CHAPITRE OIXIÈMK. 2S
garnison prît le chemin de Perpignan, et Ail escortée jusqu'à Elne. Le lendemain, le Roi d'Aragon, dans une charte datée du chàttau de Collioure, accorde aux babi*tants de cette ville une rémission entière de tout ce qu'ils peuvent avoir fait contre lui depuis son entrée en Rou»sillon; leur promet de les protéger contre Jacques de Majorque; leur accorde quelques franchises, ainsi que le droit d'être jugés d'après les usages de Rarœlone, et les dispense pour toujours de payer les sommes que la ville ou les particuliers devaient aux habitants des lieux qui persistaient à soutenir la rébellion de Jacques de Majorque. Ces libéralités, faites aux dépens des autres, se reproduisent souvent dans l'histoire des gouvernements despotiques, et nous verrons cette même ville traitée avec une semblable générosité par Louis XI.
La reddition de Collioure entraîna celle d'une tour située sur une montagne voisine, ainsi que celle de Palau et d'Ortaffa ; elle ébranla toutes les places qui tenaient encore pour le Roi de Majorque. Ce prince ne pouvait pas trop compter sur les habitants d'Elue ; il s'était aliéné les Perpigiianais , qui , déjà désolés de voir leurs campagnes ravagées par les ennemis, éprouvaient (suivant Bosch) un traitement tyrannique de la part de leur (uropre souve^ rain. Bosch, le seul qui ait donné quelques détails sur la conduite de Jacques pendant le iQng blocus de Perpignan, assure, d'après des documents conservés de son temps à l'Hôtel-de-YiHe , que ce prince occupant. le chftteau, avec une garnison composée d'aventuriers français et de prolétaires du pays , avait recours aux exactions les pins criantes pour payer ses soldats ; que mandant quelquefois les principaux habitants, sous prétexte de conférer avec eux sur des objets importants, il ne les laissait sortir qu'après leur avoir fait consentir des obligations pour des
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sonmieB 1res coQsiâérables ; que d'autres fois il s'adressait aux veuves et aux orphelins riches, dont il extorquait l'argent par toute sorte de moyens \ que souvent il confisquait, sans aucune formalité, les biens des citoyens soupçonnés de favoriser son ennemi; et, qu'enfin, des vœux pour la paix, exprimés en public étaient considérés comme un crime, et punis d'une manière toujours ari)]^ traire et souvent barbare. Les pièces sur lesquelles Bosch appuie ces accusations, n'existent plus à l'Hôtel-de-ViUe ; on n'y trouve que des traces de quelques faits assez insignifiants, et auxquels on ne ferait guère attention aujourd'hui ^ Comme U faut, en général , $e méfier des inculpations dont on accable les victimes d'une révolution; comme Pierre IV n'a rien négligé pour rendre odieux un prince qu'il voulait dépouiller, et que l'écrivain perpignanais pèche surtout par défaut de critique éclairée, il est probable qu'il a puisé tout ce qu'il dit contre le Roi de Majorque, dans les chartes émanées de celui d'Aragon. Ce qu'il y a de certain , c'est que les historiens aragonais, et surtout Zurita, le plus judicieux de tous, nous donnent jdu roi Jacques une idée qui ne s'accorde nullement avec les faits qui lui sont imputés par Bosch, et que confirment les chartes émaAées de ce prince. En eflet, nous l'avons vu, k peine sorti de tutelle , rappeler le jurisconsulte Saquéti de l'exil où son tuteur l'avait, condamné ; dans une autre charte, il défend k ses lieutenants de permettre d'appliquer à la question les prévenus, lorsque la loi ne le prescrit pas impérieusement ; dans une lettre du 27 juin 1559, il enjoint aux agents du fisc de restituer aux conUîbuables ce qu'ils ont perçu de trop, en recevant en paiement certaines monnaies d'or, k un taux inférieur ï leur valeur
i Suivant rass«>.rtioii da savant et laborieux «>nitateur de nus.arrhives, M. de SainNMalo.