‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 29 sur 176 · ARRESTATION DE KIRKHAM · texte numérisé non relu

ARRESTATION DE KIRKHAM

Le 4 janvier 1876, les avant-postes égyptiens arrétèrent trois Européens qui venaient d’Abyssinie, Gonduits au quartier général, ils furent interroyés ct fouillés. L'un d'eux était le général Kirkham; ses deux compagnons n'élaient autres que les journalistes anglais qui avaient rejoint l’expédi- “lion Arendrup à Godofélassié et assisté au combat de Gundet(#}, Rateb pucha les fit mettre tous trois en prison W. Les journalistes protestèrent

{A A., Carton 5a, Rateb pacha au mibradar, 25 décembre 1875.

‘4 Au lieu d’exciter l’indignation des Égyptiens et Icur désir de venger leurs rauarades mutilés, écrit le général Loring, la vue de ces derniers les remplit d'effroi, en voyant ces témoignages de la férocité, de la bravoure et de la force de l'ennemi, Les mutilés, en racontant leurs peines ct leurs misères, ne manquèrent pas d’exayérer le courage et la puissance des Abyssins, les difficultés de pénétrer dans leur pays, et la mort presque certaine à laquelle on s’exposait. Gela eut un effet des plus nuisibles sur le moral de l'armée. Aussi les officiers commencèrent-ils à se plaindre amèrement de la guerre, déclarant qu'elle n’était pas nécessaire, et se lamentant à l'idée qu'ils seraient tous tués. Ils diront que l'Égypte avait plus de terre qu'ils n'en pouvaient cultiver, el qu’il aurait mieux valu, pour leur pays, y garder l’armée alin de cultiver le sol et prendre soin de leurs familles, » (Cf. Lonune, op. cit., p. 346.)

® Les journalistes n’arrivèrent pas en même temps que Kirkham ; ils furent atrèlés pendant la nuit, tandis que le général no se présenta aux avant-postes égypliens que le lendemain matin.

0 AA, Reg. 86, Arr, Abd., pièces 108, 111, le sirdar à Khaïri pacha, 5 janvier 1896; pièee 113, Nachät bey à Khairi pacha, 5 janvier.1876. Dans sa lettre à Khairi pacha, Le sirdar explique qu'après le combat de Gundet, les deux journalistes anglais dont l’un appelé William Houghton se dit correspondant du Daily Telegraph,

aussi{ôt : « Nous sommes sujets anglais, dirent-ils au sirdar, et nul ne peut nous toucher où nous emprisonner. D'autre part, vous n'avez pas annoncé à l'Europe que 1 Égypte se disposait à faire la guerre à l’Abyssinie.» L’argument fit impression sur Rateb pachal, Tout en les gardant sous surveillance, le sirdar leur assigna un logement dans sa maison et les fit manger à la table de l'état-major. Khairi pacha ne tarda pas à faire savoir à Rateb pacha qu'aucun motif ne nécessitait l’emprisonnement des deux journalistes 6).

La personne de Kirkham était beaucoup plus suspecte, car il éluit général au service de l'Abyssinie. On trouva sur lui la lettre adressée par

et l'autre Albert Brown Houghton correspondant du-Standard, ont fui en Abyssinie et ont êlé reçus par le roi Jean qui leur a remis des cadeaux. Lorsqu'ils furent arrêtés, ils demandèrent aux soldats quel était l'effectif de l’armée égyptienne, combien elle avait de canons et quel était l’âge du fils du Khédive. « Nos soldats, rapporte Ratcb, leur ont répondu que notre armée comprend 70.000 hommes, que nous avons 100 canons cf que le fils de notre monarque est âgé de 30 ou 32 ans. Îls ont alors dit qu'ils savaient que l’âge de Son Altesse était de 22 ans.» (A.A,, Reg. 36, Arr. Abd, pièce 108, le sirdar à Khairi pacha, 5 janvier 1876.)

+ «Pendant la guerre, écrivit le sirdar à Khairi pacha, le règlement autorise l’emprisonnement des sujets étrangers, au cas où une guerre serait déclarée contre un autre État. Il n'est pas à notre connaissance que l'Europe sache que nous sommes en guerre avec l'Abyssinie ou qu'elle ait été avisée à ce sujet. C’est pourquoi nous avons arrêté les deux sus-nommés et les avons placés sous surveillance. Nous vous prions de bien vouloir nous faire savoir si l’Europe a été avisée de notre état de guerre avec l’Abyssinie, ou si elle l’ignore, pour qu'on puisse appliquer le règlement envers eux ou envers d’autres,» (A.A., Reg. 36, Arr. Abd., pièce 109, le sirdar à Khairi pacha, 5 janvier 286.) Le vice-roi fit répondre, le 14 janvier, que «tous les consuls généraux des nations amies avaient été avisés de la déclaration de guerre à l’Abyssinie, » (AA, Reg. 97, Dép. Abd, pièce 144, Khairi pacha à Rateb pacha, 1Â janvier 1876.)

@ A.A,, Reg. 36, Arr, Abd., pièce 148, Rateb pacha à Khairi pacha, 7 janvier 1876, Dans celte lettre, le sirdar rapporte que le consul de France M. Carbonnel Jui a dit, au cours d'une conversation, que les deux Anglais n'étaient pas des journalistes, mais des « vagabonds». En fait, ils ne purent montrer leurs cartes prouvant leur identité de journalistes quand on Les leur demanda, et dirent les avoir égarées. « Ce sont des menteurs, conclut Rateb pacha, et c’est à tort qu’ils se qualifient de journalistes et prétendent appartenir à la presse.»

5) AA, Reg. 27, Dép. Abd., pièce 96, Khairi LE Rateb pacha, 8 janvier 1896,

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le négus au Khédive, lettre qu'il remit au sirdar, une missive du roi Jean pour la reine d'Angleterre dont Kirkham refusa de se dessaisir, ainsi que diverses enveloppes adressées à des ministres en Europe, à des généraux el à des consuls. Parmi les autres papiers saisis sur sa personne se trouvaient deux documents qui parurent fort compromettants (1). Jeté dans une cellule immonde ®, Kirkham excipa de son caractère d’ambassadeur pour réclamer un traitement plus humain. Khairi pacha fit savoir au sirdar que le général devait être traité d’une manière en rapport avec son grade).

tt} Le premier document, daté du 29 novembre 1875, portait que les deux journalisles anglais étaient mandatés pour conclure un emprunt avec des banquiers à Londres, aux conditions qui seraient établies par le général Kirkham. Le second document stipulait que Kirkham était mandaté pour remettre aux deux Anglais, en garantie de l'emprunt, le territoire situé dans un rayon de trois milles autour du Zuilla, ainsi que les terrains qu’ils demanderaient « depuis les points occupés par les troupes égyptiennes jusqu’au Hamacèno, y compris les montagnes, les mines, les douanes et tous autres domaines et dépendances». Rateb pacha trouva ces pièces rédigées en termes vagues et équivoques. Les commentaires qu’il en fit ne Îe sont

pas moins, Comme ces documents ne portaient ni la signature du roi Jean ni son cachet, il pensa que c'étaient des faux fabriqués par les deux journalistes pour leur perimeltre de sortir sains et saufs d’Abyssinie. Une fois arrivés en Europe, ils se feraient passer comme les représentants d’une société à laquelle lo territoire de Zulla a été concédé par le roi Jean, ct affirmeraient que les Égyptiens n’y peuvent pénétrer, Dans l’interrogatoire qu'ils eurent à subir, «les journalistes, rapporte Rateb, s'adressèrent à nous en ces termes : « Que vous a fait le roi d'Éthiopie pour que c vous envoyiez vos troupes jusqu’à la capitale de son royaume? Voulez-vous l’emcener caplif en Égypte? Quels sont vos droits?» Le sirdar trouva que ces parolos étaient conformes aux termes employés par le roi Jean dans sa lettre au Khédive, et dune que celle-ci avait été rédigée sur l'avis et à l’instigation des journalistes, Aussi pensa-t-il, tout d’abord, devoir les maintenir en état d'arrestation jusqu'à la fin de Ja guerre (A.A., Carton 59, Maïa Sanieh, pièce 385, Rateb pacha à Khairi pacha, 5 janvier 1876).

Cf. Dve, op. cit., p. 181.

+ AA, Reg, 97, Dép. Abd., pièce 76, Khairi pacha à Rateb pacha, 8 janvier 1876, Le lendemain le Khédive envoya à Rateb pacha l’ordre suivant : « Vous avez très bien fait d’être prudent en ne vous pressant pas de prendre la lettre adressée par Kassa-Jean à la reine d'Angleterre, que portait M. Kirkham, Ge dernier ne doit pas être emprisonné dans une chambre ; il peut habiter la maison qu'il voudra à Massawa, à la condition d’être placé sous surveillance, Vous devez le prévenir qu’il u'est autorisé ni à se rendre en Abyssinie ou en toute autre localité, ni à venir

Invité alors à s'installer dans une maison À Massawa, Kirkham repouss: l'offre. Il refusa également de déjeuner avec Rateb pacha et de lui remettre la lettre adressée à la reine Victoria (f}, Par la suite, cependant, il se ravisa et accepta l'invitation. « Au cours du repas, rapporte Rateb pacha, nous profitâmes de ce qu’il était un peu éméché pour lui demander des renseignements au sujet de l'Abyssinie et des Abyssins. Il nous déclara que le roi Jean et ses sujets ne vivent que de pillage et de rapine. [1 nous indiqua les routes faciles et difficiles de l’Abyssinie, Puis nous fîmes dévier la conversation vers la missive à la reine d'Angleterre. Nous lui conseillâmes, en vue de prévenir tout retard, de nous la remettre afin que nous la fassions parvenir à destination, au lieu de passer par l’entremise du consul général ; mais il s’y refusa et nous n’insistâmes pas C).»

Averti de l’arrestotion des trois Anglais, le général Stanton ne crut pas devoir réclamer leur libération (), mais des instructions venues de Londres lui prescrivirent de veiller à ce que les trois prisonniers fussent bien trailés et élargis dès que cela serait possible (), Le 13 janvier, les deux journalistes furent transférés à Massawa (9), L'un d’eux étant tombé malade de la dysenterie, ils demandèrent à être envoyés au Caire où, dirent-ils, l'enquête suivrait son cours (5, Le Khédive consentit à leur départ de

ici, S'il désire se rendre au souk et se promener, ül doit être accompagné par un ou

deux officiers, Vous pouvez également quelquefois l'inviter à prendre un repas chez vous, En ce qui concerne la lettre adressée à S.M. la Reine, vous lui direz : « Donnez. «nous la letire pour que nous la remettions au consul général d'Angleterre au Caire «et nous vous apporterons un accusé de réception de ce dernier et une déclaration «attestant que cette lettre n’a pas été ouverte»... S'il ne veut pas vous la remettre, vous lui ferez savoir qu'il ne doit l'envoyer nulle part, o (A.A., Reg. 27, Dép. Abd., pièce 82, O.S. à Rateb pacha, 9 janvier 1876.)

0) A,A., Reg. 36, Arr. Abd., pièce 195, le sirdar à Khairi pacha, 9 janvier 1876,

f) A.A., dossier 5/1, pièce 7, Ratcb pacha à Khairi pacha, 15 janvier 1876,

Dye fait allusion à ce dîner, au cours duquel, dit-il, on essaya de griser Kirkham

pour obtenir des aveux, « mais il ne se trahit pass (cf. Dve, op, cit, p. 184).

6) F.0., 98 - 2500, Stanton à lord Derby, 7 janvier 1876.

®) Lord Derby à Stanton, 10 janvier 1876.

® Nachât bey leur assigna une maison et alloua à chacun d’eux un tallari par Jour pour subvenir à leur existence (A.A., Reg. 36, Arr, 4bd., pièce 249, Nachât bey à Khairi pacha, 14 janvier 18976).

6) AA, Rog, 36, drr, Abd. pièce 255, lo sirdar à Khaïri pacha, 1 4 janvier 1876.

. ARRESTATION DE KIRKHAM. 857 ne \nssawa, à la condition expresse qu'ils ne vinssent pas s'installer en Eyypte et se rendissent directement dans leur pays!). Les journalistes s’embarquèrent sur le vapeur Gharbieh ®. Quant à Kirkham, 11 fut transféré à Massawa le 14 janvier 5), I] déclara alors qu’il était protégé français, produisit à l’appui de son dire un document délivré par M. de Sarzee ()

3) AA, Reg. 27, Dép. 1e pièce 151, Khairi er à Rateb pacha, 16 janvier

r AA, Reg. 36, Arr. Ab, pièce 295, le sirdax à Khaïri pacha, 17 janvier

#76; pièce 816, Nachât boy à Khairi pacha, 18 janvier 1876. M AA, Reg, 36, Arr, Abd,, pièce 281, achat bey à Khairi pacha, 15 janvier 18706.

M Rentré à Massawa le 18 décembre 1895, M. de Sarzec devint plus que jamais suspecl aux yeux des Égyptiens. Il ramenait avec ui un certain Belman qui, au dire de Nacht bey, avait servi dans l’armée du roi Jean, et 15 soldats abyssins dépuisés sous le nom de domestiques, ct que le zélé gouverneur déclarait n'être autres que des espions destinés à porter des nouvelles en Abyssinie (A.A., Rep. 35, Arr. Abi., pièce go, Nachât bey à Khairi pacha, 20 décembre 1875). Le sirdar engagea sivement M, Carbonnel à presser le départ de son prédécesseur, mais M. de Sarzec prit son temps ; il avait, disait-il, des comptes à liquider, des objets à mettre en caisse, et puis il ne voulait pas voyager sur un transport de troupes. Cependant on s'impalientait au Caire, et le Khédive télégraphia même à Rateb pacha d'entamer les pourparlers pour expulser Sarzec! Finalement, ce dernier consentit à s’embarquer sur le Yanbo, dont le départ fut reculé au a janvier 1876 à cet effet (A.A., lu, 35, Arr, Abd, pièces 135, 167, 225, le sirdar à Khairi pacha, 29, a4, 27 dérembre 1876 ; Reg. 86, Arr. Abd., pièce 29, Nachât bey à Khairi pacha, 1° janvier 1876, pièce 33, le sirdar à Khairi pacha, 2 janvier 1876). M. Belman quitta Massawa quelques jours plus tard (A.A., Reg. 36, Arr. Abd., pièce 205, Nacht bey à Khairi pacha, 11 janvier 1876). Un autre Français, nommé Solin, que ls Égyptiens accusaient d’avoir pris part au combat de Gundet, fut également rloigné de Massawa (A.A., Reg. 35, Arr. Abd., pièces 1a5, 177, Nachât bey à Nhairi pacha, 21, 25 diceinbre 1785). En dépit de l’ostracisme dont les lgyptiens le frappaient, M, de Sarzec trouva un défenseur en M, de Suzzara. « M. de Sarsee, “eril ce dernier, dont le caractère droit et sincère était tout Le contraire de ce que ‘'inaginait faussement le commandant en chef, s'empressa de donner sans restrielot aucune fous les renseignements qui lui furent demandés. C'est à l'aide do ces informations et de celles fournies par un certain Louis Hassen (sur ce personnage, appelé Franz Hassen, cf.'t, Il, 2° partie, passim) que l’on parvint à réunir des données sur les forces militaires de l'Abyssinie, en additionnant les contingents fournis par les diverses tribus» (ef. px Suzzana, op, cils, p, 643),

ct remit au gouverneur de la ville une protestation dans laquelle il récla. mait au gouvernement égyptien 50 livres de dommages-intérêts par jour pendant toute la durée de sa détention (1), Les autorités égyptiennes refusèrent de le laisser communiquer avec M. Carbonnel, vice-consul de France, et continuèrent à le tenir gardé à vue. Quels que fussent les motifs pour lesquels le roi Jean l’avait envoyé à Massawa, et il n'est pas exclu que parmi eux il y eût un réel désir de s’entendre avec l’ Égypte, la mission confiée par lui à Kirkham échoua complètement devant l'hostilité des Égy ptiens.

Âprès avoir envoy” sa lettre au Khédive, le roi Jean avait quitté Adoua pour se rendre dans l'Enderta, On peut présumer que le but de son voyage était, comme le dirent les espions à la solde de l'Égypte, de se procurer de l'argent, des ares ® et d'échauffer l'enthousiasme des populations en vue de recruter parmi elles des soldats 6}, Peut-être aussi voulait-il soumettre quelques chefs rebelles, comme le ras Haïlou, gouverneur du Seloa, ou s'entendre avec les gouverneurs du Yedjou ou de Gondar, qui étaient jusqu'alors demeurés sur Îa réserve (), Il est possible également que Jean ait sollicité le concours de Namou Walad Nimr, le descendant du fameux cheikh qui avait jadis brûlé à Ghendi le fils de Mohamed Aly (5, I importail dans ces conditions, de savoir combien le négus pouvait mettre de soldats en ligne. D’après les renseignements fournis par Sarzec et Franz Hassen

U} AA, Reg. 46, Arr, Abd., pièces 355, 856, Nachât boy à à Khairi pacha, ai janvier 1 876.

€) En annonçant cette nouvelle au Caire, Nachât bey. déclara avoir donné des instructions fermes aux diverses régions du gouvernorat pour interdire la vente des

armes à quiconque (A.A., Reg. 35, Arr, Ab. ” pièce 1 k7, Nachât bey à Khairi pacha,

23 décembre 1875). |

6) AA. Rog. 36, Arr, Abd., pièce 1, Nachôt bey à Khoiri pacha, 3 1 décembre: 875.

(3 A ,A,, Rog. 36, Arr. Abd., pièce 4, le sirdar à Khairi pacha, 31 décembre 1875; pièce 80, Abd el-Al bey à Khairi pacha, 1° janvier 1876.

® AA, Reg, 86, Arr. Abd., pièces 145, 196, le sirdar à Khairi pacha, 7 ct 9 janvier 1876, Gette information fut donnée par Kirkham, qui ajouta que Namou avait vu, il y a deux ans, Ie roi d'Abyssinie et qu'ils étaient liés d’une grande amitié. En apprenant cette nouvelle, le Khédive nia que ce fût possible ; it rappela que le Defterdar avait, à l'époque, sexterminé la racine o de la famille de Nimp, dont aucun rojeton ne pouvait plus être en vie (A.A., Reg, 27, Dép. Abd, pitee 180, Khairi pacha au sirdar, 12 janvier 1876),

ARRESTATION DE KIRKHAM. 859 ee en

à l'état-major, ke roi Jean pouvait disposer en tout d'environ 72.000 hommes, dont 3.000 cavaliers ct 6.000 fantassins armés de fusils dispurates ; il posséderait en outre 18 pièces d'artillerie ; cette évaluation ne tenait pas compte descontingents des tribus galla, pouvant s'élever à 10,000 hommes, ni de celui du Choa, montant à près de 20.000 hommes’), Kirkham fournit au général Loring des chiffres analogues ; dans quarante ou cinquante jours, assura-t-il, le roi aurait une force combattante de 60.000 hommes ®}; en conversation avec Dye, il ajouta que l’artillerie avait jadis un grand eflet moral sur les Abyssins, mais que la facilité avec laquelle ils s'étaient emparés des canons à Gundet, avait fait perdre à cette arme son prestige ; d’autres part, à l'entendre, les Abyssins étaient mieux pourvus de fusils et autres variétés d'armes à feu qu’on ne le supposait généralement }, aussi conseillait-il aux Égyptiens de se méfier, Cependant, lorsqu'on rapporta ces informations à Rateb pacha, il n'y prôla pas créance (), Le sirdar semble également s’être illusionné sur le roncours qu'il pourrait attendre des grands feudataires abyssins, ses ‘informateurs indigènes s’attachänt à ne lui faire passer que des nouvelles qui lui fussent agréables 6), I envoyait des émissaires aux chefs qu’on lui présentait comme rebelles, les incitait à persévérer dans leur ligne de conduite et leur promettait des gratifications 6), Le ras Areya, à l'entendre, songeuit à tirer son épingle du jeu ; le gouverneur de Sokota, le ras de Gondar, le gouverneur du Yedjou refusaient de se soumettre au roi Jean (), Cependant, lorsque le Khédive demanda à Rateb pacha s’il avait reçu une réponse aux lettres qu'il avait écrites à ces trois derniers personnages, le sirdar dut reconnaître que non (#, Ainsi, au moment où l'expédition

OÙ CT. DE Suezars, op. «il, p. 643,

4% Cf. Lorie, op. cit., p. 348,

5 CF, Dve, op. cit., p. 183.

(CE, ve Suzzans, op, cit, p. 643 ; Lonine, ap. cë., p. 848,

#1 Cf, notamment A.A., dossier 5/1, pièces g et 1°, rapports journaliers sur Les “événements survenus du 7 au 10 janvier 1876, du 11 au 14 janvier 1876,

1 AA, Reg. 36, Arr. Abd., pièce 4, le sirdar à Khairi pacha, 31 décembre 1875.

AA, Reg. 86, Arr. Abd., pièces 359, 372, le sirdar à Khairi pacha, 21, a3 janvier 1876,

% AA, Reg, 27, Dép. Abd., pièce 207, Khaïri pacha au sirdar, a3 janvier 1876; Rey, 36, 4rr, Abd., pièce 374, le sirdar à Khairi pacha, a3 janvior 1876.

égyptienne s’apprélail à quitter Massawa, son chef n’était assuré que du bon vouloir des populations du Hamacène et de l'Okulé-Kouzaye, et du concours, plus douteux, de Walad Mikaïl, gouverneur de la première province ; les grands feudataires de l’empire n'avaient donné aucun gage

à l'Égypte.

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