‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 19 sur 176 · LES COMBATS DE GUNDET. 777 DURE SRE AR RTE ML RÉ LR PE EE SE EE RSR RS · texte numérisé non relu

LES COMBATS DE GUNDET. 777 DURE SRE AR RTE ML RÉ LR PE EE SE EE RSR RS

ullage qui garde la passe d'accès au plateau à l’est de Addi Huala (1); puis, après avoir confié au kaïmakam Rustum Nagui bey le commandement des forces laissées à Addi Huala, il partit le 15 novembre à 10 heures du matin avec 4 compagnies et deux canons de montagne pour rejomdre le comte Zichy dans la vallée du Mareb PI,

Ce n’est qu’en arrivant à Gundet, semble-t-il, qu'Arendrup se rendit curmnpte de l'extrême gravité de la situation. « Les rapports de mes espions, télégraphia-t4l au Gare, me font savoir que le roi Jean a été rejoint pur les troupes de Gondar et qu’il a arrêté sa marche à une distance d'environ trois jours (?). Dans l'attente d’une attaque de sa part avec des troupes nombreuses, je me prépare suivant les circonstances à me cirer sur Madi Rado 6), où j'ai laissé six compagnies, ou à appeler à mot le commandant Durholz, En tout cas des renforts sont nécessaires, lapédiez trois ou quatre bataillons sans perte de temps (*),»

Le comte Zichy disposait de 6 compagnies et de deux canons ct Arendeup lui apportait en renfort 4 compagnies et deux pièces d'artillerie. Le camp égyptien, placé aux environs de Gundet, était couvert, dans la dbrettion du Mareb, par des avant-postes, Dans la nuit du 15 au 16 novembre, les Abyssins franchirent on force la rivière et attaquèrent les avant-postes égyptiens. Voyant que le comte était engagé, Arendrup envoya aussitôt à Rustum bey l’ordre de venir le rejoindre à Gundel wwe 0 compagnies, deux canons de montagne, deux fusées, les bagages du quartier général et les transports. Puis, après avoir laissé une compagnie à Gundet et placé une deuxième compagnie en flanc-

‘ Chacun de ces officiers reçut en outre 6 cavaliers Beni-Amer,

%ALËE., Massawa, t. IT, Garbonnel au Ministre des Affaires étrangères, 28 novembre 1895.

* Nous ne connaissons pas de localité de ce nom et pensons qu'il s'agit de Addia

“ Cette dépècho, déchiffrée par Nubar lui-même, ne porte pas de de: ce qui

él son ufilisation délicate, Arendrup, on l’a vu, s'est rendu à Gundot les 7 et # novembre ; mais ni sa correspondance qu'on possède jusqu'au 12 novembre au ialin, ni Les télégrammes dont il donne copie dans sa dernière lettre, ne menlunnent de demande de renforts, Celle-ci est done postérieure au 12 novembre au matin et comme la dépêche fut écrite à sus elle ne peut l'avoir été que le 13 novembre,

garde, il se porta en avant pour rejoindre le comte Zichy dans l’espoir de surprendre l'ennemi en pleine marche, Le terrain sur lequel s'avanaient Îles Égyptiens était couvert de bois taillis et de broussailles qui masquaient la vue, Arrivé à un passage resserré, nommé Kesad Jkka, Arendrup se heurta à d'importantes forces abyssines qu'il n'avait pas eu le temps de reconnaître et qui l’attaquèrent par surprise. I} ordonna à quatre compagnies de se déployer, tandis que, sous la protection des quatre autres, les canons et les fusées étaient mis rapidement en position. Cependant les forces ennemies grossissaient, et bientôt, loin de songer à prendre l'offensive, il ne fallut plus penser qu’à se défendre, La nature du terrain empêchait les Égyptions de se former en carré el de tirer parti de la supériorité de leurs armes. Arendrup descendit de cheval, prit un fusil et commença à tirer sur l'ennemi. Peu d'instants après, les Abyssins, attaquant en masse, encerclèrent les troupes égypliennes et les écrasèrent sous leur nombre, 150 soldats arabes et soudanais, blessés pour la plupart, trois youzhachis dont deux étaient arabes et un soudanais, un moawon ct trois moulazim soudanais tombêérent aux mains de l'ennemi (1.

M AA, Reg, 34, Abd., pièce 325, Alacddin bey à Khairi pacha, ag novembre 1875, Alacddin, dans son rapport, reproduit la déposition des moulazim Rihan agha et Sullan agha du 1°° bataillon soudanais qui furent faits prisonniers au cours de ce combat et recouvrèrent leur liberté par la suite. La veille, Alaeddin bey avait recueilli le récit d’un ombachi et de trois soldats appartenant également au 1" bataillon soudanais et d’un soldat du 2° bataillon soudanais, Leur récit diffère sur certains points de celui des officiers, D'après eux, il y avait dans la région de Gundel e compagnies soudanaises el 3 avabes appartenant au 9° bataillon, a eanons de montagne et 9 lance-fusées, avee le comte Zichÿ et le moawen du 2° bataillon. Arendrup arriva de Addi Huala le 15 novembre à midi avec 4 compagnies soudanaises, À canons de montagne et à lance-fusées. Laissant au camp une compagnie arabe et deux canons, il quitta Gundet à minuit avec 8 compagnies et marcha vers le Mareb jusqu'à l'aube, C'est à ce moment qu'on rencontra los avant-postes abyssins, L’ennemi ouvrit le feu le premier. Le hokoumdar donna l’ordre de eontreattaquer avec toutes les troupes à l'exception de deux compagnies qui restèrent avec les canons. « Les Abyssins étaient très nombreux ; ils sont venus par derrière nos troupes et s’emparèrent des armes chargées sur les chameaux. Finalement les officiers preserivirent aux soldats de se retrancher. Les Abyssins, en très grand

SE

Cependant Rustum bey, touché par l’ordre d’Arendrup, faisait à la hâte ses préparatifs de départ pour rejoindre le hokoumdar à Gundet. Les binbachis Dennison et Omar Rouchdi le rallièrent à ce moment, Ils Les mit au courant de la situation, ordonna au dernier d'activer le transport des bagages de concert avec le naïb Mohamed Adam, et confia à Dennison le commandement des deux compagnies et des quatre CANONS qui devaient rester à Addi Huala, Puis, prenant avec lui cinq compagnies, un canon, deux lance-fusées, il se mil en route une heure environ après le lever du jour, emmenant le gouverneur Arakel bey, le binbachi Ahmed effendi Fawzi, commandant le 2° ba- &üllon de la maamourieh, et le binbachi d'artillerie Ismaïl Raghi uffendi.

« lèle-mêle, les troupes excitées, les chameaux ct les mules à moitié chargés, descendirent la pente de la montagne (®) en une masse confuse, érit le colonel Dye. L'artillerie, l'infanterie et les bêtes de charge étaient échelonnées d'Addi Huala à Gundet. Une force ennemie considérable tomba sur cette colonne, Quoique surpris à moitié par cette attaque, l'engagement commença dans des conditions plus favorables pour les Égyptiens. La montagne abrupte qu'il avait derrière lui permit à Rustum bey de concentrer ses forces et l'élévation du terrain ui donnait une vue dominante et un meilleur champ de tir pour son artillerie, Toutefois, il n'avait pu éviter la précipitation en disposant ses troupes sous le feu de l'ennemi, qui avait déjà gravi la rive droite du March, contourné par la gauche la hauteur qui s’étendait transversalement devant le front

La région élait très boisée. Nos troupes s’effrayèrent ct s'éparpillèrent an lieu de se retrancher, Les soldats furent vaincus et tués.» (A.A., Reg. 34, Arr, Abd., pièce 197, Alacddin bey à Khairi pacha, 28 novembre 1875.)

( Rustum bey leur avait donné l’ordre la veille de revenir à Addi Huala si aueun fait saillant ne se produisait pendant la nuit (cf, le rapport d’Omar louchdi).

% D'après le voyageur G. Simon, L’Éthiopie, p. 110, la différence de niveau entre le plateau de Addi Huala et le lit du Mareb est de 700 mètres environ, « Presque à pie el couvert de pierres roulantes, écrit-il, le chemin serpente à travers le flanc de la montagne, au milieu de roches basaltiques.» Le kaïmakam ne prit d'ailleurs pas le sentier direct, mais, emprunta, plus à l’est, la piste qui avait été rendue

arengsihla onv nhantaniss

de la position occupée par les Égyptiens, et commencé l’attaque. L’artillerie du bey fut mise en position et en batterie, ainsi que les fusées, et son infanterie disposée sur la crête. Cette position fut maintenue et l'engagement continua sans interruption pendant quelque temps, avec des avantages égaux de part ct d'autre. Gependant la masse principale de la multitude armée qui composait l’armée du négus et qui avait hâlé sa marche au premier bruit du combat, avait achevé le massacre du prenier corps et accourait maintenant comme des animaux voraces à la seconde curée. [ls grimpèrent sur la hauteur comme des fourmis et, passant sur la crête, descendirent sur les hommes de Rustum, les prenant de front, de flanc et par derrière. Ils les entourèrent, se resserrèrent sur eux et les enfassèrent en un tas sanglant, masse de chair humaine devenue méconnaissable (),»

L'acte final de la tragédie qui se déroula dans la vallée du Guda, ne dura guère plus d’une heure ®. « Au début du combat, rapporte encore Dye, le lieutenant: :olonel Rustum bey était tombé en combattant bravement, Blessé À la tête, il avait bandé sa blessure avec son mouchoir, et il continua à donner des ordres et à encourager ses hommes jusqu'à ce qu'une seconde balle ;’abattit. Au moment de rendre Îe dernier soupir, il donna l’ordre de charger et de combattre jusqu’à la mort. Là aussi tomba Arakel. Le fougueux gouverneur, quoique blessé à mort par une balle qui lui avait traversé le corps, stimula les officiers et les hommes par sa présence ef son exemple, jusqu’à co que tout espoir se fût évanoui. | Alors, au dire des Abyssins, 11 se dressa sur un rocher, avala le contenu d’une fiole et mit fin à sa vie avec un coup de revolver 61,»

1 CT, Dve, op. cit., p. 139, 140.

8) Une heure d’après Dye, deux heures d'après Sarzec ; le rapport ofliciel parle d’une lutte qui «s’engagea à 1 heure du matin et dura jusqu'au soir»; M. Carbonnel, consul de France à Massawa, dit que le combat dura de 8 heures du matin à 1 heure de l'après-midi,

Cf, Dve, op, cit, p. 140, Gerlains détails du récit de Dye sont puisés dans le comple rendu officiel du combat qui parut au Moniteur Épyptien du 3 décembre 1875. Ce compte rendu, ainsi que le rapport dressé à Massawa par Ahmed Nachât bey, sont basés sur la déposition d’un soldat nommé Hassan Ahmed (cf. A.A., Reg. 34, Abd, pièce 197). Le récit de Dye, comme le nôtre, se sépare de celui du soldat

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LES GOMBATS DE GUNDET. 781

Des quinze compagnies qui prirent part à l’action, une seule parvint à s'échapper et à se replier sur Addi Huala. Tout le reste fut pris ou tué, soit dans la lutte au bord du Mareb avec Arendrup, soit dans la vallée du Guda avee Rustum bey(}. Les awnes, les fusées, six pièces d'artillerie

varde, Arendrup revint avec un moawen et quatre cavaliers vers les troupes qu'il avait Jaissées au camp de Gundet, et dont Hassan Ahmed faisait partie, qu'il y urganisa la défense contre les Abyssins et participa au deuxième combat avec les trois compagnies de tête du détachement amené par Rustum bey. Arakel bey aurait combattu avec les deux dernières compagnies amenéés par le kaïmakam et péri avec elles. L'asserlion qu’Arendrup fut présent aux côtés de Rustum bey dans le deuxième combat, ne nous paraît pas admissible, M. de Sarzec qui, comme on le verra plus loin, parcourut le champ de bataille, découvrit en eflet le cadavre d’Arendrup à l'endroit où s’était livré le premier combat près du Mareb ; il dut ensuite faire plusieurs kilomètres avant d'atteindre le lieu où fut livré le deuxième combat, Par ailleurs, il y a un point qui mérite un éclaircissement. Quinze compagnies en tout se trouvèrent méêlées à l’action, dont huit combattirent sous Arendrup ct cinq avec Rustum bey; il en reste donc deux dont on ignore le sort ; ce sont celles que Arendrup laissa derrière lui au camp de Gundet ou posta en flanc-garde. Hassan Ahmed qui appartenait à l’une d'elles, assure même qu'il y en avait trois. L'une de ces compagnies, commandée par le youzbachi Ibrahim el-Hariri, rejoignit Addi Huala après une marche forcée ; mais que sont devenues les autres? Ïl est possible ‘ qu'elles aient battu en retraite dans la direction du corps qu'amenait Rustum bey et combattu avec lui. Mais il est possible aussi que, privées de toute direction, elles aient tout simplement mis bas les armes. Un témoignage vient à l'appui de cette opinion. On se rappelle qu’Arendrup fut rejoint en cours de route par deux journalistes anglais ; or l’un d'eux, M. William Houghton, publia dans le Times un récit du combat du 16 novembre, auquel il déclare avoir assisté. On y trouve ce détail que trois compagnies « passèrent en masse aux Abyssins» au début de l'aetion, Quoi qu’il en soit, il est bien certain que les Abyssins firent beaucoup plus de prisonniers que ne l’indiquent la déposition de Hassan Ahmed (un moawen, un moulazim d'artillerie, deux sergents et dix-huit soldats) et le rapport officiel {un sous-lieutenant, un aide-major et vingt sous-olliciers et soldats), Pendant plusieurs semaines après le combat, ces prisonniers regagnèrent, isolément ou par groupes, Massawa et Senhit ; plusieurs mois après, il en existaitencore en Abyssinie. En définitive, 1 subsiste quelque obscurité sur la manière dont se déroulèrent les combats de Gundet, aucun des chefs de l'expédition n'ayant survécu au désastre pour raconter ce qui se passa.

F1 Le rapport officiel minimise les perles en ne parlant que de 11 compagnies comme ayant pris part au combat. D’après le mème rapport, le nombre des morts

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avec leurs munitions, les bagages, la caisse de l’armée tombèrent aux mans de l’ennemi. Assoiflés de vengeance, les Abyssins mutilèrent les cadavres des Égyptiens et émasculèrent (0 leurs prisonniers (). Le combal près du Mareb n'avait coûté au roi Jean que 31 tués et 55 blessés. Gelui du Guda Gudi fut plus sanglant ; les Abyssins eurent 355 blessés el laissèrent 59 1 morts sur le champ de bataille 6). Le négus perdit aussi dans le combat quelques personnages de marque. À défaut du ras Woronya ct du gonverneur d’Adoua signalés à tort comme tués dans le rapport

1 «La plupart des blessés égyptiens que je vis à Adoua étant émaseulés, rapporte M. de Sarzec, je ne erus pas devoir taire au négus les sentiments de dégoût profond que ces mutilations m'inspiraient, Je ne cachai pas non plus à Sa Majesté l’eflet déplorable que ces actes barbares produiraient en Europe lorsqu'ils y seraient connus. Le négus me répondit, et je pus contrôler ensuite auprès des prisonniers égyptiens eux-mêmes l'exactitude de ce dire, que ces eruautés qu’il réprouvait et déplorait lui-même n'avaient été de la part de ses soldats qu’un acte de représailles et de vengeance, Les soldats égyptiens s'étant les premiers rendus coupables de ces mutilations» (A.E., Massawa, t, Il, Sarzec au Ministre des Affaires étrangères, 24 décembre 1895).

% Quelques détails furent donnés par les moulazim Rihan agha et Sultan agha sar le sort des prisonnie.s capturés au premier combat. « Ceux-ci, rapportèrentils, sont venus avec Abba Bazbaz (le roi Jean) et son armée à Gundet, où ils sont restés deux jours. Là, ils ont trouvé Les soldats morts {au cours du deuxième combat), la plupart nus et émasculés, y compris un grand nombre de notables et d’oiliciers, Ges prisonniers ont suivi ensuite l’armée abyssine à Addi Huala, où ils ont comparu devant Abba Bazbaz qui, par l'intermédiaire d'un drogman, leur a demandé quels étaient ceux qui étaient chrétiens, ls répondirent qu'ils étaient tous musulmans, à l'exception toutefois des soldats arabes qui se disaient tantôt chrétiens et tantôt musulmans. Les indécis furent mis à mort (?), Abba Bazbaz leur fit savoir par l'interprète que ceux qui voulaient rentrer chez eux n'avaient qu'à partir, De crainte d’être émasculés au cas où ils manifesteraient le désir de partir, ils ont répondu qu'ils désiraient vester, Abba Bazbaz les a autorisés à rester trois jours. A Vexpiration de ce délai, il a ordonné de les torturer (émasculer?}, puis il est revenu sur sa décision, et ils sont reslés avoc les ras (?).» (A.A., Reg. 34, Arr. Abd., pièce 325, Alaeddin bey à Khairi pacha, a9 novembre 1875, Le déchiffrement de cette dépêche est parfois doutoux ; nous avons indiqué les passages ou les mots obseurs par des points d'interrogation.)

® Ces chiffres sont donnés par M. de Sarzec, Quelque importants qu’ils soient,

ils sont loin d’égaler le chiffre de 15,000 hommes assigné aux pertes abyssiniennes Es Re Ts cute. A EC RCE

vlliciel égyptien W, il paraît à peu près certain que le ras Gabrou, légenduire par sa bravoure, y perdit la vie &),

Postés au village de Addi Huala, les majors Dennison et Rouchdi nn pouvaient rien voir ni rien entendre de ce qui se passait dans la vallée. Deux heures après le départ du kaïmakam, le cheikh du village vint les wertir que la fusillade continuait dans la région de Gundet. Une heure plus td, un cavalier Beni-Amer revint et annonça que les troupes avaiert été battues et les canons pris. Puis, successivement, arrivèrent d’autres hommes portant des nouvelles contradictoires ; les uns disaient que les troupes égyptiennes avaient été battues, Les autres qu’elles étaient victorieuses, Soudain apparurent sur le plateau des cavaliers et des fantassins abyssins qui s’approchèrent à 1.500 mètres du village ; ils se divisèrent “n quatre groupes et restèrent à la vue jusqu’à la nuit. Les deux officiers runnmencèrent aussitôt des préparatifs de défense ; les deux compagnies furent rassemblées et entreprirent la construction d’un mur en pierre. Du coucher au soleil à l'aube du jour suivant, arrivèrent successivement les soldats blessés ; certains d’entre eux étaient émasculés ; leur vue refroidit l’ardeur des troupes qui craignaient d’être attaquées. Dans le “ourant de la nuit, le youxbachi Ibrahim el-Hariri arriva à Addi Huala, we Go hommes de sa compagnie, dans un état de fatigue et de dénuement extrème. Chargé par Arendrup de garder une hauteur à l’est de Gundet, il avait assisté au combat et à l’anéantissement des troupes. Le major Rouchdi écrivit alors à Alaeddin bey pour lui dire d’envoyer d'urgence les troupes à Addi Huala et de demander des renforts au Caire. Peu après, on apprit qu'un convoi de ravitaillement, envoyé de Kayakhor par lu major Aly Raëf effendi, se trouvait arrêté à quelque distance de Addi Iuala, tous ses conducteurs ayant pris la fuite. Le major Rouchdi envoya aussitôt un détachement à sa rencontre avec une dizaine d’ânes ; la moitié du convoi arriva avant le jour ; l'autre moitié rejoignit le camp le lende- Main vers 11 heures du matin.

® Ce rapport mentionne aussi la mort du ras Raga, visir du roi d'Abys- *Hue,

‘Cf. Rarrray, A3 yssinie, D. 250, note 1,

®1 Les renseignements qui suivent sur ce qui se passa à Addi Huala sont erm-

pruntég nt monnant ne anmnlat fs mininm RaonnhAi

Dans la matinée du 17 novembre, certams habitants des localités voisines vinrent dire aux ofliciers égyptiens qu'ils avaient entendu le bruit du combat dans la vallée. Croyant que le hokoumdar était encore vivant, le major Denniso. déclara qu’il fallait lui ouvrir un chemin de retraite et qu'il allait à cet eflet se porter avec deux compagnies et deux pièces de canon à la lisière du plateau} ; mais l'officier égyptien qu’il avait chargé de transmettre ses ordres, revint bientôt en disant que les hommes refusaient de marcher. Les majors avisaient aux mesures à prendre pour’ mater celle insubordination, quand le soldat Hassan Ahmed, appartenant à la 3° compagnie du 2° bataillon, arriva flanqué d’un soldat abyssin, avec une lettre du roi d’Abyssinie, qui était rédigée dans les termes suivants :

« Nous Jean, avec la grâce de Dieu roi des rois d’Abyssinie et de ses provinces, aux émirs vénérés Arakel bey et aux commandants des troupes égyplüennes, officiers et sous-ofliciers.

« Je vous envoie mes salutations et l’aman royal. Nous vous faisons savoir qu'il est de tradition dans tous les pays du monde que personne ne dloit attaquer son voisin à l’intérieur de ses frontières, Vous avez actuellement attaqué nos frontières, nos provinces et tout ce qui dépend de notre royaume, Nous avons patienté jusqu'à ce jour et nous n’aurions jamais eru que vous seriez à même de faire cela. Ceci est dû certainement aux conseils de certaines personnes méchantes qui n’ont aucune crainte de Dieu et qui ne connaissent pas la façon de gouverner les divers pays, conformément aux ordres de Dieu. Vous avez actuellement attaqué nos frontières et vous êtes venus jusqu’au cœur de notre pays, non point de votre propre initiative, mais comme nous l’avons dit. Je vous donne l’aman et je prends l’engagement devant Dieu de ne vous faire aucun mal et de ne faire tomher aucun cheveu de votre tête, Mais puisque vous avez eu l'audace d'entrer dans notre royaume et de vous battre avee nous d’une façon illégale, vous devez nous remettre vos armes. Si vous désirez rester avec nous, on vous réserve la plus grande aise et le meilleur confort, Si vous voulez rentrer dans votre pays, vous pourrez le faire

(3 JL y avait À ce moment 4 compagnies à Addi Huala, la garnison primitive ayant été renforcée depuis la veille par l'arrivée successive de la compagnie d’Tbrahim el-Hariri et de la compagni: de Ahmed effendi Abd el-Kader qui escortait le convoi de ravitaillement,

ans [subir] aucun tort ni difleulté, accompagnés de vos soldats. Dieu st témoin de ce que je viens de dire, Faites-nous connaître votre réponse.»

\près avoir lu cette lettre, le major Rouchdi se concerta avec Dennison st lo naïb Mohamed Adam sur la conduite à tenir. Aux questions qu’on li posa, le soldat [Hassan Ahmed répondit que toutes les troupes avaient été Luées ot le matériel capturé. Le palefrenier du gouverneur, nommé Hussein Ibrahim, arriva sur ces entrefaites et confirma la nouvelle, Les deux ofliciers adressèrent alors au roi Jean la réponse suivante :

« Nous vous envoyons nos salutations. Nous, officiers des troupes egypliennes campées à Addi Huala, avons reçu votre lettre et pris connaissance de son contenu. Quant à la remise des armes, cela est impossible lant que nous sommes vivants. Le hokoumdar se trouve à Godofélassié “t nous lui avons envoyé votre lettre pour qu’il en prenne connaissance. Nous ferons ce qu’il nous dictera de faire. Salutations.»

Au moment où ils signèrent cette lettre, les majors Dennison et Rouchdi wnvaient plus aucun doute sur le sort du corps expéditionnaire dont il uv subsistait que les 360 hommes placés sous leurs ordres. Toute résistinee élant impossible, ils décidèrent de décamper au plus vite, en laissant derrière eux ce qu'ils ne pouvaient emporter. Leur réponse au roi Jean «avait d'autre but que de leur permettre de gagner du temps. Celle-ei partie, le major Dennison donna aussitôt l’ordre de départ. On encloua Frs quatre canons, car on manquait d'animaux pour Îles transporter. Les hommes bouclèrent leurs ceinturons, prirent leurs fusils et six doutaines de cutouches ainsi que deux ou trois biscuits chacun et se mirent en route pour Godofélassié (1), |

‘ Les Abyssins, on l'a vu, s'étaient présentés la veille devant Addi Huala et n'avaient pas attaqué. Le colonel Dye donne, de ce fait, lexplication suivante : ‘Le roi avait assigné à dedjaz Haïlou, gouverneur du Hamacène, et à ses troupes L tiche de capturer ou de détruire la force d'Addi Huala, Mais à la lecture des papiers d'Arendrup tombés entre ses mains, le roi crut trouver la preuve de la trahison du gouverneur. Il le fit saisir, et comme les Abyssins combattent généfalement pour leur chef, les soldats du Hamacène perdirent la tête ct restèrent actifs pendant plus de vingt-quatre heures. À à heures de l'après-midi, le 17 *uvembre, ils furent ramenés contre leur ennemi, mais s’aperçurent alors qu'il voit décampé.o (CF. Dve, op. cit, p. 44.) Il y a lieu de faire remarquer que fajuz [faïlou n’était pas gouverneur du Hamacène,

Hit, du règne du Khéd, email, & TH, ‘ bo

Au coucher du soleil, on arriva près du village nommé Addi Agaouya. La petite troupe s'arrêta ; les officiers passèrent l'inspection des soldats et constatèrent qu'ils étaient au complet, On se remit en route et, après avoir traversé Godol’lassié, on descendit l’akaba qui conduit à la vallée du Mareb. Halte fut faite à cet endroit pour permettre aux troupes de se reposer jusqu’au lever de la lune. Les hommes marchèrent ensuite sans interruption jusque vers 2 heures du matin (0, «Ce fut une nuit terrible, éerit le colonel Dye. Les majors Dennison et Rouchdi prirent la tête de la colonne et, revolver au poing, menaçant de brûler la cervelle à quiconque les dépasserait, ils réussirent à empêcher cette retraite de se transformer en déroute, Quelques hommes, pour alléger leur marche, jetèrent leurs fusils et se débarrassèrent même de leurs pantalons et autres vêtements ),» À 2 heures du matin, la petite troupe s'arrêta pour prendre trois heures de repos ; les hommes n'avaient pas dormi depuis trois jours ! À ce moment survinrent deux Musulmans de Godofélassié, qui déclarèrent au major Rouchdi que le roi Jean, furieux de ce que les troupes égyptiennes eussent refusé de livrer leurs armes et pris la fuite, avait lancé des soldats à leur poursuite, Bien que les hommes fussent à bout. de forces, le major Dennison donna l’ordre de reprendre la marche. Ge n'est que le jeudi 18, vers 4 heures de l'après-midi W), que les troupes arrivèrent à Kayakhor, De.6o à 70 hommes manquaient à l’appel, égarés en cours de route ou tombés de fatigue Le long du chemin.

Aly Paëf effendi, qui commandait la garnison de Kayakhor ft}, se trouvant être le plus ancien des binbachis présents, assuma le commandement de l’ensemble des troupes. Après avoir consulté ses collègues, il jugen qu'il était préférable d'abandonner Kayakhor, situé dans le pays des Kastanes () et exposé à une attaque facile, pour rentrer à l’intérieur des frontières égyptiennes; Sur le conseil de Dennison, il envoya un mot

{1 48 heures de nuit», d’après le rapport d’Omar Rouchdi, On sait que les heures de nuit sont comptées à partir du coucher du soleil,

M CF, Dye, op, cit, p. 145.

®) 40 heures du jour, d'après le major Rouchdi. Les heures du jour sont comptées à partir du lever du soleil,

PT Celle-ci compreuait, le 18 novembre, 4 compagnies et a canons.

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au major Durholz, installé avec deux compagnies à Saganayiti À un jour de distance de Kayakhor, pour l’informer du désastre survenu à Arendrup ct lui conseiller de se replier sur Massawa (, Puis vers 2 heures du matin dans la nuit du jeudi au vendredi, après avoir chargé sur des “hameaux tout le matériel, les armes et les canons qui se trouvaient à Kavakhor, les troupes se mirent en route. La 5° compagnie d'infanterie ouvrail la marche, et immédiatement après s'avançait le convoi avec les blessés et les hommes fatigués, suivi du reste des troupes. Aly Raëf eflendi avait pris la précaution d'envoyer un moulazim avec une vingtaine de soldats et deux cavaliers Beni-Amer reconnaître la passe qui se trouvait à une demi-heure de la station sur la route de Massawa. Grâce à cette mesure, la troupe déboucha sans encombre dans la plaine de Haala, \près avoir parcouru un kilomètre et demi environ, on entra dans une fordt, Le ciel était couvert de nuages, la nuit obscure et la vue bouchée par les arbres. Soudain, rapporte le major Omar Rouchdi, on entendit « des voix terrifiantes dans la montagne». Bien que ce ne fût là sans doute quo la voix d’un berger tiré brusquement de son sommeil par le passage dos troupes ), la peur s’empara des soldats. Le convoi se dispersa, Dix cavaliers Beni-Amer qui fermaient la marche de la colonne, passèrent au galop près des soldats en criant que les Abyssins les suivaient. Ge fut alors un sauve-qui-peut général. Jetant armes et vêtements, les hommes se réfugièrent sur les collines. Impuissants à arrêter les fuyards, les binbachis Dennison et Omar Rouchdi continuèrent leur route sur Massuwa (5, Avec l’aide de ses officiers, Aly Raëf effendi parvint à rallier un certain nombre de fuyards. 11 leur fit rebrousser chemin jusqu’à l'endroit oi la panique avait eu lieu ; on retrouva tous les chargements à terre,

PE CL, Dve, op. cit, p. 145.

M CE Dve, op. cif., p. 145,

®) Leur conduite fut sévèrement critiquée notamment par le naïb Mohamed Adam elle soldat Hassan Ahmed, qui déelarèrent dans leur déposition que les deux binbachis « furent les premiers à s'enfuir», L’accusation est purement gratuite. En cours de route, Dennison et Rouchdi rencontrèrent un youzbachi, nommé Metwalli Hilmi, qui était chargé de porter à Adoua des caisses d'argent ainsi que des munitions

,» destinées au corps d'Arendrup, Ce dernier, on le voit, avait pensé pouvoir pousser

avec ses forces jusqu’à la capitale du Tigré (ef, A.A., Dossier 5/1, pièce 1, annexe n° 8 à la letiva da Nachât bev. en date du 28 novembre 1875),

Les: chameaux, pour la plupart, s'étaient dispersés. La troupe reprit alors sa marche sur Adiraso, où l’on s'occupa de rassembler les bagages et le matériel abandonnés. D’autres soldats rallièrent à ce’ moment : les uns arrivaient montés. les autres à pied accompagnés par des Kastanes. Chaque Kastane qui amenait un soldat reçut une gratification d'un tallari. La troupe n'ayant plus de vivres, le major Aly Raëf fit demander au gouvernorat de Massawe. de lui envoyer cinq jours de biscuit M. Le lendemain, il quitta Adiraso et gravit le mont Bamba, où l’on passa la nuit: Le jour suivant, la petite troupe continua sa route jusqu’à Ambatokan, où elle rencontra les soldats venus de Massawa au-devant d'elle avec des provisions. On distribua un sac. de biscuits à chaque compagnie, Le lundi 29 novembre, Aly Raëf eflendi arriva enfin à Hotumlo, où il installa ses soldats @), Les binbachis Dennison et Rouchdi l'avaient précédé à Massawa M), pour transmettre au Gaire les premières nouvelles de la défaite. Le major Durbolz ne tarda pas à arriver à son tour, après avoir suivi pour plus de sûreté le cours de l’Aligudi et passé par Arkikot, Au total dix compagnies ayant appartenu au corps expéditionnaire revinrent à Massawa.

Cependant le négus Johannès, après sa victoire à Gundet, s'était porté à Addi Huala. C’est de à que le 9 du mois de Hedâr 1868 6, il adressa à M, de Sarzec, resté À Adoua, le billet suivant :

« Moi et mes soldats, grâce an Giel et à l’intercession des Saints el par le Dieu des armées, nous sommes sains et saufs.

« Bonne nouvelle : j'ai vaineu !

(AA, Rog. 34, Arr, Abd., pièce 145, le vékil des travaux à Massawa à Khairi pacha, 21 novembre 1875.

@} AA, Reg. 34, Arr, Abd., pièce 965, Nacht à Khairi pacha, 26 novembre 185: copie du rapport présenté par Aly Raëf effendi, binbachi du 1° bataillon de la maamourich, Cf, également A.A., Reg. 34, Arr, Abd., pièce 207, le vékil des travaux à Massawa à Khairi pacha, a3 novembre 1895, (Il y a lieu de noter que le calendrier à Massawa paraît être en avance d'un jour.)

® Où ils arrivèrent le 20 novembre dans l'après-midi (A.A., Reg, 34, Arr. Abd., pièce 144, le vékil des travaux à Massawa à Khairi pacha, a 1 novembre 1875).

Son arrivée à Arkiko est signalée par le vékil des travaux à Massawa en même temps que celle d’Aly Raëf effendi à Hotumlo,

4) Cnmmaennndant au 18 novembre 1898.

LES GOMBATS DE GUNDET. 789

« Par la grâce de Dieu, j'ai battu mes ennemis.

« De tous les Égyptiens qui avaient envahi mon pays, pas un seul n'a survécu; tous sont morts. Mon cœur est dans la joie. Vous, mon ami, réjouissez-vous aussi. Venez maintenant, sans perdre de teups (0, » :

A Addi Huala, le roi Johannès tint un conseïl, à l'issue duquel 51 fut décidé d'avancer à la fois sur Massawa et sur Senhit. Certains ras, toutefois, dévonseillèrent ce mouvement, en rappelant que le Choa vonait de se révolter ®, Peut-être aussi le souverain craignit-il de s’attiver des ditlicultés avec les puissances étrangères. Toujours est-il qu’il renonça bienlôl à son dessem et décida de licencier son armée. Des forces suflisantes furent laissées au gouverneur du Hamacène pour observer la route conduisant d’Asmara à Massawa #,

Cependant le consul de Sarzec, répondant à l'invitation du roi, était parli d’Adoua le 22 novembre pour rejoindre Sa Majesté, «Le 23, écril-il, n'étant égaré dans les défilés du Darotéch, je trouvais à ma sortie des montagnes et faisais transporter à mon campement de la plaine

d'Hamedo, sur les bords de la rivière Lalahà, le comte Zichy, blessé ut hocriblement mutilé lors de la première bataille de Kesad Ikka.

« Depuis huit jours qu'avait eu lieu cette bataille, sans soins, sans uourrilure, sans asile de nuit, le comte avait pourtant eu le courage de se tratner en marchant sur les coudes et les genoux, des bords du Mareb au point où je venais de le relever, espérant avoir la force d'arriver jusqu'à Adoua, où il savait que J'étais.

« Lorsque je le trouvai, le comte était à bout de forces, ses horribles blessures envahies par les vers.

« de le pansai de mon mieux et, ne pouvant le laisser dans ce désert ni l'envoyer à Adoua, je. fis faire un brancard pour le transporter avec moi à Addi Huala, où, près du roi, il pourrait trouver les soins que nécessilut son état.

'AE,, Massawa t. IT, Sarzee an Ministre des Affairos étrangères, 24 décvmbre 1875.

% Cf, sur ce point la déposition des moulazim Rihan agha et Sultan agha, déjà LEP citée,

Cf, Dyr, op, cit, p. 146,

«Mais il me fallait trouver des porteurs. Or, depuis la guerre; les villages avaient été abandonnés, les champs étaient déserts: Enfin, à force d'argent, je parvins à engager quelques balaguères (, et le 25, après des difficultés incuies, nous arrivions auprès des montagnes de Gundet, à une demi-journée d’Addi Huala.

« Là, une nouvelle déception m'attendait. Le roi, ne me voyant pas venir et forcé de rent:er à Adoua, venait de quitter Addi Huala.

« Sa Majesté me faisait prier par ras Bariou, son oncle, de retourner à Adoua, où elle m'attendait. Je dus revenir sur mes pas. Cette fois, il m'était impossible de ramener le comte avec moi. L'état de ses blessures, l'impossibilité de me procurer des porteurs ne me le permettaient pas.

« Pentrai dans le village d’Arato, dans le district de Gundet, et y Jouai une maison où je déposai le comte. Puis, après l'avoir recommandé au choum ®) du pays, Le confiant aux soins d’un Européen et de sa femme qui revenaient avec moi à Massawa, et lui laissant un de mes domestiques avec les remèdes nécessaires, je me remettais en marche pour Adoua, où j'arrivais de nouveau le 27 5,»

Après avoir été reçu en audience par le négus, Sarzec, dans les premiers jours de décembre, se disposa à partir pour la côte. « Plusieurs blessés égyptiens, apprenant mon départ, écrit-il, étaient venus me supplier de les emmener avec moi. Je demandai au négus de vouloir bien m'y autoriser, ce que Sa Majesté m'accorda aussitôt. Mais lorsque je réclamai la même faveur pour le comte Zichy, que j'avais dû laisser au village d'Arato, ainsi que j'en avais rendu compte au roi, Sa Majesté déclara que cela lui était impossible et qu’elle le gardait.»

Le 7 décembre, M. de Sarzec quitta Adoua, accompagné de quelques négociants européens qui lui avaient demandé l’autorisation de voyager avec lui, et des blessés égyptiens qu'il ramenait à. Massawa, Il voulut passer par les champs de bataille si fraîchement arrosés de sang. « Dans

{9 Mot abyssin signifiant : « paysan.»

® Choum, titro s'appliquant à toute personne ayant uno charge de l'ordre adiministratif. (Cf, Guénné Sezxassié, Chronique du règne de Ménélik H, publiée par Maurice de Coppet, p. 91 note 4.)

6) AE, Massawa, t, TL, Sarzec au Ministre des Affaires étrangères, 24 décembre 1875.

la matinée du 9 décembre, éeritil, après avoir franchi le Mareb, j’arrivai presque immédiatement sur le premier champ de bataille de Kesad Ikka,

« Je pus alors m'expliquer les dires abyssins qui, jusque là, m’avaient paru entachés d’impossibilité.

« Comment, en eflet, était-il possible d'admettre qu’un corps de 1000 hommes armés .de Remington, commandé par des officiers européens, disposant .de 4 pièces de canon, ait pu succomber en vingt minutes, nu tuant aux Abyssins que 31 hommes et ne leur en blessant que 55?

« Gette colonne, formant l'avant-garde du corps commandé par le souverneur de Massawa Arakel bey, trompée par les manœuvres du ntgus, alors qu'elle comptait surprendre l’armée abyssinienne avait été surprise elle-même, en marche et sous bois, dans un terrain couvert de tailliskt de broussailles (0, où ses armes à longue portée et à tir précipité lui étaient imutiles, où son artillerie elle-même était paralysée.

« De là l’écrasement complet, instantané de ce corps et la perte insigniliante infligée à l’armée du négus.

« C'est Ià qu'étaient tombés le miralaï Arendrup et le comte Zichy.

« Quoiqu'il y eût vingt-quatre jours que la bataille de Kesad Ikka eût eu lieu, grâce à la sécheresse du sol et à l'absence de hyènes et de chacals dans ces parages hantés par le lion, les cadavres, abandonnés pourtant sans sépulture sur le champ de bataille, se trouvaient dans un état parfait de conservation, et il mie fut facile de reconnaître le corps du général Avendrup frappé d'une balle dans l'oreille droite.

« Le soir, je campais dans la vallée de Gundet, à une heure de marche du second champ de bataille.

« Le lendemain je me rendais à Guda Gudi, dans le but d'y rechercher le cadavre d’Arakel bey et de le faire enterrer,

« Mais là les corps entassés sur une épaisseur de près d’un mètre dans l'espace très restreint où le gouverneur de Massawa s'était retranché, déchivés par les vautours et les hyènes qui abondent dans cette vallée, décomposés par l'humidité du sol, se trouvaient agglutinés les uns aux autres et complètement méconnaissables,

fl Certains voyageurs français parlent même d’une gorge qui n'avait pas plus

de 50 mètres de largeur (ef. A.E., Égypte 57, note rédigée par le vicomte Bugène- Melchior de Vogüé pour M, Outrey, le Caire, 7 février 1876).

« Ge n’était plus qu'à la nature des cheveux qu'il était possible de reconnaitre un soldat égyplien d’un nègre soudanais. Et quoique je

passasse plus de trois quarts d’heure au milieu de ce monceau de cadavres, il me fut impossible de reconnaître celui que je cherchais (,»

Quant au comte Zichy, Sarzec ne le retrouva plus au village d’Arato, « Enlevé de sa maison le samedi 4 décembre, sur l’ordre et par les soldats du négus, pour de là être transporté à Adoua, il était mort le lendemain en arrivant au village d’Adderbati. Malgré tout ce que je pus faire, ajoute Sarzec, il me fut impossible d'apprendre quelle avait pu être la cause de cette mort. Le comte, me dirent les gens auxquels je l’avais confié, état, à son départ d’Arato, aussi bien que pouvaient le permettre ses blessures. J’ai la conviction certaine que même s’il a été achevé en route par les soldats chargés de le transporter à Adoua, ce n’a pu être en aucun cas sur l’ordre du négus l),»

M. de Sarzec rentra à Massawa le 18 décembre 1875 et fit remettre à l'autorité militaire les huit blessés égyptiens qu'il avait ramenés avec

lui d'Adoua.

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