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II AVERTISSEMENT

moins continué, et nous espérions bien avoir le bonheur d'aider notre illustre ami dans l'accomplissement de son travail. La Mort en a décidé autrement, et nous voici aujourd'hui chargé de la lourde responsabilité d'entreprendre sans lui ce que nous eussions été si joyeux et si fler d'achever sous ses ordres.

La série des volumes que nous allons publier se composera d'œuvres qui seront nouvelles pour la presque totalité du public.

On ne saurait dire qu'elles sont inédites dans le sens absolu du terme, puisque les éléments qui les composent ont déjà paru dans les journaux et dans les revues ; mais, sauf des exceptions extrêmement rares, tous les ouvrages réputés inédits qui sont publiés de nos jours se trouvent dans le même cas.

Dans un feuilleton (15 juillet 1854) Théophile Gautier disait :

« La librairie ne produit guère que des réimpressions. « 11 semble que chacun, en attendant l'ère nouvelle-qui « va s'ouvrir, recueille ses titres et ramasse son bagage « dispersé dans les journaux et les revues. Peu de livres (( sont inédits. La ])lupart des ouvrages ont paru au « moins par fragments, mais c'est avec plaisir qu'on rc- « trouve réunis et reliés pour la bibiothéque ces mé- « moires, ces études, ces romans, ces nouvelles, épar- « pillés au vent de la publicité. Beaucoup ont jeté ainsi « leurs meilleures pages qu'ils ont oubliées et dont la « postérité se souviendra. »

Pour Théophile Gautier, plus que pour tout aulre, il e^t aisé de réunir ces pages que la postérité réclame dés maintenant.

En effet, le plus fréquemment il ne procédait point sans un but déterminé, et maint feuilleton qui paraissait au public une production absolument distincte, était la suite

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d'autres feuilletons publiés à des époques différentes. Bien souvent il avait projeté d'écrire tel ou tel ouvrage d'ensemble; mais les nécessités du journal ou les exigences de la vie l'avaient forcé à retarder l'exécution de son œuvre. J^éanmoins rien ne pouvait le contraindre à abandonner son idée première, et, comme nous venons de le dire, il la reprenait avec d^ intermittences qui n'altéraient jamais en rien la clarté et la netteté de sa conception.

Après quarante années de ce travail (entrecoupé mais non interrompu), il s'est trouvé que Gautier a, petit à petit, réalisé la plupart de ses rêves, sans que le public s'en doutât, sans que le poète, trop insoucieux de sa gloire, s'en rendit bien clairement compte lui-même.

Grâce au concours d'un bibliophile, d'un lettré qui, dans son excessive modestie, nous a interdit de prononcer son nom, mais qui ne saurait pousser l'exigence jusqu'à nous refuser le plaisir de lui exprimer ici nos remerciments, il nous a été possible de posséder la liste de tout ce que Théophile Gautier a éciût depuis 1830 jusqu'à 1872.

Quand nous eûmes connaissance de ce précieux document, nos conversations avec Gautier prirent un caractère plus net; il nous indiqua d'une façon plus exacte l'usage qu'il voulait faire de chaque sorte de clioses ; les conceptions d'autrefois se réveillèrent dans son esprit, et il nous les communiqua.

Le plan général de notre travail a donc été entièrement discuté avec lui et sera exécuté selon sa volonté. Si nous avons aussi longtemps tardé à produire notre œuvre, c'est qu'il nous a fallu parcourir une quantité très-considérable d'articles et d'études disséminés un peu partout. Ayant noté tous ces articles et toutes ces études, nous les avons groupés suivant les instructions que nous avions

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