CHAPITRE QUATORZIÈME
plus énergiquement k la dérense du pays. Les vivres étant d'ailleurs très rares, et devant venir de Barcelone, i) était resté très peu de troupes avec le Roi. Cependant, on s'apercevait de certains mouvements dans l'armée française,^ mouvements qui annonçaient son prochain reton». Le conseil de Jean £ûsait tous ses efforts pour l'engager à rentrer en Catalogne , où il pourrait réunir les Cortés , et en obtenir les subsides nécessaires pour la continuation de la guerre : le vieux Roi lut inébranlable , se contentant d'ordonner à son fils de venir k Girone, et k l'Arcbevéque de Saragosse de se porter a Elne. Dès le 26 juillet, les Français campèrent auprès de Perpignan; des escarmouches, eurent lieu bientôt entre les troupes des deux nations. Les nouveaux venus, sous prétexte de ravitailler le château, voulaient--ils surprendre la ville? On l'ignore; mais, si tel était leur projet, ils ne purent ou n'osèrent pas l'exécuter, et ils se retirèrent vers le Languedoc, la Guienne et la Provence. Cette retraite fut fort heureuse pour le roi Jean, qui n'avait aucun secours k espérer, et qui, d'ailleurs , tomba gravement malade , des suites des fatigues essuyées pendant le siège. Cette circonstance (âcheuse, et la nouvelle de la trêve conclue entre le Roi de France et le Duc de Bourgogne , abattirent autant le courage des Aragonais, qu'elles relevèrent celui des Français. Toutes les instances pour engager le roi Jean k quitter la ville furent vaines. Ce Prince, $entant combien son départ aigrirait les écrits , resta ferme dans sa première résolution. Sur ces entrefaites, Don Pedro de Rocaberti revint de France, où il avait été prisonnier, rapportant quelques propositions de paix, qu'il fut chargé de négocier avec du Lude, commissaire du Roi de France. Le premier se tenait k Canet; le second, au château de Perpignan. Affectant
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un grand désir de paix, Louis proposait de marier le Dauphin avec la fille de Ferdinand; mais il se tenait loin de la frontière , afin de prolonger la négociation , par la nécessité où Ton se trouvait souvent de le consulter. L'article relatif k Perpignan, était le plus diflScile k régler; chacun voulait avoir cette ville. On parvint, enfin, à conclure un traité, signé, k Perpignan, le 10 octobre, par 4475. le Roi d'Aragon, et, k Dampierre, le 10 novembre, par le Roi de France. D'après cette, convention , le premier devait, dans l'année, payer trois cent mille couronnes au second, et celui-ci restituer les deux Comtés : en attendant, on les confiait k un Gouverneur nommé par Louis, sur deux personnes proposées par Jean. Cet oflicier devait prêter serment aux deux Rois, de bien administrer et de n'exécuter les ordres d'aucun des deux pendant la durée de sa commission. Sur quatre sujets proposés par Jean, Louis devait en choisir deux pour commander : l'un dans le château de Perpignan, l'autre dans celui de CoUioure. Ces officiers prêteraient serment au Roi d'Aragon de garder la paix , et de lui rendre ces places aussitôt qu'il aurait remboursé les trois cent mille couronnes. Ces Gouverneurs, pendant leur commandement, étaient déchargés des serments prêtés auparavant k leur Souverain respectif, et s'engageaient k ne recev<Mr dans leurs places, de toute cette année, ni les deux Rois, ni les personnes chargées de leurs ordres. Avant de quitter Perpignan , le Roi d'Aragon , en récompense des services rendus par les habitants , confirma les anciens privilèges de la ville et lui en accorda de nouveaux. Cet acte fut dressé en présence de Jean Pages , son vice-chancelier, et du Châtelain d'Emposta. Il partit ensuite pour Rarcek>ne, où on lui fit une entrée triomphale. En signant le traité dont nous venons de donner l'extrait,