‹ Histoire du RoussillonChapitre 132 sur 241 · HI8T0IRB DO R0US81LL0N · texte numérisé non relu

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gnan, secondé par les habitants, lai livra cette ville le 4475. 1er février 1475 : la garnison se retira au chàteaa, qui, avec Salses et CoUioure , furent les seules places restées aux Français.

Louis , instruit de ce qui se passait, ne perdit pas de temps; et, dès le 1^ avril, neuf cents lances étaient réunies aux environs de Narbonne. Son année devait être de trente mille hommes, et avoir pour chef Philippe de Savoie , comte de Bresse. Au bruit de ces préparatifs , les commandants des troupes de Jean le pressaient de se retirer; mais, lui, ne se laissant pas intimider par les menaces des ennemis , ni ébranler par les sollicitations de ses amis, jura aux Perpignanais, dans l'église de Saint-Jean , de s'ensevelir sous les ruines de leur ville , plutôt que de les abandonner. Il tint parole ; et, enfermé dans la place avec quelques troupes, il y brava fièrement les attaques d'une armée formidable : la ville fut investie le 9 avril. Jean , âgé de soixante-seize ans , se montrait tous les jours à cheval, visitant tous les postes, se portant partout où sa présence était nécessaire. Pour inquiéter les derrières des assiégeants , il poussait des partis dans les pays de Fenouillèdes et de Sault, qu'ils ravageaient jusqu'aux portes de Carcassonne. Son courage avait inspiré le plus vif enthousiasme aux bourgeois comme aux soldats, au dehors comme au dedans de la ville. Plusieurs Chevaliers catalans avaient bravé tous les dangers pour y pénétrer; le vieux Connétable de Navarre, PéraltaS s'y était introduit, déguisé en Cordelier, et k la foveur de la langue française, qu'il parlait fort bien. Plusieurs assauts, livrés avec la plus grande vigueur, ftu^nt repoussés. Les assiégés faisaient k leur tour de fréquentes *

1 Des historieni français assurent, cependant, qn'il était pensionné par Umii XI.

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sorties. Dans un des nombreux combats qu'elles occasionnèrent, Jean d' Armendarés , Tun des plus braves chevaliers catalans , fut massacré par les soldats qui venaient de le faire prisonnier. Jean, indigné, ordonne qu'on saisisse k l'instant les plus distingués des prisonniers français, et qu'on les conduise au supplice. Heureusement, le Comte de Bresse, en étant prévenu, envoya faire des excuses , attribuant la mort d'Armendarés k un funeste malentendu. Cette démarche calma la colère du Roi, et sauva ces malheureux.

La famine se faisait sentir dans la place, quoique l'administrateur de l'Archevêché de Saragosse, fils naturel de Jean, ne négligeât aucun moyen d'y &ire passer des vivres d'Ehie, où il s'était porté avec quelques compagnies. Une nuit, les assiégeants furent introduits, par un conduit souterrain , dans une maison voisine du rempart, dont le propriétaire leur était dévoué. Le Roi, qui en fut averti, prit quatre cents hommes des troupes toujours prêtes k marcher partout où le besoin les appellerait; il attaqua les Français , et , avant le jour, tout le détachement entré dans la ville, obligé de l'évacuer, laissa la plus grande partie de son monde mort ou prisonnier. Ferdinand ne voyait pas sans inquiétude les dangers de la position de son vieux père ; il mettait tout en œuvre, en Aragon, en Castille, en Catalogne et dans le Royaume de Valence, pour lever une armée capable de le délivrer. Y étant enfin parvenu, il franchissait le col de la Massana le 24 juin 1473, résolu de marcher droit k Perpignan, lorsqu'il reçut l'importante nouvelle du succès obtenu la veille par le Roi d'Aragon , presque sous les murs de la ville. Un convoi parti d'Elne arrivait aux assiégés. Dulau, l'un des capitaines les plus estimés de l'armée française, et le Sénéchal de Beaucaire , eurent ordre de l'enlever :

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ils ratttaquèrent avec un gros corps de cavalerie ; et l'auraient indubitablement pris, si une forte sortie de la ville ne fût venue k son secours. Dulau et le Sénéchal , pris entre deux feux, virent leur troupe détraite on dispersée, et tombèrent eux-mêmes entre les mains des assiégés. Cet événement, et plus encore l'approche du Roi de Sicile, décidèrent les Français k lever le siège. La cavalerie légère de Ferdinand les poursuivit jusqu'à Salses; enleva un très grand nombre de traînards, et leur aurait fait un plus grand mal , si les cuirassiers de Don Dionis de Portugal n'avaient protégé leur retraite. Ferdinand n'entra à Perpignan que le 28 juin, son père ayant voulu pouvoir lui préparer une brillante réception. Après cette 'Cérémonie, Jean congédia les troupes castillanes, aragonaises, valenciennes , ne gardant que cinq cents cavaliers et la vieille infanterie navarraise. On croyait pouvoir d'autant mieux prendre |ce parti, que Philippe de Savoie avait demandé une trêve à laquelle Jean avait consenti. Le C(MBte de Prades Ait chargé de cette négociation. Les plénipotentiaires signèrent la trêve à Canet, le 14 juillet, et le Roi la ratifia le même jour, k Elne : elle devait expirer le 1^ octobre suivant. Pendant sa durée, chaque parti avait la faculté de ravitailler ses places, d'en renforcer les. garnisons : tous, bourgeois et militaires, pouvaient parcourir librement le pays , communiquer les uns avec les autres , entrer dans les diverses places avec l'agréent du Gouverneur. Antoine de Cardone et Matthieu de Moncade, pour l'Aragon; le Railli de Gisors et le Sénéchal de TAngoumois, pour la France, furent nommés conservateurs de cette trêve. Malgré cette précaution, Jean, connaissant combien Louis désirait rester maître du Roussillon , ne comptait guère sur la solidité de l'arrangement : il ne voulut point s'éloigner, afin de pourvoir

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