‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 47 sur 176 · LE MARCHÉ DE GOURA · texte numérisé non relu

LE MARCHÉ DE GOURA

À côté du camp s’ouvrit un marché où les habitants des villages voisins apportèrent leurs produits : paille hachée, orge, doura, farine, ainsi que des œufs, des poulets, du miel et du lait. C'était là un moyen précieux d’approvisionner l'armée qui, jusqu'ici, avait dù tout faire venir de Massawa, Le kaïmakam Mohamed Ismaïl bey, moawen de la cuisse, se fit dresser une grande tente en dehors du camp et procéda aux achats ln, Le 1°" févriér, on acheta 66 sacs d’orge et 8 sacs de farine pour le compte de l’armée. Bientôt les fournitures s'accrurent et les achats quotidiens s’élevèrent en moyenne à 20 sacs de farine et 70 ardebs d'orge l?, 1a farine abyssine, obtenue en écrasant du blé sous la pierre, n'était, il est vrai, ni propre ni fmenent moulue ; on la payait 6 tallaris le sac, tandis que l'orge se vendait 4 tallaris l’ardeb @, Un millier d'habitants se rendaient chaque jour au marché, et les soldats, bien pourvus d’argent de poche, le fréquentaient de leur côté. Tout d’abord, les transactions se firent pacifiquement (*. Mais l'harmonie ne ‘tarda pas à être troublée. Un soldat s'étant pris de querelle avec un Abyssin, celui-ci porta plainte à l’autorité ; mais le soldat nia les faits qui lui étaient reprochés et l'on ne put prouver sa culpabilité 6), Bientôt les diflérends surgirent plus: nombreux. Le général Loring essaya alors d'améliorer la discipline du marché où, disait-il, les Abyssins étaient volés par les soldats sans pouvoir obtenir justice, Il demanda à Rateb pacha la permission de détacher chaque

marteaux et 4 appareils de mesure (A.A., Reg, 37, Arr. Abd, pièce 195, Nacht bey à Khairi pacha, aa février 1876). Du matériel fut également commandé à Londres, Il n'arriva en Égypte qu'au mois d'août 1876. Il ne fut pas, à ce moment, jugé opportun de poursuivre les travaux d'extension de la ligne, D'une dépêche de Salama bey, on peut cependant inférer que la ligne avait été poussée jusqu’à Adiraso (A.A., Rep. 41, Arr. A0ke pièce 549, Salama bey à Khairi pacha,

6 septembre 1876).

(3 Journal de Ragab Saddik, 3 février 1876,

® Journal de Ragab Saddik, 5 février 1876.

®) Journal de Ragab Saddik, 5 février 1876.

@ Journal de Ragab Saddik, 6 février 1876,

® Journal de Ragab Saddik, 13 février 1876.

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ARRIVÉE DE WALAD MIKAÏL. 889

D RS PL RS SO PERRET CERTES ur un oflicier d'état-major pour surveiller les transactions. Cette mesure uméliora les choses, mais n’atteignit pas son but, car les ofliciers d’étatmajor, qui ne pouvaient infliger de punitions eux-mêmes, s ’aperçurent que ls délinquants signalés par eux étaient absous par leurs supérieurs El, De plus leur intervention les rendit suspects aux yeux de l’armée égypnenne qui leur reprochait de manifester plus de sympathie aux chrétiens qu'aux soldats ©. Bousculés et maltraités, les habitants s'éloignèrent peu à peu du marché et les prix montèrent à tel point que l’oke de beurre linit par se vendre un tallari environ et celle de miel un tallari. ‘On trouvait aussi, au marché, des vaches, des moutons, des chèvres, des mulets, des chevaux, et certains commerçants de Massawa apportèrent du sucre, des dutles, du tabac et des étofles @). Grâce à ce commerce, la nourriture des soldats fut largement assurée. Alors qu'au départ de Massawa, on leur distribuait journellement 80 dirhems de viande, la ration ne tarda pas à

&tre portée à 130 dirhems, et elle fut maintenue à ce chiffre ©. Le bœuf

sur pied se vendait de 4o à 60 tallaris et le mouton de 0,75 à 1 tallari (1,

9, — ARRIVÉE DE WALAD MIKAÏL,

Le 9 février, Rateb pacha reçut une lettre de Walad Mikaïl, dans laquelle le gouverneur du Hamacène affirmait la sincérité de ses promesses antérieures, déclarait qu'il n'avait qu'une parole et exprimait de nouveau le désir de venir au camp et de se placer sous la protection du gouvernement égyptien, Le sirdar lui répondit qu'il l'attendait au quartier général. + Le dimanche qui suivit (#, rapporte Rateb pacha f}, Walad Mikaïl m'a envoyé deux de ses sujets pour m’annoncer qu'il viendrait le lendemain

CF, Dve, op. cit, p. 273, 974,

Journal de Ragab Saddik, 14 février 1876,

CE Mouaneo Riraar, op. cit, p. 39,

" Journal de Ragab Saddik, 6, 16, ao février 1876.

* Journal de Ragab Saddik, 29 février 1876.

“ Lo dimanche 6 février 1876.

A.A,, dépêche de Rateb pacha, 11 février 1876, publiée dans le Aoniteur dyyptien des 2 0-9 1 février 1876. La dépéche fut édulcorée, en vue de sa publication, Nous avons rétabli aux endroits voulus Le texte original (A.A., Reg, 87, 4rr. Abd. Pièce 8, le sirdar à Khairi pacha, 11 février 1876).

chez moi, et que, dans le cas où il pourrait être reçu, je n'aurais qu'à lui en donner avis par l’un de ses deux envoyés, F'autre devant rester auprès de moi. Pour venir en toute confiance et sûreté, il a demande qu'on lui expédiât le naïb et un exprès de ma part, avec son émissaire, el qu'on lui rendit les honneurs appropriés à son rang et à sa dignité, Comme il se présentait en qualité de vizir du roi Jean, sa demande fut agréée et avis lui en fut donné par l'un de ses deux envoyés. Le lendemain, dans la matinée, je lui ai expédié un de mes aides de camp, Mohamed Nessim effendi, et le naïb Mohamed Adam, ainsi que quatre sergents de cavalerie, accompagnés du second envoyé, Ils le rencontrèrent à une heure et demie de distance, venant de notre côté. :

« Gomme Walad Mikaïl avait plus de 2.000 cavaliers et fantassins, nous avons pensé que son arrivée, dans cet appareil, pouvait revêtir un caractère de tromperie, concertée avec le roi Jean. C’est pourquoi nous avons donne l’ordre à nos soldats de prendre les armes et de se tenir derrière les rrtranchements, apparemment au garde à vous comme pour le recevoir, mais prêts en réalité à faire feu si nous étions trahis. Vers 4 heures (1, il es arrivé avec son ayant-parde, au son des tambours et autres instruments: il a fait halte à une certaine distance du quartier général ; puis Osmian Rifki pacha l’a reçu, avec quelques aides de camp et des cavaliers, et l'a introduit au quartier général, avec ses deux fils, deux autres personnages paraissant être ses vizirs, et cinq ou six gens de sa suite. Une salve de 11 coups de canon a été tirée du fort et la musique militaire s’esl fait entendre.

« Walad Mikaïl est d'abord entré dans la tente du général Loring ®:

t ITeure arabe,

6) Loring a fait du personnage une description pittoresque : « Mikaïl, écril-il, élait un homme grand, solidement bâti, âgé de 60 ans, fort et nerveux. Il avait une tête splendide, ses boucles grises encerclées par une bande d’or. Sa tête entière luisait sous la couche de beurre fondu, ainsi que son cou et ses épaules, sous lr soleil de midi. Sa figure distinguée, son nez proéminent à la romaine, ses yeun scintillants et profondément enfoncés dans l'orbite lui donnaient une expression merveilleusement rusée et intelligente, Il était vêtu de la toge et une riche peau de léopard était jetée sur son épaule ; un sabre recourbé pendaït à son côté droit et un bouclier en peau de rhinocéros, avec des cuivres étincelants, enserraitson bras gauche. Tel il apparaissait, monté sur son cheval, ses gros orteils passant dans les

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vn lui à présenté le café, puis il a mangé avec nous dans ma tente. Afin qu'il pût se reposer, une tente spéciale lui a été préparée. Dans l'aprèsmidi, il a été présenté à S.A. le prince Hassan pacha; ensuile, je l'ai reconduit dans ma tente, et 1à, dans un entretien de trois heures que j'ui eu avec lui, j'ai expliqué que l’arrivée de nos troupes n’avait point pour but de porter atteinte à la religion ou à la nationalité des habitants du pays, ni de les molester d'aucune façon, comme le fait répandre le voi Jean, mais seulement de donner un exemple à ce prince et de prendre notre revanche sur lui, ainsi que sur ceux qui se sont associés à lui dans lu guerre. Il m'a répondu que, de son propre mouvement, il désirait ‘incorement entrer sous la protection du gouvernement du Khédive ; qu'il était venu expressément dans ce but, avec les cheikhs et notables du Hama- “ne; que, depuis deux jours, il avait fait venir son épouse, parente du rui Jean, et lui avait laissé la faculté de retourner chez ses parents ou de tster avec lui ; qu'après avoir pleuré, elle n'a pas voulu se séparer de lui et qu'elle a rompu toute relation avec ses parents, préférant rester sous la protection du gouvernement du Khédive. Walad Mikaïl a juré, sur sa foi religieuse, qu'il resterait fidèle à la détermination qu’il avait prise «pontanément, dans le présent comme dans l’avenir. Vers la fin de la jurnée, il a exprimé le désir de passer la nuit, avec sa suite, en dehors de nos lignes fortifiées, ce qui lui a été accordé pour sa tranquillité. Une quantilé suffisante de biseuit et de rations a été distribuée à ses soldats, à litre l'hospitalité. Il a offert, lui aussi, à nos troupes, au même titre, 15 taches, 10 moutons et quelques cruches remplies de miel et de beurre, qui ont été acceptées.

ariers, ct, pour ajouter à l'effet, ce grave et digne sauvage se couvrait du traditionnet parasol rouge, Ceux qui le précédaient ou le suivaient, faisaient résonner des tinbours ou soufllaient dans des instruments qui rendaient un son aigu et perçant. Son curlège était formé par un curieux mélange d’humanité aux vêtements rapiécés ; chefs, guerriers, domestiques, chevaux et mulets, mêlés dans une complète promisuité, se poussant et se bouseulant pour obtenir la meilleure place, et chacun profi. hat du désordre pour s’eflorcer de paraître le plus grand chef du clan» (ef. Lomxe, p. cl., p. 886). — Dye, de son côté, note «qu’on vit paraître Walad Mikaïl avec 300 hommes, tous à cheval, ramassis de rebelles, déserteurs et voleurs, à en juger far leurs mutilations... L'abbé Duflot nous dit qu'il était à la fois fratricide ct parricide» (cf. Dvr, op. cit., p. 283, 284), |

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€ Le mardi, Walad Mikaïl est venu dans ma tente et, après n'avoir montré une lettre du 25 touba Ü} portant le cachet du roi Jean, dans laquelle celui-ci annonce son départ d’Adoua, ainsi que son arrivée à Gundet, il s’est retiré. Dans l'après-midi, le général Loring et moi, nous nous sommes rendus auprès de lui et nous lui avons remis une déclaration confirmant ce qui lui avait été dit dans notre entretien. Gette déclaration a été lue solennellement, tant en présence des siens que devant les notables du Hamacène et desautreslocalités. Des instructions ont été données par nous pour que Walad Mikaïl soit obéi et ses ordres exécutés, depuis le Mareb jusqu’au Hamacène ©), Après quoi, une salve de sept coups de canon a été tirée et sa suite a fait résonner ses tambours. Notre musique a joué également certaines marches, Alors des félicitations lui ont été adressées par les siens et par ceux qui l’accompagnaient. Îl en à été extrèmement touché.

« Quoique l’état des choses ait cette apparence [satisfaisante], nous continuons à être sur nos gardes et vous prions de vouloir bien nous envoyer les habillements et les cadeaux qui ont été précédemment demandés,

« Comme Walad Mikaïl doit se rendre au siège de son gouvernement et que, d’après sa promesse, il va faire des démarches pour attirer quelquesuns des chefs et les faire entrer sous la domination du gouvernement, nous lui avons promis, de notre côté, que s’il emploie ses eflorts à et effet, . il rendra de grands services à S.À, le Khédive et obtiendra sa haute bienvelllance,»

0 Correspondant au 9 février 1876. Il existe, dans les archives égyptiennes, une lettre du roi Jean à Walad Mikaïl, datée du 27 touba 1868 (4 février 18706), ainsi conçue : « Comment vous portez-vous? Mon peuple et moi nous sommes, grâce à Dieu, en bonne santé, Vous dites que des coups de feu ne cessent d'être tirés dans le pays. Ne sommes-nous pas ici pour combattre? C’est la raison de notre présence ici. Jai campé ici. Venez immédiatement sans perdre de temps ni la nuil ni le jour, Votre présence au camp de Saréna est nécessaires (A.A., carton 19, document 138).

&} Répondant le 14 février à cette dépêche du sirdar, le Khédive fui écrivit : « Vous donnerez au gouverneur du Hamacène, en dehors des promesses que vous lui avez faites, celle qui suit : «Notre monarque annexera à votre pays d’autres « régions et vous nommera leur gouverneur,» (A. À., Reg. 27, Dép. Ab4., pièce 310, O,$, à Ratch pacha, 14 février 1876.) |

. VISITES DE NOTABLES ABYSSINS. 893 2 be émet er

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