CHAPITRE DEUXIÈME
pagne Anuius, qui y pénétra facilement, Livius ayant été 74 aT. J.-c. assassiné par un de ses officiers, nommé Caipurnius Laniarius, ce qui entraîna la dispersion des troupes qu'il commandait. Cet événement obligea Sertorius à quitter l'Espagne ; il y revint peu de temps après, appelé par les Lusitaniens, et y fit la guerre avec tant d'habileté contre Métellus Pius, que celui-ci fut obligé de faire venir L. Manilius, qui commandait dans la Narbonnaise. Mais a peine ce général avait-il franchi les Pyrénées, à la tête de trois légions et deâ.500 hommes de cavalerie, qu'il éprouva une défaite complète , et fut réduit a se jeter, presque seul, dans Lérida. Sertorius profitant de cette victoire et des mouvements que Lépidus avait excités dans la province romaine, y envoya des troupes, qui s'emparèrent des principaux passages des Alpes, d'où Pompée fut obligé de les déloger, pour exécuter la mission qu'on lui avait donnée de voler au secours de Métellus. Sa marche à travers la Narbonnaise fut retardée par la révolte de plusieurs peuples ; il les soumit en passant, et les priva d'une partie de leurs terres, pour les punir de leur rébellion. Enfin, laissant k Fonléius, nommé gouverneur de cette province, le soin de la pacifier et d'exécuter les ordres rigoureux qu'il avait prescrits, il entra en Espagne. Son arrivée n'y changea guère la face des afiaircs. Sertorius se soutint contre les forces réunies de Métellus et de Pompée, et obtint même, dans une campagne, des avantages si considérables sur ses deux adversaires, qu'il les obligea k se retirer précipitamment : le premier, dans l'Espagne ultéri«ure; le second, dans la Narbonnaise. Après la mort de Sertorius et de son assassin Perpenna, Pompée, trop fier d'une victoire facile et peu glorieuse, éleva, l'an de Rome 682, 72 a?. J.c. ces fastueux trophées, dont il ne reste aucune trace in-
diquant leur véritable situation. Il parait, d'après Pline, que l'inscription gravée sur ce monument, disait que, des Alpes aux confins de l'Espagne ultérieure, il avait soumis à ses armes 846 villes.
Nous n'avons qu'une connaissance assez imparfaite de la nature des troubles qui agitèrent la province romaine des Gaules durant cette guerre ; mais nous pouvons aisément présumer que la sévérité de Pompée ne fit pas aimer aux Gaulois le gouvernement des Romains; que Sertorius, connaissant leurs dispositions , le§ encouragea à se soulever par des promesses et même par des secours effectifs; qu'ils trouvèrent des alliés parmi les Aquitains, auxquels les entreprises malheureuses de Valérius Préconinus et de Lœlius Manilius contre leur liberté, avaient inspiré une méfiance extrême des projets ambitieux de la République. Ainsi , nous ne devons pas être surpris de voir une armée de mécontents mettre le siège devant la colonie de Narbonne. Nous savons par le plaidoyer de Cicéron en faveur de Fontéius, que ce magistrat guerrier fit lever ce siège; qu'il soumit les Gaulois; et que, pour entretenir les armées romaines en Espagne, il fit de grandes réquisitions d'hommes, d'argent et de vivres dans la Narbonnaise. Cette province venait d'éprouver le désastre de deux mauvaises récoltes. Ces exactions, les impôts extraordinaires qu'il établit, l'obligation imposée aux diverses cités de réparer les routes, les dettes qu'elles furent forcées de contracter pour subvenir à toutes ces dépenses, exaspérèrent tellement les habitants, qu'ils accusèrent leur ancien gouverneur. Cicéron fit valoir pour sa défense les témoignages des Marseillais, des colons de Narbonne et des citoyens romains, déjà nombreux dans le pays : soit les Publicains venus pour la levée des impôts généraux et de Ja dîme sur les terres qui y étaient sujettes, soit
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les bergers qui faisaient dépaitre leurs troupeaux dans les pâturages publics, dont la République, suivant l'usage, conservait la propriété; soit, enfin, les fermiers qui cultivaient les terres confisquées. Le Roussillon, si voisin de l'Espagne, eut sans doute beaucoup à soufirir des vexations qu'éprouva celte partie de la Gaule à cette époqile ; mais, contenu par la proximité de la colonie de Narbonne, et par la ville latine de Ruscino, il est probable qu'il ne prit aucune part aux mouvements qui agitèrent le nord de la province à l'occasion de la conjuration de Catilina. César ayant obtenu, après son consulat, la province des Gaules, résolut, l'an de Rome 698, de soumettre 56 a?, j.-c. l'Aquitaine. Il nous apprend (Cam,, liv. m) que quelques années auparavant, un de ses lieutenants, L. Yalérius Préconinus, avait été battu et tué, et le Proconsul L. Manilius forcé de se retirer, en abandonnant ses bagages. Dans la guerre contre les Aquitains, P. Cramer, son lieutenant, fut chargé de venger ces affronts. Il marcha a cette expédition avec une armée composée de douze cohortes, d'un corps de cavalerie et d'auxiliaires, sans compter un assez grand nombre de volontaires de Toulouse, Carcassonne, Narbonne et des pays circonvoisins, qu'il avait expressément appelés auprès de lui. Les succès de Cramer assurèrent, pour quelque temps, la tranquillité de la province; mais cet état de calme ne fut pas de longue durée : la guerre civile qui éclata entre César et Pompée ramena les armées romaines en Roussillon. Vers l'an de Rome 70S, Afiranius, lieutenant de Pom- 49 av. J.-C. pée, s'était emparé des défilés des Pyrénées qui conduisent des Gaules en Espagne. César ordonna à son lieutenant Fabius de prendre avec lui les trois légions qui avaient hiverné dans les environs de Narbonne, et de chasser l'ennemi de ces postes importants ; il le suivit
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bientôt lui-même avec le reste de ses troupes; et, après sa savante et glorieuse campagne contre Âffranius et Pétricius, ayant congédié les soldats de leur armée nés en Espagne, il renvoya les autres à travers la Narbonnaise jusqu'au Var, où ils furent licenciés. Poussant ensuite jusques à Cadix , pour recevoir la soumission de Varron et des cités espagnoles , il revint par mer à Tarragone ; il prit la route de terre pour se rendre a Narbonne, et de là devant Marseille. Ce fut à l'époque de ce voyage qu'il donna l'ordre d'élever simplement un autel auprès des trophées érigés ving-trois ans auparavant par son compétiteur. Il traversa le Roussillon une seconde fois, pour aller combattre les fds de Pompée. Vingt-sept jours lui suffirent pour se rendre de Rome à Cordoue. Afin de se distraire des ennuis de ce long voyage, il en fit la description dans un petit poëme, où nous trouverions sans doute quelques détails sur notre pays , si ses vers étaieixt parvenus jusqu'à nous.
César avait divisé les Gaules en deux provinces : Tune se composait des pays qu'il avait conquis; l'autre était l'ancienne province romaine. Dans la première, le tribut était personnel; dans la seconde, on Tavait établi sur les terres. César ne négligea rien pour s'attacher les Gaulois, dont il voulait se servir pour se rendre maître de Rome. Lorsqu'il y eut réussi, il fit entrer dans le Sénat un grand nombre de ses principaux habitants. C'est alors , vers l'an 707, qu'il envoya les vétérans de la 10^ légion renforcer la colonie de Narbonne.
Situé sur la limite méridionale de la province, le Roussillon ne prit qu'une part très indirecte aux divers événements qui , faisant passer le pouvoir d'une faction à une autre, finirent, après environ vingt ans de discordes, de combats, de malheurs et de crimes, par élever Auguste