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CHAPITRE QUATORZIÈME

dëcesseurs , en vertu du présent, je m'engage , pour moi et mes successeurs, à traiter comme mes plus fidèles sujets , vous et tous les Roussillonnais , quoique tombés 30US le pouvoir du Roi de France. Nous déclarons que, quand bien même la guerre deviendrait plus vive, vos personnes et vos biens seraient respectés par mes troupes, tant en Roussillon que dans tout autre pays, et même en mer, si on les trouvait sur les vaisseaux de mes ennemis. De plus, je vous permets de voyager, de rester, de commercer librement dans mes États, donnant, à cet effet, les ordres les plus précis k tous ceux qui sont sous ma dépendance, depuis mon fils Ferdinand jusques au dernier de mes officiers civils ou militaires. »

On a voulu, dans la suite, embellir, par un épisode dramatique, le récit d'un siège déjà fort remarquable par le courage et la constance des assiégés. On a fait égorger le fils de Jean Blanca, prisonnier dans une sortie, sous les yeux de son père , parce que celui-ci , premier Consul , refusait de livrer la place aux Français. Mais Blanca n'était pas premier Consul cette année, et l'eùt-il été, la reddition de la place ne dépendait pas de lui : Pierre d'Ortaffa, lieutenant du gouverneur du Roussillon , y commandait. Zurita, écrivain exact, dont la relation est fort circonstanciée, ne dit pas un mot de ce fait. Il n'en est pas non plus question dans l'inscription : Hujm domûs Dominus fidditate cunctos superavit Romanes, placée, au dire de Bosch, sur la maison de Blanca par ses concitoyens, après la restitution de la province k l' Aragon. Toutes ces observations, faites long-temps avant nous par le savant Fossa, et le silence du roi Jean sur un fait pareil, nous obligent k considérer cette scène tragique comme un conte. Cependant, ce fait n'a pas été avancé sans quelque fondement par André Bosch , qui écrivait au commencement du xvii^

siècle : il nous a montré Jean Blanca jetant, dn hant des remparts, son poignard aux Français, qui menaçaient d'égorger son fils s'il ne livrait la place. En effet, dans les registres de Bonfil , notaire contemporain k Perpignan, où l'on trouve quelques dates fort exactes des événements de ce temps, on lit : «r Aujourd'hui, jour de sainte Lnce (15 décembre) on a exécuté, dans le château, D. Bernard d'Oms et le fils de Jean Blanca. Ce malheureux jeune homme, victime de l'attachement de son père à la cause nationale, périt presque sous ses yeux, puisque J. Blanca était enfermé dans Perpignan. »

Louis XI avait abusé de la victoire après la prise d'Elne, et n'était pas mieux disposé à l'égard des Perpignanais. Il destinait au supplice ou aux fers les principaux boui^eois et les nobles des environs; mais les généraux français vendirent l'impunité à tous ceux qui purent l'acheter. Il avait permis au Cardinal d'Albi de prendre pour lui les meilleurs bénéfices, lui recommandant de ne donner les bons qu'aux Français , de promettre les autres aux gens du pays, sans toutefois se presser de les leur délivrer. Se méfiant de ce Prélat, il avait envoyé Du Bouchage pour le surveiller. Dans ses instructions k cet officier, il lui prescrit de donner au Gouverneur les noms de ceux qu'il regardait comme traîtres, pour qu'on les fit décapiter, si, de Ik a vingt ans, ils osaient se montrer dans la ville. Il plaça lui-même k la tète de cette liste de proscription Ortosa et Vines , avec l'épithète de très mauvais pour le premier, de grand traître pour le second; il y mit aussi Maure, comme celui chez qui s'était tramée la conspiration pour livrer la ville au Roi d'Aragon. Il ac-^ corda au gouverneur Boufile la dépouille de ceux qu'il ferait périr; mais, heureusement, cet officier, homme d'honneur, au lieu de profiler de cette horrible faveur, prit.

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