CHAPITRE XV
ONZKHI ÉPOQUE.
\.Z R0\3SS\LL0N RE.MHE S0\3S LA DOMINATION DES ïVO\S D'ARAGON.
Les États de Ferdinand et d'Isabelle formèrent, par leur réunion, une puissante monarchie : après l'aToir pacifiée, ils l'agrandirent par la ccmquéte de Grenade, qui eut lieu le 2 janvier 1492. Le 12 octobre suivant, Colomb déeou* 4492. vrait un monde nouveau pour ces Princes, que la fortune semblait vouloir accabler de ses faveurs. Le RoussiHon ne pouvait avoir pour eux toute l'importance qu'il avait eue pour les Rois d'Aragon. Ils ne négligèrent, cepen* dant, aucua moyen d'en hâter la remise. Ferdinand s'était rendu à Barcelone pour être plus k portée de diriger ses agents dans les Comtés. Il partit pour Perpignan, avec la Reine, le 6 septembre 1495; ils y furent reçus avec les plus grandes démonstrations de joie. Par une des clauses du traité de restitution des Comtés , tontes les confiscations faites par les Français, pendant leur occupation, étaient annulées; mais les ecclésiastiques, quoique nés Français, conservaient leurs bénéfices en prêtant serment de fidélité au Roi d'Aragon, qui avait le droit de placer des gouverneurs et des garnisons dans les forts
et châteaux leur appartenant à raison de ces bénéfices. Toutes les dignités ecclésiastiques de quelque importance, telles que rÉvêché, les Ârchidiaconats, plusieurs Canonicats d'Elne, les Abbayes de Saint-Michel, d'Arles,, de La Real, de Saint-Génis, de Saint-André, de Sorède, le Prieuré del Camp, étaient possédées par des Français. Ferdinand s'empressa de faire exécuter une clause lui donnant les moyens de rétablir dans leurs biens, des familles qui ne les avaient perdus que par dévoûment à l'Aragon , et de s'assurer de la soumission des principaux membres du Clei^é, qui ne pouvaient voir qu'avec peine ce changement de domination. Quant aux dispositions qu'avait prises Louis XI , en dispensant certaines villes de payer les rentes dont elles étaient chargées, il régla, dans son ordonnance rendue k Perpignan, le l^ octo- 4493. bre 1485, que, provisoirement, la moitié du revenu de ces villes serait destiné au paiement de ces rentes ^ sans qoe les créanciers pussent réclamer les pensions arriérées.
Le 21 septembre 1495, Ferdinand promulgue, k Perpignan, l'ordonnance qui expulse les Juifs des Comtés: c'était une conséquence de celle rendue le 50 mars 1489i» pour chasser ces malheureux des Royaumes de Castille et d'Aragon. Dans la première, on leur accorde six mois pour vendre leurs biens, percevoir et solder leurs dettes actives et passives ; dans la seconde , le délai n'est que d'un mois, au bout duquel ils doivent avoir vidé le pays sous peine de la vie, tant pour eux que pour les Chrétiens qui leur donneraient asile. Ces dispositions, d'une rigueur au moins excessive, ne frappèrent heureusement qu'un très petit nombre d'individus. Les calamités qui affligèrent le Roussillon et surtout Perpignan , de 146â k 1479, y anéantirent le commerce, et contribuèrent beaucoup k alSaiblir la colonie que cette nation cosmopolite y