DÉMARCIHE DU ROI JEAN
pays. Lorsque nous nous sommes rendus à Azabo ), vous avez ordonné d'envoyer des soldats dans notre pays. Nous nous sommes alors dit que lorsque vous sauriez que ces régions ne relèvent pas de votre autorité, vous nous les laisseriez certainement. Aussi avons-nous gardé le silence. \nis, alors que nous nous trouvions à Asmara et après notre retour de cette région et notre entrée à Adoua, notre ville, nous avons appris que sous aviez donné l’ordre à vos soldats de nous rejoindre à quelque endroit que nous serions, de nous arrêter et de nous amener auprès de vous, Quant À nous, qui comptons sur la force de Dieu dont nous sommes toujours fiers et n’avons pas à nous vanter de notre force, nous nous sommes encore tus lorsque nous avons appris que les troupes étaient entrées À Ghinda. De cette localité, elles sont entrées au Hamacène. Nous nous sommes armés de patience également. Du Hamacène, elles sont votrées au Sarawé et du Sarawé à Gundet, près de notre ville. Nous nous sommes alors demandé ce que nous devions faire à ce sujet. Nous avons été à leur rencontre et le Dieu juste les a fait tomber entre nos mains. Elles n’ont pas pu soutenir le combat une seule heure. Et maintenant, pour remercier Dieu de ce qu'il a fait pour nous, nous envoyons auprès de vous tous ceux qui ont échappé à la mort @), Quant aux esclaves Ü), nous les avons sommés de se rendre auprès de nous. Mais ils refusèrent en déclarant : « On nous a achetés avec de l'argent et notre pays est de + tout temps ici et non ailleurs.»
« Mon frère, vous n’êtes pas plus grand que vos aïeux et nous ne sommes pas moindre que les nôtres. À quoi servirait-il de démanteler les frontières de ce royaume? Ce n’est pas bien. Il est préférable que nos positions respectives demeurent inchangées. D'autre part, si nous nous traitons en ennemis et que nous fassions couler le sang des soldats, cette effusion de sang attristera Dieu qui connaît la vérité 0.»
La lettre du roi Jean fut confiée au général Kirkham qui devait accompagner les prisonniers égyptiens à Massawa. Retenu à Asmara par la
19 C'est-à-dire pour combattre les Azabo-Galla.
C'est-à-dire que le roi Jean renvoie les prisonniers égyptiens faits à Gundot,
#) Le roi Jean vise ici les soldats nègres, capturés à Gundet,
M A,A,, Carton 19, Bahr Barra, pièce 137, le roi Jean au Khédive, 13. décembre
maladie, Kirkham envoya ecux-ci à Massawa, avec une lettre pour le gouverneur de cetfe place, dans laquelle il affinmait que le roi désirait l’amitié du Khédive et la paix M, Les prisonniers, au nombre de 119 l, arrivèrent à Massawa le 29 décembre, sous la conduite d’un officier, Is rapportèrent que Je roi Jean avait gardé par devers lui le moawen Ataa eflendi, un youzbachi, un moulazim et 6o soldats soudanais disposés à lutter contre les Égyptiens. L'évêque envoyé dernièrement d'Égypte en Abyssinie avait, de son côté, retenu 12 soldats de veligion copte, malgré que ces derniers enssent exprimé le désir d’être renvoyés à Massawa ), Un certain nombre de ces prisonniers avaient été cruellement mutilés et 37 d'entre eux castrés. Rateb pacha s’indigna. : « Les Abyssins, manda-t-1l au Caire, se sont livrés sur eux à des actes de sauvagerie incroyables, dont on n'a entendu parler nulle part. Lorsque la lutte prit fin et que la plupart de nos soldats périrent et tombèrent en martyrs, il s’en est trouvé parmi eux quelques-uns qui élaient atteints de nombreuses blessures. Leur douleur était tellement vive qu'ils étaient comme morts. Les Abyssins ont osé, avec léur nature sauvage et selon leur habitude inhumaine, piller tous les martyrs et les blessés, les dépouiller de tous leurs vêtements el les castrer. Dans l’état où ils étaient, ces blessés n'avaient pas conscience de ce qu'ils subissaient, tant ils souflraient de leurs blessures. Ils ne se sont rendus compte de la castration que lorsqu'ils sont revenus à eux.
0Y A.A., dossier 5/1, pièce 11.
@® Dans sa lettre, Kirkham mentionnait seulement 105 prisonniers et un youzbachi. Par ailleurs, 14 prisonniers s'étaient présentés à Massawa entre le 17 et le 21 décembre, date où arrivèrent 3 soldats appartenant au détachement qui atteignit Massnwa le lendemain, 17 autres soldats arrivèrent à Massawa du 23 au 28 décembre, puis 20 entré le 29 et le 31 décembre et 4 du 1° au 4 janvier 1876; le 5 janvier se présentérent un youzbachi nommé Kheïrallah effendi et 8 soldats (AA, Reg. 35, Arr. Abd., pièce 256 ; Reg. 36, Arr. Abd, pièces 9,22, 85,110, le sirdar à Khairi pacha, 28, 31 décembre 1875, 1°, 4, 5 janvier 1876). À Senhil, entre le 28 novembre et le se décembre 1875, arrivèrent isolément ou par groupes une soixantaine de soldats ayant appartenu au corps d’Arendrup ; un éertain nombre d’entre eux étaient blessés ou castrés. Au total 270 hommes environ revinrent à Massawa ou à Senhit entre le 28 novembre 1895 et le 5 janvier 1896.
. Ê AA, Reg. 35, Arr, Abd, pièces 124, 184, le sirdar à Khairi pacha, 21, 2h décembre 1875 ; pièce 228, Nachât bey à Khairi pacha, 28 décembre 1875.
ARRESTATION DE KIRKHAM. 858 Les ennemis ne se sont pas contentés de ces actes odieux; ils ont osé rommettre des actes plus atroces ; ils ont coupé les têtes des martyrs, leurs pieds et leurs mains. Et comme si ces actes, dont nous n'avons jamais entendu parler, ne suflisaient pas à satisfaire leur rancune, ils ont, au comble de leur méchanceté, brûlé quelques tués ct coupé en morceaux les cadavres de quelques autres ; ils ont jeté leurs membres épars sur les chemins... Les prisonniers ont subi des tortures indescriptibles (},» La vue de leurs camarades horriblement mutilés jeta l’effroi parmi les soldats “gypliens et produisit un effet nuisible sur le moral de l’armée F1.