‹ Histoire du RoussillonChapitre 104 sur 241 · CHAPITRE DltlÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DltlÈME

en faveur de Jacques , comme ih paraissaient disposés a le faire. Celai-d, se voyant sans appui, fat forcé de se soumettre; et muni d'un sauf-conduit par l'entremise du Pape nouvellement élu , il se rendit par mer k Barcelone, avec l'escorte de quatre galères. Suivant sa coutume, il logea au couvent de Saint-François , et ât construire , en l^ois, une galerie couverte, pour aller de son vaisseau k son logement. Cette précaution, prise pour sa sàreté, fournit k son beau-frère l'occasion de l'accuser de n'être venu que pour lui dresser des embûches , et t&cher de l'enlever. Les détails de cette prétendue conspiration, donnés par le Roi d'Aragon, n'étaient guère propres à y faire croire. En retenant Constance, sa sœur, venue avec son mari , le Roi de Majorque , il fit assez voir qu'il ne mettait ce complot en avant, que pour avoir un prétexte de rompre avec son beau-frère. Celui-ci partit, en se plaignant de la violation du sauf-conduit k l'égard de sa fenmie, et se retira dans ses États, bien convaincu qu'il ne pourrait plus éviter la guerre. Il ne tarda pas a en éprouver les effets : les troupes aragonaises attaquèrent la forteresse de las Cuevas, k l'entrée de la vallée de Ribas, et s*en emparèrent après un combat très vif. Voulant appuyer la force des armes par une apparence de légalité, Pierre -fit, dès le commencement de Tannée 1345, 4545. publier k Barcelone, la sentence qui confisquait, au profit du Roi d'Aragon, tous les domaines de celui de Majorque, s'il ne comparaissait pas dans le délai d'un an.

On n'en attendit pas l'expiration pour commencer k le dépouiller. Dès le 1^>^ mai de cette année, Pierre avait conclu un traité avec quelques mécontents de l'ile de Alajorque, se donnant pour les représentants de tout le pays. Fort de cette alliance, il part, le 16 de ce mois, avec une flotte de cent seize vaisseaux; débarque k Péguéra

gat et rÉvéqae d'Hoesca, étaiit venos ce jour-lk trouter Pierre dams son camp, parfinrent enfin k le faire con^ sentir k une trêve, qui devait durer jusqu'au i^^ mai. Il décampa le 90, se porta le %i sur le Bolo, et rentra le 22 en Catalogne, passant par l'Écluse, le Perthus et le col de Panissas.

Cette expédition n'avait eu que de bien faibles résultats sous le rapport militaire; mais elle produisit un grand effet moral sur les Roussillonnais, en leur donnant la conviction qu'il était impossible k Jacques de se défendre avec ses seules forces. Le zèle des Perpignanais pour leur Souverain fut donc singulièrement refroidi, a cause des ravages exercés impunément sur leurs terres par les Aragonais. Plusieurs des principaux Seigneurs de la province avaient cru pru«dent de faire leur paix particulière avec le plus fort, au lieu de hasarder leur fortune en restant fidèles au Roi de Majorque. De ce nombre furent, (mtre ceux dont nous avons d^k parlé, Dalmau et Raymond de Taxo, Pauquet de Bdcastel , Guillaume Albert , Thomas de Marça , Arnaud de Fenouillet. Jacques, découragé par ces défections, n'oublia rien, durant cette trêve, pour fléchir son oppresseur, mais avec si peu de succès que, le 29 mars, Pierre pnn nonça, dans la chapelle du palais de Barcelone, la réunion irrévocable des États de son beau-firère k la couronne d'Aragon. Dès la fin d'avril, les hostilités recommencèrent en Roussillon, entre la garnison de Perpignan et les garnisons aragonaises placées dans le fort de Canet et les châteaux voisins. Le 11 mai^ l'armée de Pierre franchit le col de Panissas ; et, après avoir repoussé la garnison de l'Écluse, qui avait tenté d'inquiéter sa marche, elle vint camper entre le Bolo et Saint-Jean-Plà-de-Corts. Ayant ravagé les deux rives du Tech,, elle s'avança vers Elne, portant des vivres pour quatre jours, et mit garnison

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à Villelongue et dans une tour appelée de TÉvéque. Le lendemain , Dalmau de Taxe fut détaehé pour bloquer CoUioure^ qu'on regardait comme une place très imporiante, et le gros de l'armée investit. Argelès. Le camp des assiégeants était du cdté d'Ëlne, touchant presque a la tour de Pujols^ qui appartenait a l'Abbé de Font- Froide, et où quelques troupes de Jacques s'étaient logées. On fit sommer l'Abbé de rendre cette tour, et l'on battit les murs d'Ai^elès avec trois machines. La ruine du Roi de Majorque était aisée à prévoir; aussi, quoiqu'en général on fût unanime sur la justice de sa came, on voyait des villages fortifiés se soumettre sans essayer de se défendre, ei les Seigneurs traiter avec Pierre , pour s'assurer leurs possessions. C'est ainsi que Bernard de So se soumit, k condition que, si le Roussillon restait au Roi de Majorque, on lui donnerait en.Catalo^e des terres qui valussent celles de Millas, dont il était ligueur. D'autres montrèrent plus d'attachement k leur malheureux Souverain. Zurita cite avec éloge deux valeureux Chevaliers de Saint- Jean, Pierre d'Oms et Arnaud de Peyrestortes. Us avaient fortifié Palau et le Mas-Deu , postes aj^artenant k leur Ordre , dont ils comptaient se servir en faveur de Jacques; mais Pierre réussit bientôt k le priver.de cette bible ressource , en faisant ^nner a ces Chevaliers, par le Grand-Prieur de Catalogne, leur supérieur, l'ordite de les remettre k d'autres, qu'il savait lui être dévoués.

On avait décidé dans le conseil du Roi d'Aragon , de livrer un assaut k Argelès le dernier jour de mai. On construisit une tour en bois pour battre une maison fortifiée, contigqë k la place : le capitaine chaîné de défendre ce poste ayant été tué, la garnison se retira dans la ville. L'assaut fut donné la nuit suivante avec une grande vigueur; mais il fut repoussé par la résistance opinià(i*e

92S HI8T0IU MJ BOCSSILLOH.

d'une troupe génoise, comnandée par Geoffiroi de TÉiendart. Taillant chevalier françaÎB. Les habitants effrayés de la TÎolenee de Tattaqae, et craignant de ne pouvoir résister à un nouvel assaut^ offlrirent de se rendre s'ils n'étaient secourus dans trcns jours. Ds se rendirent, en efet, le 6 juin : rÉtendart n'ayant pas voulu intervenir dans cette capitulation , resta prisonnier de guerre, et on établit Guilaume de Guîméra, commandant à Argelès. Après s'être rendu maître du château de Pujob et de Saint^Jean-Plade-Corts, le Roi d'Aragon songea sérieusement à attaquer Collioure , dont il avait depuis ({uelque temps resserré le blocus. Le siège commença le i5 juin. On s'empara d'abord d'une forte tour qui commandait le faubourg, et l'on ne discontinua pas les travaux , quoique le Cardinal d'Embrun fût venu trouver le Roi pour tftdier de le fléchir. On prit une autre tour située au-dessus du couvent des Dominicains; on pénétra dans le quartier qu'elle défendait, et on le livra au pillage. La garnison se retira au fort; et le commandant, Raymond de Codalet, ^'étaut convaincu de l'impossibilité de le défendre, se décida à capituler aux conditions suivantes : l^ que le Gouverneur et la garnison pourraient se retirer 06 bon leur semblerait, avec chevaux, armes et bagages^, ^ que les habitants ne seraient point inquiétés ^ et qu'on leur retidftdt même ce qu'ils avaient perdu dans le quartier pillé ; 5^ qu'on adrni*nistrerait la justice suivant les usages de Barcelone. Ce jour^là même, le Cardinal revint au camp pour offrir la soumissioù du Rm de Majorque, à condition qu'on ne le retiendrait pas long-temps prisonnier, et qu'on le traiterait honorablement. Pierre y consentit; mais de retour à Perpignan n le Cardinal lui fit dire que Jacques aimait mieui courir les chances de la guerre que de se livrer k lui. La place de Collioure fut remise aux Aragonais le 24 juin ; la

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