LU HE) DROIXS DE DOUANE À SOUAKIN
Chose étrange, le commerce du Soudan continuait à suivre l’ancienne route des caravanes par Berber, Abou Hamed et Korosko, ou à employer li voie périlleuse du Nil avec ses transhordements onéreux, alors qu'une route plus proche et plus facile s'offrait au transport des marchandises
ventre l'Égypte et le Soudan, par Berber, Souakin et la mer Rouge. Pour-
quoi donc le commerce ne l’empruntaitl pas? C’est qu'à Souakin, la douane faisait payer aux produits du Soudan un droit de sortie de 8. p, r00, alors qu’à Alexandrie ce droit n’était que 1 p. 100, Le gouverneur du Soudan proposa done de le ramener au même tanx et suggéra en outre de réduire le nolis entre Souakin et Suez en le fixant à 8 piastres (),
Mis au courant de cet état de choses, le vice-roi déclara que la taxe pereue par la douane de Souakin était une « dérogation aux règles»et rhargea le divan du Commerce et de l'Agriculture d'examiner la question. Pomme celle-ci avait trait au commeree extérieur du Soudan et done aux relations de 1 "Égypte avec les puissances étrangères, le Khédive demanda
OA. À. Reg. 15, Arr, Maïa Sanieh, pièce 14, p. 494, le divan de PAgriculture vil Commerce à la Maïa, 7 juin 1876.
OA, A, Reg, 11, Dép. Maïa Sanieh, pièce ÿ, p. 121. Le mihradar au divan de l'Agrieulture et du Gonnnerce, aa octobre 1873.
à Nubar pacha de lui adresser un rapport sur les douanes des Echelles de la mer Rouge, Le mimislre reconnu aussitôt l'anomalie QUE existait da la perception des droits te douane faite dans ces ports, selon que les ar. ticles d'exportation étaient destinés à 1 Égypte où à l’Europe. |
« Ces derniers, écrivail-l, ne paient, conformément aux lraités, que 1 p. 100 à leur sortie de Souakin ou de Massawa, landis que les autres sont grevés d’un droit de 8 p. 100. IL en résulte que l’Europe pent « procurer à meilleur marché que l'Égypte les articles dont la néresut: peut se faire également sentir aux deux parties.
& Î est vrai qu'actuellement peu de vapeurs, à destination de l'Europe, fréquentent nos ports de la mer Rouge ; mais l° ouverture des marchés dr Berbera et de Zeyla va amener dans ces parages des communication, directes avec l’Europe. L’anomalie qui se trouve ac tuellement ét {ablie eh principe se lrouvera traduite en fait, et l Égypte, quoique confinant à sv: propres possessions du Soudan, va s’en trouver, en réalité, plus éloigner que les pays les plus lointains de l’Europe.
« La première mes: re dont l'adoption est nécessaire en vue d'une ev tension à donner aux relations commerciales du Soudan avec l'É gypte, ainsi que l’a pensé Son Altesse, est la suppression totale de ce droit de sortie de 8 p. 100. Cette mesure est de première nécessité et la pren en est dans ce fait, qui a été signalé par le gouverneur’de Souakin, que les marchandises de Khartoum et même du Taka abandonnent en graudr partie la voie plus facile de Souakin pour prendre, inutilement et sans nécessité aucune, celle plus dispendieuse de Korosko, dans le simple but d'éviter ce droit de 8 p. 100,
« Une autre considération se présente d’ailleurs à tous les esprits et milile en faveur de l’idée de Son Altesse. Avant l'ouverture du Ganil, l'Europe se pourvoyait au Caire des articles du Soudan. L'Égyple, qui servait de pays de transit pour ces marchandises, gagnait par le travail el le mouvement que le transport et la manutention de ces produits extgeaient. La douane d'Alexandrie prélevait, de son côté, un droit de sortie de 1p. 100.
« La mer Rouge est actuellement ouverte ; il n’y à aucun doute qu'un trafic régulier s'établira directement entre l'Europe et nos possessions du Soudan, C'est un état de choses que Son Altesse appelle de tous ses
eux el qui sera une source de richesses pour fe Soudan. Mais ne seraitil pas à désirer que l° Égy ple aussi profit de.ec commerce ct qu'au lieu du Canal, ce Mt son Lerriloire qui servit au transit? Tgyple peut-elle eutrer en concurrence avec le Ganal pour les marchandises du Soudan qui vol en Europe ? Dn à tout lieu de le croire, car si ces marchandises sont dégrevées du droit de 8 p. 100, si, en outre, ainsi que Son Âllesse l'a déjà ordonné, les nolis des bateaux khédivich sont abaissés, st les marchandises n'ont que les frais de chemin de fer à supporter, il n’y a aucun doute, conformément à l'opinion de Son Altesse, que l'Égypte pourra servir de pays de transit et reliver des bénéfices par le commerce du Soudan, « Son Altesse ayant exprimé ces idées, j'ai l'honneur de la prier de vouloir bien les confirmer en ordonnant la suppression du droit de sortie de 8 p. 100, prélevé dans les ports de ln mer Rouge sur les articles à destination de l'Égypte et approuver le tarif amendé que j’ai l'honneur de lui soumettre pour les nolis des bateaux de la Khédivieh. « Ainsi qu'on le verra, ce tarif a subi, d’une manière générale, une réduction d’un tiers sur chaque article, Gette réduction a paru sullisante à Son Allesse, jusqu’au moment où l'augmentation des transports permeltra d'y porter des modifications ultérieures, si on le juge nécessaire l},» Lx inesure demandée par le gouverneur du Soudan et soutenue par
Nubar pacha, découlait du bon sens. Plus qu'une anomalie, c'était une . absurdité qu’une marchandise envoyée du Soudan au Caire payât 8 p. 100 ad valorem si elle passait par Souakin, alors qu'elle ne payait rien par la voie de Korosko. L'existence de cette douane intérieure ne pouvait qué nuire au commerce. Par contre Nubar pacha se berçait d’une illusion en pensant que cette mesure permettrait au territoire égyplien de con- “urrencer le Canal de Suez pour le transit des produits venant du Soudan vi destinés à l’Europe. Si les produits du Soudan avaient été en abondance telle qu'il fallüt aflréter des navires spéciaux pour aller les charger à Souakin, alors peut-être les droits de transit élevés, prélevés an passage ‘lu Canal, eussent-ils été un obstacle à l’envoi des navires d'Europe en
(A, À., dossier 3/7, pièce 16, rapport de Nubar sur Les douanes des Échelles * de la mer Rouge, 9 décembre 1873,
mer Rouge, et encore à condition qu'il fàL prouvé que le montant de ee droits dépassât les frais d'une double manutention à Suez et à Alexandrie. joints aux nolis des marchandises en mer Rouge el sur les voies lerres, égypliennes ; mais les produits du Soudan n'avaient pas aëquis: une nn portanee qui juslifiàt Paflrètement de navires spéciaux. Les navires venant de l'Océan Indien pouvaient donc cueillir, en passant dans les Écheltes de la mer Rouge, les cargaisons partielles qui s’y trouvaient et offrir aux commerçants des conditions de fret avantageuses, puisque les droits du Canal de Suez, basés non pas sur le poids des marchandises transportées. mais sur les volumes ulilisables pour le transport.des cargaisons, ne s'en Lrouvaient pas augmentés pour l’armateur.
H ne semble pas d'ailleurs que la mesure judicieuse préconisant la sup pression du droit de sortie de 8 p. 100 à Souakin, ait été adoptée, puisqu'en septembre 1876, après son retour au Caire, Ismaïl Ayoub pacha en réclamait encore l'adoption, aimsi que a fixation du nolis entre. Souakin et Suez à 8 piastres le kantar (1. .