TRAVAUX D'ÉDILITÉ À KHARTOUM
Comme gouverneur général, Ismaïl Ayoub pacha continua à Khartoum les travaux d'édilité qu'il avait entrepris étant gouverneur du Soudan méridional {1}, La ville en avait grand besoin. Le colonel Long, qui passa au mois de mars 1874 dans la capitale du Soudan, écrit que la ville, aver ses constructions blanchies à la chaux, au milieu desquelles pointent les minarets des mosquées, a l'aspect d'une cité égyptienne, « Les rues soul tortueuses, étroites, ajoute-t-l, et l'écoulement des eaux est si mal assuré que pendant la saison des pluies de grandes mares stagnantes exhalent des miasmes meurtriers et engendrent ces fièvres qui règnent encore aujourd’hui, bien qu'elles deviennent chaque année moins fréquentes (?,, Au cours de l'été 1874, la crue du Nil, on l’a vu, fut excessivement forte et Khartoum se trouva en sérieux danger d'être balayé par l’inondation. Le niveau du fleuve s'éleva à 1 mètre 5o au-dessus de celui de la ville. D fallut entourér celle-ci de forts retranchements sur lesquels les soldats et Les indigènes montèrent la garde jour et nuit, « ear il suflisunt, déclare Hansal, d’une violente tempête, comme il en éclate À tout moment pendant la saison des pluies, pour détruire Khartoum en quelques minutes (),5 En 1876, la crue du Nil fut également très forte et Kharloum pratiquement transformé en lac (},
Ismaïl Ayoub pacha engagea vivement les habitants à entreprendre la construction de bâtiments en pierre-et déeida, à cet effet, de leur vendre des Lerrains non bâtis appartenant au gouvernement. Mais lei encore la routine administrative s'opposait à ce qu'on fit vite et bien. « Par suit de l’exiguité de certaines habitations, expliquait le gouverneur général, on jugea nécessaire de les démolir et de les reconstruire sur une plus vaste étendue de terrain, après avoir entrepris l'achat de la parcelle avoi-
(0 CP. €, IT, a° partie, p. 599.
& Cf, Lone, L'Afrique Centrale, p. 17.
EG CF Mittheilungen ote., Wien, 1874, p. 473, lettre de Hansal, Khartoum, 3 août 1894,
M Cf, Mitheilungen ete, Wien, 1876, p. 5a1, lettre de Hansal, 9 septembre 1876; Faure, op. cit, t. T, p. 229.
FRAVAUX D'ÉDILITÉ À KHARTOUN. 1189
sinante. L'autorisation préalable du Ministère des Finances étant requise pour cette opération, il en résultait une perle de Lemps qui empêchuit les habitants de terminer leurs constructions avant la saison des pluies ; ces dernières détruisaient alors une partie des matériaux et Les habitants furent, de ce fait, conduits à renoncer à l'achat des terrains et à l'érection des constructions.» Le gouverneur général demanda en conséquence l'aulorisalion de procéder à la vente des terrains du gouvernement, sans en référer aux Finances (1), Le Khédive accorda l'autorisation demandée, tout en faisant observer que cette pratique était contraire aux règlements en vigueur sur le territoire égyptien &),
Pour trouver les fonds nécessaires à l” st du Vandes, à l’agrandissement des rues, au renforcement des ponts établis sur le Nil et au rreusement des drains destinés à l’écoulement des eaux de pluie, Ayoub pacha établit à Khartoum, sur les propriétés, un impôt dont le total se monta à 58.000 piastres, mesure qui fut approuvée par le Khédive 6), Autour du palais du gouvernement récemment construit, s’étendait un jurdin d’une vingtaine de feddaris de superficie. Comme il n’y avait pas de jardiniers au Soudan, le hokoumdar sollicita au Caire l'envoi d’un chef-jardinier européen et de deux aïdes-jardiniers égyptiens, avec les ruines nécessaires, pour organiser ce jardin et en tirer profit (). Le Khédive nutorisa l'envoi à Khartoum d’un chef-jardinier « indigène» et de deux aides F},
De l’emhellissement de Khartoum sous l'administration d’Ismaïl Ayoub pacha, les lettres des résidents et les récits dés voyageurs témoignent à l'envi. « Khartoum subit un bon nombre de transformations pour le
(A A., og, 17, Arr. Maïa Sanieh, pièce 7, p. 64, le Hjouverneur du Soudan i à la Mlaïa, 5 avril 1876.
M A, À., Reg. 10, Ordres supérieurs, gris 10, p, 98, 0. S, au gouverneur du Soudan, 11 juillet 1896.
FA. A., Reg. 19, Arr. Maïa Saniek, pièce 4 Mourour, p. 95, le géuverneur du Soudan à la Maïa, 27-juillet 1876 ; Reg. 10, Ordres supérieurs, pièce 18, p. 98, 0.$. au gouverneur du Soudan, 23 août 1876.
NA A, Roy. 17, Arr. Maïa Sanich, pièce 5 Mourour, p. 133, lo gouverneur dit Soudan à la Maïa, 14 août 1876.
W À. A., Rep. 11, à Maïa Sanieh, Pièce hä, Là ps le PRINT à la ee. 39 août 1876.
mieux, écrit en 1876 Giegler à Baker, Des routes larges et nouvelles sun percées à travers la ville ; l'endroit devient dans l’ensemble plus plaisant et, ce qui est plus important encore, plus salubre (0,5 « Le gouverneur actuel, écrit Hansal de son côté, exécute des travaux publics en même temps qu'il élève de nombreuses et belles constructions qui, tlans peu de temps, feront de Khartoum une ville moderne El,» C'est du Nil Bleu surtout que la ville apparaissait à son avantage. « Au delà des jurdins, écrit Junker, on aperçoit le palais du gouvernement, qui est l'édifice 1, plus important de Khartoum. Cette construction à deux élages, en briques solides, avec ses murs peints en couleur claire et ses volets verts, présente une apparence tout à fuit majestueuse, surtout par contraste avec les maisons qui l'entourent... Tout le long de la berge, en aval du paluns, le Nil Bleu est contenu nar un mur de pierre massif, tandis que le côté op posé de la rue est occupé par la moudirieh ou divan, qui fait face aussi à la rivière et qui contient les bureaux et la résidence officielle du moudir de la province de Khartoum. Get édifice est suivi d’une douzaine de maisons en briques, de piètre apparence, qui comprennent la résidence du consul d'Autriche, le bureau du Télégraphe et la résidence du directeur, ainsi que la Poste. Les résidences voisines des commerçants grecs sont pourvues de vérandahs, sous lesquelles la communauté européenne se rüssemble ordinairement le soir pour bavarder, fumer et siroter son maslir ou arak.
« La rue qui suit cette rangée de maisons, le long de la berge élever du fleuve, mesure à peine dix pas de large, et doit être continuellement protégée contre l’envahissement des eaux, pendant la saison pluvicuse, par des troncs d’arbre et des digues en terre. Lorsque le Nil est bas, la berge descend en pente douce sur une centaine de pas depuis la rue jus. qu’au fleuve ; mais, pendant le kharif, tout cet espace est recouvert par les eaux, et lorsque la saison est exceptionnellement pluvieuse, l'eau déborde même et inonde une partie de la ville,
« Au delà du groupe de maisons grecques, des jardins s'étendent de nouveau vers l’ouest, dans la direction du confluent, et là se trouvent les
6 CE, Munnay et Wurre, Sir S, Baker, a Memoir, p. 233, Gicglor à pates 30 mai @ CF, Mittheihungen…, Win, 1876, p.591, lettre de Hansal, 9 septembre 1876.
LA VIE SOCIALE À KHARTOUN. t191
sastes terrains de la Mission catholique}, dont Les bâtiments se détournent de la rivière pour border une rue étroite de la ville. À proximité, Ismaïl Ayoub pacha a percé récemment une grande avenue pour faciliter les communications entre fa rivière ot l’intérieur de la ville. Plus loin, vers la pointe de la péninsule, s'élevait l'arsenal qui fut ensuite transporté en amont du palais du gouverneur },» Les fortes pluies de l’année 1876 | produisirent des dégâts dans la ville. Lorsque Émin y passa en novembre | de cette année-là, il constata que de nombreuses maisons s'étaient cffon- | drées, parmi lesquelles Le bureau du Télégraphe, et qu’on avait commencé | à reconstruire la vieille moudirieh qui était fort délapidée 6.