PREMIÈRE PARTIE
DE LA VIE
DEPUIS SA NAISSANCE JUSQU'A CE Qu'iL PARVINT A LA COURONNE DE FRANCE.
jo-Grand ^N ne sauroit dire précisément en quel futconçn j'eu Henri-le-Grand fut conçu. La comjnune opinion est que ce fut à La Flèche , en Anjou , là où Antoine de Bourbon son père , et la princesse de Navarre sa mère r séjournèrent depuis la fin de février de 1553. l'an i552 jusqu'à la mî-mài de Tannée i553. Mais il est certain que la première fois qu'elle s'aperçut de sa grossesse , et qu'elle le sentit remuer . elle étoit au camp , en Picardie , avec son mari , qui étoit gouverneur de cette province, et qui y étoit allé de La Flèclie pour y commander une
DE PI EN Ri - LE -GRAND. î5
armée contre l'empereur Charles -Quint, ^53 Certes , il étoit bien juste que celui dont la Providence divine avoit destiné de faire un prince extraordinaire marquât les premiers mouvemens de sa vie dans un camp, au bruit des trompettes et du canon , comme un vrai enfant de Mars .
Son grand-père Henri d'Albret , qui vi~ voit encore , ayant appris que sa fille étoit grosse , la rappela auprès de lui , désirant prendre lui-même le soin de la conservation de ce nouveau fruit , qu'il disoit , par un pressentiment secret , le devoir venger des injures que l'Espagnol lui avoit faites.
Cette courageuse princesse, prenant donc congé de son mari , partit de Compiègne '. 1% 1 5 novembre , traversa toute la France jusqu'aux monts Pyrénées , arriva à Pau en Béarn , où étoit le roi son père , le 4 décembre , n'ayant demeuré que dix-huit ou dix-neuf jours à faire ce voyage ; et le i3 du même mois elie accoucha heureusement d'un fils .
Avant cela, le roi Henri d'Albret avoit Sanaî fait son testament , que la princesse sa fille avoit grande envie de voir, parce qu'on lui avoit rapporté qu'il étoit fait à son désa-
l6 HISTOIRE
j555 vantage, en faveur d'une dame que le bonhomme avoit aimée. Elle n'osoit lui en parler; mais étant averti de son désir, il lui promit qu'il le lui mettroit entre les mains lorsqu'elle lui auroit montré ce qu'elle portoit dans ses flancs ; mais à con«dition que dans l'enfantement elle lui chanteroit une chanson , afin , lui dit— il , que tu ne me fasses pas un enfant pleur eux sa mère Gi rechigné. La princesse le lui promit , et lemei- eut tant de courage , que , malgré les granmoade. Jes douleurs qu'elle souffroit , elle lui tint parole , et en chanta une en son langage béarnois , aussitôt qu'elle l'entendit entrer n ne dans sa chambre. L'on remarqua que l'enen anai"- ^ant > contre l'ordre commun de la nature , sant. v*nt au moncie sans pleurer et sans crief. Aussi, certes, ne falloit-il pas qu'un prince qui devoit être la joie de toute la France naquît parmi des cris et des gémissemens. siiôt Sitôt qu'il fut né, le grand-père l'emric',1 st! porta dans le pan de sa robe en sa champèred" kre ? et donna son testament , qui étoit dans ta0' cn°lsl une boîte d'or , à sa fille , en lui disant : c am re. j\/[ajme ^ voilaqui est à vous, et ceci est h moi. Quand il tint l'enfant , il frotta ses petites lèvres d'une gousse d'ail , et lui fit
sucer une goutte de vin dans sa coupe d'or, n iui afin de lui rendre le tempérament plus mâle [|[°"*gles et plus vigoureux. ^™
Les Esjaagnols avoient dit autrefois , par fj1^ sJJ* raillerie , sur la naissance de la mère de gouttede notre Henri : Miracle, la vache a fait une vm* brebis , entendant par ce mot de vache ? la raiu°rie reine Marguerite sa mère ; car ils l'appe- pagnois"" loient ainsi , et son mari , le vacher, fai- naissance sant allusion aux armes de Béarn \ qui sont m\rea ^ deux vaches. Et le roi Henri, qui se tenoit Henri assuré de la future grandeur de son petitfils ? le prenant souvent entre ses bras ? le baisant , et se souvenant de cette froide raillerie des Espagnols, disoit, tout ravi de joie, à ceux qui le venoient visiter , pour se con— jouir de cette heureuse naissance : Koyez, Repartie
, , . n t ' 7 . de son
maintenant ma brebis a enfante un lion. père.
Il fut baptisé l'année suivante , le jour des i554. Rois , 6 janvier i554- Pour ce baptême , Baptême on fit expressément des fonts d'argent doré, rfiv."" sur lesquels il fut baptisé en la chapelle du château de Pau. Ses parrains furent Henri II , roi de France , et Henri d'Albret, s?3 r,r-
y ' rains et
roi de Navarre , qui lui donnèrent leur maii'mK nom; et la marraine fut madame Claude de France , qui fut depuis duchesse de Lor-
l8 HISTOIRE
i554. raine. Jacques de Foix , pour lors évêque de Lescar y et depuis cardinal , le tint sur les fonts au nom du roi très-chrétien , et madame d'Andouins au nom de madame Claude de France. Il fut baptisé par le cardinal d'Armagnac , évêque de Rhodez et vice-légat d'Avignon.
il fat II fut d'abord très-difficile à élever, ayant
d'abord . , , %
difficile eu sept ou nuit nourrices 1 une après 1 au-
à élever. *ii ni
tre. Au sortir de la mamelle, le roi son
pourgou- aïeul lui donna pour gouvernante Suzanne
madame de Bourbon . femme de Jean d'Albret ,
sens. baronne de Miossens , laquelle l'éleva dans
le château de Coarasse , en Béarn , situé
dans les rochers et dans les montagnes .
son Le grand-père ne voulut pas qu'on le
grand- A° A , . ,
père ne nourrit avec la délicatesse qu on nourrit pas qu'on cl ordinaire les gens de cette qualité, sachant rît déii- bien que dans un corps mol et tendre , il ne
catement 7 A
loge ordinairement qu une aine molle et foible. Il défendit aussi qu'on l'habillât richement , ni qu'on lui donnât des babioles ; qu'on le flattât, et qu'on le traitât de prince, parce que toutes ces choses ne font que donner de la vanif%é , et élèvent le cœur des enfants plutôt dans l'orgueil que dans les sentiments de la générosité. Mais il or-
DEHENRI-LE-GRAND. IQ
donna qu'on l'habillât et qu'on le nour- t^m rît * comme les autres enfants du pays , et même qu'on l'accoutumât à courir et à grimper sur les rochers , à cause que par ce moyen on le faisoit à la fatigue , et que 5 pour ainsi dire ? on donnoit une trempe à ce jeune corps pour le rendre plus dur et plus robuste ; ce qui sans doute étoit nécessaire à un prince qui avoit à souffrir beaucoup pour reconquérir son état.
Le roi Henri d'Albret mourut à Haget- i-555, mau , en Béarn, le 25 mai i555 , âgé de Monde
' ' : ' & Henri
cinquante-trois ans ou environ. Il ordonna, d'Aibret par son testament , que son corps fut porté à Pampelonne , pour y être enterré avec ses prédécesseurs ? et qu'en attendant il fût mis en dépôt dans l'église cathédrale de Lescar , en Béarn. Ce prince étoit courageux ? spirituel , doux et courtois à tout le monde , et tellement libéral , que Charles- Quint , passant une fois par la Navarre , en fut si bien reçu , qu'il dit qu'il n'avoit jamais vu de prince plus magnifique.
Après sa mort , Jeanne sa fille , et An- b
gendre lui stu
On dit que, pour l'ordinaire, on le nourrissoil de cèdcnl i l)is , de bœuf, de fromage et d'ail , el qi vent on le faisoit marcher nu-pieds et nu-lèl
pain bis , de bœuf, de fromage et d'ail , el que bien sou- el sc ' cll~
,555, toine , duc de Vendôme, son gendre , lui succédèrent. Ils étoient alors à la cour de France , et eurent beaucoup de peine à obtenir leur congé pour s'en aller en Béarn , d'autant que le roi Henri II , poussé par un mauvais conseil , vouloit leur ôter la basse Navarre qui leur restoit , disant que tout ce qui étoit au-deçà des Pyrénées étoit du royaume de France. Ils surent adroitement y faire opposer les Etats du pays , et le roi n'osa les trop pousser sur ce sujet , de peur que le désespoir ne les forçât d'appeler l'Esjoagnol à leur secours ; mais il en demeura toujours fâché contre eux , tellement que , donnant à Antoine le gouvernement de Guienne , qui avoit aussi été tenu par Henri d'Albret son beau-père , il en retrancha le Languedoc , qui en avoit été depuis long-temps.
1557. Environ deux ans après , ils revinrent à
i558. la cour de France , ou ils amenèrent leur fils , âgé de cinq ans , qui étoit le plus joli et le mieux fait du monde ; mais ils n'y séjournèrent que peu de mois , et s'en retournèrent en Béarn.
1559. peu après , le roi Henri II fut tué d'un
Mort du A '
*,tnen C0UV ^e lance Par Montgommeri. Fran-
cois II , son iils aîné , lui succéda ; et mes- ^g. sieurs de Guise , oncles de la reine Marie Pran Stuart sa femme , se saisirent du gouverne- £'" suc ment. Les princes du sang ne le purent ct souffrir» Louis , prince de Condé , frère sionsàiâ puîné d'Antoine , appela ce roi en cour pour api4 la
7 mort de
S y Opposer. Henrill,
Dans ces divisions , les huguenots firent la conspiration d'Amboise contre le gouvernement d'alors , laquelle étant découverte , et les deux frères Antoine et Louis xsQo, accusés d'en être les chefs j on les arrêta prisonniers aux Etats d'Orléans , et on fit le procès au second avec tant de chaleur, qu'on croit qu'il eût eu la tête tranchée , si la mort du:roi François II ne fut arrivée. François Charles IX , qui lui succéda , étant mi- chartes neur , la reine Catherine sa mère se fit dé- succède. clarer régente par les Etats ; et le roi de catheri- Navarre ? premier prince du sang , fut dé- cianc.c claré lieutenants-général du royaume , pour fe/roi de gouverner l'Etat avec elle; de sorte que , lu'uicpar ce ]noyen , il fut obligé de demeurer |!e!'aWu en France , où il fit venir la reine Jeanne x° sa femme , et le petit prince Henri son fils. Mais il ne garda pas long-temps cette nouvelle dignité; car les troubles continuant
i562. toujours par les surprises que faisoient les nouveaux réformés , des meilleures villes du royaume, après qu'il eut repris Bourges sur eux , il vint assiéger Rouen , où, visitant un jour les tranchées et faisant de ïi mtiuô l'eau , il reçut une mousquetade dans l'é— Koutn. paule gauche , dont il mourut quelques j ours après , à Andeîv-sur-Seine. S'il eût vécu plus long- temps , les huguenots eussent sans doute été mal menés en France ; car il les haïssoit mortellement , quoique son frère le prince de Condé fut le principal chef du parti.
La reine sa femme , et le petit prince son
La roi ne
s'eu m'c- ^s y étoient pour lors à la cour de France.
irneen
cn La mère s'en retourna en Béarn , où elle
où elle embrasse
embrassa ouvertement le calvinisme ; mais ment' lie e^e ïaissa son n^s auprès du roi , sous la mèrns conduite d'un sage précepteur nommé La Gaucherie , lequel tâcha de lui donner quelque teinture des lettres , non par les règles de la grammaire , mais par les discours et les entretiens. Pour cet effet, il lui apprit par cœur plusieurs belles sentences , comme celle-ci :
Ou vaincre avec justice , ou mourir avec gloire.
DE HENRl-LE-GixAND. 23 '
Et cette autre :
Les princes sur leur peuple ont autorité grande ; Mais Dieu plus fortement dessus les rois commande
L'an i566 , la reine sa mère le tira de la i566. cour de France , et l'emmena à Pau ; et en la place de La Gaucherie , qui étoit décédé, f^e *"* elle lui donna Florent Chrétien , ancien ser- 5el*coû*
7 de ï ran-
viteur de la maison de Vendôme , homme 'î6' et lui
7 donne cm
de très-agréabie conversation , et fort versé PrécRp-.
o ' lenr qui
aux belles~lettres , mais tout-à-fait hugue- 1;élève .
O dans la
not , et qui , selon les ordres de cette reine, ^au^„ éleva le prince dans cette fausse doctrine. tnne*
Aux premiers troubles de la religion, François, duc de Guise , avoit été assassiné par Poltrot au siège d'Orléans , laissant ses enfants en minorité; ce fut en l'année i563. Aux seconds , le connétable de Montmorenci reçut une blessure à la bataille de Saint-Denis , dont il mourut à Paris trois jours après , la veille de la Saint-Martin, en Tannée 1567. -^ux troisièmes , en 1669, 1569. la reine Jeanne se rendit la protectrice du parti huguenot , étant pour cet effet venue à La Rochelle avec son fils , qu'elle dévoua dès lors à la défense de cette nouvelle religion.
En cette qualité il fut déclaré chef du
i56q. parti ; et son oncle , le prince de Condé ,
Henri son lieutenant , avec l'amiral de Coligni.
N^var^e C'étaient deuxgrands chefs de guerre; mais
chef1 tes ils commirent de notables fautes ; et ce
ma.ST jeune prince, âgé seulement d'environ treize
ans , eut déjà l'esprit de les remarquer ; car
Louis , princede
ECoTdon- il jugea fort bien , à la grande escarmouche a lieu- ae Loudun , que si le duc d'Anjou * eût
tenant avec- l'amiral de
cle , est
eu des troupes prêtes pour les attaquer , il
l'eût fait, et que ne le faisant point, il étoit
Aclioll en mauvais état , et partant , qu'il falloit
cieuicdl l'attaquer au plus tôt ; mais on ne le fit pas ,
étant en- et anisi on donna le temps à toutes ses trou-
ianî. en~ Pes d'arriver.
A la journée de Jarnac , il leur remontra Autre encore judicieusement qu'il n'y avoit pas ÎJrtiudi- moyen de combattre , parce que les forces «Yu'iMait des princes étoient éparses, et celles du duc nèVTc' d'Anjou toutes jointes ; mais ils s'étoient engagés trop avant pour pouvoir plus reculer. Le prince de Condé fut tué dans Louis", cette bataille , ou plutôt assassiné de sangoénàlte froid après le combat, dans lequel il avoit eu la jambe rompue.
Après cela , toute l'autorité et la créance du parti demeura à l'amiral de Coligni ,
* Ce duc d'Anjou fut depuis Henri ÏÏI.
:i Jarnac,
qui, à dire vrai, étoit le plus grand homme l56 de ce temps-là , à la religion près , mais le A > plus malheureux. ^,et s !p
Cet amiral , ayant ramassé de nouvelles atm?^ forces, hasarda une seconde bataille à Mont- àTam£ contour , en Poitou. Il avoit fait venir à halarcuT l'armée notre petit prince de Navarre , et }* hf^nl" le jeune prince de Condé , qui se nom- comiur, moit aussi Henri , et les avoit donnés à garder au prince Ludovic de Nassau , qui les tenoit un peu écartés sur une colline avec quatre mille chevaux.
Le jeune prince brûloit d'envie de jouer Noire des mains ; mais on ne le lui permit pas , prince de peur de hasarder sa personne. C'étoit sans d'envie doute sagement fait de retenir son ardeur. '" aéT '■ Néanmoins , quand l'avant-garde du duc d'Anjou eut été enfoncée par celle de l'a- pécha.1 mirai , il n'y eut point eu de danger de le laisser fondre sur la bataille , qui étoit fort étonnée. Toutefois on l'en empêcha , et il s'écria alors : Nous perdons notre avan- Don! tage , et la bataille par conséquent. Gela quesTI
„ *i 1 1 • . ' • son luge
arriva comme il I avoit prévu ; et on jugea ment. dès l'heure qu'un jeune homme de seize ans avoit plus de lumières que les vieux routiers. Aussi s'appliquoit-il tout entier à
mains , mais on l'en era-
6q. ce qu'il faisoit ; il nV avoit pas seulement le corps , mais aussi l'esprk et le jugement. S'étant sauvé avec les débris de son armée, il fit presque tout le tour du royaume, se battant en retraite , et recueillant des troupes huguenotes çà et là durant cinq ou six mois , pendant lesquels il eut à souffrir tant de fatigues , que , s'il n'eût été nourri comme il l' avoit été , il n'y eût jamais pu résister.
Ce jeune prince , toujours accompagné de l'amiral , mena ses troupes en Guienne , et de là en Languedoc , où il prit Nîmes par stratagème, força quelques petites places , et brûla les environs de Toulouse ; de sorte que les étincelles de cet incendie voloient jusque dans cette grande ville. La guerre étant aussi allumée dans le Vivarais, la guerre il se montra sur l'autre bord du Rhône avec mirai, ses troupes , emporta par escalade les villes de Saint- Julien et de Saint-Just , et obligea Saint-Etienne en Forez de capituler. De là il descendit sur les rives de la Saône 3 et puis dans le milieu de la Bourgogne. Paris trembloit une seconde fois à l'approche d'une armée d'autant plus redoutable qu'elle sembloit s'être renforcée par ia perte de
Continue
ay-
deux batailles , et qu'elle venoit de rem- ^o, porter quelque avantage sur celle des catholiques , que le maréchal de Cosse commandoit.
Le conseil du roi ? craignant de hasarder ainsi le tout pour une quatrième fois, jugea plus à propos de plâtrer encore une paix avec ce parti. Elle fut donc traitée à Saint- pa Germain-en-Laye , les deux armées étant ie-Uu proches Tune de l'autre dans la vallée d'Aillan , non loin d'Arnay-le-Duc , et conclue le il d'août 1570.
Cette paix faite , chacun se retira chez soi : le prince de Navarre alla en Béarn ; le roi Charles IX se maria avec Elisabeth ? fille de l'empereur Maximilien II; et il sembloit que l'on ne pensât plus qu'à des réjouissances et à des festins. Cependant, le roi ayant reconnu qu'il ne viendroit jamais à bout des huguenots par la force , résolut d'y employer d'autres moyens plus faciles, mais aussi bien plus méchants. Il se mit à l57Jles caresser, à feindre qu'il les vouloit traiter On ré* favorabiement , à leur accorder la plupart traperiea
* x x hugue—
des choses qu'ils demandoient, et à les en- "°lsel<l* dormir de l'espérance de faire la guerre au terminer roi d'Espagne dans les Pays-Bas , ce qu'ils
souhaitoient passionnément ; et , pour les mieux leurrer , il leur promit pour gage de sa foi sa sœur Marguerite , pour la marier au prince de Navarre; de sorte que , par ce moyen , il attira les principaux chefs de ce parti à Paris.
1572. La reine Jeanne sa mère, qui étoit venue Monde devant pour faire les préparatifs des noces , d'Aibrct mourut -peu de jours après qu'elle y fut arrivée ; princesse qui avoit l'esprit et le courage au-dessus de son sexe , et dont l'âme toute virile n'étoit point sujette aux foiblesses et aux défauts des autres femmes ? mais à la vérité ennemie passionnée de la religion catholique. Quelques historiens disent qu'elle fut empoisonnée avec des gants parfumés , parce qu'on craignoit , comme elle avoit beaucoup d'esprit , qu'elle ne découvrît le dessein qu'on avoit de massacrer tous les huguenots ; mais d'autres assurent que c'est une fausseté, et qu'il est plus vraisemblable qu'elle mourut pulmonique , vu même que ceux qui étoient auprès d'elle et qui la servoient l'ont ainsi témoigné.
*SoadfiJs Henri son fils , qui venoit après elle , <]u,iiic étant en Poitou , y apprit les nouvelles de Navarre sa mort ? et alors il prit la qualité de roi ;
DEHENRI-LE-GRAND. 29
car jusque-là il n'avoit porté que celle de vL^m prince de Navarre. Comme il fut à Paris , iuTome les malheureuses noces se célébrèrent : les l£n *™ffi deux parties furent fiancées au Louvre par ^j™1 arr le cardinal de Bourbon , et le lendemain Pai'ls" mariées par le même à Notre-Dame, sur un échafaud , qui pour cela fut dressé devant la grande porte de cette église , en présence du roi et de la reine mère. Après la cérémonie , la reine Marguerite alla entendre la messe et faire ses dévotions dans le chœur, et le roi de Navarre , passant par une galerie faite exprès le long de l'église , se retira dans le logis de l'archevêché ; puis , lorsque la messe fut achevée , il vint au-devant de sa maîtresse , et , lui ayant donné un baiser , la conduisit dans l'archevêché , oii le dîner étoit préparé pour toute la maison royale.
Six jours après , qui fut le jour de la Massacre Saint -Barthélemi , tous les huguenots qui Saintétoient venus à la fête furent égorgés ; entre îemi. * autres l'amiral, vingt seigneurs de marque, douze cents gentilshommes, trois ou quatre mille soldats et bourgeois ; puis par toutes les villes du royaume, à l'exemple de Paris, près de cent mille hommes. Action exécra-
3o HISTOIRE
,5„2 ble! qui n'avoit jamais eu et qui n'aura, s'il
plaît à Dieu , jamais de pareille.
Douleur Quelle douleur à ce jeune roi de voir, au de n^Trl neu ^e vm et ^e parfums , répandre tant jeuneroi. je sang ^ ses noces ? égorger ses meilleurs amis , et entendre leurs cris pitoyables , qui parvenoient jusqu'à ses oreilles dans le Louvre , où il etoit logé! Avec cela, quelles transes et quelles frayeurs n'a voit— il pas qu'on n'en vint jusqu'à sa personnel En effet il fut mis en délibération s'il les falloit égorger lui et le prince de Condé comme les autres ; et tous les auteurs du massacre conclurent à leur mort : néanmoins, comme par un miracle, on résolut de les épargner. Charles IX se les fit amener en sa présence; il leur montra un monceau de corps morts , et avec d'horribles menaces , sans vouloir écouter leurs raisons , il leur dit : il est La mort, ou lamesse.lh choisirent jolutôt °\Tle le dernier que le premier ; ils abjurèrent le thoTique" calvinisme : mais parce qu'on savoit que ce n'étoit pas de bon cœur , on les faisoit obiserver si étroitement , qu'ils ne purent s'évader de la cour pendant les deux ans que vécut Charles IX, ni même long-temps après sa mort
DE HENRI - LE-GRAND. Ôl
Durant ce temps-là notre Henri dissimu- ^^ loït adroitement ses déplaisirs , quoiqu'ils fussent grands , et mettoit au-devant des chagrins qui lui troubloient l'esprit une perpétuelle sénérité de visage, et une humeur toujours enjouée. Ce fut là sans doute le plus difficile passage de sa vie. Il avoit iiyavoit
WW- « ■ / • < 1 r < bien dcs
aiiaire a un roi iurieux , a ses deux treres , périls et savoir, au duc d'Anjou, prince dissimulé, écueiis
, pour lui
et qui avoit trempe dans les massacres ; et àiacour. au duc d'Alençon , qui étoit double et malicieux ; à la reine Catherine , qui le haïssoit mortellement , parce que ses devins lui avoient prédit qu'il régneroit ; enfin , à la maison de Guise, dont la puissance et le crédit étoient presque sans bornes.
Il lui falloit sans doute une merveilleuse sasagect prudence pour se conduire avec tous ces conduUe gens-là; pour ne donner point de jalousie , et donner pourtant grande estime de soi ; accorder la soumission et la gravité, et con~> server sa dignité et sa vie. Cependant il se démêloit de toutes ces difficultés et de tous ces écueils avec une adresse sans pareille.
Il contracta une grande familiarité avec II. .fait
o a mille
le duc de Guise , qui étoit à peu près de son ^vec Je âge , et ils faisoient leurs parties secrètes °uisf>
32 HISTOUIE
, 572. ensemble. Il ne s'aecordoit pas si bien avec le duc d'Aïençon , qui avoit un esprit capricieux ; et aussi ne se soucioit-il pas d'être mal avec lui , parce que le roi et la reine mère n'avoient nulle affection pour ce duc.
n évite Toutefois il ne voulut pas croire le mauvais
de se bat- ...
tre avec conseil des émissaires de cette reine , qui
le duc m 9 ^ ' *
d'Aien- tâchoient de l'engager à se battre en duel contre lui ; car , outre qu il consideroit que c'étoit le frère de son roi 7 à qui il devoit respect , il connolssoit bien que c'eut été sa perte , et qu'elle n'eût pas manqué de prendre un si beau prétexte pour l'accabler. Mais il H évitoit ainsi les pièges qu'elle lui ten-
se laisse t m x
prendre doit , mais non pas tous ; car il se laissa
aux ap— x .
pas des prendre aux appas de certaines demoiselles
dames. x J x
de la cour 7 dont on dit que cette reine se servoit exprès pour amuser les princes et les seigneurs , et pour découvrir toutes leurs pensées. La politique de cette reine étoit si connue de tout le monde , que l'on ne peut pas cacher cette vérité , quand on le voudroit, à moins que d'effacer toute l'histoire de ce temps-là.
Depuis cela , comme les vices qui se contractent à l'entrée de la jeunesse accompagnent ordinairement les hommes jusqu'au
tombeau , la passion des femmes fut le foi- Yrôn2 ble et le penchant de notre Henri, et peut- Ce fut être la cause de son dernier malheur ; car foible"on Dieu punit tôt ou tard ceux qui s'abandonnent aveuglément à cette passion criminelle.
Hors ce défaut , il n'en contracta point lon"e nc d'autres dans cette cour, et l'on doit attri- V^f les buer à une grâce toute particulière de Dieu a"tres ,
O 1 vices de
qu'il ne s'y gâtât pas entièrement; car il celle
JL «/ O 1 ' cou'", fjia
n'y en eut jamais de plus vicieuse et de plus f1*»»*
J . . , ,. horribles
corrompue. L'impiété, l'athéisme, la magie, même les plus horribles saletés, la noire lâcheté et la perfidie , l'empoisonnement et l'assassinat y régnoient au souverain degré. Toutes ces abominations, bien loin de l'infecter, le fortifièrent dans l'horreur naturelle qu'il en avoit; et, pour être parmi les méchants, il n'eutjamaisla pensée de devenir leur compagnon , mais bien d'être leur ennemi.
Ensuite de la Saint - Barthélemi , on 167a. voulut achever d'exterminer les huguenots. lc duc Pour cet effet, le duc d'Anjou alla assiéger a,si^e£a La Réchelle, et l'y mena, mais si bien ob~ ^ £'* serve qu'il ne pouvoit se détourner ni à liuut droite ni à gauche. On peut juger quel
ï5 3 crève-cœur c'étoit pour lui qu'on le fit servir d'instrument à la perte de ce qui lui restoit de serviteurs et d'amis , qui s'étoient Le si^e réfugiés dans cette ville-là. Après un long plVéïTc- siège , elle fut délivrée par l'arrivée des œdu/au ambassadeurs de Pologne , qui venoient dYp,X- quérir le duc d'Anjou, que les Etats du gl Pays avoient élu leur roi.
Le siège levé , Henri retourna à Paris , ou plutôt y fut reconduit ; et le duc d'Anjou partit de France avec grand regret , pour aller prendre possession de son nouveau royaume.
1574. A quelques mois de là , Charles IX tomba char- mortellement malade , rendant le sang par tomhe tous les conduits de son corps , si bien que
mortelle- , ,., . . . ' r\ • >*i
ment ma- 1 on crut qu il etoit empoisonne, (^uoi qu il
bois de en soit, on peut dire ( s'il est permis de
«es. juger des rois, qui ne doivent être juges
que de Dieu ) que ce fut une punition di-
vinp pour ses blasphèmes , et peut - être
aussi pour tant de sang qu'il avoit fait ré—
Samala- pandre.
die est 1
caose gon extrême maladie donna naissance à
cl une li-
gue qui uce îigUe que firent le duc d'AlençGn, les la cour, maréchaux de Montmorenci et de Cossé ,
Notre 7
Henri en et quelques catholiques , avec le parti hu-
guenot, pour ôter le gouvernement à la t 5^4 reine mère, et chasser les Guises de la cour, où ils étoient fort puissants. INotre Henri y entra, non par aucune liaison qu'il voulut avoir avec ces gens-là, mais seulement pour avoir moyen cle se retirer avec sûreté dans son pays.
La reine mère ayant découvert ces pra- i^ reine
J -1 mère
ticrues le fit arrêter lui et le duc d'Alencon, l'ayant
° tîécou—
et leur donna des gardes. Le prince deve.rtP>\c
° *■ fait arre-
Condé se sauva heureusement en Aile- ter > , }e
due a A-
magne. Elle fît aussi arrêter les deux ma— lençon,
° elc.
réchaux de Montmorenci et de Cosse ; et, pour faire voir qu'elle ne traitoit point des princes de cette sorte sans grand sujet , elle voulut qu'ils fussent interrogés sur plusieurs cas très— atroces , mais qu'on croit qui étoient tous faux. On fit seulement E!lt fait
i- , mourir
mourir La Mole, Coconas et Tourtray, ^aMoie, trois gentilshommes de marque , qui s'é- et Tom~ toient mêlés de leurs intrigues. Cette exécution lui étoit nécessaire pour calmer l'esprit de la noblesse et du peuple , qui commençoient à murmurer de ce qu'on traitoit ainsi un fils de France et un premier prince du sang.
En cette affaire, le chancelier voulut in-
1674. terroger le roi de Navarre ; mais quoique
Ledian captif et menacé , il ne voulut pas faire ce
veut' in- tort à sa dignité que de répondre. Toute-
le' roîde f°is ? pour contenter la reine mère , il fit
Navarre un jong discours , lui adressant la parole ,
par lequel il déduisit beaucoup de choses
touchant l'état présent des affaires ; mais il
ne chargea jamais personne, comme avoit
fait assez foiblement le duc d'Alençon.
ciiav- Le roi Charles IX étant proche de la
les IX se -il-- 1 o .
lieeuiui, mort, comme 11 naissoit et ses deux rreres
et l'en- , , . .
voie que- et sa mère, envoya quenr notre Henri, pro'chedc auquel seul il avoit reconnu de l'honneur et de la foi , et lui recommanda très -affectueusement sa femme et sa fille.
La reine Catherine de Médicis, ayant su qu'il l'enne, qui voyoït quérir , eut peur qu il ne lui laissât
en est , m i ' t
alarmée, la régence ; et pour cet enet lui voulut fane jeter de la frayeur dans l'âme, afin qu'il n'osât pas l'accepter. Comme il alloit donc trouver le roi ( c'étoitau bois de Vincennes) elle donna ordre qu'on le fît passer pardessous les voûtes , entre des gardes qui étoient en haie et en posture de le massacrer. Il tressaillit de peur , et recula deux ou trois pas en arrière ; toutefois Nançav- La - Chastre , capitaine des gardes - du-
corps, le rassura, lui jurant qu'il n'auroit l5 4 poi^t de mal. Il fallut donc, quoiqu'il ne se fiât pas trop à ses paroles , qu'il passât au travers des carabines et des hallebardes.
Après la mort de Charles IX, Catherine iesCix~ de Médicis, moitié par force , moitié par mortelle adresse, se saisit de la régence, en atten- de u ridant le retour de son cher fils le duc d'An- sence* jou, que Ton nomma Henri III.
Quand il fut de retour de Pologne , elle Les denx mena les deux princes au-devant de lui S^is jusqu'au Pont - de — Beauvoisin , pour en teé" llberfaire ce qu'il lui plairoit. Après quelques menaces et réprimandes , il les mit en liberté.
Ces deux princes , faisant réflexion sur les dangers continuels où ils avoient été deux ans durant, résolurent de se délivrer de ces frayeurs à la première occasion. Le Le Prinprince de Coudé , qui étoit en Allemagne , Condé y avoit fait des levées pour le parti hugue— Aiiemanot, qui, dès la fin du règne de Charles IX, &" avoit repris les armes ; et Damville , second fils du feu connétable , et frère du maréchal de Montmorenci , qui étoit prisonnier à la Bastille , s'étoit joint avec ce parti, ne prenant pas la religion pour prétexte , parce
î5 4 qu'il étoit catholique , mais bien la liberté publique et la réformation de l'Etat. On nomma cette sorte de catholiques , qui se liguoient avec les huguenots 9 les politiques.
fe^HCpt Notre Henri ne put pas s'évader de la ^eates'é- cour s*tot quil le désiroit; il étoit soigneu- «Tommeii sement veillé, et ses propres domestiques désiroit* étoient autant d'espions auprès de lui . D'ailleurs il appréhendoit que s'il étoit surpris se voulant sauver , on ne le fit assassiner. Or , tandis qu'il cherchoit les occasions de n se Ie pouvoir faire avec sûreté , il alla s'en- Sux"dap- gager dans de nouveaux lacs , devenant pasdamde.une sionné de la dame de Sauves , femme d'un secrétaire d'état , qui étoit alors la plus belle de la cour.
Cependant la reine mère , qui l'avoit retenu à la cour avec tant de soin , eut été bien aise qu'il s'en fût allé ; car le roi son cher fils commençoit à prendre quelque connoissance de ses affaires ; ce qui ne lui plaisoit point , parce qu'elle vouloit tout Zf rTf gouverner. Comme elle appréhendoit donc imneiou- que? prenant l'autorité en main, il ne dimifactions nuât la sienne , elle crovoit qu'il le falloit
et guér— .
res civi- embarrasser par des factions et des guerres
DE HËNRI-LE-GRAND, 3ty
civiles, dont elle seule, par manière dé dire, l5 4 eût la clef ; en sorte qu'il ne put du tout se passer d'elle. Voilà pourquoi , tant qu'elle vécut, elle ne fit que susciter sous main des brouilleries , et d'animer les partis différents , et à la cour et au dehors , jusqu'à ce qu'enfin, après avoir causé la désolation de l'Etat et la subversion de toutes les lois et de tous les ordres , elle périt elle-même dans l'embrasement qu'elle avoit tenu si long-temps allumé.
Sur ces entrefaites , comme le roi alloit à Reims se faire sacrer, on découvrit unecon- ratio/1 spiration que le duc d'Alençon faisoit sur Henri sa personne , a 1 instigation des amis du de- se confie funt amiral, et de La Mole, qui avoit été Henri. son favori. Quelques-uns crurent que c'étoit une pièce apostée par la reine mère , afin d'étonner et d'affoiblir l'esprit du roi son fils ; et le sujet qu'on eut de le croire , c'est qu'elle obligea le roi de pardonner ce crime bien légèrement, sans qu'aucun des complices ni des instigateurs en fut châtié. Quoi qu'il en soit , Henri III témoigna en cette occasion une particulière confiance au roi de Navarre , qui, étant assisté de ses amis, lui servit de capitaine des gardes par
4e HISTOIRE
l5 5 les chemins , et n'abandonna point la portière de son carrosse ; en cela d'autant plus généreux , qu'il n'avoit point d'autre sujet de l'aimer que l'obligation de son devoir , étant son parent et son vassal. Henri Henri III, étant arrivé à Reims, fut sacré
III est
sacré, et le i5 du mois de février par le cardinal de Louise Guise, et le lendemain épousa Louise de raine. Lorraine , fille du comte de Vaudemont ; ce qui ajouta encore un grand écîat à la maison de Guise , dont étoit chef le duc Henri , qui étoit alors en faveur , et fut depuis tué à Blois. Ce prince, l'un des plus braves en toutes manières qui aient jamais été, se promettoit de gouverner le roi par Fami- la reine Louise sa parente. Il avoit con-
liarité de , 4 r . . . . ,,
notre tracte une tres-etroite ranimante avec le
Henri et . . A
du duc roi de JNavarre, au il appeloit son maître ,
deGuise. - ,7 ^ i •
comme ce roi 1 appeloit son compère.
La reine Marguerite , qui , à dire la vérité , ne pouvoit vivre sans intrigues, con— tribuoit de tout son pouvoir à l'entretien de cette bonne intelligence , et essayoit d'y faire entrer Monsieur ( c'est celui que nous nommions duc d'Alençon) , qu'elle aimoit très-passionnément.
Or, comme l'union de3 princes est la
cette union.
ruine des favoris et de ceux qui empiètent l5?5t le gouvernement , la reine mère rompit Larei] adroitement ce coup , donnant au roi de la ^pt jalousie contre sa femme , irritant Monsieur contre le duc de Guise , par le ressouvenir du massacre de l'amiral , et brouillant sans cesse le roi de Navarre avec Monsieur , par l'intrigue de quelques femmes , mais particulièrement de la Sauves , qui , jouant tel personnage que Catherine lui ordonnoit , recevoit les soins et les services de Monsieur, afin de les metttre mal ensemble.
C'est assurément un mal fort grand pour l'Etat, et encore plus grand pour la maison royale , que d'être ainsi divisé ; et ceux qui savent bien l'histoire de ces temps-là attribuent le malheur et l'anéantissement de la famille des Valois à la discorde continuelle que la reine Catherine, par une méchante politique , entretenoit parmi ses enfants. Elle nourrissoit une haine irréconciliable entre le roi et Monsieur; sur quoi il arriva une chose qui marque autant la grandeur de courage et la générosité de notre Henri, qu'aucune action qu'il ait faite en sa vie. f
Le roi étant tombé malade , et en grand
1575. danger de mort i d'un mal d'oreille , crut Hemi avoir été empoisonné , comme l'avoit été
III ma- L
lade à François II * , et en accusoit Monsieur.
mité. Dans cette croyance , il envoie quérir le roi de Navarre, et lui commande de se défaire de Monsieur des aussitôt qu'il seroit mort , s 'efforçant de tout son possible de lui persuader que ce méchant le feroit périr lui et tous les siens , s'il ne le prévenoit. Les favoris du roi , qui avoient la même opinion que leur maître , voyant passer Monsieur , le sacrifioient déjà à leur vengeance par des regards meurtriers.
Belle et Notre Henri, ayant horreur d'un ordre si
généreu- crue} tâcha d'adoucir la fureur du roi , et
se action ' '
Henrfre lui remontra les terribles conséquences de ce commandement; mais le roi ne se payoit pas de raisons ; au contraire , il s'emporta de telle sorte , qu'il vouloit qu'il l'exécutât tout sur-le-champ , de peur qu'il n'y manquât quand il seroit mort.
Si les deux frères , savoir le Roi et Mon sieur , eussent été hors du monde , la couronne lui appartenoit. Or l'un , dans toutes
* François II mourut d'un apostume à l'oreille, qu'on disoit provenir de poison.
les apparences, alloit mourir, et il pouvoit l5^5 faire mourir l'autre , ayant les favoris , les officiers du roi, les Guise et leurs amis , et presque tous les seigneurs à sa deVotion ; car Monsieur étoit un prince de peu de crédit, haï presque de tout le monde, et soutenu seulement du brave Bussy d'Amboise.
Combien peu de princes eussent manqué une si belle occasion ! Et toutefois notre héros (c'est dans une telle action qu'il le faut nommer ainsi ) eut horreur de la furieuse vengeance de Henri III, bien loin de s'en prévaloir. « Est-il une plus belle am- » bition que de la savoir modérer quand » elle n'est pas juste , et de vouloir con- » server sa conscience et son honneur , » plutôt que d'acquérir une couronne par » de lâches voies? Les diadèmes acquis par » de si méchants moyens ne sont pas des » marques de gloire sur le front de ceux » qui les portent ; ce sont plutôt des fron- » teaux d'infamie , tels qu'on en met aux >♦ pendards et aux voleurs » .
Le Ciel , approuvant sans doute les généraux sentiments de notre héros , lui destina le sceptre des fleurs de lis , parce qu'il n'avoit point d'impatience de l'avoir avant
l5 5. son rang: au contraire, ces frères de la maison de Valois , qui s'effbrçoient de se le ravir les uns aux autres , moururent tous malheureusement , et eurent pour successeur celui qui avoit refusé de l'être par un crime .
1 5^6. Henri III , étant guéri , reconnut bien qu'il avoit eu tort d'accuser son frère de l'avoir empoisonné; mais pour cela il ne l'aima pas davantage. Il souffroit chaque jour que ses favoris lui fissent mille algarades , et le jouassent dans toutes les assemblées , ne considérant pas que le mépris qu'on faisoit de son frère retourneroit sur lui-même, et qu'il enhardissoit ses sujets à lui manquer de respect quand il souffroit qu'ils en manquassent à une personne qui lui étoit si proche. Ils voulurent même faire assassiner de nuit, aux portes du Louvre, Bussy d'Amboise, qui étoit son favori et son unique support ; et on crut qu'il y avoit ordre , si le duc d'Àlençon fût allé à son secours ( parce qu'il y avoit des gens apostés pour lui venir crier : On assassine Bussy!). de
Mon- J n
sieur sort }e tuer lui-même. Tellement que , prenant cour , et enfin le frein aux dents , il s'évada de la
se joint
au hu- cour se mit aux champs, recueillit lesmaî-
contents , fit une armée , et joignit celle des l5.6 huguenots , commandée par le prince de Condé , et par Casimir , frère puîné du comte Palatin , lequel , dans ces guerres civiles de la religion , amena deux ou trois fois de grandes levées de reistres en France.
Le roi de Navarre fut puissamment soi- He^(- ^ licite de le suivre , et Monsieur disoit qu'il ^Hltô"," lui avoit promis de le faire ; mais on avoit J^n^c écarté d'auprès de lui tous ceux qui eussent Aiençon* pu favoriser son évasion , et substitué en leur place des gens a gages. Avec cela , on lui promettoit la lieutenance générale de l'armée du roi ; ce qui étoit un puissant leurre pour le retenir : l'amour de la belle Sauves en étoit encore un plus fort. Toutefois les élancements naturels de son courage, et la crainte qu'il eut que Monsieur et le prince de Condé ne se saisissent du premier rang dans le parti huguenot, qui avoit été son berceau, et qui devoit être son fort; les remontrances de quelques-uns de ses serviteurs , et les inventions de la reine Catherine, qui tout exprès irritoit le roi contre lui , afin de l'obliger à s'échapper , lui en firent prendre la résolution.
II se sauva donc , feignant d'aller à la
l5 6 chasse vers Senlis , et se retira à Alençon , . où toutefois il ne remua rien , parce qu'on
L/a paix ' 1 1
sfi fait gt bientôt la paix avec eux tous. On accorda
avec l
4leur~ et * Monsieur un grand apanage , de l'argent les hu- ei <Jes places ; aux huguenots , plusieurs
guenols. 1 7 o > I
conditions très-avantageuses ; et au prince
de Condé , le gouvernement de Picardie
et la ville de Péronne pour sa retraite : mais
à notre Henri , rien autre chose que des
espérances, desquelles enfin étant désabusé,
il franchit le pas , rentra dans le parti hu-
Notre guenot , le seul appui qu'il. pût avoir ; et ,
fait rbu! quittant l'Église catholique , professa de
pour ]a nouveau sa première religion: il est a croire
seconde ,., , n ,., , , . ,-
fois. qu il le ht parce qu il etoitpersuade qu elle étoit la meilleure. Ainsi sa faute seroit en quelque façon digne d'excuse , et l'on ne pourroit lui reprocher que de n'avoir pas eu les véritables lumières. Cependant il ne faut pas oublier à remarquer sur cela que le plus grand reproche que lui aient jamais fait ses ennemis , je veux dire les ligueurs , c'est d'avoir été relaps , et que ce fut aussi le plus grand obstacle qu'il trouva à Rome, quand , s'étant converti , il demanda l'absolution au pape.
Les Rochellois le reçurent dans leur ville,
mais non sans beaucoup de précautions , et i57s. seulement après qu'il eut chassé d'auprès re ^ à£* de lui quelques gens qui n'étoient ni catho- ^oche]~is liques ni huguenots , mais athées et hor- GauieennnCi riblement scélérats. On tient qu'ils l'avoient suivi malgré lui ; que véritablement il s'en étoit servi dans quelques intrigues , mais qu'il les avoit en horreur, et que ce fut luimême qui , par des ressorts secrets , obligea les Rochellois à lui en demander l'expulsion.
Après qu'il eut séjourné quelques mois On lui
1 x J x x m refuse les
à La Rochelle, il alla prendre possession p°* tes de de son gouvernement de Guienne , ou il deaux. eut le déplaisir de se voir fermer les portes de la ville de Bordeaux , sous prétexte que les habitans avoient peur qu'il ne s'en rendît le maître , et n'en bannît la religion catholique ; injure très-sensible à un jeune prince plein de courage , mais qu'il sut très-sagement dissimuler pour lors , parce qu'il n'étoit pas en pouvoir de s'en venger, et qu'il oublia généreusement quand il eut les moyens de s'en ressentir.
En ce temps la ligue prit naissance ; Nai3saiH cette puissante faction qui a tourmenté la J^uef France vingt ans durant , qui a pensé y in-
ï5?6, troduire la domination espagnole , et qui vouloit renverser l'ordre de la succession de la maison royale , sous le plus beau prétexte du monde , qui est le maintien de la religion de nos ancêtres.
Autrefois , sous le règne de Charles IX $ il s'étoit fait diverses ligues et associations en Guienne et en Languedoc, pour défendre l'Église contre les huguenots. Je laisse à penser si ceux qui s'en rendoient les chefs avoient beaucoup de zèle , ou beaucoup d'ambition ; mais elles n'avoient pas été poussées bien avant , ni soigneusement entretenues ; en sorte qn'elles s'étoient étein- Ces ii- tes . Les grands du royaume avoient pour- 5mt L tant bien pu remarquer que si quelque jour moyen il se faisoit de pareilles associations , ce se- £mbi- s roit un beau moyen pour élever bien haut s'élever, celui qui s'en pourroit rendre le chef. Le duc Henri , duc de Guise , qui avoit un cœur seefaitlse de roi, eut vraisemblablement cette pensée, langue.6 ou s'il ne l'eut pas d'abord , les favoris de Henri III , en le persécutant , le forcèrent de l'avoir, et de s'appuyer de ce parti pour se défendre contre eux. Il y avoit dans sa maison huit ou dix princes , tous braves au dernier point. Les principaux étoient le duc
de Mayenne et le cardinal de Guise, ses l576. frères, le duc d'Aumale et le marquis d'Elbeuf, ses cousins.
Or l'évasion de Monsieur , dont nous avons parle , vers les huguenots , et la paix avantageuse qu'on leur accorda ensuite , firent éclore la ligue , qui fut très -petite en son commencement. Ceux qui , pour se x,a auerrendre puissants, désiroient qu'il y eût une Morf e nouvelle faction dans l'État, prirent ce sujet -20^ de faire représenter par leurs émissaires hugue-3 le grand danger que couroit la religion ca-yènt' Ta tholique , et de remontrer la puissance ex- ^"îlguef cessive de ses ennemis , qui avoient de leur côté les deux premiers princes du sang , et Monsieur , qui étoit leur ami. Que seroitce , disoient-ils , s'il venoit à la couronne avec de si mauvaises intentions ? Qu'il falloit donc y aviser de bonne heure , et se fortifier contre le péril qui menaçoit la sainte Eglise. On souffloit d'abord ces considérations et autres semblables dans les oreilles ; puis , quand on y eut disposé les esprits , on les publioit tout haut. Péromie
-1 et autres
Là-dessus les bourgeois de Péronne, ville «î,le8,?a
O 7 Picardie
libre , et qui n'avoit point accoutumé d'à- la com-
x J mencent,
voir de gouverneur puissant , refusent de ^J"UI"
5o HISTOIRE
l5 6 recevoir le prince de Condé , parce qu'il étoit huguenot. Il en fait ses plaintes au roi , et demande l'exécution du traité de paix. Les Picards se roidissent contre lui , et font les premiers une ligue, ou union pour la défense , se disoient-ils , de la foi catholique , apostolique et romaine. Le prince de Condé ne put jamais en avoir raison, et fut contraint de se retirer en Guienne. Jacques , seigneur d'Humières , se fit chef de cette ligue en Picardie ; et Aplincourt, jeune gentilhomme , prit le serment des habitants de Péronne , à l'exemple desquels les villes d'Amiens , de Corbie et de Saint-Quentin , et plusieurs autres , la jurèrent. Louis de La Trimouille en dressa aussi une en Poitou. L'a reine mère favorisoit secrètement ce dessein , afin d'entretenir son autorité dans les discordes et les brouilleries. On apporta le premier modèle et les articles de cette ligue à Paris ; et il y eut quelques zélés qui allèrent les montrer par les maisons, tâchant d'y engager les plus
chrisio- échauffés ; mais Christophe de Thou , pre-
phe de , . , A 1 .
Thou mier président , empêcha pour lois le pro-
empêcLe
qiveiîene ^rès de cette conspiration.
Ceux qui en avoient dressé le plan
s enracine silo a Paris.
DE HENRI-LE- GRAND. 5l
avoient délibéré entre eux qu'afin de lui 1376. donner raoyen de s'agrandir, et pour tenir toujours les esprits des peuples en chaleur, il falloit continuer la guerre aux huguenots. Pour cet effet, ils suscitèrent diverses personnes qui leur surprirent des places , et firent diverses insultes à notre Henri et au prince de Condé. Bien plus , ils suscite- ceux qui
1 m , veulent
rent tant de factions de tous côtés , et tant i* Hg«w
obligent
de plaintes de gens qui demandoient la tenue le roi de
x , . , -m tenir les
des Etats, que le roi fut oblige de 1 accorder. Etats. Ils s'assemblèrent donc à Blois , et corn- semblent
, , à Blois.
mène è rent au mois de décembre de 1 année On y
C C t -\ a * f -• résout la
1070. Les huguenots mêmes ri etoient point la guerre
c« \ f i • ?-T contreles
taches de cette convocation , parce qu ils hugues'imaginoient que le tiers-état, qui ordinairement y est le plus fort, et qui a le plus de sujet d'appréhender la guerre , y feroit confirmer la paix. Mais la cabale de ceux qui vouloient la guerre fut si forte , que l'on y résolut de la leur faire puissamment.
On jugea néanmoins à propos de députer auparavant quelques personnes de l'assemblée vers le roi de Navarre , qui à cette heure-là étoit devant la ville de Marmande, qu'il tenoit assiégée , et vers le prince de
l576 Condé , pour les exhorter à revenir au sein de l'Église catholique.
Le roi de Navarre répondit Wgement qu'il ne respiroit que le service et l'obéissance du roi ; qu'il eut mieux aimé aller chercher les occasions honorables dans les pays étrangers , que d'être forcé de faire la guerre à des François ; qu'il supplioit Sa Majesté de lui permettre l'exercice de la religion dans laquelle il avoit été nourri , et que tous les jours ilprioit Dieu de l'y maintenir , si elle étoit bonne, mais si elle ne l 'et oit pas , de lui faire la grâce de la quitter , et de la pouvoir détruire.
La faction de ceux qui vouî oient la guerre fut si puissante dans les Etats , comme je viens de dire , qu'elle empêcha qu'on n'eût égard comme l'on devoit à une réponse si Henri sage et si raisonnable. Le roi fut obligé de re dechef se déclarer chef de la ligue , et par ainsi , de gue.a h~ souverain devint chef de faction , et ennemi Et fait d'une partie de ses sujets. Mais pour se vendue e£ ger du duc de Guise •> °luî mi causoit toutes duinsang ces peines , il fit un édit que désormais les rofemuâ princes du sang précéderoient tous les aupairs* très princes et pairs , tant au sacre du roi qu'au parlement et autres assemblées : ce
qui ne diminua pas peu la dignité du duc ^6, de Guise, lequel jusqu'à cette heure-là, suivant l'ancienne et perpétuelle coutume du royaume , avoit précédé les princes du sang qui n'étoient point pairs , ou dont la pairie étoit dé plus nouvelle création que la sienne.
Suivant la résolution des Etats , le roi l577leva trois ou quatre armées , qui firent la trois Tu guerre aux huguenots en Dauphiné , en Jrmées Languedoc , en Guienne et en Poitou , et contSks les réduisirent bien aubas. C'étoitfait d'eux nots. si on eut vivement poursuivi leur ruine , dans l'étonnement oii on les avoit mis; mais
■. * . , . , La reine
la reine mère , qui ne vouloit la guerre que mère pour avoir des affaires , et non pas pour en de leur sortir , persuada au roi son fils , par de cer- la paix. taines raisons étudiées , de leur accorder la paix.
Le traité en étant conclu , la reine mère i578. fit un voyage en Guienne. Elle feignoit que Ellefait
J a O a le voyage
c'étoit pour le faire ponctuellement exécu- J'G^en" ter , et pour mener sa fille Marguerite au jJJîêSaùS roi de Navarre son mari ; mais , en effet , §ucvlle* c'étoit pour jeter des semences de discorde parmi les huguenots , afin d'être maîtresse dans ce parti-là , comme elle l'était dans celui des catholiques. Henri tenoit alors sa
l5 8 petite cour à Nérac. Auparavant il l'avoit tenue à Agen , où il étoit fort aimé du peuple, à cause de sa bonté et de sa justice; mais il arriva qu'en un bal quelques jeunes gens de sa suite soufflèrent les chandelles pour faire des insolences ; ce qui scandalisa tellement les habitants , qu'ils livrèrent leur ville au maréchal de Biron , que le roi avoit envoyé pour gouverneur dans la province de Guienne.
Le roi Peu de temps après Henri perdit aussi
varre La Réole par une autre folie de jeunes gens.
Agen et H en avoit donné le gouvernement à un
La Réo- . . . &
le, par vieux capitaine huguenot , nomme Ussac,
deuxfau- . - , - . T/v
tes de qui avoit le visage horriblement difforme.
jeunesse. ■; . °
Sa laideur ne l'empêcha pas pourtant de devenir passionné d'une des filles de la reine mère; car elle en avoit mené grand nombre des plus coquettes. Le vicomte de Turenne, depuis duc de Bouillon, âgé pour lors de vingt-un ou vingt-deux ans , s'en voulut railler avec quelques autres de son âge. Notre Henri, au lieu de leur imposer silence, comme il devoit, se mit de la partie, et , comme il avoit beaucoup d'esprit , leur aida à lancer quelques traits de moquerie contre ce vieillard amoureux. Il n'y a point
DE HENRI-LE-GRANjD, 55
de passion qui rende un cœur si sensible l578 que celle-là. Ussac ne put souffrir la raillerie , même de son maître , et, au préjudice de son honneur et de sa religion , il partit de la main et livra La Réole à Duras. Ce seigneur, ayant été en faveur auprès du roi de Navarre , l'avoit quitté par dépit de ce qu'il lui témoignoit moins d'affection qu'à Roquelaure , qui étoit sans doute l'un des plus honnêtes hommes et des plus agréables de son temps.
Ces deux pertes d'Agen et de La Réole lui donnèrent et doivent donner à tout prince deux instructions très-nécessaires.
La première , que c'est à un prince à ré- Deux
• i, , i • • toiles ré-
gler ses courtisans , d autant qu on lui un- flexions.
pute tous leurs désordres , et qu'on présume , quand ils en font , que c'est lui-même qui les commet , parce qu'il est obligé de les empêcher.
La seconde , qu'il doit sur toutes choses s'abstenir de la raillerie ; car il n'y a point de vice qui fasse tant d'ennemis , et qui en fasse de plus dangereux, parce qu'ils demeurent couverts. Tel mot, qui sortant de la bouche d'un particulier ne feroit qu'une légère piqûre , est un coup de poignard sor-
l578# tant de celle d'un prince , et laisse dans le cœur des ressentiments mortels. Et il ne faut point flatter les grands de cette persuasion, que leurs sujets et leurs inférieurs doivent tout souffrir d'eux ; parce que là où il s'agit de l'honneur , plus la personne qui le blesse est supérieure, plus la plaie en est grande ; de même que l'impression d'un corps est plus forte, plus il a de poids et qu'il tombe de plus haut.
La reine La reine mère avoit mené , comme nous rit^n'aî- avons dit , la reine Marguerite à son mari ; Leïu- as l'un et l'autre des deux époux n'en étoient 01- point trop contents. Marguerite, qui aimoit le grand éclat de la cour de France , ou elle nageoit , s'il faut ainsi dire , en pleine intrigue , croyoit qu'être en Guienne c'étoit un bannissement pour elle ; et Henri, connoissant son humeur et sa conduite, l'eut mieux aimée loin que près. Toutefois, comme il vit que c'étoit un mal sans remède, il se résolut de la souffrir , et lui laissa une entière liberté. Il la considéroit plutôt comme sœur du roi que comme sa femme. Aussi prétendoit-il qu'il y avoit eu des nullités en son mariage ; mais il attendoit à les faire voir en temps et lieu. Cependant, s'accommo-
man , lui elle
dant à la saison et au besoin de ses affaires, 1578. il tâchoit de tirer des avantages de ses intri- Mais ii gués et de son crédit. Il n'en reçut pas un avantage petit dans la conlerence que lui et les de- trigues. pûtes des huguenots eurent a Nérac avec la reine mère ; car tandis qu'elle pensoit les enchanter par les charmes des belles filles qu'elle avoit avec elle, et par l'éloquence de Pibrac , Marguerite lui opposa les mêmes artifices, gagna les gentilshommes qui étoient auprès de sa mère par les attraits de ses filles , et elle-même employa si adroitement les siens , qu'elle enchaîna l'esprit et les volontés du pauvre Pibrac ; de sorte qu'il n'agissof t que par son mouvement , et tout au rebours des intentions de la reine mère , laquelle, ne se défiant pas qu'un homme si sage put être capable d'une telle folie , y fut trompée en plusieurs articles , et portée insensiblement à accorder beaucoup plus aux huguenots qu'elle n'avoit résolu.
A peine huit mois s'étoient écoulés de- La reine puis la paix, que la reine mère, Monsieur' Sonet les Guise commencèrent de s'en ennuyer: ies Guise la reine mère , parce qu'elle ne vouloit pas nuîentde que le roi fût long-temps sans avoir besoin l de ses négociations et de son entremise ;
, $7è. Monsieur , pour ce qu'en rallumant la guerre, il pensoit se rendre redoutable au roi , et se faire donner des forces pour aller la porter dans les Pays-Bas, qui, étant révoltés contre l'Espagnol, le demandoient pour leur souverain; les Guise enfin, parce qu'ils avoient peur que l'ardeur de la ligue ne se refroidît durant un trop long calme.
j5 Dans ces vues , ils pressoient le roi de
lis 5or- ^demander les places de sûreté qu'on a voit *" données aux huguenots ; et sous main, Mon-
tent sous , main
Navarre s*eur et la reine mère faisoient dire au roi
à la, ture.
arup- je Navarre qu'il ne les rendît pas ; qu'il tînt bon ; que sa cause étoit juste , et que son salut consistoit dans les armes. La reine Marguerite , qui savoit son foible , et qui vouloit aussi la guerre , l'y excitoit par les persuasions des demoiselles qu'elle instruisoit à ce dessein , et par les mêmes moyens animoit pareillement tous les braves qui l'approchoient ; elle-même ne s'épargnant pas auprès du vicomte de Turenne pour ce sujet. Tellement que ce prince, peut-être avec peu de justice, et certes fort mal à propos , se porta à la rupture, et engagea les huguenots dans une nouvelle guerre civile. On la nomma, pour les raisons que je
DE HENRI-LE-GRAND. 5g
viens dédire, la guerre des amoureux. l579- Ce fut la plus désavantageuse qu'ils eus- Elle lui sent point encore faite : elle leur fit perdre aésavan-