CHAPITRE QUATORZIÈMB
le 14 mare, aux conditions soivantes : La garnison, qui n'était plus que de quatre cents hommes, rentrerait en Catalogne ; les habitants auraient quatre ans pour se dé^ cider k rester ou k abandonner leurs maisons; durant ce délai, ils pourraient aller et venir des Comtés aux terres d'Aragon , emporter leur or, leur argent, leurs marchandises, faire toutes les agences nécessaires pour vendre leurs biens ; personne ne pouvait être recherché pour des faits antérieurs; les privilèges, libertés, us et coutumes devaient être maintenus; Louis s'engageait k ne point toucher aux biens et aux revenus de la ville. Il y avait plusieurs autres conditions, toutes fort avantageuses aux habitants de Perpignan et des Comtés, en faveur desquels devaient être expliquées les- expressions de la capitulation qui pourraient offrir quelque incertitude. Ce traité était en général si favorable aux assiégés, qu'on était fort surpris qu'il leur eût été accordé sans restriction. Aussi plusieurs gentilshommes et principaux citoyens , ne se fiant pas trop à son exacte observation , se retirèrent avec le gouverneur Pierre d'Ortaffa et les troupes. De ce nom«« bre, Airent Yines, Sampso, Jean Redo, Blanca et quelques autres. Le Roi d'Aragon accueillit de son mieux ces exilés volontaires; et dans une lettre écrite de Castello-de-Ampurias, le 15 mars 1475, à tous ses officiers, il leur ordonne de traiter comme ses plus fidèles sujets les habitants du Roussillon en général , et ceux de Perpignan en partieu-^ lier, quoique tombés sous la domination du Roi de France; il l'ordonne, en considération du dévoûment qu'ils lui avaient témoigné en défendant leur ville, et en pe la rendant avec son consentement qu'après avoir livré plusieurs combats, et enduré les horreurs de la plus cruelle famine, jusqu'au point de se nourrir de chair humaine. Non content de cette lettre, le âO juin suivant, il fit
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dresser, k Barcelone, un acte particulier en forme de pn^ vilége, en faveur des habitants de Perpignan. Nous n'en donnerons pas le texte latin, à cause de sa prolixité; nous nous bornerons à en faire connaître la substance* Il s'exprime à peu près ainsi ; « Chers et fidèles Chevalliers , Boui^eois , Négociants et autres habitants de Per* pignan, soutenus par une faible garnison, vous avez défendu très long-temps, en hommes courageux et sujets fidèles, votre ville, où plusieurs brèches étaient ouvertes, contre une armée française bien pourvue d'artillerie et de tous les moyens d'attaque. Vous vous êtes imposé les privations les plus dures poqr ménager vos ressources; lorsqu'elles ont été épuisées, par la longueur du siège, repoussant des propositions séduisantes, vous avez cherché à vous procurer des vivres par des sorties souvent heu-p reuses, toujours fatales a l'ennemi. Enfin, réduits à ne pouvoir traverser ses postes qu'en petites troupes et à la faveur de la nuit, vous alliez ii quatre ou cinq lieues, et rentriez chargés de blé comme des bétes de sopime, sans être efikiyés de la perte de ceux des vôtres, qui, pris dans ces courses périlleuses, étaient aussitôt massacrés. Tous les jours , dans la ville , plusieurs personnes mouraient de faim ; les autres ne prolongeaient leur existence qu'en se nourrissant des aliments les plus dégoûtants, et même de chair humaine. Dans une position aussi horrible, vous n'avez voulu écouter aucune proposition : une telle cons* tance , une telle fidélité vous ont mérité une gloire qui fait l'admiration de l'univers. Cependant, ne pouvant voua secourir comme je l'aurais désiré, je vous ai autorisés k capituler; vous n'y avez consenti qu'à regret. Il n'y a pas d'éloges, pas de récompenses que ne méritent une telle fidélité, une telle constance. Pour le moment, confirmant tous les privilèges qui vous ont été accordés par mes pré-