‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 95 sur 176 · LA CRUE DU NIL · texte numérisé non relu

LA CRUE DU NIL

de Bachans (1 jusqu'au mois de Baba Le 8 mai 1874, correspondant au 1® Bachans, tout le personnel se trouvait en alerte à Khartoum. La «rue ne commença cependant que le 17 mai, lorsque le Nil Bleu se gonlla des eaux tombées au Fazogle et en Éthiopie. À Khartoum même, les pre- : mières pluies ne firent leur apparilion que le 12 juillet 1874 6). Bientôt les renseignements donnés par Khartoum ne suflirent plus au Khédive ; il ésira recevoir journellement des moudiriehs de Berber et de Dongola des indications sur la hausse ou la baisse du fleuve ( ; il Jui importait notamment d'avoir des détails sur le niveau de l’Atbara ®. Cependant la erue augmentait toujours ef bientôt la ligne télégraphique fut emportée ; le vice-roi se trouva alors réduit aux seules informations que lui passa le moudir de Dongola (, Ce dernier fit bien tout ce qu'il put, mais ses informations étaient insuflisantes, imprécises et contredites parfois par celles - qu'on recevait d’Assouan M), Le 22 août enfin, les télégrammes de Khar- {oum recommencèrent à passer après une interru uption de dix-sept jours f), Le vékil des travaux du Soudan signala que le niveau du Nil avait atteint, le 17 août, 25 divaas et 6 kirats, chiffre supérieur de 2 diraas et 6 kirats à celui de l’année précédente. La crue était très forte et le Nil Bleu avait imondé des régions qui n'avaient jamais été atteintes par l’eau, « bien qu'on eût enregistré dans le passé un niveau de 27 diraas». Le vékil ajoutait que la crue continuerait quelque temps encore, alors qu’on considérait qu'elle atteignait généralement son point culminant à Khartoum le a9 août. Le Khédive ne comprit rien. à ces -chiflres et demanda des

M Ce mois cople commence le 8 mai de chaque année.

® Co mois copte commence le 10 octobre de chaque année, et Le 11 dans Les années bissextiles.

I A, À., Reg. a5, drr. 4bd,, Ayoub pacha à Khairi pacha, 12 juillet 1874,

f) À, A., Reg. 19, Dép. Abd., le chambellan du Vico-roi au gouverneur du Soadan, 16 août 1874.

SA, A. Reg, 19, Dép. Abd, le echambellan du vice-voi à Munzinger, 17 août 1874. :

A, A, Rey. 25, Arr. Abd, le moudir de Dongola à la Maïa Au 16, 17 août 1874,

PA, A., Reg. 19, Dép. Abd, la Maïa au moudir de Dongola, 18 août 1874.

M A, A., Reg, 25, Arr, Abd, le vékil des travaux du Soudan à ln Maïa Sanieh, 5 aoû (reçqu le 29 août 1834),

explicalions il}, If résulte de celles-ei qu’en 1285 et 1286 1, soit en 1804 et 1870, la crue du Nil était évaluée à Khartoum avec un diraa mesurant A1 centimètres, unité de longueur qui diflérait de celle du Caire, À purtir de 1871, on voulut unifier les unités et on adopta à Khartoum fe diraa de 5o centimètres®) ; ainsi s’expliquait qu'en 1869, le niveau du Nil ait pu atteindre 27 diraas, qui correspondait à l'époque à 1 1 m. 07 et être néanmoins inférieur à celui de 1874, où le niveau atteignit 45 divaas 1}, soit 19 m, 69. Le vékil des travaux de a hokoumdaria ajoutait qu'il n rs avait aucune régularité dans la date du commencement de Ja crue, ni dans celle du maximum. C’est ainsi que :

en 1869, la crue avait commencé le 14 mai et atteint son maximum le 23 septembre

en 1870 — 19 mai — 31 août en 1871 — 20 Mai — 16 aoùl cu1872 — 17 mai — 10 septembre en 1873 — 11 mai — 10 septembre

Enfin, en 1874, le Nilavait commencé à monter le 17 mai pour atteindre, le 17 août, une hauteur de 25 diraas et 6 kirats®. C'était, au dire du consul Hansal, la plus forte crue que l’on eût enregistrée depuis cinquante ans. La crue de l’Atbara fut également, cette année-là, très supérieure à celles des années précédentes (®, et le fleuve ne commença à baisser que le 29 août ). Le 3 1 août, le moudir de Berber informa la Maïa que ses eaux avaient irrigué 4-aksab de plus qu’en 1862 (#),

(A. A, Reg, 19, Dép. Abd., le chambellan du Khédive au vékil des travaur à Khartoum, al août 1874.

(® Les documents relatifs à la crue font suivre les mois coptes de L'année de l'hégire, Or l'année musulmane 1 985 commença le 24 avril 1868 et l’année cople le 10 septembre 1868 ; la crue du Nil débulant vers le 1° Bachans, soit lo 8 mat, il s'ensuit que la crue de l’année 1285 est en réalité celle de l'année 1869.

E} Il y a lieu de faire remarquer que le diraa du Nilomètre de Roda vaut un pen plus de 50 centimètres,

O1 Le document égyptien porte 11 m. 12,

AA, Rega, Arr, Abd, le vékil des travaux à Khartoum à la Maïa,2/ août: 87h.

(9 À, A., Reg. a5, Arr, Abd., le vékil des travaux à Khartoum au chambellan du Khédive, 3 septembre 1874.

(A, A,, Rog, a5, Arr, Abd., le moudir do Berber au chambellan du Khédir, ag août 1874,

OA. A., Reg. 25, Arr. 4bd., le moudir de Héiedte Maïa Sanich, 3 1 août 1871.

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À la suite de la crue de 1875 U, le Khédive décida de poser un nilomètre dans la région de Berber, en aval du conlluent de l’Atbara ; sa construction devait être de tous points semblable à celle du nilomètre de Manial el-Roda ©}, Cependant lorsque, en 1876, Ismaïl Ayoub pacha vint au Caire, il exprima l'avis que cette construction n’était pas nécessaire et qu'on pouvait se contenter du nilomètre de Khartoum ; le Khédive abandonna alors son projet 6).

Au dire de Hussein bey Khalifa, la justice au Soudan laissait beaucoup à désirer et, sur sa demande, le Khédive, on l’a vu W), avait envisagé d'établir un méglis général qui siègerait à Chendi et remplacerait le méglis d'appel de Khartoum (5. Toutefois, après la destitution de ce fonclionnaire et le rétablissement de la hokoumdaria, le vice-roi demanda à Ismaïl Ayoub pacha de lui faire connaître son avis sur ce projet (9. Le hokoumdar fit d'abord valoir que sa réalisation serait coûteuse. Actuellement, les appointements de tous les fonctionnaires du méglis d'appel qui siégeait à Khartoum s’élevaient à 7000 piastres par mois seulement, somme inférieure aux traitements qu’il faudrait payer au président et au vice-président du méplis à établix à Chendi, et il y aurait, en sus, à payer les traitements des membres et des employés. Par ailleurs, le méglis d'appel du Soudan siégeait depuis plus d’un an à Khartoum. Il examinait

®} Nous n'avons pas de renseignements précis sur cette crue, mais on sait qu'elle fut inférieure à celle des années précédentes.

FA, A, Reg, sans numéro, Dép. Maie Sanieh, pièce 73, p. 167, O0. S, au Ministre dle Ja Guerre, 8 septembre 1895.

FA, A,, Reg, 11, Dép. Maïa Saniek, pièce 405, p. 147, lemihradar au Ministre des Finances, 1 4 août 1876.

Cf. t, IIF, 2° partie, p. 600.

Ce méglis devait comprendre un président, pourvu de la deuxième classe, un vice-président pourvu de la troisième classe et trois membres ayant la quatrième classe, sans compter les commis et les agents hors cadres requis.

#} À, À,, Reg. 16, Dép, Abd, pièce 505, Khairi pacha à Ayoub pacha, at décembre 1873.

les procès qui lui étaient soumis par toutes les moudiriehs du Soudan, he. terminait au mieux et en temps voulu, et les transmellait au Méyglis el. Abhkäm. Aueune plainte n'avait été présentée contre lui, à l'exception de celle de Hussein bey Khalifa, qui n’était pas fondce. Le président et ls membres de ce méglis élaient des commerçants et des omdehs de la rr. gion ; ils élaient acceptés par Lout le monde et on leur soumeltait le procès commerciaux qu'ils tranchaient de Ja manière la plus appropriée. L'établissement d'un autre méglis occasionnerait donc tout d’abord on surcroît de dépenses auquel on ne pourrait faire face ; il provoquerait de plus un «arrêt» dans l'administration générale, car ces divers mégle essaieraient de s’immiscer dans les aflaires administratives. « L'exprrience encourue pendant les périodes antérieures au règne de Son Altesse est édifiante à cet égard, affirmait Ayoub pacha ; la concurrence entre le, méglis, née de l’amour de la suprématie, avait alors abouti à la supression du gouvernorat général et des méglis.» Le hokoumdar ajoutait que l'usage de la Poste et du Télégraphe étant parfaitement libre, toute personne qui avait à se plaindre du méglis de la moudirieh et qui n'aurait pas trouvé justice près de ce tribunal ou près du méglis d'appel, avait la faculté d’adresser directement sa requête au Méglis el-Ahkäm et de | saisir de sa plainte. [ demandait enfin que le président actuel du méglis d'appel, homme connu pour sa probité et sa piété, fût promu à la »° classe sans augmentation de traitement M), afin que le grade de bey le distinguät des autres présidents des méglis des moudiriehs @),

Le Khédive se rallia à l'avis exprimé par le hokoumdar et renonca à organiser un méglis à Ghendi 8), Cependant, à l'usage, Ismaïl Ayoub pacha se rendit compte des lacunes de l’organisation judiciaire du Soudan. D'une part l’administration du pays était militaire et non pas civile, de l'autre les méglis du Soudan n'étaient guère compétents pour juger les procès politiques et les différends entre Européens. Aussi sugpéra-t-il que les procès, au lieu d’être envoyés directement en appel au Méglis el-Ahkim,

®3 Le président était en effet un commerçant aisé,

A, À,, Reg, 20, Arr, Abd, pièce 261, Ayoub pacha à Khairi pacha, a4 dcembre 1873,

E) À, A., Reg. 16, Dép. Abd,, pièce 587, Khairi pacha à Ayoub pacha, 2g decembre 1873.

fussent d'abord soumis au gouvernorat général qui donnerait son avis à leur sujet et les transmetlrait ensuite au dit méglis 6), Il apparaissait sans doute au gouverneur que, par ce procédé, la marche de la Justice se trouverait accélérée et simplifiée.

En 1876, le cadi de Sennar décéda et le gouverneur du Soudan sollirila l'autorisation de nommer son fils en qualité de vékil, en attendant la nomination d'un nouveau cadi. Pour remplir ce poste, le Ministère de la Justice choisit Le cheikh Mohamed Makki el-Assouani el-Hanañ, de l’université d'El-Azhar, et proposa sa nomination à l'agrément du Khédive #1.

Les raves documents que nous possédions de cette époque semblent indiquer que la sécurité intérieure fut assez bien assurée au Soudan pendant le gouvernement d’Ismaïl Ayoub pacha. Certains d’entre eux ont trail à la justice militaire, d'autres à des procès civils, Au Kordofan, un nommé Abdallah el-Takrouri, du kism de Khorsi, avait tué d’un coup de couteau le soldat Mabrouk Ibn Ahmed Sawahili, appartenant à la 7° compagnie du s° bataillon. Comme le soldat assassiné n'avait pas d'héritier, le jugement charéi qui fut rendu laissa au Khédive le soin de choisir entre ka peine capitale et le paiement par l'assassin du prix du sang, « à fixer d'accord avec lui» ; le Méglis el-Ahkâm ajoutait que, dans ce dernier cas, le coupable devrait être envoyé au Fleuve Blanc pour quinze ans. Après avoir examiné le détail et les circonstances de l'affaire, le Khédive décida de régler avec l'assassin le prix du sang et de le gracier de la peine de l'exil. Des instructions furent envoyées au gouverneur général du Soudan dans ce sens 6), |

Les bandits continuaient de temps à autre à désoler les routes du Kordofan et menaçaient la sécurité du commerce. Pour y mettre fin, Ayouh pacha demanda la permission de traduire devant un conseil militaire et d'exécuter immédiatement, après leur condamnation, les malfaiteurs qui

OA A, Reg. 17, Arr Maïa Sanieh, pièce 5 Mourour, p, 133, Ayoub paela à la Maïa, 14 août 1876.

SA, A., Reg. 15, Arr, Maïa Sanieh, pièce 26, p. 95, le Ministre de la Justiee à la Maïa, 4 avril 1876,

PI À, À, Reg. 15, Dép, Abd., pièce 96, Khairi pacha à Ayoub pacha, #8 janvier 1834. Après enquête, on s'aperçut que le soldat Abdallah était décédé le 18 févier 1874 à l'hôpital d'El-Obéid.

seraient arrêtés les armes à ln main 1, Le Khédive y consentit, à condition

que le conseil mililaire fût composé d’ofliciers « instruits, pondéres «4

équitables ls, D'autre part, le gouverneur général ayant appris, à sou passage au Kordofan, que les habitants et les Arabes de la moudirieh pos. sédaient des armes à feu, à eux vendues par des commerçants qui les fui saient venir d’Assiout par la route des oasis, le hokoumdar, disons-nons, demanda que des ordres fussent donnés au moudir d’Assiout, à L'effet de suisir Jes armes et la poudre qui se trouveraient en possession des com. merçants {raversant celte région pour se rendre au Soudan f}. En no. vembre 1876, on évoqua au Caire un double assassinat commis au Ko dofan, au cours duquel un nommé Ebeid Walad Beleila avait tué un certain Adam Ahmed, tandis que le chaouiche Gouda Mirsal tuait le soldat Gomaa Gouda ; le vice-roi voulait savoir si les assassins étaient Loujours en prison au Kordofan ou s’ils avaient été transférés dans une autre loenlité , Enquête faite, on apprit que les deux meurtriers étant tombés malades, avaient été envoyés à l'hôpital; où ils étaient décédés tous deux de mort naturelle, le premier le 29 juillet 1874 et le second le 9 juillet de la même année 5), La justice, on le voit, était parfois lente dans son cours, Il en fut de même pour le moulazim Morghan agha et l’ombachi Farag qui, appartenant au bataillon de la moudirieh du Nil Blane, avaient été condamnés tous deux à cinq ans de prison pour avoir tué un boulonk-

1 A, A, Rep, 94, Arr, Abd, pièce 639, Ayoub pacha à Khairi pacha, 23 juin 1874,

PA, A., Reg. 18, Dép. Abd., pièce ag9, le Khédive à Ayoub pacha, 5° juillet 1874,

9) A, A, Reg. 1875, Arr, Maïa Sanieh, pièce ,p. 110, Ayoub pracha à la Man Sanich, 14 juillet 1874. La lettre fut transmise le 26 aoûl 1874, pour examen, au Conseil privé. :

OÙ A, AÀ., Reg. 42, Dép. Abd, pièce 449, Khaïri pacha au moudir du Kordofin, 9 novembre 1876.

AA, Reg. 45, Arr. Abd., pièee 192, le moudir du Kordofan à Khairi pacha, tt novembre 1896. Des renseignements reçus par la suite au Caire, il appert que le chaouiche Mirsal fut en réalité envoyé au Darfour, où it périt au sours de l'expédition dans la région de Toma le a3 juin 1897 (A. A. Reg. 33, Dép. Abd, pièee 151, Kairi pacha à Abd el-Razzak pacha, 20 juillel 1879 ; Reg. 48, dr, Abd,, pièee 280, le gouverneur général du Darfour et du Kordofan à Khairi pacha, 10 novembre 1897).

ain (9 ; le jugement stipulait qu'après avoir purgé leur peine, ils seraient versés re le bataillon de Fachoda comme simples soldats. Le terme expiré, le procès-verbal du jugement fut renvoyé au Caire le 20 avril 1876. En octobre de la même année, le vékil des travaux de la hokoumdaria rappela que les coupables avaient achevé de purger leur peine et demanda au Caire de lui donner les instructions à suivre à leur égard P},

Certaines affaires civiles nous sont connues par les plaintes ou requêtes adressées directement par les intéressés à la Maïa Sanieh. Un nommé Ahmed Chafei, demeurant à Wad Medani dans la moudirieh de Khar-: lou, après avoir hérité à la mort de son père, s'était rendu à Sennar pour s'entendre sur la succession avec l’un des héri itiers, lorsque le moudir de cette localité se saisit de l'affaire et prétendit la régler lui-même. Ahmed Chafei protesta ; il demanda que l'affaire fut renvoyée à la moudirich de Khartoum dont il dépendait, mais le moudir s’y opposa. L’intéressé télégraphia alors au Caire, une première fois de Khartoum en juillet 1874 et une seconde fois de Berber en novembre 1874, pour attirer l'attention du vice-roi sur son cas et le prier de le « sauver du moudir de Sennar» et de le «préserver de ses méfaits»), En avril 1875, un certain Mikaïl Soukkar, qui résidait à Khartoum vit sa maison envahie Ja nuit par des voleurs qui prirent tout ce qu'il possédait en numéraire el en bijoux, La hokoumdaria n'ayant donné aucune suite à sa plainte, ils'adressa à la Maïa Sanieh pour qu'elle le fit rentrer en possession de ses biens. 4 Un grand nombre de vols, ajoutait-il, ont été commis dans la ville par des soldats. Les houkkam actuels sont impuissants à mettre la main sur les coupables qui sont des militaires. Nous commençons à craindre pour notre vie, car la sécurité fait complètement défaut #),» En mars. 1876, ce

1 Ou sergent-major.

A, À., Reg. 43, Arr, Abd., pièce »4, le vékil des travaux du Soudan à Khairi pacha, 17 octobre 1876. Le 8 mai 1837, Gordon pacha manda à Khairi pacha qu'aueune réponse n'avait été faite à la lettre du 17 octobre, et que les intéressés se plaignaient d'être maintenus en prison alors qu'ils avaient purgé toute leur peine (A. AÀ,, Reg: 1e Arr. Abd., pièce 266, Gordon à Khairi pacha, 8 mai 1877).

M A, À, Reg, 25 et 28, Arr. Abd, Ahmed. Chafei à la Maïa Sanieh, 8 juillet, 38 or re 87h.

M A. À. Reg, 30, 4rr, Abd, Le 46o, Mikaïl Soukkar à la Muïa Sanich, 16 avril 1875,

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fut le tour de Mohamed lzzat bey de se plaindre, Alors qu'il se trou chez lui, à Guedaref, où il exerçait le commerce, des soldats Chaïglur l'attaquèrent en pleine nuit, le rouèrent de coups, lui et ses enfants, et lus volèrent ses biens. Le lendemain, sa maison fut de nouveau assaillie par 150 soldats, ofliciers en Lête, qui emmenèrent tous ses domestiques. IL porta plainte à la Maïa Sanieh contre le sersawari commandant l'orite de Chaïghié et demanda la restitution de ses biens ), L'enquête faite à celte occasion montra qu'Ezzat se prévalait d'un grade de miralaï qui lui aurait éLé octroyé par Constantinople, alors qu'en réalité il avait celui de Istable Amer, où écuyer du Sultan; quant à l'aflaire pendante entre Saleh agha, sersawari des Chaïghié, et lui, le maamour de Guedarel avisa la hokoumdaria deux mois plus tard qu'elle avait été liquidée par une trans. action . Dans le ecurant de 1875, un nommé Mohamed Rizkallah, appartenant au kism de Halfa, s'était plaint à la Maïa Sanieh que les bien qu'il possédait au Wadi Horra lui eussent été pris de force par un nommr Soliman Daoud et ses partisans, et un ordre du Cabinet vice-royal, en date du: 1 1 novembre 1875, avait prescrit que ces biens lui fussent reslitués. Or le nazir du kism refusa de se conformer à cet ordre et répondit à l'intéressé, qui se plaignait : « Vous n'aurez pas les biens avant l'apparition du Mahdi.» Ses commis mettaient également des entraves à l’extcution de la décision. Mohamed Rizkallah dut recourir à nouveau à H Maïa et la prier de donner des ordres à l'Administration des Chemins (le fer soudanais pour être remis en possession de ses biens (#}, Du fait qu'en l'espace de trois ans, quatre plaintes seulement en déni de justice furent soumises à Ja Maïa, on peut conclure que la justice fut convenablement rendue au Soudan pendant l'administration d’Ismaïl Ayoub pacha,

À une ou deux exceptions près, la paix semble avoir également régnr entre les tribus. Dans la région de Shakka, était établie la tribu arabe des Messiria qui, jadis nombreuse et puissante, avait vu son importance dé-

(3 A, A, Rey. a8, Dép, Abd,, pièco 101, Khairi pacha au kaïmakam du Soudan, 26 mars 1876,

@ A. A., Reg, 39, 4rr. Abd, pièce 463, Ayoub pacha à Khairi pacha, 7 ma 1896,

(1 À, À., Reg. 39, dr: Abd., pièce 810, Mohamed Rizkallah à la Maïa Sanieh, 26 avril 1876,

croître à la suite de l'expansion des Hawazma et des Bedayria (, En 1876, les cheikhs de cette tribu se plaignirent des attaques que dirigeaient contre eux les employés de la moudirieh du Bah el-Ghazal et Shakka, et sollicitèrent leur rattachement au Darfour. Puis, sans attendre la décision du gouverneur général du Soudan, ils quittèrent le territoire qu’ils habitient, se dispersèrent, et une partie d’entre eux vinrent s'établir au Kordofan, pour échapper aux attaques du vékil de la dite moudirieh. Le maamour du Bahr el-Ghazal réclama aussitôt ; il déclara que ces Arabes avaient commis des méfaits et demanda à ce qu’on les fit revenir de force à Shakka. Ismaël Ayoub pacha ne déféra pas à celte demande, N'ayant eu aucune connaissance des méfaits qu'on leur reprochait, il prescrivit à \bd el-Razzak bey qui gérait le gouvernorat général en son absence, de faire rattacher ces Arabes à la moudirieh du Kordofan «comme par le passé», et de les maintenir dans la région d’Él-Adik, dépendant de cette moudirieh, où ils étaient venus s'établir ®). Quant aux méfaits qui leur élaient imputés, il incombait au vékil de la moudirieh du Bahr el-Ghazal d'envoyer un délégué auprès d'eux pour procéder, s’il y avait lien, à l'enquête requise M.

En août 1876, certaines localités habitées par les Dabaïné furent attaquées par des brigands et plusieurs personnes tuées. Le vékil des travaux à Khartoum ordonna aussitôt à Walad Zayed, cheikh de cette tribu, et au sersawari Mohamed agha Orfali d’enquêter sur cet incident #, Nous ne connaissons pas le résultat de cette enquête ; mais. comme les Dabaïné habitaient un territoire limitrophe de l'Abyssinie et que les Abyssins, pillards de nature, avaient à plusieurs reprises montré des desseins agressifs à l'égard de cette tribu, il est probable qu'il s'agit ici d’un incident de frontière, et non pas d’un erime inter-tribal affectant la sécurité intérieure du Soudan.

(Cf, À. MacMicuaee, op, cit, t. T, p. 287.

81 D'après I.A, MacMichael (op. eit., t. I, p. a 79), les Messiria se trouvent actuellement dans la partie méridionale du Kordofan, au sud d'Abou Zabad,

A, A., Reg, 04, Arr. Maïa Sanieh, pièce 8 Mourour, p. at, le enr du Soudan à la Maïa, 16 février 18797.

MA, A,, Reg. 31, Dép. Abd,, pièce 146, Ayoub pacha au vékil des travaux à Khartoum, 3 septembre 1876.

1188 INSTOIRE DU RÈGNE DU KEHÉDIVE ISMAÏL,

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