‹ Histoire du RoussillonChapitre 121 sur 241 · CHAPITRE DOLZlàME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOLZlàME

ils décidèrent, à la majorité de six contre trois, que Ferdinand de Castille était le Roi légitime. Deux Catalans, Çagarriga, archevêque de Tarragone, et le fameux jurisconsulte Valséca, avaient donné leur voix au Comte d'Urgel ; le Valencien Bertrand refusa d'émettre un vote, prétextant qu'il n^avait pas eu le temps d'approfondir la question. Elle était certainement difficile k résoudre, dans un pays où aucune loi positive ne réglait là succession k la couronne. La violence des partisans du Comte d'Urgel, le plus proche parent du dernier Roi dans la ligne masculine, lui fit le plus grand tort. Les Français eurent l'air de vouloir soutenir les prétentions du Duc d'Anjou; et le Maréchal de Boucicaut s'adressa au Vicomte d'IUe, l'un des plus puissants Seigneurs du pays, et à Raymond de Çagarriga, gouverneur des Comtés, pour être reçu en Roussillon avec les troupes qu'il commandait. Celui-ci fit part de cette proposition au Parlement de Catalogne, qui pria la Reine de Maples, mère du Duc, de ne point faire avancer des troupes ; donna ordre au Vicomte de Périllos, capitaine-général de la province, de renforcer les garnisons, et de prendre toutes les mesures nécessaires contre une invasion. On fit couper, au pied du château de Per- * pignan, une olivette, qui aurait pu favoriser une surprise. Ferdinand, plus adroit, mieux servi, se fit demander des troupes par les États d'Aragon; en inonda le pays; et l'on ne peut douter que les forces castillanes, son âge, son mérite personnel, n'aient contribué, plus que les raisons déduites par ses Ambassadeurs devant les neuf juges, k faire pencher la balance en faveur de l'Infant de Castille.

Le nouveau Roi , après avoir réduit le Comte d'Urgel , qui ne pouvait se consoler de n'avoir pas obtenu une couronne qu'il regardait comme son patrimoine, écouta

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les propositions faites par l'empereur Sigismond, d'unir leurs efforts pour rendre la paix à FÉglise; mais il n'y adhéra qu'avec la ferme résolution de garder tous les ménagements possibles à l'égard de Benoit XIII , dont l'intervention active avait tant contribué a son élection. Il fut d'abord convenu que l'Empereur et le Roi se verraient à Nice ; mais, ce dernier ne pouvant entreprendre ce voyage, à cause d'une grave infirmité dont il était affligé , on changea le lieu de l'entrevue , et on convint que Ferdinand se rendrait à Perpignan , et Sigismond à Narbonne. Benoit, de son côté, devait se trouver dans la première de ces deux villes , où le Concile de Constance, qui avait déjà obtenu l'abdication des deux autres Antipapes , lui envoyait des Députés chargés de l'engager à imiter l'exemple de ses compétiteurs. Ferdinand, quoique très souffrant , se mit en route , et débarqua k ColiAVô. lioure, d'où il se rendit à Perpignan le 51 août 1415. Benoit l'y avait précédé. Suivant Zurita, il avait exigé que le Roi, les principaux Seigneurs de la Cour, le Gouverneur du Roussillon et les Consuls de la ville, lui garantissent qu'il n'y avait rien à craindre pour la sûreté de sa personne; que son habitation fût au château, dont la garnison serait formée par des troupes à lui. Bosch* ne parle point de toutes ces précautions; fait loger le Pape aux Cordeliers, et place au ch&teau le Roi avec son fils * . L'Empereur arrivait presque en mémq temps à Narbonne, d'où ses Ambassadeurs et ceux du Concile ne tardèrent

pas à se rendre a Perpignan. Ces derniers proposèrent k

Benoit de renoncer à sa dignité. Il assura être prêt k le

1 M. de Baint-Malo oons a fait rooDaitre une qaitlanre de quarante-cinq livres de Barcelone, en date do 7 décembre 14^5, pour des réparations au rhàteau, que l'étal de la santé du Roi rendait indispensables. Cette pièce prouvr* que l'trdinand y logeait , et disculpe 'bt-noil de l'excès de méliame fpie lui impute /nrita.

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faire , si , lors de leur entrevue , l'Empereur et le Roi lui prouvaient que la paix de rÉglise serait la suite de cette démarche. Le Roi étant toujours fort incommodé, Sigismood vint le trouver à Perpignan , le 19 septembre. Il y fut reçu avec toute la pompe et la magnificence que cette ville pouvait étaler dans ce siècle, pour la réception d'un aussi grand Souverain, venu de si loin pour un objet intéressant toute la chrétienté. Outre lé Pape, l'Empereur et le Roi , la capitale du Roussilion renfermait alors dans ses murs, les Ambassadeurs de France, de Castille, de Navarre, et une multitude de Seigneurs aragonais ou étrangers. Quoique l'Empereur ne reconnût pas Renoit pour Pape, il lui fit la première visite, et ne se rendit chez le Roi qu'en sortant de chez lui. Renoit évita toujours de répondre d'une manière précise. Sigismond, peu satisfait, serait reparti sur-le-champ pour Constance, déterminé a employer, pour éteindre le schisme, tous les moyens possibles, si Ferdinand n'eût réussi, k force de sollicitations, k le retenir jusqu'au 7 novembre. Il partit, ce jour-la, très mécontent du peu de succès de son voyage. Il s'arrêta cependant à Narbonne, à la prière du Roi, pour attendre la réponse de Renoit aux trois sommations de se démettre, qu'on était convenu de lui faire. Celui-ci , pour les éviter, partit de Perpignan , sous prétexte qu'il n'y était ])as en sûreté, et s'enfuit k Peniscola, où il convoqua tous les Prélats de son obédience. Les sommations lui furent faites; sa réponse k la troisième arriva le 21 décembre k Perpignan : comme c'était un refus d'adhérer aux propositions du Concile, le Roi et tous les Princes qui l'avaient reconnu jusqu'alors, n'hésitèrent plus k l'abandonner. Saint Vii\cent-Ferrier contrfbua beaucoup, par ses conseils, k les affermir dans cette résolution. Ferdinand était fort malade lorsqu'il prit ce parti ; il avait fait sou testament k Perpi-

gnan, dès le 10 octobre 1415 : il mourut a Igualada, le 2 avril de l'aniiée suivante.

Son fils aine, Alphonse V, lui succéda. Il parut d'abord vouloir forcer TAntipape Benoit, résidant à Peniscola , a abdiquer; car, dans une ordonnance publiée en septembre 1418, il ordonne à tous ses sujets de sortir de cette ville, sous peine de la confiscation de. leurs biens; il défend d'y porter des vivres ou des marchandises, et même d'en approcher plus près qu'k dix milles par mer, qu'à une lieue par terre; les navires, les voitures, les bétes de somme, pris en contravention, devaient être saisis avec leurs charges. Il se relâcha dans la suite, et 4424. même, Benoit étant mort en 1424, il contribua à lui faire élire un successeur, afin de contenir, par la crainte d'un compétiteur , le Pape Martin , qui , au sujet des affaires de Naples, s'était ligué contre lui avec le Duc de Milan. Ce dernier fit sortir cette année du port de Gênes, dont il était maître, une nombreuse flotte, qui, après avoir agi contre les Aragonais dans le Royaume de Naples, inspira k son retour quelques craintes pour les côtes de Catalogne, et surtout pour CoUioure. On y fit de grands préparatifs de défense : cent hommes de la milice perpignanaise, avec un des Consuls, y restèrent quelque temps. La ville de Perpignan paya le tiers des firais de l'expédition. Quoique occupé constamment par ses guerres de Corse, de Sardaigne, de Castille et de Maples, Alphonse ne manqua pas d'envoyer des secours à Charles YII. Nos archives font foi, qu'en 1426, Bernard Albert, leva en Roussillon , dont il était Gouverneur, un corps de gens d'armes, avec lequel il était entré, avant le 22 août, eu Languedoc , pour y soutenir l'armée royaliste contre les Anglais ; qu'il était ^vec cette troupe, à Tours, en décembre 1426, et à Melun en février 1427. On v voit aussi

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