne perdait pas de vue en effet la nécessité de secourir la mission catholique et la région dévastée par les soldats du ras Areya. Aussi, dès qu'il eut appris que les troupes parties de Madet et de Ghinda seraient le 5 novembre à Kayakhor, décida-t-il d’affecter le commandant Durholz à cette besogne. Appelé d’ Addi Mogunti avec son détachement, Durholz arriva le 5 à Godofélassié et reçut dans la soirée les instructions du colonel, Le 6 novembre, au lever du soleil, le commandant se mit en roule avec 2 compagnies et 2 fusées pour sa destination (), Arakel bey aurait vivement désiré l'accompagner dans l’Okulé-Kouzaye, mais, à la demande d'Arendrup, il resta au quartier général pour diriger le service important dont 11 avait consenti à se charger.

Cependant le roi Johannès avait, dès le 23 octobre, fait proclamer la guerre, Vêtu de son costume royal, précédé de ses hérants, suivi des rands dignitaires portant le globe, le glaive et le sceptre, ayant à ses vôtés le patriarche, il parcourut les rues d’Adoua, pour publier solennellement l'ordre adressé à tous ses sujets, aptes à porter les armes, davair à se réunir autour de lui ; le patriarche excommuniait et maudissait d'avance tous ceux qui manqueraient à l'appel (. Informé do l’appel

(4 laprès Dye, Durholz s'établit dans l'Okulé-Kouzaye à Saganayiti, dans lo but d' empêcher ras Areya, gouverneur de la province, de lever des troupes sur le flanc des Égyptiens, et aussi afin de rassurer la population (cf. Dve, op. ait., p. 135),

“AA, Arakel à Barrot, 10 novembre 1875.

aux armes lancé par le négus, Arendrup se hâta de pousser ses lroupes de l'avant, Dans la matinée du 3 novembre, il envoya un détachement composé de 2 compagnies et d’une fusée en reconnaissance vers Addi Huala et Gundet et en confia le commandement au. comte Zichy. «À Massawa, explique-t-1l dans un rapport qu’ adressa à la Maïa, je rencontrai chez le gouverneur une connaissance du Caire, le comte W. Zichy, ancien officier de la cavalerie autrichienne, avec laquelle il avait fait les guerres de 1859 et 1866. [1 était là comme amateur de chasse et connaissait une partie de l’Abyssinie et les Abyssins. Il se mit à ma disposition comme explorateur des routes. Arakel bey, à qui je m'adressai pour obtenir des informations sur lui, me disait-qu’il connaissait le comte de près depuis deux ans, qu'il l'avait accompagné au cours de plusieurs de ses voyages dans le gouvernorat et qu’il n'avait qu’à se louer de lui comme gentleman et homme énergique. Je n'’hésitai plus à accepter ses services. Sur ma demande, il fut muni de dix bachi-bouzouks par le gouvernorat de Massawa et, le 8 octobre, il quitta Massawa pour Asmara. H a continuellement ievancé ou accompagné l'avant-garde, toujours par mes ordres et suivant mes instructions, et il m’a, du commencement, rendu des services sérieux. Il accompagna comme amateur l’expédition à Addi Agoga; mais malheureusement je ne me sentis pas le droit de Jui donner le commandement. Après le résultat de cette expédition, je n’hésitai cependant plus, Par toute sa conduite, il avait su non seulement yagner toute ma confiance, mais aussi celle de mes officiers et quand, le à novembre, je donnai l’ordre que le détachement de reconnaissance vers Addi Huala et Gundet devait être sous ses ordres, je sais qu’on l'accepta sans la moindre hésitation (),»

Le 4 novembre, Arendrup reçut du comte Zichy un rapport annongant que l'ennemi avait dépassé le Mareb et qu'il attendait ses ordres, Le colonel ordonna de lui envoyer le lendemain à compagnies, 2 canons et une fusée en renfort, avec un convoi de munitions et de biscuit, Cependant, à minuit et demi, un nouveau‘courrier arriva pour dire que le comte avait besoin de renforts avant la nuit suivante. Arendrup lui

E} A,A,, Arendrup à Khairi pacha, 11 novembre 1875, Pour régulariser cetto situation, Arendrup demanda au Khédive de nommer le comte Zichy au grade do commandant attaché à son état-major. Le comte Zichy avait à cette époque 36 ans.

L'EXPIÉDITION ARENDRUP, 707

md ue me ee | pédin en conséquence sur-le-champ deux compagnies de soldats nègres qui rejoignirent le comte dans la matinée du 5 ; le détachement prévu s» mit également en route avec le: convoi et 30 cavaliers Beni-Amer, prélevés sur un groupe de 60 hommes montés qui. était arrivé à Godo- {elassié le 3 rome sous la conduite de son chef Hamed bey #, Ce détachement arriva à destination le 5 novembre au coucher du soleil, Le comte Zichy, commandant l'avant-garde, disposait ainsi de 6 compagnies, 2 canons, 2 fusées et 30 cavaliers.

Arendrup demeura à Godofélassié pour attendre le détachement qu'il avait rappelé d’Asmara, ainsi que deux compagnies soudanaises demandées au Senhit et destinées à compléter le bataillon fourni par Alaeddin bey , Ces troupes arrivèrent le 5 novembre à 10 heures du soir, avec un convoi de vivres et de munitions. Le 6 dans la matinée, le colonel partit pour Addi Huala, ne laissant à Godofélassié, pour garder le dépôt, que 3 compagnies fatiguées par les marches des jours précédents. Au oucher du soleil, la colonne arriva à Addi Huala, mais le convoi n’entra au camp qu'à 11 heures et demie du soir. La route suivie se révéla extrnement mauvaise et pénible, tant pour les hommes que pour les animaux, et comme il importait grandement de choisir une meilleure voie pour établir les communications avec Kayakhor, Arendrup chargea le commandant Dennison, de l'état-major, d'explorer à l’est et à l’ouest Îns autres routes menant d’Addi Huala à Godofélassié et au Mareb. Dennison rentra de son expédition le 10 novembre, sans avoir découvert uno meilleure route, Arendrup fit en conséquence sEEoreE celle que l'on avait parcourue.

Avorli du départ d’Arendrup de Godofélassié, le comte Zichy prit position le 6 novembre à 10 heures du matin près de Gundet, à deux hrures de marche d’Addi Huala, en un point d’où il dominait à la fois

M (es 60 allées furent rss par Ahoddin bey à à k suite d’une demande vs. AMI lui adressa de Tsazéga. | “ Ces deux compagnies furent prélevées sur la garnison d’Amideb (A.A., Reg, 3, dre, Abd., pièce 587, Alacddin bey à Khaïri pacha, 32 octobre 1875). Le 6 œsembre, Alacddin bey reçut une nouvelle note d’Arendrup lui demandant de hair prèles à partir 3 autres compagnies du bataillon d'Amideb (A.A,, Reg. 34, Aer. Abd., pièce 15, Alaeddin bey à Khairi pacha, 6 novembre 1875).

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Figré, écrivait Arakel le 10 novembre, a conseillé au roi de rester à Adoua avec son armée, du moins pour le moment. Quant à lui, il comptait aller de l’avant avec ses troupes et attaquer l'avant-garde égyptienne au delà du Mareb; seulement, ayant appris que celte avant-garde avait été promptement suivie par le corps principal, il a dû s'arrêter à Aba Thomas, à quelques heures de distance de Gundet. Pour avoir des forces plus considérables que celles dont il dispose, Bariou est obligé d'attendre nombre de retardataires, cultivateurs du Tigré, qui ont de Ia peine à quitter leurs champs et leurs chaumières ; les véritables soldats, militaires de métier, sont pour la plupart dans-l’armée du roi; celle-ci campe à Addi Barakh, tout près d’Adoua. Ses chefs sont : Choulga Aloula, l'ami du négus, son frère Bacha Guèbre Mariam, ayant sous ses ordres les meilleurs soldats et les mieux armés, dedjaz Hagos, dedjaz Woled Denkel, dedjaz Tessama. Des grands vassaux aucun n’a paru, à l’exception de ras Areya, qui était attendu au camp royal lundi passé (8 novembre) (t).s Le ras Woronya, chef de l'Amhara, Wagchoum Kabdi@), chef du Wag et du Pasta, le ras Adal, chef du Godjam, notamment, se réservaient; « [ls attendent la suite des événements, mandait Arakel ; aussitôt qu'ils croiront le moment venu de se déclarer, 1ls se révolteront, en cherchant à être sûrs que la révolte servira leurs intérêts.» Quant au ras Haïlou, que le roi Johannès avait nommé gouverneur du Seloa, il avait pris nettement position : après avoir refusé d’obtempérer aux ordres du roi, il s'était retiré dans les montagnes avec ses soldats. Certains chefs montraient des dispositior s favorables aux Égyptiens. C’est ainsi que le dedjaz Woled Denkel 8}, qui se trouvait dans le camp royal, avait envoyé récemment encore un prêtre à Avakel pour lui faire savoir « qu'il se tenait à sa

lui-même, À son avènement, le roi Jean maintint le ras dans ses fonctions et, jusqu'à présent, il n’a jamais eu à regretter d’avoir pris cette mesure ; 1l a continué à étre, comme par le passé, un sage fonctionnaire et un serviteur dévoué : « Votre Majesté «m'a rendu borgne, at-il dit au roi; c'est à son service que, s’il le fant, je perdrai «l'œil qui me reste, o Il est homme à tenir sa promesse» (A.A., Arakel à Barrot, 10 novembre 1875.)

1 A,A., Arakel à Barrot, 10 novembre 1895,

Avakel l'appelle Zewakchim Kebadé,

AS douar aunal4 Walontkal ot ani n'aet nutra ana Walod Mibasl

L'EXPÉDITION ARENDRUP. 771

disposition», Marié à la nièce du roi, appelé à de hautes fonctions, il était à même, selon Avakel, s’il le voulait réellement, «de précipiter la erise, peut-être nécessaire pour arriver à une solution pratique {h, Quant à Wagchoum Kabdi, qui disposail de ‘mille fantassins, de cinquante cavaliers armés de fusils et de cinq à sept mille hommes armés de lances et de sabres, il avait fait également savoir à Arakel qu'il ferait de son mieux en vue d’être utile au gouvernement égyptien, dès que le roi Jean aurait cessé de s’interposer entre les troupes égyptiennes et lui. « Il faut tiver avantage des dispositions hostiles des ras ef des dedjaz match envers le roi, mandait Arakel le 12 novembre; leur inaction est ulile ; il n'y a pas lieu d’opposer des refus à leurs demar des, car, à l’occasion, il sera possible d'exploiter leur ambition effrérée. Il y a cependant limite à tout ; avancer toujours avec les troupes qui occupert aujourd'hui le Hamacène, le Sarawé et l’'Okulé-Kouzaye, ne sera guère aisé du moment qu'il s'agira de dépasser de beaucoup les limites actuelles. Je ne veux nullement discuter sur ce qui est ici uniquement de la compétence de M. le colonel Arendrup, seul juge dès qu'il s’agit de stratégie ; je ne me permets de faire des observations qu'autant que la connaissance des lieux et des gens m'y autorise peut-être ; c'est à ce point de vue qu'il me semble qu'il serait. imprudent de pénétrer dans le centre de l'Abyssinie, avec des forces peu nombreuses, afin de tendre la main à des chefs prêts à se révolter s'ils étaient soutenus par les troupes égyptionnes. Le mieux serait que les révoltés agissent séparément ; leur présence au camp gênerait, je crois, les mouvements des troupes régulières et coïnme, en restant inactifs, ils servent les intérêts du corps expéditionnaire, il est préférable, en les encourageant, de les lasser agir à leur guise plutôt que de les appeler au quartier général (,»

la lettre d’Ârakel reflète l'embarras dans lequel se trouvaient les chefs de l'expédition. Les troupes égyptiennes avaient envahi trois provinces abyssines sans rencontrer de résistance ; elles étaient arrivées à la fronlitre du Tigré, et cependant aucun des grands vassaux de l’empire n'avait

(M AA., Arakel à Barrot, 10 novembre 1875.

% AA. Arakel à Barrot, Addi-Huala, 19 novembre 185,

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