VISITES DE NOTABLES ABYSSINS
Après le départ de Walad Mikaïl qui eut lieu le 9 février, d’autres wmdehs et notables des régions voisines vinrent faire leur soumission. Le 15 février, le sirdar remit une pelisse à Bahr Nagassi Goudaläy, gouwwrneur des quatorze villages de la région de Goura, en récompense des services rendus par lui à l’armée ; des pelisses en soie furent également rumises À six omdehs et cheikhs de l’Okulé-Kouzaye. Le kentibaï Louba, omdeh de Ghamzana, arrivé au camp avec 70 partisans, ainsi que Sagtoua et Nagoussa, gouverneurs de Godofélassié, qui vinrent accompagnés de 300 partisans (}, reçurent des pelisses et une petite somme d’argent. Depuis son départ, Walad Mikaïl écrivait au sirdar tous les deux jours pour affirmer son loyalisme. S’étant fait fort de rallier au gouvernement khédivial certains gouverneurs et chefs abyssins, se plaignit à Rateb pacha de ce que Ledj Barraw ne voulût pas se placer sous ses ordres, Le sirdar manda ce dernier au quartier général. Le gouverneur d'Addi Huala se présenta au camp avec 150 partisans et expliqua les motifs de son refus. I n'était pas seul à formuler des griefs contre Walad Mikaïl : d’autres habitants du Hamacène se plaignaient également de ses actes arbitraires, si bien que Rateb pacha délégua auprès de lui le naïb Mohamed Adam pour l'engager à renoncer à ses exactions et À ses pillages, moyennant le puiement d’une allocation qui lui permettrait de subvenir à ses besoins “à ceux de sa famille ®, Walad Mikaïl demanda alors 5.000 tallaris par
(1 Journal de Ragab Saddik, 15 février 1876 ; A.A., Reg, 37, Arr, Abd., pièce 179, le sirdar à Khairi pacha, 17 février 1876,
Pl Journal de Rageb Saddik, 18 février 1876. Il existe dans les archives d'Abdine (carton 19, Bakr Barra, pièce 156) une lettre sans date de Walad Mikail, aressée à Rateb pacha et au prince Hassan, qui semble se rapporter à ces incidents, ‘ J'ai eu connaissance des déclarations que vous ont été faites par les fellahs, y liton, Mais soyez sûr, Ô seigneur, que je n'ai fait que ce qui vous est agréable ct quo je n'ai rien entrepris qui puisse amener la ruine du pays. Je sais que vous désirez B tranquillité dans ce pays et j’en serai moi-même content, bien entendu, Je vous ”temercie de tout cœur pour vos idées qui, je l'espère, demeurent toujours les mêmes, et pour la confiance que vous avez placée en moi, en me chargeant de surveiller le pays, J'entreprendrai cette tâche d’une manière parfaite, “ah de mériter le
mois (1) ; on lui en alloua 500 ?, Quant à Ledj Barraw, il persista dans son refus de se soumettre à l'autorité de Walad Mikaïl 6), Une lutte d'influence divisait les deux hommes. Protégé de l'abbé Duflot, Ledj Barraw était soutenu par le général Loring, tandis que le sirdar, influencé par le naïh, favorisait Walad Mikaïl 4), Sur les instances de Loring, Rateb pacha finit cependant pour conférer une pelisse d'honneur à Ledj Barraw (), Le 20 février, Led; Asfahäy Walad Farrach, chef de la région d’Arza, se présenta au quartier général, amenant avec lui un certain nombre d’omdehs « environ 200 partisans; son influence s'étendait sur 145 localités {f, L'omdeh de Sakfi an ena de son côté 50 partisans, tous musulmans (1, Wa. lad Mikaïl reparut au camp le 21 février ef y deraeura deux fours #): il revint le 29 février avec deux de ses enfants et quelques partisans. On lui remit un costume très riche pour lui-même ef quatre autres costumes destinés à ses deux enfants et à deux de ses officiers supérieurs ; des épées ct des selles leur furent également délivrées. Les cinq personnages revt-
traitement que vous avez promis de me faire parvenir pour moi et pour més soldats. Suivant votre demande, je vous envoie cinq hommes et deux fusils aver Mohamed.»
Journal de Ragab Saddik, 19 février 1876.
@+ CF. Monawep Rirasr, op. cit, p. 18.
®) Journal de Ragab Saddik, 18 février 1876.
Sur cette Futte d'influence, cf. Dvr, op. cit, p. 286 à 288,
#) Parlant de Ledj Barraw, Loring s'exprime ainsi : «Ïl était grand, magnifique. ment bâti, et vint au camp au son des tambours et des trompes, accompagné de toute sa suite, De manières douces et agréables, il prétendait descendre de souche royale et désirait se joindre à nous pour combattre, Il aurait pu rallier une nombreuse suite de mécontents, Rateb pacha refusa positivement d'accepter ses services, comme il le fit des autres ; je n'ai jamais su pourquoi» (ef. Lonine, op. cit, p. 378).
(Journal de Ragab Saddik, 20 février 1876 ; A.A., Reg. 3, Arr. Abd., pièce 214, le sirdar à Khairi pacha, a1 février 1876. Mohamed Rifaat (op. ci, p. 19) dit que Asfahây avait un frère nommé Azkadoun, qui habitait depuis quelque temps à Senhit avee un grand nombre de partisans, et qu'un désaccord séparail les deux frères, Azkadoun penchant en réalité pour le roi Jean, Mohamed Rifaat signale également la venue au camp de Choum Agami Sabahtou, mais ni Ratch pacha, ni Ragab Saddik ne mentionnent l’arrivée de ce personnage,
(3 Journal de Ragab Saddik, 20 février 1876.
1 Journal de Ragab Saddik, 23 février 1876. Le moawen ajoute que le commandant en chef l’entoura de beaucoup de respect. |