CHAPITRE DElllÈME
\k la suprême puissance. Ce changement, qui d'un très mauvais citoyen fit un grand prince , eut lieu à la satis-^ faction de tout l'Empire. Cependant, la tranquillité ne fut pas si complètement rétablie dans la Narbonnaise^ qu'Auguste ne jugeât prudent, dans le partage des provinces qui eut lieu entre lui et le Sénat, de garder celle-ci dans son lot spécial. On voit, en effet, que. Tan de Rome 728, Valérius Messala Corvinus, qu'il y avait envoyé pour 29 «t. J.-c. gouverneur, eut a combattre des rebelles sur les bords de l'Aude, de la Garonne et aux environs des Pyrénées. La paix ayant été entièrement rétablie en 729 , Auguste confia au Sénat l'administration de cette province, qui fut gouvernée par un Proconsul. Il y fit plusieurs voyages; et dans ses divers séjours k Narbonne, il en répara les édifices et construisit plusieurs temples dans les environs. Comme ce prince prétendait descendre de Vénus, et que Strabon, qui écrivit a la fin de son règne et au commencement de celui de Tibère, est le premier auteur qui ait parlé du temple de Vénus érigé sur nos côtes, il serait possible que ce temple n'eût été bâti que vers ce temps, et peut-être par les ordres d'Auguste. La Gaule se ressentit des heureux effets de sa présence ; et s'il ne répara point toutes les injustices, puisqu'il ne punit pas ce traitant nommé Licinius, qui, entr'autres exactions^ avait trouvé le secret d'imposer aux Gaulois un sixième de plus, en faisant les années de quatorze mois, du moins est-il certain que les nombreuses améliorations qu'il opéra dans l'administration , quoique principalement introduites en vue de l'augmentation des revenus publics, tournèrent à l'avantage du pays par l'ordre qu'elles contribuèrent à rétablir partout. Ce prince accorda à certaines villes les droits du Latium, et même ceux de colonie romaine. Livia, qui paraît être la Julia-Libyca de Ptolémée, et Ruscino, furent sans doute de ce nombre.
«Éloigné des frontières exposées aux incursions des Barbares, des camps occupés par les grandes armées, et des routes qu'elles suivaient pour marcher vers la capitale, le Boussillon se trouva dans la position la plus heureuse pour conserver quelque tranquillité au milieu des séditions militaires qui , se faisant un jeu de créer et de. renverser les Empereurs, affaiblissaient le gouvernement et préparaient la chute de l'empire, dont elles livraient les diverses provinces aux dévastations des Barbares ou aux horreurs des guerres civiles. Aussi l'histoire , négligeant les faits qui n'ont aucune influence sur les destinées des nations , ne nous apprend-elle pas grand'chose sur ce pays pendant toute la période qui sépare le siècle d'Auguste, de celui qui fut témoin de l'invasion des Vandales, des Suèves et des Alains en Espagne. Le seul événement remarquable, et qui pût intéresser le pays durant ce long intervalle, est l'assassinat de Constant, l'un des fils du grand Constantin. 550. Ce prince infortuné, surpris a Autun, l'an 550 de notre ère, par la révolte de Magnence, prit la fuite vers l'Espagne, où il espérait trouver des peuples et des troupes fidèles. Mais il fut atteint et massacré k Elne par Gaisson;^ oflicier franc, que le tyran avait envoyé à sa poursuite ^ C'est à l'occasion du meurtre de Constant, que l'histoire fait mention, pour la première fois, de la ville d'Elne. Saint Jérôme et Eutrope l'appellent Castrum Hdena; Zozime, Aurélius Victor et Orose, la nomment Oppidum Helena. Cette forteresse, bâtie non loin des ruines die l'antique Ulibéris, et portant le nom de la mère de Constantin , ne peut avoir été construite avant cet empereur, qui , le premier, fortifia plusieurs places dans l'intérieur de l'empire.
1 Le tombeau de Constant , en marbre blanc, portait le monogramme de Constantin. Détruit depuis un siècle, on n'a conservé que la plaque du monogramme, incrustée dans le |
mur du cloître si remarquable de l'antique éfrlise. !