LOUIS BOULANGER
Louis Boulanger était professeur de Tacadémie de dessin de Dijon , une place qu'occupa quelque temps Ziégler. Encore un des vaillants soldats de l'armée romantique qui est tombé loin du champ de bataille , — car , hélas ! le temps de ces belles luttes est passé, — et qui s'est éteint presque obscurément , après avoir commencé dans les éclairs et les rayons. A cette époque, les peintres et les poètes vivaient familièrement ensemble , et c'étaient d'un art à l'autre d'incessanis et profitables échanges. Le poëte prenait quelquefois le crayon et le peintre la plume. On causait vers dans l'atelier et tableaux dans le cabinet. Louis Boulanger était un esprit artiste et un esprit littéraire, et la nouvelle école ne comptait pas de plus fervent adepte. On comptait beaucoup alors sur son avenir, et ses brillants débuts autorisaient toutes les espérances.
Son premier tableau, Mazeppa, avait obtenu un grand succès. C'était une peinture fougueuse, pleine
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de hardiesse et de fierté, d'une couleur superbe, d'un maniement de brosse très-habile qui cherchait Rubens et Titien, et dont Taspect éblouissait les yeux habitués aux pâleurs de l'école classique. Il avait fait aussi deux grandes lithographies, sans doute difficiles à trouver maintenant, l'une qui représente le Massacre de la Saint-Barthélemi^ et l'autre la Ronde du sabbat d'après la célèbre ballade. La scène d'histoire n'était pas moins bizarre et fantastique que la scène légendaire, mais dans Tune et l'autre il y avait cette transformation de la réalité en chimère et cette entente des terreurs nocturnes qu'on ne rencontre que dans les Caprices de Goya. La Mort de Bailly, gigantesque tableau, de composition singulière etd'exécution farouche, dont le sujet moderne prêtait moins au talent moyen âge de Boulanger, suscita des critiques assez violentes. L'on cria à la laideur, à la monstruosité, et nous eûmes beau répondre comme les sorcières de Macbeth : « L'horrible est beau, le beau horrible, » le tableau n'eut pas le succès de Mazeppa. Il est vrai que Tartiste avait donné d'assez atroces têtes aux bourreaux de Bailly. Devéria, Boulanger, Delacroix, étaient encore des noms d'égale valeur. Mais seul Delacroix poursuivit sa route jusqu'au bout. Eugène Devéria s'arrêta après la Naissance de Henri /F, son début et son chef-d'œuvre, et Boulanger, plus tard, se prit à douter de lui-même et revint sur^ses pas comme pour chercher une autre voie.
Louis Boulanger avait un défaut bien rare^ l'admi.
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ration portée à l'excès. Il aimait tant les maîtres qu'il en oubliait sa propre individualif(f. Il passait de longues heures à les contempler, à les copier, à en parler. Tantôt c'était Rubens, tantôt c'était Véronèse, et puis Titien ; d'autres fois, franchissant les monts, il allait à Velasquez et à Goya. Les œuvres de Fart lui cachaient un peu les œuvres de la nature. Mais quelle finesse, quel tact, quel sentiment, quelle compréhension en face d'un tableau ou d'une pièce de poésie ! comme il en savourait les qualités et quelle joie sincère et lumineuse à la vue d'une belle chose!
On a étéun peu injuste envers Boulanger, et s'il a trop admiré, on ne Tapas admiré assez. C'était pourtant une magnifique peinture que le Triomphe de Pétrarque^ — et l'artiste méritait bien quelquesunes des fleurs que les jeunes filles effeuillaient devant le char du poëte. Renaud dans les jardins d^Armide^ les Noces de Gamache et les peintures faites pour la salle à manger de Froment-Meurice, étaient pourtant des merveilles de grâce et de couleur.
Un instant Boulanger eut la maladie du style, cette maladie qui prend les peintres à l'âge ci'itique et les fait rougir des audaces de la jeunesse ; mais uij voyage en Espagne, où nous eûmes le plaisir de passer quelques jours avec lui, l'avait retrempé et ramené aux saines doctrines romantiques, et, au dernier Salon, la Cour des Miracles et la Fête chez les bohémiens firent voir qu'il était bien toujours le
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Louis Boulanger de 1830. C'était, en outre, un eau* saur charmant, un poêle délicat et un linguiste habile ; il parlait le plus pur castillan et avec lui s'en est allé un des plus aimables compagnons de notre jeunesse.
11 mars 1867.
. Puisque nous avons prononcé le nom de Louis Foulanger, rectifions une petite erreur que nous avons commise à propos d'une œuvre du célèbre peintre romantique. Ce n'est pas dans la salle à manger de Froment-Meurice , mais bien dans celle de madame Malher, sœur du grand orfèvre , que Boulanger exécuta cette charmante décoration, d'une invention si spirituelle et d'une si riche couleur, à laquelle notre article faisait allusion.
Louis Boulanger est remplacé à Dijon par Cèlestin NanteuiF, un autre romantique, quiillustra de ses vignettes et ses frontispices les œuvres delà nouvelle école, taleïit d'une inépuisable fécondité, absorbé comme Achille Devéria par la lithographie, à laquelle il donna une couleur, un effet et un caprice qu'on n'a pas dépassés. Célestin Nanleuil, s'il ne s'est pas révélé tout entier comme peintre, a, par ses trop rares tableaux, montré qu'il était un artiste de
1 Au moment où nous mettons sous presse cette trop courte nolice, nous apprenons la mort de Célestin Nanteuil (septembre 1875). n était né en 1815.
race merveilleusement doué, à qui seulement le loisir a manqué pour développer ses qualités précieuses ; mais ce qu'il a fait suffit pour le mettre au rang le plus honorable. On n'a pas oublié la Source^ Dans les Vignes, un Rayon de Soleil, une Tentation, Souvenirs duj)assé, Ivresse^ Phœbé, toiles d'une composition ingénieuse, d'une couleur exquise et d'un effet original. On ne pouvait faire un m*eilleur choix et la nomination de Célestin Nanleuil sera accueillie avec faveur par tout le monde de l'art.
1" lïMti^s 1807.
NE EN t812. — MORT EN 18G7
Théodore Rousseau appartenait à celle grande génération de 1850, qui marquera dans l'avenir et dont on parlera comme d'une des époques climatériques de l'esprit humain. On eût dit qu'une flamme élait descendue du ciel, le même jour, sur des fronts privilégiés. Quelle ardeur, quel enthousiasme, quel amour de Tart, quelle horreur de la vulgarité et des succès achetés par de bourgeoises concessions ! Cha« cun se donnait tout entier avec son effort suprême et sa plus intense originalité. Toutes les natures étaient lancées à fond de train, et Ton se souciait peu de mourir, pourvu qu'on atteignît le but. L'art se renouvelait sur toules ses faces ; la poésie, le théâtre, le roman, la peinture, la musique formaient un bouquet de chefs-d'œuvre. Cabat avait découvert la nature sans aller bien loin. Le jardin Beaujon, le cabaret de Montsouris, la Mare aux canards, le Moulin de la galette, lui avaient suffi. Fiers, le maître de
Cabal, trouvait des paysages charmants aux environs d'Aumale. Théodore Rousseau, après s'êlre inspiré des coteaux de Sèvres et de Meudon, s'était aventuré jusqu'à la forêt de Fontainebleau, alors presque inconnue, et il y avait planté sa tente^Là il peignait des arbres, des rochers, des ciels, comme si Berlin, Bidault, Watelet, Michallon n'eussent jamais existé ; des arbres qui n'étaient pas historiques, des rochers où ne s'abritait pas la nymphe Echo, des ciels que ne traversait pas Vénus sur son char. Il rendait ce qu'il voyait avec son attitude, son dessin, sa couleur, ses rapports de ton, naïvement, sincèrement, amoureusement, ne se doutant pas que c'était là une audace presque insensée, et qu'il allait passer pour barbare, chimérique et fou. La vérité a ce privilège lorsqu'elle se montre dans sa saine nudité, au milieu de nos vaines apparences et de nos mensonges spécieux ; on la trouve indécente et l'on veut la faire rentrer dans son puits. Après avoir paru une fois au Salon, par surprise sans doute, Rousseau en fut exclu systématiquement pendant de longues années. L'Institut semblait craindre que ce feuille révolutionnaire ne renversât la société de fond en comble. A chaque refus d'admission, c'étaient dans la jeune presse d'alors des cris, des injures, des diatribes contre le jury, dont on ne saurait se faire une idée. Quelle consommation d'épithèles et de métaphores outrageantes! Nous-même nous étions, à l'endroit de ces pauvres jurés, d'une férocité qui nous fait sourire aujour-»
d'hui quand le hasard met sous nos yeux ces pages virulçntes, début obligatoire de tout Salon en ce temps. La forme était peut-êlre excessive, mais nous avions raison de défendre la liberté de l'art. Cependant Rousseau, sans se décourager, continuait à étudier la nature ; il allait la surprendre \e matin en déshabillé, quand elle croit que personne ne la regarde ; il Pépiait à sa sieste de midi et surlout au crépuscule, au moment qu'elle va s'endormir. Il ne la quittait même pas la nuit et la cherchait aux heures mystérieuses, à travers la demi-transparenco des ténèbres. De ces études d'une conscience si scrupuleuse, d'une observation si profonde, il taisait des tableaux pleins de hardiesse, de fougue et d'originalité, ajoutant, comme tout grand artiste, son âme à la nature. Ces tableaux, quelques amis seulement les connaissaient, et ils durent rester longtemps dans l'atelier, humiliés, poussiéreux et retournés contre les murs, comme pour cacher leur affront !
Heureusement il y avait en ce temps-là des jeunes gens doués du sentiment de Tenthousiasme et de l'admiration, qui s'éprenaient d'un talent et s'y dévouaient avec une sorte de fanatisme. Ils ne manquaient aucune occasion de vanter leur dieu, souvent un dieu inconnu, de le défendre, de l'exalter par-dessus tous les autres, d'injurier même un peu ses adversaires, de crier à l'injustice des juges et 5 la stupidité du siècle. Dans les ateliers, dans les salons, sur le boulevard, où se rencontraient les péripatéticiens de l'esthétique, ils lui recrutaient des
néophytes qu'ils menaient mystérieusement contempler le chef-d'œuvre repoussé. C'est ainsi que nous vîmes pour la première fois V Allée de châtaigniers^ de Théodore Rousseau. L'impression que produisit sur nous cette peinture si forte, si drue, d'une fraîcheur si vigoureuse, tout imbibée des sèves de la nature et des souffles de l'atmosphère, on peut facilement le comprendre. Trente ans n'ont pas affaibli le souvenir de cette surprise, et en retrouvant chez Khalil Bey le tableau devenu célèbre, nous avons éprouvé le même effet qu'autrefois. C^estpour notre âge mûr une vraie satisfaction que de n'avoir rien à réformer des admirations de notre jeunesse. Ce que nous avons trouvé beau jadis Test encoj^e et le sera probablement toujours, car pour beaucoup de ceux que nous aimions, la postérité a déjà commencé. Si la vie ne nous a pas tenu toutes ses promesses, l'art au moins, rendons-lui cette justice, ne nous a jamais trompé. Aucun des dieux que nous avons adorés n'est un faux dieu, et nous pouvons continuer à brûler devant eux un encens légitime. Hélas ! pourquoi faut-il que nous en jetions si souvent les grains sur la flamme d'un trépied funèbre !
Les tableaux d'un paysagiste n'ont pas, comme ceux d'un peintre d'histoire, de nom spécial qui les distingue. Il n'y a ni fait ni anecdote dans le paysage tel que le concevait Rousseau. -Les personnages n'y interviennent que comme d'agréables taches de couleur, et n'ont pas plus d'importance qu'ils n'en
offrent réellement an sein de la vaste nature, où l'homme disparaît si aisément. Sauf quelque particularité de site, Paysage est encore le meilleur titre qu'on puisse donner à un paysage, et c'est ce qui nous empêche de cifer ici les principales œuvres de Théodore Rousseau, comme il était si facile de le faire pour Ingres. La posiérité saura bien leur trouver des noms, comme pour Ruysdaél ou pour Hobbema.
Contrairement à la plupart des peintres, qui se confinent dans une manière qui devient reconnaissable comme une écriture, Rousseau est très-varié dans son œuvre ; il cherche la vérité par tous les moyens : tantôt il empale, tantôt il frotte; cette fois il procède avec la fougue de l'esquisse ; celte autre, il finit minutieusement ; aujourd'hui il choisit un site qu'il présente à une heure particulière, sous un aspect presque fantastique, comme en offre souvent la nature à ses contemplateurs assidus ; demain il reproduira avec bonhomie une campagne toute plate, accidentée d'un chemin communal, et hérissée de quelques maigres peupliers; ou bien il s'enfonce dans sa forêt chérie; il prend un chêne et en fait le portrait comme on ferait celui d'un dieu, d'un héros ou d'un empereur. Quelle majesté et quelle force active encore dans cet ancien de la forêt, dans ce* burgrave végétal, digne d'être chanté par Laprade, qui a vu les siècles tomber autour de lui comme les feuilles jaunes de l'automne! Il eût rendu des oracles à Dodone et fourni le gui sacré,
dans le bois druidique, à la faucille d'or d'une Velléda. La couleur intense de ce chef-d'œuvre s'est déjà agatisée, comme disent les experts et les connaisseurs, et ne changera pas plus désormais que celle d'une "mosaïque. Quoique profondément original et procédant directement de la nature, Théodore Rousseau avait cependant sa famille dans Part; il était un peu cousin à la mode de Brelagne de Gainsborough, de Constable, et surtout de ce peintre, peu connu sur le continent, que les Anglais appellent Old Crome (le vieux Crome). Rousseau dessinait bien et fidèlement, mais c'est surtout comme coloriste qu'il restera. A l'âge où Tartiste, jugeant sa jeunesse avec sévérité, prend la maladie du style, Théodore, grâce à sa incessante familiarité avec la nature et à son tempérament robuste, surmonta heureusement celle crise fâcheuse, resta lui-même et se contenta d'admirer, sans les copier, les paysages philosophiques du Poussin. Par une de ces analogies secrètes qu'on sent plutôt qu'on ne les raisonne, on peut dire que Théodore Rousseau élail le Delacroix du paysage.
Qu'on nous permelte de placer ici un souvenir personnel. Après avoir subi longlemps la persécution, celui qu'on appelait le grand refusé en était venu à être juré et môme président du jury. Des conditions plus équitables et plus libérales de jugement avaient permis cette transformation. L'ancien coupable, le condamné d'autrefois s'était assis à son tour surle fauteuil du juge. Le soin religieux, l'al-
tention soulenue, la compréhensive indulgence qu'il apportait a ces délicates fonctions, dont on ne peut apprécier la difficulté qu'après les avoir pratiquées soi-même, il n'est pas besoin de les dire, et lorsqu'une œuvre bizarre, outrée, extravagante de pensée ou d'exécution, nous passait sous les yeux, avant de prononcer le verdict de refus, Rousseau disait aux vieux de 1830, devenus comme lui membres du jury : « Prenons garde, messieurs ; nous ne sommes peut-être plus que des ganaches romantiques, clas- 'siques à notre façon. »
A l'une de ces séances, la dernière, nous sortîmes ensemble. Le paysagiste solitaire était un causeur remarquable ; il parlait bien de toutes choses et surtout de son art. Une vieille ardeur inexiinguible l'empêchait de sentir la fatigue, et après ce travail qui courbaturait les plus jeunes, il était animé, vaillant, prêt à la théorie, au paradoxe et à l'esthétique. Nous traversions lentement ces jardins où Ledoyen a installé sa cuisine, dans une villa pompéienne d'un assez bon effet, entrevue sous un rayon de soleil à travers des massifs de verdure. Un arbre d'un jet superbe et le tronc à demi enveloppé de lierre, comme une colonne, nous frappa, et nous le fîmes remarquer au grand artiste. Nous trouvions à cet arbre une élégance particulière, mondaine pour ainsi dire et fashionable. Il y a, disions-nous, des arbres sauvages, des arbrespaysans,des arbres bourgeois,des arbres dandies; celui-ci en est un. On peut le considérer comme un marquis de la végétation; on
dirait qu'il s'est formé aux belles manières en voyant passer sous son ombre le luxe du grand monde et du demi-monde, les voitures brillantes, les chevaux fringants, les toilettes tapageuses. Les arbres des parcs princiers ou seigneuriaux semblent porter des blasons. Sans doute la nature inculte vaut mieux, mais il y a un charme dans cette nature arrangée. Et pourquoi les paysagistes ne représentent-ils jamais un parc, un jardin, une villa avec son élégance agréable, quoiqu'un peu peignée? Théodore Rousseau répondit : « Cela est bien difficile. » Nous allâmes, tout en continuant le discours, au Cours la Reine, à FÉlysée et aux Tuileries : différents groupes d^arbres de la disposition la plus heureuse et d'une beaulé de formes qu'on «'aurait pas trouvée plus grande dans une forêt vierge, mais toujours avec un cachet aristocratique reconnaissable. Les grands yeux de Tarlisle s'étaient illuminés, et déjà le tableau se composait dans sa tête, et son doigt levé, suivant le contour des choses, en esquissait les principales lignes. Deux marronniers qui s'élèvent derrière la Diane chasseresse lui paraissaient propres à former le groupe central, ou, comme il le disait, le nœud de la composition. Ce rêve l'occupait déjà tout entier ; il voulait peindre Tarbre des cités après avoir si bien peint l'arbre des forêts, et, nous donnant une brusque poignée de main, il nous quitta en nous jetant ces mots : « Ce tableau, je le ferai. »
Ce tableau, il ne l'a pas fait. L'homme fait des
projets sans compter sur la mort, et nul n'est sûr d'achever la ligne commencée. Nous n'avons plus revu Théodore Rousseau. Qui eût pu croire que celte promenade charmante, entremêlée de causeries, d'études de la nature, de discussions amicales sur l'art, était le dernier entretien que nous aurions sur la terre? La journée était belle, tout souriait; Tarlisle, avec ses larges épaules, sa physionomie vigoureuse et colorée, sa barbe où se glissaient à peine quelques touches grises, semblait logiquement promis à une longue vie. Nul pressentiment funeste, rien qui présageât la séparation éternelle. Quelle chose douloureuse et mélancolique de penser que lorsqu'on se quitte, c'est peut-être pour toujours !
Maintenant Théodore Rousseau repose à Fontainebleau, dans ce cimetière où nous avons déjà mené Decamps, à travers la forêt, par une journée de printemps qui semblait rire de la douleur humaine. Il a voulu être enterré là, près de cette chaumière de Barbison, enfouie dans les fleurs et les plantes grimpantes, où il se plaisait, et qui ressemblait au cottage de Gainsborough. Que la nature donne un bon sommeil à son peintre favori, et que la forêt tant aimée lui verse une ombre fraîche découpée de soleil!
(Moniteur, 4 janvier 4868.)
FROMKNT MEURICE
Froment Meurice, frère dePaulM'eurice, le poêle, le dramaturge et le publiciste distingué, se rattachait à ce grand mouvement romantique qui, vers 1830, renouvela en France la face de l'art, et lit éclore des pléiades de poètes et d'artistes, comme la Renaissance du xvi^ siècle. — L'orfèvrerie avant cette époque ressemblait aux vers de tragédie -.froide, luisante, polie et banale, elle reproduisait les vieilles formes pseudo-classiques,et les surtouts qu'ellefabriquait auraient pu servir à la table d'Astrée pour manger des alexandrins de Crébillon ; les pierreries s'enchâssaient dans des montures plates pu des grecques symélriques auxquelles suffisait la main de Touvrier ; Targenteric affectait le genre anglais, — c'est tout dire. — Wagner, un grand artiste de la famille des Maso Finiguerra, des Benvenuto Cellini, du Ghiubetti, des Aldegraver, d'Albert Durer, com-
FROMENT MËURICE. 241
mença la révolution que Froment Meurice continua €t fit triompher.
Dans ce groupe éclatant de poêles, de peintres, de sculpteurs, de musiciens. Froment Meurice, et c'est un grand honneur, sera rorfévre; il cisèle l'idée que cette forte génération a chantée, peinte, sculptée, modelée ; il apporte au trophée de l'art du xix^ siècle une couronne aux brillantes feuilles d'or, aux impérissables fleurs de diamants. V. Hugo, dans une odelette charmante, l'a appelé le statuaire du bijou; Balzac, le Dante de la Comédie humaine, ne manque jamais d'attacher au bras de ses grandes dames ou de ses courtisanes, de ses duchesses de Maufrigneuse et de ses Aurélie Schuntz, un bracelet de Froment Meurice. Vous trouverez son nom toutes les fois qu'il s'agit de luxe intelligent, d'art rare et délicat dans les pages des poètes, des romanciers, des critiques. Si par hasard, la fortune heurte du pied le seuil d'un artiste qui n'a bu jusque-là que dans la coupe de l'idéal, il va commander tou\ de suite des seaux d'argent pour frapper le vin de Champagne à l'orfèvre habile digne de comprendre toutes les fantaisies.
Froment Meurice n'a pas beaucoup exécuté par lui-même, quoiqu'il maniât avec beaucoup d'adresse l'ébauchoir, le ciselet et le marteau. 11 inventait, il cherchait, il dessinait, il trouvait des combinaisons heureuses ; il excellait à diriger un atelier, à souffler son esprit aux ouvriers. Son idée, sinon sa main, a mis un cachet sur toutes ses œuvres. Comme
un chef d'orchestre, il inspirait et conduisait tout un monde de sculpteurs, de dessinateurs, d'ornemanistes, de graveurs, d'émailleurs et de joailliers, car l'orfèvre aujourd'hui n'a plus le temps de ceindre le tablier et de tourmenter lui-môme le métal pour le forcer à prendre des formes diverses. Pradier, David, Feuchères, Cavelier, Préault, Schœnwerk, Pascal, Rouillaud, ont été traduits en or, en argent, en fer oxydé, par Froment Meurice. Il a réduitleurs statues en épingles, en pommes de canne, en candélabres, en pieds de coupe, les entourant de rinceaux d'émail et de fleurs, de pierreries ; faisant tenir à la Vérité undiamant pour miroir, donnant des ailes de saphir aux anges, des grappes de rubis aux Érigones. Du reste, il ne cherchait à absorber la gloire de personne, sachant que la sienne se suffisait, et aux expositions il indiquait loyalement le nom de ses collaborateurs, artisans ou artistes.
Ce serait un long travail que de récapituler les œuvres si nombreuses qui ont valu à Froment Meurice la réputation qu'il laisse : surtouls, toilettes, aiguières, coffrets, écrins, châsses byzantines, ostensoirs, calices, coupes, boucliers, cachets, bagues, bracelets, colliers, tabatières; il a su varier à Tinfini ces créations fantasques du monde de Tornement où la femme jaillit du calice de la fleur, où la chimère se termine en feuillage, où la salamandre se tord dans un feu de rubis, où le lézard fuit sous des herbes d'émeraude, où Tarabesque embrouille à plaisir ses entrelacs et ses complications ; il a fait
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onduler, sous des néréides d'argent aux cheveux d'or vert» des flols de nacre, deburgau, de perles et de corail; sous les pieds des nymphes terrestres, il a mis un sol de diamants, de topazes et de pierres fines; aux pampres de métal il a mêlé des vendangeurs d'ivoire, enchâssés dans des tabalières des miniatures de moissonneurs, et fait de sa boutique un antre étincelant comme la caverne d'Aladin, le trésor du calife Haroun-al-Raschid, le puits d'Aboul- Casem ou la voûte verte de Dresde. — Le bouquet de diamants et de briolettes que Cardillac reprit tout sanglant à la pointe du poignard. Froment Meurice Ta serti de nouveau aussi brillant, aussi léger, aussi phosphorescent de bluettes fascinatrices, et, moins cruel que le féroce orfèvre du temps de Louis XIV, il n'en a pas assassiné Theureux possesseur.
L'orfèvre ne travaille que pour les empereurs, les papes, les rois, les princes et les heureux de la terre; pourtant Froment Meurice, qui comptait dans sa clientèle Pie IX, Teitipereur Nicolas,la reine Marie- Amélie, la reine Victoria, la duchesse de Parme, la duchesse d'Orléans, le duc de Montpensier, le comte de Paris, l'empereur Napoléon III, le prince Napoléon, le prince Demidoff, le duc de Luynes, le duc de Noailles, M. de Rothschild, M. Véron, mademoiselle Rachel, pensait à mettre l'art charmant de la bijouterie à la portée de toutes les femmes. Il voulait que chaque belle, sans être riche et sans se vendre, pût avoir des boucles d'oreilles, une broche, un bracelet d'un goût exquis, où la forme valût
plus que Tor , et pour cela il étudiait les grandes découvertes modernes, la galvanoplastie, ce procédé merveilleux qui remplace le ciseleur par Télectricité et peut, presque sans frais, reproduire à Tinfmi les plus purs modèles.
(La Presse, 4 avril 1855.)
La révolution romantique qui se préparait sous la Restauration et qui éclata en 1850, fut moins sensible dans la sculpture que dans tout autre arl. Les peintres suivirent les poètes, mais la statuaire resta presque impassible dans sa sérénité de marbre. Les Grecs semblent en avoir à tout jamais fixé les lois, les conditions et l'idéal. On peut dire que cet art si noble et si pur vit encore aujourd'hui sur la tradition antique, et qu'il a dégénéré toutes les fois qu'il s'en est éloigné. Cependant, il y eut aussi de ce côté un mouvement de rénovation. II parut possible à quelques esprits audacieux de faire entrer plus de nature dans le vieux moule convenu, ce moule dût-il craquer par endroits : David (d'Angers), Auguste Préault, Antonin Moine, Maindron, Triqueti, mademoiselle Fauveau, Barye, représentèrent, en sculpture, le nouveau mouvement d'ori-
* CcUe étude se trouve, accompagnée d'un portrait de M. Barye, dans ies Célébrités contemporaines. (Aug. Marc, éditeur.)
ginalité et de liberté. (L'opposition qu'ils rencontrèrent fut encore plus violente que celle qu'on faisait aux poètes et aux peintres, car la statuaire, par l'habitude et le besoin du nu, empruntant presque tous ses sujets à la vie héroïque, à la mythologie, à Fallégorie, reste forcément classique et païenne : le christianisme, avec ses pudeurs et son mépris delà chair, n'a pu l'obliger à s'habiller. Elle aime à représenter la forme sous le costume de la Vérité sortant de son puits , et en fait d'habit elle n'admet guère que la draperie, accompagnement libre de la nudité. Pour nos époques compliquées et troublées, ce détachement de la passion, de l'accident, de la couleur, ce calme immuable, arrivent aisément à la froideur et à l'ennui. La composition d'une statue se borne à des eurhythmies d'attitude, à des pondérations de lignes, à des balancements de contours, et le soin de la beauté en exclut toute violence caractéristique. En suivant cette route à travers une civilisation qui ne lui est pas favorable, l'antique devient aisément classique, le classique académique et l'académique poncif. On n'a plus qu'une suite de surmoulages de formes de plus en plus effacées.
Barye a été, dans ce combat de l'idée nouvelle contre la routine, un des plus courageux, des plus fermes et des plus patients lutteurs. Né en i 796, il entra dans l'art par la porte de Tindustrie. A treize ans, il fut mis chez Fourier, graveur sur acier, dont la spécialité était de faire des matrices pour
les équipements militaires. Im 1812, la conscription le prit et il servit quelque temps dans la brigade du génie topographique. On conserve même de lui quelques plans en relief qui remontent à cette époque. Après 1814,il continua son travail de ciseleur mais même temps il dessinait, il modelait, il étudiait; il avait pour maîtres Bosio et Gros, car Barye est un de ces talents perplexes qui ne se bornent pas à une des formes de l'art; il manie comme l'ébauchoir du statuaire le pinceau du peintre; et nous avons vu de lui des aquarelles d*un style çt d'une fermeté admirables. Il se préparait ainsi à l'admission au grand concours de TÉcole des beaux-arts pour la gravure et la statuaire. D'après le talent qu'il a déployé depuis dans cette lutte, et que personne ne conteste, on pourrait croire qu'il triompha aisément; mais, ou ce talent n'était encore qu'en germe, ou les juges ne surent pas le découvrir chez le jeune artiste : il n'obtint qu'une mention honorable pour la gravure et que deux seconds prix de sculpture. Il ne poussa pas plus loin ces essais infructueux et il se remit, loin de l'école, à suivre sa propre inspiration. Cet insuccès fut peut-être un bonheur pour son originalité. La nécessité de vivre lui fit accepter des travaux d'industrie où il apporta une manière nouvelle qui en faisait des objets d'art. Il devint bientôt d'une habileté sans rivale dans les bronzes, dont il inventait les modèles, et qu'il exécutait à cire perdue d'après les procédés des anciens Florentins. Aucun détail de mélange, de fonte, de ciselure, de patine
ne lui était jnconnu, et il pouvait mettre au service du grand artiste qu'il était, l'adresse pratique de l'ouvrier le plus expert. Nous insistons sur ce point parce que la plupart des statuaires de nos jours, occupés seulement de la partie idéale de leur art, après avoir modelé leur terre ou leur cire, la confient pour l'exécution aux praticiens qui ne sauraient y donner ce coup de pouce final qui est le sentiment même de l'artiste. II manque à ces statues mathématiquement semblables à leurs modèles, l'enveloppe suprême, la flewr d'épiderme, la palpitation de vie, chose moins importante peut-être dans le marbre que dans le bronze, dont le métal ductile reproduit jusqu'aux gaufriires imperceptibles que le doigt laisse sur l'argile.
On a longtemps considéré Barye comme un animalier^ tant on est prompt, en France, à parquer un artiste dans une spécialité qu'on se plaît à rétrécir de plus en plus. Cependant il avait débuté, au Salon de 1827, par des bustes où il montrait qu'il pouvait . modeler aussi bien un homme qu'un lion . Refusé au Salon de d836, comme le furent E. Delacroix, Théodore Rousseau, Corot, Préault, Maindron et bien d'autres, par un jury composé alors exclusivement de membres de l'Institut hostiles aux idées nouvelles, il se relira, comme on dit, sous sa tenle, ne voulant plus s'exposera l'affront, mais non découragé : car une nalure aussi robuste, aussi énergique, aussi patiente que celle de Barye ne se rebute pas aisément. Privé de la publicité des Expositions
et de l'aide des commandes officielles, il exécuta une foule de bronzes grands et petits, qui ajoutèrent à sa réputation déjà très-grande, et qui du cercle des artistes, les premiers appréciateurs en toutes choses, s'était promptement répandue : certes, Barye n'avait besoin, pour être célèbre, dé l'intérêt qui s'attache à la victime d'une injuste réprobation, mais celte auréole de martyr, qu'il n'avait pas cherchée, ne lui nuisit pas, et l'on admirait d'autant plus ce mâle et courageux artiste qui, dans le silence et la solitude de l'atelier, en dehors de tout appui du gouvernement, étudiait, travaillait et multipliait des œuvres marquées au cachet d'une originalité puissante.
Barye n'a pas traité l'animal en simple naturaliste, il ne s'est pas contenté d'en représenter l'attitude habituelle et les détails caractéristiques ; il en a dégagé la beauté et le style, cherchant les grandes lignes, les plans larges, les tournures superbes, les fiertés de contours, les équilibres de poses, comme s'il s'agissait de la figure humaine. Mais, hâtonsnous de le dire, de sévères études d'ostéologie, de musculatures, de pelages, de longues contemplations de l'animal vivant, la connaissance parfaite de ses mœurs, de son caractère, de ses allures, lui permettaient de concilier la vérité avec l'idéal.
Il ne faut pas s'imaginer qu'il n'y eût pas de lions académiques et de tigres poncifs. Pour se convaincre du contraire, il suffit de regarder, dans les jardins publics, ces grands caniches sculptés, posés sur des piédestaux aux angles des terrasses et
des rampes. Ils oui des perruques de marbre à la Louis XIV, de celles qu'on appelait in-folio, dont les boucles,- correclement frisées, leur descendent jusqu'à Féchine. Leurs faces débonnaires, aux traits presque humains, ressemblent à des masques de pères nobles dans la vieille comédie; leur corps flasque, arrondi, sans os, sans nerf et comme bourré de son, n'a ni souplesse ni vigueur, et leur patte soulevée s'appuie sur une boule : geste peu léonin, il faut lavouer.
Aussi , quel effet produisit le Lion au serpent^ le chefd'œuvre peut-être de Barye ! A l'aspect de ce terrible et superbe animal, hérissant sacrinière inculte, crispant son mufle avec une colère pleine de dégoût, maintenant sous ses ongles d^airain le hideux rep- , tile qui se redresse dans la convulsion d'une rage impuissante, tous les pauvres lions de marbre serrèrent leurs queues entre leurs jambes et faillirent laisser échapper la boule qui leur sert de contenance. Celui-là était un vrai lion de l'Atlas, majestueusement fauve, aux muscles invaincus et dont le rictus farouche n'affectait pas le sourire académique. Transporté du désert au jardin des Tuileries, il effrayait comme un lion réel, et l'on eût aimé à le voir dans une cage, si la patine verle du bronze n'eût rassuré sur son compte et indiqué qu'il ne vivait que de la vie formidable de l'art. Le lion au repos, fait pour lui servir de pendant, rappelle par la solennité tranquille de l'altitude, la grandeur des lignes, ces gigantesques lions de marbre du Pirée,
faits pour traîner le char de Cybèle, et que Morosini, le Pélopdnésiatique, fit transporter à^Venise, où ils gardent maintenaant la porte de l'arsenal.
Le Tigre dévorant un crocodile n'obtint pas un moindre succès. Quelle énergie, quelle férocité et quel frisson de convoitise satisfaite sur cette échine crispée, courbée en arc, dans ces pattes aux coudes ressortis , dans ces hanches saillantes , dans ces flancs pantelants, dans cette queue convulsive, et comme le pauvre monstre écaillé se tordait piteusement et douloureusement sous cette étreinte inéluctable entre ces griffes aussi aiguës que des poignards ! Jamais les luttes de la nature et les fatalités de la destruction ne furent rendues d une manière plus profonde et plus puissante.
Il suffit de citer le Combat d'ours^ Y Ours dans son wifjej le Cheval renversé par un lioUy la Gazelle morte, VÉléphant d'Asie^ le Jaguar dévorant un lièvre, pour que toutes les mémoires se rappellent aussitôt ces groupes d'une vie si palpitante, d'une facture si fine et d'une tournure si fière. On connaît moins le surtout de table exécuté pour le duc d'Orléans sur les dessins de Chenavard, et qui comprenait neuf groupes de chasses dans les différentes parties du monde, excellent thème, qui permit à Barye de mêler avec une furie pittoresque hommes, lions, tigres, chevaux, éléphants. .
Pendant sa longue absence du Salon, Barye a fait les Trois Grâces, Angélique et Médor, Thésée combattant le Minotaure^ plusieurs statuettes équestres
qui n'auraient eu besoin que d'êlre grandies pour faire aussi bonne figure sur les places que celles de Gatlamelala et du général Colleoni. Car, ne craignons pas de le répéter, Barye n'est pas seulement un admirable faiseur d'animaux, c'est un statuaire dans toule la force du mot, du plus grand goût et du plus grand style. On le vit bien en 1850, lorsqu'il fit sa rentrée au Salon, rentrée triomphale, et qui le mit, pour tout le monde, à ce premier rang qu'il méritait depuis si longues années. Le Centaure dompté par un Lapithe montra que ce romantique proscrit par le jury était le statuaire moderne qui se rapprochait le plus de Phidias et de la sculpture grecque. Ce Lapithe, aux formes robustes et simples, beau comme l'idéal, vrai comme la nature; aurait pu figurer dans le fronton du Parthénon, à côté de l'ilissus, et le Centaure se mêler aux cavalcades des métopes. L'on s'étonna que celui qui faisait si bien les bêles réussît autant lorsqu'il modelait des hommes et des héros, comme si la forme n'était pas une dans sa diversité apparente et pouvait avoir des secrets pour un contemplateur doué d'un œil aussi perçant que Barye!
Le statuaire des lions a exécuté récemment quatre groupes en ronde bosse pour les pavillons du Louvre : la Paix, la Guerre, la Force protégeant le Travail, \'Onlre comprimant les pervers. Dans ces groupes, les figures sont heureusement combinées avec des animaux qui en précisent le sens allégorique. Elles ont celle tranquillité de lignes et celte
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sérénité monumentale qui conviennent à la statuaire quand elle est liée à l'architecture.
Barye, qui est aujourd'hui dans toute la force d'une verte vieillesse, a une physionomie calme, forte et douce , qui ne garde aucune aigreur des luttes subies, mais où il est facile de lire, à travers la bonté, la résolution que rien ne décourage et la conscience modeste d'un talent habitué longtemps à se passer d'éloges ; le corps est robusle et promet encore de longues années au travail.
(LIllustbàtion, 19 mai 1866.)