‹ Histoire du roi Henri-le-GrandChapitre 8 sur 29 · tageuse · texte numérisé non relu

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quantité de bonnes places , et les affoiblit si fort , qui si on eût achevé de les pousser , ils ne s'en fussent iamais relevés. Mais Mon- . Mo,1>-.

J sieur lui

sieur , qui désiroit transporter toutes les moyenne

' x x la paix

forces de l'un et de l'autre parti dans les Pays-Bas , se rendit médiateur de la paix 7 et la leur obtint par un édit qui fut dressé ensuite de la conférence de Fleix.

Cette paix causa presque autant de maux j58°à l'Etat qu'avoient fait toutes les guerres Très-

r , i T t -il- domma-

precedentes. .Les deux cours des deux rois et geabie à les deux rois mêmes se plongèrent dans les étant

, ? -i . /y. ? n . causeque

voluptés; avec cette dinerence toutefois les deux

TT , 1 . . ~ Henri se

que notre Henri ne s endormoit pas si tort piongè-

d, i • • vi *L i rentdans

ans les plaisirs qu il ne songeât quelque- les Piai-

fois à ses affaires, étant réveillé et vivement piqué par les remontrances des ministres de sa religion, et par les reproches de ses vieux capitaines huguenots, qui lui parlbient avec une grande liberté. Mais Henri III s'abîma tout«-à-fait dans la mollesse et dans la fainéantise. Il sembloit n'avoir ni cœur ni mouvement; et ses sujets ne sentoient point qu'il fût au monde , que parce qu'il les

6o • HISTOIRE

î58o chargeoit à toute heure de nouveaux im-" pots , dont l'argent alloit tout au profit de ses favoris .

Henri H en avoit toujours trois ou quatre à la

III a des m ' -*■

favoris fois ; et pour lors il commença de donner

qui font •*■ °

grand ses bonnes grâces à Joyeuse et aux deux

tort à ses ° ^

affaires. Nogaret ; savoir , Bernard et Jean-Louis , dont l'aîné mourut cinq ou six ans après , et le cadet fut duc d'Epernon, l'un des plus mémorables et des plus merveilleux sujets que la cour ait jamais vu élever dans la faveur , et qui certes avoit des qualités aussi éminentes que sa fortune. Cependant les dons excessifs que le roi faisoit à tous ces favoris excitoient les crieries du peuple , parce qu'il en étoit foulé ; et leur grandeur monstrueuse choquoit les princes j parce qu'ils se croy oient méprisés ; de sorte qu'ils se rendirent odieux à tout le monde. La haine qu'on leur portoit retomboit sur le roi ; et la violence dont ils l'obligeoient d'user envers ses parlements , pour vérifier ses édits de créations et d'impôts , l'augmentoit encore davantage : car si son autorité y faisoit passer ses volontés absolues , il attiroit des malédictions ; et si la vigueur des compagnies souveraines , comme

DE HENRI-LE-GR AND. 6l

il arriva plusieurs fois , les arrêtoit, il atti- l58°roit le mépris.

Le peuple, qui se licencie facilement à la médisance contre son prince quand il a perdu pour lui les sentiments d'estime et de vénération , dis oit des choses étranges Dispo-

sitions a

de lui et de ses favoris. Les Guise , que les i.a \u mignons ( on ajDpeloit ainsi les favoris ) perte de choquoient en toutes occasions , tâchant de m. leur ôter leurs charges et leurs gouvernements pour s'en revêtir eux - mêmes , ne manquoient pas de souffler le feu et d'accroître les animosités des peuples, particulièrement des grandes villes \ que les favoris ont toujours redoutées, et qui ont toujours haï les favoris. Ce furent là les principales dispositions à l'agrandissement de la ligue 7 et à la perte de Henri III.

Il n'est point de notre sujet de raconter ici toutes les intrigues de la cour durant cinq ou six ans, ni la guerre des Pays-Bas, dont Monsieur* ne rapporta que delà honte. Il nous faut dire seulement que l'an 1 584 l584> Monsieur mourut à Château - Thierry , sans avoir été marié ; que Henri III n'avoit

* Monsieur. ayant voulu surprendre Anvers, et traitant mal les peuples des Pays-Bas qui l'avaient appelé, en fut chasse.

i584. point aussi d'enfants , et que l'on ne sa voit i* mon que trop bien qu'il étoit incapable d'en sieur01 " avoir, àcause d'un mal incurable qu'il avoit

donne su» , -, -~T , i -r»

jet de contracte dans Venise, a son retour de Foia succès- logne. Voilà pourquoi , dès que Monsieur

sion de,,.,, . »• i/-i*

la cou- tut juge a mort par les médecins , les Guise

ronne. . .

et la reine mère commencèrent a travailler, chacun de leur côté , pour s'assurer de la couronne , comme si la succession eût été ouverte. Car ni l'un ni l'autre ne comptaient pour rien le roi de Navarre , d'autant qu'il étoit au-delà du septième degré , audelà duquel , dans les successions ordinaires , il n'y a plus de parenté ; et que d'ailleurs il n'étoit point de la religion dont les rois de France avoient toujours été depuis Clovis , et par conséquent étoit incapable de porter la couronne et le titre de très - chrétien. Ajoutez à cela qu'il étoit éloigné de deux cents lieues de Paris , et comme relégué dans un coin de laGuienne, w . oii il leur sembloit qu'il étoit aisé de l'en-

La reine *-

mère velopper et de l'opprimer.

vouloit l A -1 A

faire ré- La reine mère s'étoit mis dans la tête de

guer les

enfams faire régner les enfants de sa fille , mariée

de sa fille & m 7 # y

mariée au duc (Je Lorraine , qu'elle vouloit qu on

auducdi x .

Lorraine traitât de princes du sang , comme si la

couronne de France pouvoit tomber en i58i. quenouille. Et elle ne se portoit pas à cela seulement par l'amour qu'elle avoit pour eux, mais aussi par une haine secrète qu'elle avoit contre le roi de Navarre, pour ce qu'elle voyoit que , contre ses souhaits , le ciel lui frayoit le chemin pour venir au trône.

Au reste, elle se trompoit fort pour une On croit habile femme , de croire que le duc de duc de Guise la favoriseroit dans son dessein. Il pensoit à y a bien de l'apparence, et la suite le té- lui-même moigna assez , que comme il se vit poussé par les favoris , et maltraité du roi pour l'amour d'eux, il songea à s'assurer de la couronne pour lui-même. Car les mauvais traitements ne font pas moins que de jeter dans le dernier désespoir les âmes aussi nobles et aussi élevées qu'étoit celle de ce prince. Mais comme il connoissoit bien que de lui-même il ne pourroit parvenir à une chose si haute, d'autant qu'il lui seroit fort difficile de détourner l'affection que les peuples françois ont naturellement pour les princes du sang, il s'avisa de gagner le vieux cardinal de Bourbon , qui étoit oncle du roi de Navarre. Il lui promit donc que la

mort de Henri III arrivant , il emploîroit ses forces et celles de ses amis pour le faire roi ; et ce bon homme , tout cassé de vieillesse ? se laissant flatter de ces vaines espérances , se rendit le jouet de l'ambition de ce duc , qui par ce moyen attiroit dans son parti un grand nombre des catholiques qui considéroient la maison de Bourbon.

La question étoit si l'oncle devoit précéder le fils de son frère aîné dans la succession, et si la représentation en ligne collatérale devoit avoir lieu ou non. Ce point de droit fut lors diversement agité par les jurisconsultes , et il s'en fit plusieurs traités , les uns en faveur de l'oncle , les autres du neveu: mais ce n'étoient que des combats de plume , il falloit que l'épée vidât ce différend. Il sembla à plusieurs grands politiques que le duc de Guise pé~ choit extrêmement contre ses intérêts et contre son dessein , de reconnoître que le cardinal de Bourbon devoit succéder à la couronne, vu que c'étoit avouer qu'après sa mort , qui ne pouvoit pas tarder longtemps , elle appartiendroit au roi de Navarre son neveu ; mais il faisoit peut - être

son compte qu'il l'auroit opprimé avant i684. qu'il en pût venir là.

Henri III connoissoît assez son dessein , Hemi

ta r - n • ^^ con—

ou plutôt en etoit averti par ses favoris , «ut son

dessein ,

qui voyoient en cela leur ruine toute cer- ou en fut

■xt -î* "" - -i ai- i r - , averti

taine. V oila pourquoi il eut bien désire ra- par ses

i • i tvt t ht* t favoris.

mener le roi de JNavarre dans 1 iLghse catholique, afin d'ôter aux ligueurs le spécieux prétexte qu'ils avoient d'entretenir la ligue. Il envoya donc vers lui le duc d'Epernon , n en qui essaya de le convertir par des raisons J°Ja le d'intérêt et de politique. Henri l'écouta pai- Jws siblement; mais il lui témoigna que ce n'é*- Navarre6 toient pas des motifs assez puissants pour ^gler °l 4e faire changer , et le renvoya avec beau- danSre,E-

i - m*, r élise ca-

COUp de ClVlilteS. tbolique;

Les huguenots furent si vains que de ^fusè, e publier et de faire imprimer la conférence de ce prince avec Epernon , pour montrer qu'il étoit inébranlable dans sa religion , et peut-être aussi pour*Py engager plus fortement. Le duc de Guise, de son côté , ne Leduc manqua pas d'en faire son profit , et de re- en fait

. , . .A sou profit

montrer aux peuples catholiques 1 opiniâtreté de ce prince, et ce qu'il en falloit espérer , s'il venoit une fois à ta couronne avec de si mauvais sentiments.

i684. Pour lui en fermer donc le chemin, il La ligue faJt que les zélés renouvellent ouvertement

s établit *

à Paris. ]a HgUe j et la promènent hardiment dans Paris , oii quelques nouveaux religieux in— spiroient cette ardeur dans les âmes par les confessions. La première assemblée publique s'en tint au collège de Fortet, qu'on appela le berceau de la ligue. Plusieurs bourgeois , plusieurs gens de pratique , même quelques curés de Paris y entrèrent. On la porta à Rome , et la présenta - t - on au pape Grégoire XIII , afin qu'il l'approuvât ; mais il ne le voulut jamais , et tant qu'il vécut, il la désavoua toujours.

Sitôt qu'elle fut un peu grande et forte, ceux qui l'avoient engendrée firent voir que ce n'étoit pas seulement afin de pourvoir à la sûreté de la religion pour l'avenir, mais pour s'approcher eux-mêmes du trône dès cette heure-là ; et qu'ils n'en vouloient pas seulement au roi de Navarre , qui devoit Et se succéder , mais au roi Henri III , qui réenfin^on- gnoit. Ils avoient à gages certains nou- 1^111!" veaux théologiens , qui osoient bien soutenir « qu'on doit déposer un prince qui s'acquitte mal de son devoir; qu'il n'y a que la puissance bien ordonnée qui soit de

Dieu; autrement, quand elle est déréglée, i68i. que ce n'est pas autorité, mais brigandage; et qu'il est aussi absurde de dire que celuilà soit roi qui ne sait pas gouverner, et qui est dépourvu d'entendement , comme de croire qu'un aveugle puisse servir de guide, ni qu'une statue immobile puisse faire mouvoir des hommes vivants » .

Cependant le duc de Guise s'étoit retiré en s on- gouvernement de Champagne , feignant d'être mal content ; mais c'étoit pour faire signer la ligue au duc de Lorraine , lui donnant espérance qu'il feroit succéder son fils à. la couronne , à laquelle il prétendoit avoir droit par sa mëre , fille Traité de Henri II. Il se tint pour cet effet une viiie,où

1 les Espa-

conférence à Joinville , oii il se trouva aussi g«ois en-

Irentdans

des agents du roi d'Espagne, qui signe- 'a ijsue > rent le traité , et donnèrent , à ce qu'on nissent

x de 1 ar-*

disoit , de grandes sommes d'argent au gentduc de Guise en lettres de change.

Au partir de là , ce duc assemble des La Hgu troupes de tous côtés ; ses amis se saisis- PiU! sent d'autant de places qu'ils peuvent , non - seulement sur les huguenots , mais aussi sur les catholiques. Le roi eut dissipé facilement ces nouvelles levées , s'il se fût

saisit

ienrs places.

i684. mis en compagne ; mais la reine mère , quiT La reine semblable aux médecins intéressés, -vouloit

mère en-

tre en augmenter le mal pour en profiter, le rece avec le tient et l'amuse dans son cabinet, et lui Guise , persuade que , s'il lui laisse manier cette romVt affaire , elle ramènera aussitôt le duc de ?e voit en Guise à son devoir. Pour cet effet , elle ne crain- entre en conférence avec lui à Vitry , et ricn.P us ainsi lui donne le temps de fortifier son parti. Quand il se voit en état de ne rien craindre , il rompt la conférence , et fait mine de vouloir venir droit à Paris.

Le roi Le roi , bien étonné , prie sa mère de étonné conclure un accommodement à quelque corde ac prix que ce soit ; ce qu'elle fait par le traité qtfilveut de Nemours, par lequel il accorde au duc de Guise et autres princes de sa maison plusieurs gouvernements , de grandes sommes d'argent , et avec cela un édit sanglant contre les huguenots. Il portoit défense de professer d'autre religion que la catholique , sur peine de confiscation de corps et de biens; commandement à tous ministres et prédicants de sortir du royaume dans un mois , et à tous huguenots d'en sortir dans six, ou d'abjurer leur fausse religion. On appela cet édit redit de juillet , et

la ligue contraignit encore le roi de le porter i585. lui-même au parlement, et de l'y faire vérifier .

Peu après arrivent nouvelles de Home , que Sixte V , qui a voit succédé à Grégoire XIII , avoit enfin approuvé la ligue, g?*eja^ et outre cela fulminé des bulles terribles exco.m-

mume le

contre le roi de Navarre et contre le prince roideNa-

A varie et

de Condé , les déclarant hérétiques , re- \e Prinç°

7 x * deCoBdé

laps , chefs , fauteurs et protecteurs de l'hérésie ; comme tels , tombés dans les censures et les peines portées par les lois et les canons , privés eux et leurs descendants de toutes terres et dignités , incapables de succéder à quelque principauté que ce soit, spécialement au royaume de France; absout leurs sujets du serment de fidélité, et leur défend de leur obéir.

Ce fut lors que notre Henri eut besoin de La vertii toutes les forces de son courage et de sa «je*!?!» vertu pour soutenir de si rudes chocs. Il réveillcs'étoit en quelque façon endormi dans les voluptés. Le bruit de ces grands coups le réveilla ; il. recueillit tous ses sens , il rappela toute sa vertu , et commença de la faifle paroître avec plus de vigueur qu'il n'av oit point encore fait. Et certes il avoua

tiuns

^O HISTOfRE

i585. depuis qu'il avoit grande obligation à ses ennemis de l'avoir poussé de la sorte ; pour ce que, s'ils l'eussent laissé en repos, l'oisiveté l'eût peut-être enseveli dans un coin de la Guienne, et il n'eût point été contraint de songer à ses affaires , de sorte que , quand Henri III fût venu à mourir, il n'eût point été en état de recueillir la couronne, T1 falt II fit alors deux actions de grand éclat. fes^ac- ^a première fut qu'il ordonna à Plessis* Mornay , gentilhomme qui avoit beaucoup d'érudition , et à qui on ne pouvoit rien re* procher, sinon qu'il étoit huguenot, de ré-» pondre au manifeste de la ligue par une apologie et par une déclaration qu'il lui fit dresser. Dans cette dernière pièce, comme les chefs de la ligue semoient diverses ca~ lomnies contre son honneur , il supplioit avec toute soumission le roi son souverain de ne point trouver mauvais qu'il prononçât , sauf le respect dû à Sa Majesté , qu'ils en avoient faussement et malicieusement menti. Et de plus, que, pour épargner le sang de la noblesse, et éviter la désolation du pauvre peuple , et les désordres fnfinis que cause la licence de la guerre, surtout

DE IIENRI-LE-GRAND. ^ï

les blasphèmes , les violements et les incen- i585. dies , il offroit au duc de Guise , chef de la n d«fie ligue , de vider cette querelle de sa per~ G^eL

, , , -, , -, combat

sonne a la sienne, un a un, deux a deux> singulier dix à dix , en tel nombre qu'il voudroit , avec armes usitées entre des cavaliers d'honneur , soit dans le royaume, en tel lieu que Sa Majesté ordonneroit, soit dehors, en tel endroit que le duc de Guise choisiroit luimême.

Cette déclaration eut grand effet sur les esprits ; ils disoient qu'on ne pou voit point justement employer la force contre celui qui se soumettoit ainsi à la raison; et la plupart de la noblesse approuvoit ce gêné*reux procédé , et disoit tout haut que le duc de Guise ne devoit point refuser un si grand honneur.

Ce duc ne manquoit point de courage • £*•»-

± x O quoi le

pour accepter ce défi : mais il considéroit g»c^ tle que tirer l'épée contre un prince du sang , »'acccPte c'étoit en France une espèce de parricide ; déflque d'ailleurs il eut réduit la cause de la religion et du public à une querelle particulière. Ainsi il répondit sagement qu'il révéroit les princes du sang ; qu'il estimoit la personne du roi de Navarre, et qu'il n'avoit

"-jl HISTOIRE

i585. rien à démêler avec lui; mais qu'il s'intéressoit seulement pour la religion catholique , qui étoit menacée , et pour la tranquillité de l'Etat , qui dépendoit absolument de l'unité de îa religion.

T/auire L'autre action fut telle. Comme il eut tien de entendu le bruit des foudres que le pape Henri, avoit lancées contre lui , il dépêcha vers le roi pour lui en faire ses plaintes , et lui remontrer que cet attentat le touchoit de plus près que lui; qu'il devoit penser que si le pape s'ingéroit de décider de sa succession, et empiétoit ce point, de déclarer un prince du sang incapable de la couronne , il pourroit bien après cela passer plus outre , et le détrôner lui-même, comme on disoit qu'autrefois Zacharie avoit dégradé Childéric III par un attentat insupportable.

.• Sur ces remontrances , le roi empêcha la afficher publication de ces bulles dans son royaume.

aux car— * ^ **

refours Mais le roi de Navarre ne se contenta pas de

de Rome < ' *

desoppo- cela. Comme il avoit des amis à Rome , il

silions à

la sen- s'en trouva d'assez hardis pour afficher les

1cnce du m m V . r

pape oppositions de lui et du prince de Conde parles carrefours de la ville, dans lesquelles ces deux princes appeloient de cette sentence de Sixte à la cour des pairs de France,

donnoient un démenti à quiconque les ac- i585. cusoit du crime d'hérésie , s'offroient à prouver le contraire dans un concile général; enfin protestaient qu'ils venger oient sur lui et sur tous ses successeurs l'injure faite à leur roi, à la maison royale et à toutes les cours de parlements.

Il sembloit que cette opposition dût ir- Lequel riter au dernier point l'esprit de Sixte V. d'abord; De fait , il en témoigna d'abord une grande après en émotion. Toutefois , quand sa colère se fut grande

. » estime

un peu rassise, il admira le courage ne- pour lui. roïque de ce roi , qui , de si loin , avoit su venger une injure, et attacher des marques de son ressentiment jusqu'aux portes de son palais. De sorte qu'il conçut une si haute estime pour lui ( tant il est vrai que la vertu se fait révérer par ses ennemis mêmes ) , qu'on lui entendit souvent dire que de tous ceux qui régnoient dans la chrétienté il n'y avoit que ce prince , et Elisabeth , reine d'Angleterre , à qui il eût voulu communiquer les grandes choses qu'il rouloit dans son esprit , s'ils n'eussent pas été héréti- „. , .

\ ? ■* Si bien

ques. Ainsi toutes les prières de la ligue fjj^1 rJ" ne le purent jamais obliger de fournir aux Jjour"ir frais de cette guerre : ce qui fit avorter 1*8'^* h

i585. plupart de ses entreprises , parce qu'elle avoit fait en partie son compte sur un million qu'il lui avoit promis.

Le roi Or , comme de leur côté les chefs de la

de Na- . .

varrefait ligue tàchoient d engager avec eux tout ce

xxne ligue ° 1 i -n

pour se qu ils pou voient de seigneurs et de villes ,

déreedre * . \ __ , ° , .

le roi de JNavarre de sa part reunissoit avec lui tous ses amis de l'une et de l'autre religion : le maréchal de Damville-Montmorenci , gouverneur de Languedoc ; le duc de Montpensier , prince du sang , qui étoit gouverneur de Poitou , avec son fils le prince de Dombes ; le prince de Condé , qui tenoit une partie du Poitou , de la Saintonge et de l'Angoumois ; le comte de Soissons et le prince de Conti son frère. De ces cinq princes du sang , les trois derniers étoient ses cousins-germains , les deux premiers Tétoient en un degré plus éloigné , et tous professoient la religion catholique , hormis le prince de Condé. Il avoit aussi de son parti Lesdiguières , qui , de simple gentilhomme, s'étoit , par sa valeur, élevé à un si haut point , qu'il étoit le maître du Dauphiné , et faisoit trembler le duc de Savoie ; Claude de La Trimouille , duc de Tliouars , jeune seigneur d'une naissance

illustre , plein de feu et d'esprit, et très- i585. puissant en Poitou et en Bretagne , lequel s'étoit fait huguenot depuis peu , et avoit eu l'honneur de marier sa sœur Charlotte au prince de Condë ; Henri de La Tour , vicomte de Turenne , qui avoit aussi épousé la nouvelle religion ; Châtillon , fils de l'amiral de Coligni ; La Boulaye 9 seigneur poitevin ; René , chef de la maison de Rouan ; François ? comte de La Rochefoucauld ; Georges de Clermont d'Amboise ; le seigneur d'Aubeterre; Jacques de Caumont-la-Force, seigneur de Pons; Saint-Gelais-Lansac, et plusieurs autres seigneurs et gentilshommes démarque, la plupart delà nouvelle religion. En même temps il dépêcha aussi vers Elisabeth, reine d'Angleterre, et vers les princes protestants d'Allemagne , de si habiles négociateurs , qu'ils les obligèrent de se joindre tous ensemble , par une forte union , pour se maintenir les uns les autres. Tellement que tout cela étant uni ensemble , il arriva tout le contraire de ce que la ligue a\oit pensé; et le roi de Navarre se trouva fortifié de telle sorte , qu'il n'eut plus d'appréhension d'être accablé sans avoir les moyens de se défendre.

i586. Je ne ferai point ici le détail des exploits de l'un et de l'autre parti durant les années i585 et i586 , parce que je n'y remarque rien de fort considérable.

Le roi Le roi Henri III s'ennuyoit extrêmement

HenrilII , r . . , , ,

haïssoit de cette guerre , qui se raisoit a ses dépens etieshu. et à son grand préjudice , puisque l'on dis-

gnenots , . .

et nai- putoit sa succession , lui vivant et se por—

moit que *■ . ' , . fm%

«es favo- tant bien , et qu on le consideroit déjà comme un homme mort. Il n'aimoit ni l'un ni l'autre parti ; mais il chérissoit si fort ses favoris, étrange aveuglement ! qu'il eut bien désiré, s'il eût été en son pouvoir, de partager son état entre eux. La ligue , de son côté, prétendoit avoir assez de force pour l'emporter ; et le roi de Navarre s'attendoit bien qu'il romproit les desseins des uns et liarei- des autres. La reine mère, ayant d'autres

s'entre- vues pour les enfants de sa fille mariée au

metd'ac- , - T . - . ,

comrao- duc de Lorraine , promit au roi de trouver

dénient 1 , A

avec le les moyens de calmer toutes ces tempêtes.

Navarre. Pour cet effet, elle procura une trêve avec le

roi de Navarre, pendant laquelle on moyenna

Leur en- une entre vue d'elle et de lui au château de

trevue et . . t . ,.

conféren- Samt-brix , près deCoignac , où îlsseren*

ceàSaint- . r . ,

Brix. dirent l'un et l'autre au mois de décembre. Il y eut bien de la peine à trouver des su-

retés pour l'un et pour l'autre , mais parti- i586. ticulièrement pour la reine mère , parce qu'elle étoit merveilleusement défiante. No- Belle ac-

i a tion , et

tre lieros fit sur cela une action de grande ^en §é-

°^ néreuse ,

générosité. Voici comment. Il avoit été de. ce

0 prince.

accordé une trêve pour la sûreté de ce pourparler ; de sorte que si l'un des deux partis l'eut rompue , il eut été en faute , et on eut pu arrêter avec justice tous ceux qui en étoient, Qr , quelques gens du roi de Navarre , feignant d'être traîtres , avoient leurré des^capitaines catholiques , trop ardents au butin , de quelque intelligence sur Fontenay , qu'ils leur eussent laissé prendre. Par ce moyen , les catholiques fussent demeurés convaincus de perfidie , et il y eut eu sujet d'arrêter la reine mère. Mais ce généreux prince , ayant eu le vent de cette supercherie , s'en fâcha fort contre ceux qui la tramoient , et leur défendit de la continuer. N'étoit-ce pas avoir en effet les véritables sentiments de l'honneur dans le fond de l'âme , et non pas à l'extérieur seulement? J^

Comme il témoigna sa générosité en cette ■£ Jj^ rencontre , il fît voir sa fermeté et la force f0"{eda!^ de son esprit dans toute la conférence. La j£»féren,

1686. reine lui demandant qu'est-ce qu'il vouloit , il lui répondit , en regardant les filles qu'elle avoit amenées : « Il n'y a rien là « que je veuille , Madame ; » comme lui voulant dire par là qu'il ne se laisseroit plus piper à de semblables appâts. Elle tâchoit surtout de le désunir d'avec les autres chefs de son parti , ou de le rendre suspect , lui offrant tout ce qu'il demanderoit en son particulier ; mais il connut bien sa ruse , et tint ferme sur ce point , qu'il ne pouvoit rien traiter sans en communiquer à ses amis.

Après un long entretien , comme elle lui demanda encore si la peine qu'elle avoit prise ne produiroit aucun fruit , elle qui ne souhaitoit que le repos , il lui répondit : « Madame, je n'en suis pas cause ; ce n'est » pas moi qui vous empêche de coucher » dans votre lit , c'est vous qui m'empêchez » de coucher dans le mien ; la peine que » vous prenez vous plaît et vous nourrit : » le repos est le plus grand ennemi de » votre vie. »

Il fit plusieurs autres reparties fort vives et fort spirituelles : mais on remarqua sur toutes celle qu'il fit au duc de Ne ver s , de

la maison de Gonzague , qui accompagnoit i586. la reine mère. Ce duc s'avança une fois de lui dire qu'il seroit bien plus honorablement auprès du roi que parmi des gens où il n'avoit point d'autorité , et que s'il venoit à avoir affaire d'argent à La Rochelle , il n'auroit pas le crédit d'y faire un impôt. Il lui repartit fièrement : « Monsieur , je Beiicre- » fais à La Rochelle tout ce que je veux, cine de

, . . Nevers.

» parce que je n y veux rien que ce que je » dois. »

Cette conférence de Saint-Brix n'ayant Lacon-

*' férence

donc abouti qu'à de nouvelles aigreurs , et de samtla reine mère s'en étant retournée , les touiit à

,rV - ' • rien.

Guise, qui tentoient toutes sortes de moyens pour se venger des favoris , firent offrir leurs services au roi de Navarre; et le duc de Mayenne lui manda qu'il y avoit lieu d'accommoder les choses , s'il y vouloit entendre ; qu'il iroit le trouver avec quatre chevaux partout oii il voudroit , et qu'il lui donneroit sa femme et ses enfants en otage. Cette négociation n'eut point de suite, et je n'ai pu trouver quel fut le sujet qui l'interrompit. Banses Les cours des deux rois passèrent le rRte ^ s,il^ de l'hiver en festins et en danses ; car parmi (,°"1 d

1 deux Ml

8o HisTOIRE

i586. les misères et les troubles de l'Etat, la reine Catherine avoit introduit cette habitude de danser en tous lieux et en toutes saisons ; ce qu'elle faisoit, disoit-on , pour amuser ses enfants et les autres grands de la cour dans ces vains divertissements , n'y ayant rien qui dissipe davantage l'esprit, et qui soit plus capable , s'il faut ainsi dire , de dissoudre les forces de l'âme , que le son ravissant des violons, l'agitation continuelle du corps et les charmes des dames. A l'exemple de la cour , le bal et les mascarades régnoient dans tout le royaume ; et même les remontrances des ministres n'avoient su empêcher qu'on ne dansât chez la plupart des seigneurs huguenots , quoiqu'il y en eut toujours quelques-uns qui ne le pouvoient souffrir *.

1687. Au printemps , les entreprises recommencèrent de part et d'autre , mais ce n'étoit rien en comparaison de ce qui se fit sur L'armée la fin de la campagne. Les princes protes— testants tants d'Allemagne envoyoient une armée

allemands

entre en " — ' — ~" — —————

France.

J- Biaise de Mont lue, maréchal de France , qui écrivoit en ce temps-là , dit dans ses Mémoires qu'il falloit , quelque nflfe'ire^u'il y eût , que le bal marchât toujours.

au secours des huguenots , composée de 1587. cinq mille lansquenets , seize mille Suisses et six mille reistrës. Elle traversa la Lorraine et la Champagne , puis passa la Seine \ et marcha vers la Loire , comme si elle eût voulu la passer ou la côtoyer en remontant. Au même temps le roi de Navarre avoit ramassé ses troupes vers La Rochelle , et s'efforçoit de venir au-devant d'elle jusque sur les bords de la Loire ; mais il en étoit empêché par une armée du roi , que commandoit le duc de Joyeuse, qui avoit ordre de le suivre partout. Le duc de Guise ayant aussi recueilli les forces de E]le est

** m t suivie

son parti ? quoiqu'elles fussent petites , sui- Par le voit tantôt les reistres , tantôt les côtoyoit Gu ou les devançoit, et se mêloit souvent parmi eux sans beaucoup de danger , d'autant que ce trop pesant corps d'étrangers ne se pouvoit pas facilement remuer , étant embarrassé d'un grand bagage , n'ayant pas de chef assez accrédité ni assez intelligent pour le conduire, et tous ses capitaines étant en discorde et mauvaise intelligence.

A cause de tous ces défauts , cette armée ne sut jamais prendre une bonne résolution. La Loire étoit guéable en cent endroits ,

juise.

1687. car c 'étoit sur la fin de septembre , et néan- Eiie ne moins elle ne la voulut point passer , mais qui vaii- vint s'étendre dans lfcs campagnes de Beauce j attendant des nouvelles du roi de Navarre ? au lieu de monter dans leNivernois Le roi et de gagner la Bourgogne. L'intention du vane la roi de Navarre étoit de monter le long de joindre; ]a Dordogne , et de là entrer en Guienne ;

imis le °

duc de pUjs y ayant recueilli toutes ses forces, aller

Joyeuse * «/ «/

a une ar- rencontrer l'armée des protestants enBour-

mée qui *

lui fait gogne, à la faveur des provinces qui lui étoient amies. Le duc de Joyeuse le poursuivoit opiniâtrement , s'imaginant qu'il fuyoit , parce qu'en effet il évitoit le combat ? n'ayant pour but que la jonction des Allemands.

Ce nouveau duc étoit bien déchu de sa faveur auprès du roi , qui avoit reconnu qu'il inclinoit du côté de la ligne , non pas qu'il aimât les Guise , mais parce qu'il s'étoit laissé mettre dans la tête , par ses flatteurs , qu'il méritoit d'être le chef de ce grand parti ; et il tenoit la destruction des huguenots si certaine , qu'il avoit obtenu du pape la confiscation des terres souveraines de notre Henri. Désirant donc soutenir sa réputation et sa faveur, qui étoient

fort chancelantes, il le talonna si vivement , i587. qu'il l'atteignit auprès de Coutras. l'atteint*

L'armée de Joyeuse étoit , pour ainsi ^condire , toute d'or , brillante de clinquant , trasd'armes damasquinées , de plumes à gros éJ^fa"! bouillons , d'écharpes en broderie , de ca- jn0éeeus^ saques de velours , dont chaque seigneur , selon la mode de ces temps-là , avoit paré ses compagnies. Celle du roi de Navarre Quelle étoit toute de fer , n'ayant que des armes le de grises , et sans aucun ornement , de grands collets de buffle , et des habits de fatigue. La première avoit l'avantage du nombre, six cents chevaux et mille hommes de pied plus que l'autre, la moitié de son infanterie d'arquebusiers à cheval , sa cavalerie presque toute de lanciers , et plusieurs montés sur des chevaux de manège. Elle avoit pour elle le nom et l'autorité du roi, et l'assurance des récompenses ; mais elle étoit la moitié de nouvelles troupes ; elle manquoit d'ordre et de discipline ; elle avoit un général sans autorité , cent chefs au lieu d'un , et tous jeunes gens élevés dans les délices de la cour, avec beaucoup de cœur , mais sans aucune expérience.

L'autre , au contraire , étoit composée

1587. de toute l'élite de son parti , des vieux débris des batailles de Jarnac et de Monte ontour , de gens nourris dans le métier, endurcis par le choc continuel des adversités et des combats ; elle avoit à sa tête trois princes du sang; le premier d'entre eux bien obéi et révéré comme présomptif héritier de la couronne , l'amour des soldats , et l'espoir des bons François : outre cela , elle étoit armée de la nécessité de vaincre ou de mourir , qui est plus forte ni que l'acier , ni que le bronze.

son ex- Les ordres donnés , le roi de Navarre

hortalion

k son ar- appela tous ses chers , et de dessus une

niée et '* . , . -111 i

aux prin- petite emmenée il les exhorta en peu de

ces du â . 11% 1 • »

sang. paroles , mais convenables a sa qualité et au temps , prenant le ciel à témoin qu'il ne combattoit point contre son roi, mais pour la défense de sa religion et de son droit. Puis s 'adressant aux deux princes du sang Condé et Soissons : Je ne vous dirai rien autre chose , leur dit-il , sinon que vous êtes de la maison de Bourbon; et vive Dieu , je vous montrerai que je suis votre aine.

Sa valeur brilla ce jour - là par - dessus celle de toutes les autres. Il avoit mis sur

son casque un bouquet de plumes blanches, i587. pour se faire remarquer , et parce qu'il aimoit cette couleur ; de sorte que quelques-uns se mettant devant lui , à dessein de défendre et couvrir sa personne , il leur cria : A quartier , je vous prie , ne irtof- {^ va~ Jusque z pas , je veux paraître. Bravoure kaTonw nécessaire tout — à- fait à un conquérant, mais qui sans doute seroit une témérité et une faute insupportable à un roi bien établi. Il enfonça les premiers rangs des ennemis, fit des prisonniers de sa main, et en vint jusqu'à colleter un nommé Château-Regnard , cornette d'une compagnie de gendarmes, lui disant : Rends-toi , Philistin.

La bataille gagnée , quelqu'un ayant vu les fuyards qui fais oient halte , lui vint dire que l'armée du maréchal de Matignon paroissoit. ïl reçut cette nouvelle comme un nouveau sujet de gloire , et se tournant bravement vers ses gens : Allons , dit-il , mes amis , ce sera ce qu'on n'a jamais vu , deux batailles en un jour.

Ce ne fut pas seulement sa valeur qui se fit admirer en cette occasion , ce fut aussi sa justice , sa modération et sa clémence. Pour sa justice, on raconte ce qui suit.

ï587. Ii avoit débauché une fille d'un officier Action de La Rochelle; ce quiavoit déshonoré cette de §jus- famille , et fort scandalisé les Rochellois. d'humiii- Un ministre , comme les escadrons étoient lienne?" prêts d'aller à la charge , et qu'il falloit faire la prière , prit la liberté de lui remontrer que Dieu ne pouvoit pas favoriser ses armes , si auparavant il ne lui demandoit pardon de cette offense, et s'il ne réparoit le scandale par une satisfaction publique, et ne rendoit l'honneur à une famille à qui il l'a voit ôté. Le bon roî écouta humblement ces remontrances , se mit à genoux , demanda pardon à Dieu de sa faute , pria tous ceux qui étoient présents de vouloir servir de témoins de sa repentance , et d'assurer le père de la fille que, si Dieu lui faisoit la grâce de vivre 5 il répareroit , tout autant qu'il pourroit , l'honneur qu'il lui avoit ôté. Une soumission si chrétienne tira les larmes des yeux de toute l'assistance, et il n'y en avoit pas un qui n'eût donné mille vies pour un prince qui se portoit si cordialement à faire raison à ses inférieurs.

S'étant ainsi vaincu lui-même , Dieu le rendit vainqueur de ses ennemis; et que

sait - on s'il ne l'exalta pas pour s'être hu- »587milié si chrétiennement ! L'armée ennemie Bataille fut toute taillée en pièces , avec perte de tra^nii cinq mille hommes , de son canon , bagage , enseignes , et de tous ses chefs , hormis deux ou trois, entre autres du duc de Joyeuse et de Saint — Sauveur Joyeuse

J y est tué.

son frère , qu'on trouva étendus sur la place.

Le soir notre vainqueur, trouvant son logis tout plein de prisonniers et de blessés de l'ennemi , fut contraint de faire porter son couvert dans celui du Plessis-Mornay ; mais le corps de Joyeuse étant étendu sur la table de la salle, il fallut qu'il montât en haut ; et là , durant qu'il soupa, on lui présenta les prisonniers , cinquante - six enseignes de gens de pied , et vingt - deux guidons et cornettes.

Ce fut un beau et glorieux spectacle pour ce prince d'avoir sous ses pieds son ennemi , qui avoit obtenu du pape la confiscation de ses terres ; de voir sa table environnée de tant de nobles captifs , et sa chambre toute tapissée d'enseignes. Mais, à dire vrai , c'en fut un bien plus agréable aux âmes généreuses , que parmi tant de

1SS74 sujets de vanité et d'orgueil , et dans de si

justes ressentiments des injures atroces

qu'on lui avoit faites ( choses qui portent

les esprits les plus doux à l'insolence et

à la cruauté ) , on ne remarqua ni en son

dératToT VlSage> ni en ses paroles, ni en ses actions,

menceié" aucun signe qui fît voir que sa constance

merveii- ou sa foo^é fussent tant soit peu altérées.

leuse I

dans sa j^u contraire , se montrant aussi courtois

victoire» 7

et humain dans la victoire qu'il s'étoit montré brave et redoutable dans le combat , il renvoya presque tous les prisonniers sans rançon , rendit le bagage à plusieurs , prit grand soin des blessés , donna les corps de Joyeuse et de Saint-Sauveur au vicomte de Turenne , qui les lui demanda , étant leur parent, et dépêcha le lendemain son maître des requêtes vers le roi , pour le supplier de lui vouloir donner la paix. D'où l'on jugea dès lors qu'un si grand courage viendroit à bout de. tous ses ennemis , et que rien ne seroit capable de renverser celui qu'une telle prospérité n'avoit pas seulement ébranlé.

11 ne la On le blâma néanmoins de n'avoir point et°Upour- poursuivi chaudement sa victoire , et d'aquo1' voir laissé rompre cette armée triom—

DE HENRI - LE -Gfc ÀND. 8o

pliante, faute de l'avoir employée ensuite 1687. à quelque grand exploit. On crut , et il y avoit bien de l'apparence , qu'il n'a voit pas voulu pousser les choses si avant, de peur de trop offenser le roi , avec lequel il désiroit encore garder quelques mesures , espérant toujours qu'il se pourroit réconcilier avec lui , et retourner à la cour, oii il avoit besoin d'être présent , pour être en passe de prendre la couronne si Henri III venoit à mourir. Enfin , soit pour cette raison , ou pour d'autres , il se retira en Gascogne , et de là en Béarn , sous prétexte de quelques affaires , n'emmenant avec lui que cinq cents chevaux, et le comte de Soissons , qu'il retenoit auprès de lui par ,'espérence de lui faire épouser sa sœur. Le prince de Condé s'en retourna à La Rochelle, et Turenne en Périgord.

Cependant cette grande armée de reis- Défaite très ayant reçu plusieurs échecs en divers endroits , mais spécialement à Auneau en Beauce , où le duc de Guise tua ou fit prisonniers trois mille reistres , puis au pont de Gien , où le duc d'Epernon prit douze cents lansquenets et presque tout le canon 7 entendit volontiers à un accom-

des reij très.

1587. modement que le roi lui fit proposer, et Leresie après cela se retira par la Bourgogne et mée aile- par le comté de Montbelliard , mais tou-

raancle se m ...

retire, jours poursuivie jusque bien avant dans

ce comté par le duc de Guise.

Pronos- Sur cela commença Tannée i588, que maihems tous les astrologues judiciaires avoient ,

de l'an -, , . , , .,

i558. dans leurs pronostics , appelée la merveilleuse année, pour ce qu'ils y prévoyoient si grand nombre d'accidents étranges , et tant de confusion dans les causes naturelles , qu'ils avoient assuré que si elle ne voyoit la fin du monde , elle en verroit au moins un changement universel.

Leur pronostic fut secondé par quantité d'effroyables prodiges qui arrivèrent par toute l'Europe. En France , la terre trembla tout du long de la rivière de Loire , et en Normandie aussi. La mer fut battue six semaines durant de tempêtes qui sembloient vouloir confondre le ciel et la terre, Il parut en l'air divers fantômes de feu, et le 24 de janvier Paris fut couvert d'un si effroyable brouillard, qu'il n'y avoitpoint de si bons yeux qui pussent rien voir en plein midi , sinon avec l'aide des flambeaux.

Tous ces prodiges sembloient signifier ce

qui arriva bientôt, la mort du prince de i588, Condé, les barricades de Paris, le renversement de tout ce royaume , le meurtre des Guise , et ensuite le parricide de Henri III,

Quant au prince de Condë . , il mourut Moridu

i < c ' 1 i-> a t prince de

au mois de mars a oaint-Jean-d Angely, Condé. où il faisait alors sa résidence. Quoiqu'il y eût une secrète jalousie entre lui et le roi de Navarre , jusqu'à faire deux brigues Le .roi dans le parti , si est - ce que ce roi ressentit varre en

1 * A est fort

cette perte avec une extrême douleur , et affli§és'étant enfermé dans son cabinet avec le comte de Soissons , il fut ouï en jeter les hauts cris, et dire qu'il avoit perdu son bras droit. Toutefois , après que sa douleur se fut évaporée , il recueillit ses esprits ; et jetant toute sa confiance en la protection divime , il sortit avec un cœur plein d'une assurance chrétienne : Dieu est mon re- -Mai5

dans son

fuge et mon support : c'est en lui seul ^cque f espère , je ne serai point con- mefcfi J* fondu. en Dicu-

C'étoit véritablement une grande perte pouji- lui ; il av#it désormais à supporter lui seul tout le poids des affaires : et étant dénué de cet appui , il demcuroit plus

1688. exposé aux attentats de la ligue , laquelle n'avoit qu'à faire un semblable coup en sa personne pour être au - dessus de toutes ses affaires. Il avoit donc juste sujet de craindre ses attentats. Toutefois le duc de Guise avoit le cœur si noble et si grand, que , tandis qu'il vécut , il ne voulut jamais souffrir que l'on prît de si détestables voies.

La ligue La hardiesse de la ligue s'accrut merjouit. veilleusement par la mort du prince ; elle en témoigna des réjouissances extraordinaires , et publia que c'étoit un coup de la justice de Dieu et des foudres apos—

Les hu- toliques. Les huguenots, au contraire,

guenots x O ' '

s'enaffli- en étoient dans une consternation extrê-

geut.

me , considérant qu'ils avoient perdu en lui leur chef le plus assuré , parce qu'ils croyoient qu'il *é toit fort persuadé de leur religion , et qu'ils n'a voient pas la même opinion du roi de Navarre. En effet , la confusion et le désordre étoient si grands parmi eux, qu'il sembloit que si on eût continué de les pousser fortement , on les SenUr auroit bientôt abattus. Le -roi les haïssoit

raents de

Henriin cruellement , et y eût volontiers consenti j mais il vouloit ménager les choses de telle

DE HENRI -LE- GK AND. g3

sorte que leur destruction ne fut pas Fa- i;>88. grandissement du duc de Guise , et sa perte de lui-même. Mais ce duc, n'ignorant Le duc

1 m . . de Guise

pas ses intentions , le pressoit continuel- le presse lement de lui donner des forces pour donner

des for-

achever d'exterminer les huguenots , dans ces pour

. . extermi-

la ruine desquels il espéroit infaillibleixient ^r les envelopper le roi de Navarre. nots.

Il avoit cet avantage sur le roi , qu'il Le, duc

° . . de Guise

avoit acquis l'amour des peuples princi— est fort paiement par deux moyens : le premier Hennin étoit de s'opposer aux nouveaux impôts ; le second, de choquer toujours les favoris, et de ne fléchir jamais devant eux. Le contraire de cela avoit fait tomber le roi dans un extrême mépris , et avoit même refroidi quantité de* ses serviteurs. En voici un exemple :

Le roi avoit deux grands hommes dans D'Espison conseil , Pierre d'Espinac , archevêque Viiieroi de Lyon; et Viiieroi, secrétaire d'état, g mtd'af- Le duc d'Epernon , qui étoit fier et hau- aucw.de tain , les voulut traiter de haut en bas ; pourvoi ils se piquèrent contre lui , et pour cela se rangèrent d'affection au parti du duc de Guise; mais sans doute demeurant toujours , dans le cœur , très - fidèles aux

i58s. intérêts du roi et de la France , comme il a bien paru depuis , sj>écialement en la personne de Yilleroi.

Mau- Cependant le roi vivoit à son ordinaire

vaise

conduite dans les profusions d un luxe odieux , et

de Heu- '.•.,', . .

ri m. dans l'oisiveté dune retraite méprisable, passant son temps ou à voir danser ou à flatter de petits chiens dont il avoit grande quantité de toutes sortes , ou à faire parler des perroquets , on à découper des images , et autres occupations plus dignes d'un enfant que d'un roi .

Condui- Mais le duc de Guise ne perdoit point le

le et oc— A x •

cupation temps ; il se faisoit de nouveaux amis , en-

du duc '

deGuise. tretenoit les vieux , caressoit les peuples , témoignoit grand zèle aux ecclésiastiques , prenoit la défense de ceux qu'on vouloit opprimer , paroissoit partout avec l'éclat et avec la gravité d'un prince ; mais sans faste et sans orgueil. Les Parisiens étoient enivrés d'estime pour lui ; il n'y eut que le parlement presque tout entier et la plupart des autres officiers qui ne suivirent point ses mouvements , et qui conservèrent toujours l'affection qu'ils dévoient au service du roi. Il y avoit un nombre infini de gens qui avoient signé la ligue; et dans les seize quar-

DE HEN1ÎI-LE-GRAND. g5

tiers de Paris , comine on n'avoit pu gagner i588. les quarteniers , on avoitélu quelques-uns clés plus échauffés ligueurs , qui dévoient faire leur fonction, à cause de quoi on appela depuis à Paris les principaux de ce parti -, et leur faction , les Seize. Ce n'est pas qu'ils ce que ne fussent que seize , car ils étoient plus de que les dix mille , niais tous répandus dans les seize quartiers.

Or le roi ? incité principalement par le Henduc d'Epernon , résolut de châtier les plus veut châardent de ces Seize, qui en toutes occasions se montroient furieux ennemis de ce favori. Par ce moyen , il pensoit abattre la ligue , et ruiner entièrement la réputation et le crédit du duc de Guise. Il fit donc entrer secrètement des troupes dans Paris , et donna les ordres pour se saisir de ces gens-là.

Le duc de Guise en ayant avis accourt Ee duc de ooissonsou il etoit, résolu de périr plutôt accourt

-, • r> P°iU' les

que de laisser perdre ses amis. Ln un mot , défendre les barricades se font le io du mois de mai , ricades, jusqu'aux portes du Louvre , et les troupes du roi sont taillées en pièces ou désarmées. La reine mère , à son ordinaire , s'entremet d'accommodement ; mais le roi , craignant

Cj6 HISTOIRE

i588. d'être enveloppé , prend l'épouvante , et se Le mi retire à Chartres.

se retire

à rescliaiw La ligue, devenant maîtresse de Paris par La ligue ce moyen , s'empare de la Bastille , de l'Hômaîtrïï- tel-de- Ville , du Louvre et du Temple , rL! e a" change le prévôt des marchands et le lieutenant civil. Au même temps , elle s'assure d'Orléans , de Bourges , d'Amiens , d'Abbeville, de Montreuil, de Rouen, de Reims, de Châlons et de plus de vingt autres villes en diverses provinces. Les peuples crient partout : Vive Guise , vive le protecteur de la foi.

Les Pa- Le roi , non sans raison, en est fort irrité. députent Les Parisiens députent vers lui à Chartres , pour demander pardon ; mais avec cela ils demandent l'extirpation de l'hérésie. Tout le monde augmente ses frayeurs ; personne ne lui fortifie le courage. En cette détresse , il ne trouve point de plus sûr moyen d'écarter le danger qui le menaçoit , que d'essayer à désarmer ses sujets. Pour cet effet , L? roi il envoie un maître des requêtes au parle-

pardon- A *

ne tout., ment lui faire entendre que sa dernière in-

pourvu ' x

qui°n p° tention étoit d'oublier tout le passé, pourvu que tout le monde se remît dans son devoir, et de travailler soigneusement à la réforma-

risiens députe vers le roi à Chai lies

se les armes.

tion de son royaume , pour laquelle il trou- i588. voit bon d'assembler les Etats-généraux à la fin de l'année , oii l'on pourvoi roit à lui assurer un successeur catholique et du sang royal , protestant qu'il observeroit invioïa»* blement toutes les résolutions des Etats , mais qu'il vouloit qu'elles fussent libres et sans faction , et que dès ce jour-là tous ses sujets missent les armes bas.

Il fâchoit fort au duc de Guise de les po*ser ; il craignoit , s'il étoit sans défense , de demeurer à la merci de ses ennemis ? particulièrement du duc d'Epernon. Il suscita Le duc donc les Parisiens , par une célèbre dépu- demande tation , à demander la continuation de la siomVE-

-, , ? , . pernon-,

guerre contre les huguenots , et 1 expulsion qui enfin

j -• T , , . lui est ac-

de ce duc. i^e roi , après quelque résistance, cordée. lui accorda l'un et l'autre ; car il fit vérifier au parlement un édit très-avantageux en faveur de la ligue , et fort sanglant contre les huguenots , et il donna congé au duc d'Epernon, qui se retira dans son gouvernement d'Angoumois .

Après cela , le duc de Guise vint trouver Aprfes le roi à Chartres , sous la parole de la reine vint eu mère , y donna de grandes assurances de sa Chartres, fidélité , et reçut toutes les marques qu'il

i588. pouvoit souhaiter de l'affection du roi , jusque-là qu'il le fit grand-maître de la gendarmerie Françoise.

Cependant la ligue prend le dessus en toutes les provinces au-deçà la Loire , et Et^tsSde ^a^ nommer les députés des Etats à son Biois. gr(^ Au mois de novembre , les Etats s'assemblèrent dans la ville de Blois. Ce n'est pas ici le lieu d'en raconter toutes les intrigues. Enfin le roi, persuadé qu'on avoit con- Mort spire de le détrôner , y fit tuer dans le châsieors de teau le duc de Guise et le cardinal son frère , et retint prisonniers le cardinal de Bourbon, l'archevêque de Lyon , le prince de Joinville , qui , après la mort du père , s'appela duc de Guise , et le duc de Nemours , frère utérin du premier duc .

La reine mère , sous la parole de laquelle les Guise pensoient être en assurance , fut si touchée des reproches qu'on lui en faisoit , et des mépris du roi son fils , qui après cela croyoit n'avoir plus besoin d'elle , qu'elle Moiidc en mourut de douleur et d'ennui peu de

la reine A

cathed- jours après , regrettée de personne , pas dicis. même de son fils , et haïe universellement de tous les partis .

Plusieurs croyoient que s'il y eut jamais

d'action ambiguë et problématique , ce fut 1 588. celle-là. Les serviteurs du roi disoient qu'il LcsdiFy avoit été contraint par l'audace extrême jugemens des Guise ; et que s'il ne les eût prévenus , mort de ils l'eussent tondu et renfermé dans un cou- sieurs de vent. Mais la mauvaise réputation où il étoit , l'estime générale que ces princes avoient acquise , et les circonstances odieuses de ce meurtre , le faisoient paroître horrible $ même aux yeux des huguenots , qui disoient que cela ressembloit fort au massacre delà Saint-Barthélemi.

Notre Henri garda sagement la médio- Notre

- t i T, , , , , Henri en

cnîe dans cette rencontre. 11 déplora leur paria mort , et donna des louanges à leur valeur ; ment. mais il dit qu'il falloit bien que le roi eût eu quelques puissants motifs pour les traiter de la sorte ; qu'au reste les jugements de Dieu étoient grands , et sa grâce très-spéciale en son endroit , l'ayant vengé de ses ennemis sans qu'il y eût trempé ni la conscience ni la main ; et que souvent certains gentilshommes s 'étant offerts à lui avec une déterminée résolution d'aller tuer le duc de Guise , il leur avoit toujours fait connoître qu'il avoit cette proposition en horreur , et qu'il ne les tiendroit jamais en qualité de

i588. ses amis , ni de gens de bien , s'ils y pen-

soient davantage, n ne Sonconseil, étant assemblé sur cette grande nen dans nouvelle , trouva qu'il ne devoit rien chanduite. ger pour cela dans la conduite de ses affaires , pour ce que le roi , quand même il le voudroit , n'oseroit pas de quelques mois parler de paix avec lui , de peur de donner à croire qu'il auroit tué les Guise pour favoriser les huguenots ; tellement qu'il continua la guerre , et prit quelques places.

Cependant la suite des affaires lui frayoit

le chemin pour l'amener dans le cœur du

royaume , et le remettre à la cour , qui étoit

le poste qu'il devoit le plus souhaiter.

1589. Henri III s'étant amusé , après le meurtre

Hen- des Guise , à examiner les cahiers des Etats

fillls'é- t . .

tant trop a blois , au heu de monter promptement a

amusé à ■■-*•*

Eiois, la cheval , et de se montrer aux endroits ou sa rassure , présence étoit le plus nécessaire , la ligue, ragey qui d abord avoit ete étourdie d un si grand coup, reprit ses esprits. Les grandes villes , et principalement Paris , qui étoient possédées de cette manie , ayant eu loisir de se remettre de leur consternation, passèrent de la peur à la pitié , et de la pitié à la fureur. Les Seize élurent à Paris le duc d'Aumale

pour leur gouverneur ; les prédicateurs et 1689. les gens d'église se déchaînèrent horriblement contre le roi ; le peuple arracha ses armes partout où il les trouva , et les traîna dans la boue; le parlement, qui vouloit LepêU, s'opposer à cette rage , fut emprisonné à êST^mla Bastille , par BussiLe Clerc, simple pro- J™ bÏ£ cureur , mais fort accrédité parmi les Seize : BuSiïï il fallut , pour être mis en liberté , qu'il Clerc* prêtât serment à la ligue; et au sortir de sortirai la Bastille , il y en eut plusieurs qui conti- prêter** nuèrent de tenir le parlement à Paris , et les aTaTigue. autres se dérobèrent peu à peu , et allèrent une Partrouver le roi, qui transporta le parlement meur^I à Tours , où ils tinrent leur séance jusqu'à l'autre e la réduction de Paris, l'an 1594. Ceux-ci ver^ie^ témoignèrent sans doute plus de fidélité à îesVnm"leur roi ; mais ceux qui demeurèrent à Paris Tours. l lui rendirent après de bien plus grands services , comme nous le marquerons en son lieu.

La veuve du duc de Guise j>résenta sa requête à ceux-ci , pour informer de la mort de son mari , et demanda des commissaires pour faire le procès à ceux qui s'en trouveroient convaincus. Elle eut des conclusions favorables du procureur-général , et

i58g. Ton procéda fort avant sur ce sujet, même Ceux du contre la personne de Henri III : mais je ne

parle- . , . ,, .

ment qui puis pas dire jusqu a quel point , parce que rentàPa- les feuilles furent arrachées des registres du le procès parlement , quand le roi Henri-le-Grand

à Henri L , *7'.

m. rentra dans Fans.

Belle ré- On ne sauroit assez détester de semblafaire aux blés révoltes contre le souverain : mais ces exemples lui doivent bien apprendre qu'encore qu'il tienne sa puissance d'en haut , néanmoins l'obéissance dépend du caprice des peuples , et qu'il doit se conduire de telle sorte qu'il n'attire pas leur haine : autrement , puisque les hommes ont bien l'audace de blasphémer contre Dieu , comment ne l'auroient-ils pas de se révolter contre lesj'ois.

Henri Sur ces entrefaites , Henri III apprit que cxcom- Ie pape Sixte Y l'avoit excommunié pour le par" six- meurtre du cardinal de Guise. Ce grand embrasement s'alluma en peu de temps Le duc d'un bout à l'autre de la France. Le duc de Mayenne Mayenne , qui étoit à Lyon pour faire la deTaUre guerre aux huguenots de Dauphiné , étant gneU,ae°îa -averti par un courrier de Roissieu son se-

Chanrpa- r. ■ • ' • . i * i * a i

g„e , « t cretaire , qui prévint celui du roi , sort de rarL ' cette ville-là , vient en son gouvernement de

DE IIENRI-LE-GRAND, I o3

Bourgogne , s'assure de Dijon et de la pro- 1589-, vince ; de là passe en Champagne , qui lui tend les bras; puis à Orléans, qui s'étoit déjà révolté , et à Chartres , que ses approches font aussi soulever ; et enfin il vient à Paris . Les Seize , et plusieurs de ses amis , étoient d'avis qu'il prît le titre de roi , lequel ils lui eussent fait donner par le conseil que la ligue avoit établi ; mais il le refusa , et se contenta de celui de lieutenant-général de l'Etat et Couronne de France , qu'il prit , 11 prend

- i a \ r r * - *a qualité

comme si le trône eut ete vacant. Aussi de Heu-

. , n tenant—

rompit-on les sceaux du roi , et 1 on en fit générai

d, , .. A , ,„,,, , de l'Etat

autres , ou , d un cote f etoit 1 ecu de et cou-

il* a - 1 ronne de

t rance , et de lautre un trône vuide ; et France ,

,,. , ,9 , et on

pour 1 inscription a 1 entour, le nom et la rompties qualité du duc de Mayenne , en cette sorte : du roi. Charles , duc de Mayenne, lieutenant de VEtat et Couronne de France,

Toute la France prenant parti en cette occasion , et quasi toutes les villes et provinces du royaume se rangeant du côté du duc de Mayenne , le* roi eut peur d'être en-* Henri veloppé à Blois , et se retira à Tours. Il ne peur, et

1 * . se retire

lui restoit plus qu'un moyen de se défendre à Tours, contre tant de périls qui l'alloienfc environner ; c'étoit d'appeler à son secours îc roi de

Jo4 HISTOIRE

1589. Navarre, qui avoit cinq ou six mille hommes , vieux soldats , et fort affectionnés. 11 n'osoit le faire , de peur de passer pour fauteur des hérétiques , et d'encourir le blâme de violer des édits qu'il avoit si solennellement jurés dans les Etats de Blois contre

11 tâche les huguenots. Il tenta donc toutes sortes

vam

d'apaiser de voies pour apaiser le ressentiment du

le duc de -, -, ~»

Mayenne duc de Mayenne , et lui offrit des conditions trës-avantageuses : mais quelle assurance , disoient les ligueurs , ce duc pouvoit-il jamais prendre, ses frères ayant été tués de la sorte qu'ils l'avoient été ? Ainsi ? comme il ne voulut écouter aucune proposition d'accommodement , Henri III fut contraint de se tourner du côté du roi de Navarre.

11 aP- Ce prince , avant toutes choses , voulut

pelle en- . i * *< 1 t *

lin le roi avoir un passage sur la rivière de JLoire, vane/etOn lui donua la ville de Saumur , où il s'aumur.0 établit gouverneur Le Plessis-Mornay, qui fortifia le château , et en fit comme la tête des places du parti huguenot. S'étant ensuite de cela approché de Tours , ses vieux: capitaines huguenots le retinrent quelque temps dans la défiance , et l'empêché rent d'aller voirie roi, duquel ils craignoient ,

DE HENRI - LE -GRAND. I o5

disoient-ils , qu'en un temps où une trahi- 1589. son lui étoit si nécessaire pour se tirer du Le roi labyrinthe où Faction de Blois l'avoit jeté , varreest il ne voulût acheter son absolution au prix par ses de la vie du roi de Navarre. commet-

Le duc d'Epernon , qui étoit revenu en foi cour pour servir son maître au besoin , et le maréchal d'Aumont , avoient beau le presser , et lui donner leur parole , ses amis ne pou voient consentir qu'il s'exposât ainsi à la foi d'un prince qui ? à ce qu'ils croy oient, n'enavoit guère. Véritablement leurs craintes étoient justes , et notre Henri les avoit N6an sans doute aussi bien qu'eux ; toutefois

moins il ? se résout

après qu'il eut bien considéré qu'il s'agis- quoiqu'il

en puisse arriver.

soit de sauver la France , de servir son roi , et de s'ouvrir un chemin pour défendre la couronne qui lai appartenoit , il résolut de tout hasarder, et de se résigner entièrement à la sainte garde du souverain protecteur des rois..

La ville de Tours est située comme dans une île , un peu au-dessus du lieu où la rivière de Cher se mêle avec la Loire , ayant côtoyé ce grand fleuve trois ou.

quatre lieues. Les gens du roi de Navarre ne vouloient pas qu'il s'engageât entre ces

Io6 HISTOIRE

i58g. rivières , mais que l'abouchement se fit audelà du Cher. Il l'emporta presque lui seul contre eux tous ; néanmoins, pour les contenter, il fallut qu'il tînt conseil sur le bord de la rivière , et qu'il permît à ses capitaines de la passer les premiers , comme

il passe pour sonder le gué. Il passa après eux, eFetiaX et arriva au Plessis - lès - Tours sur les cher. e trois heures de Faprès - midi, en habit de guerre, tout crasseux et tout usé de la cuirasse, lui seul ayant un manteau , et tous ses gens étant en pourpoint , tout prêts d'endosser les armes , afin de montrer qu'il n'étoit pas venu pour faire sa cour, mais pour bien servir.

Il alla au-devant du roi , qui entendoit vêpres aux Minimes. La foule du peuple étoit si grande , qu'ils furent long ~ temps dans l'allée du Mail sans se pouvoir joindre,

S n en- Notre Henri , étant à trois pas du roi , se

trevue . % . l .

du roi et ieta a ses pieds , et s eriorca de les baiser :

de lui, à J . f

Tours, mais le roi ne voulut pas le permettre ; et, le relevant , l'embrassa avec grande tendresse. Us réitérèrent leurs embrassements trois ou quatre fois , le roi le nommant son très-cher frère , et lui appelant le roi son seigneur. On entendit alors pousser avec

DE HENfil-LE-CRAND. IO7

grande joie les cris de vive le roi ! que l'on i58p. n'avoit point ouïs depuis long - temps , comme si la présence de notre Henri eût fait renaître l'affection des peuples , qui sembloit éteinte pour Henri III .

Après que les deux rois se furent entre- n retenus quelque temps , celui de Navarre re- rivière ,

, . ., ni r» i et couche

passa la rivière , et alla loger au taubourg au fau- Saint-Symphorien ; car il avoit été obligé mais* 'le de le promettre ainsi a ces vieux nugue- main

, , 1 . 1 vientseul

nots , qui crurent qu on leur tendoit des revoir io

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pièges partout. Mais lui , qui etoit pousse d'un autre motif , et qui avoit ce généreux principe qu'il ne faut point ménager sa vie quand il y a quelque chose à gagner qui doit être, plus précieux à un grand courage que la vie même , sortit le lendemain dès six heures du matin , sans avertir ses gens ; et, passant le pont avec un page seulement, vint donner le bonjour au roi. Ils s'entretinrent long-temps en deux ou trois conférences , où le roi de Navarre donna de grandes marques de sa capacité et de son jugement. Leur résolution enibrésoigros fut de dresser une puissante armée ?!^i as pour attaquer Paris qui étoît la principale tête de l'hydre , et fa i soit remuer ton les

15B9. les autres ; ce qui leur seroit facile , pour ce que le roi attendoit de grandes levées du coté des Suisses, où il avoit envoyé Sancy pour cela ; joint que le dessein de ce siège étant publié , y attireroit infailliblement grand nombre de soldats et d'aventuriers , dans l'espoir d'un si riche pillage. Les deux rois ayant passé deux jours ensemble, celui de Navarre s'en alla à Ghinon, pour faire avancer le reste de ses troupes , qui refusoient encore de se mêler avec les catholiques .

Le duc Durant son absence , le duc de Mayenne, Mayenne îui s'étoit mis aux champs , vint donner deansur- dans ^e faubourg de Tours , pensant sur- Hemï6 prendre la ville , et le roi dedans , par ïw. k moyen de quelques intelligences. Le combat y fut fort sanglant, et peu s'en fallut que le dessein du duc ne réussît ; mais , comme après les premiers efforts il eut perdu l'espérance d'y rien gagner , il se retira tout doucement.

d Depuis , les troupes du roi étant merveil-

rois mai- leusement grossies , ils marchèrent con-

chent m ^ & '

versPa- i0intement lui et le roi de Navarre vers

ris avec '

leurs av- Orléans , prirent toutes les petites places

mées. * A *

d'alentour , delà descendirent en Beauce ,

DE HENRI - LE-GRAN D. log

et se rabattirent tout d'un coup vers Paris. i58g. Tous les postes des environs , comme Poissy , Etampes et Meulan , furent forcés ou obtinrent capitulation , dont ils ne voulurent pour sûreté que la parole du roi de Navarre, auquel ils se noient plus qu'à tous les écrits de Henri III. Aussi faisoit-il profession de tenir sa parole , même aux dépens de ses intérêts.

Considérez un peu le différent état où Grande ces deux rois s'étoient mis par leur con- réflexion duite différente : l'un , pour avoir souvent sur les manqué de foi , étoit abandonné de ses i«s tonsujets j et ses plus grands serments ne hLa

. -, . 111 et du

trouvoient jDomt de croyance parmi eux ; roi de l'autre, pour l'avoir toujours exactement gardée , étoit réclamé même par ses plus grands ennemis. En toutes occasions , il donnoit des marques de sa valeur , de son expérience au fait de la guerre , et surtout de sa prudence , et des nobles inclinations qu'il avoit à bien faire et à obliger tout le monde. On le voyoit à toute heure aux endroits les plus dangereux hâter les travaux , animer les soldats , les soutenir dans les sorties , consoler les blessés , et leur faire distribuer quelque argent. Il remar-

' quoittout, s'enquéroit de tout , et vouloit faire avec les maréchaux-de-camp tous les logements de son armée. Il observoit adroitement ceux qu'on faisoit dans l'armée de Henri III , où souvent reconnoissant des défauts , il n'en disoit rien , de peur d'offenser ceux qui les avoient faits , en découvrant leur ignorance ; et quand il se croyoit obligé de les marquer , il le faisoit avec tant de circonspection , qu'ils ne lui en s avoient point mauvais gré. Il n'étoit point chiche de louanges pour les belles actions , ni de caresses et de bon accueil envers tous ceux qui l'approchoient : il s'entretenoit avec eux quand il en avoit le temps , ou du moins les obligeoit de quelque bon mot ; de sorte qu'ils s'en alloient toujours satisfaits. Il ne craignoit point de se rendre familier , parce qu'il étoit assuré que plus on le connoîtroit , plus on auroit d'estime et d'affection pour lui. Enfin, la conduite de ce prince étoit telle , qu'il n'y avoit point de cœur qu'il ne gagnât , et qu'il n'avoit point d'ami qui n'eût volontiers été son martyr.

Paria Déjà Paris étoit assiégé , le roi s'étant icgé.as" logé à Saint-Cloud ? et le roi de Navarre à

Meudon , tenant avec ses troupes ce qui 1689, est depuis Vanvres jusqu'au pont de Charenton. Déjà Sancy étoit arrivé avec les levées des Suisses , et Ton travailloit aux ordres pour donner un assaut général , afin d'enlever les faubourgs de deçà la rivière. Le duc de Mayenne , qui étoit dans la ville avec ses troupes , attendant celles que le duc de Nemours lui de voit amener , étoit en grande appréhension de ne pouvoir soutenir le furieux choc qui se préparoit ; quand un jeune jacobin du couvent de Paris, nommé Jacques Clément, par une résolution aussi diabolique et détestable que déterminée , vint frapper le roi Henri III d'un coup de couteau dans le mHc™{ ventre, dont il mourut le lendemain. Si tué. Par

un jaco—

ce moine frénétique n'eût pas été tué sur- binle-champ par les gardes du roi,, on eut peut - être appris beaucoup de choses qui n'ont jamais été sues.

Le roi de Navarre étant averti, sur le Notre soir bien tard , de ce funeste accident et viêS" du danger oii étoit le roi, se rendit à son comme il logis , accompagne seulement de vingtcinq à trente gentilshommes. Y étant arrivé un peu auparavant qu'il expirât, il se

i58g. mit à genoux pour lui baiser les mains,

Ce que et reçut ses dernières embrassades. Le roi

«dit , et à le nomma par plusieurs fois son beau-frère

ceux qui , . . .

«toient et son légitime successeur , lui recoin— " manda le royaume , exhorta les seigneurs là présents de le reconnoître , et de ne se point désunir. Enfin , après l'avoir conjuré d'embrasser la religion catholique , il rendit l'esprit , laissant toute son armée dans un étonnement et dans une confusion qui ne se peut exprimer , et tous les chefs et capitaines , dans des irrésolutions et des agitations différentes , selon leurs humeurs, leurs attachements et leurs intérêts.

DE HENRI-LE-GR AND. Il3

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