‹ Histoire du RoussillonChapitre 145 sur 241 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

avait établie; colonie qui déclinait beaucoup depuis un siècle, dans un pays où elle ne pouvait vivre que par l'usure et le petit trafic dédaigné par les Chrétiens. D'ailleurs, la restitution des Comtés était pressentie depuis deux ans, et stipulée dans m traité depuis huit mois , lorsqu'elle fut efTectuée. Les Israélites peu nombreux établis dans la province, eurent donc le temps de prendre des précautions pour mettre en sûreté leurs familles et leurs fortu* tunes : Us n'y manquèrent pas. Aussi, leur expulsion , mesure certainement très cruelle pour ceux qu'elle frappait, passa comme inaperçue au milieu d'une population agitée par les passions politiques qu'excite toujours un changement de gouvernement. Ce qu'il y a de certain, c'est que leur dépouille ne tenta l'avidité de personne, comme l'on peut s'en convaincre par l'inventaire que dressèrent les officiers royaux, et conservé dans nos ari^hives, avec la plupart des papiers relatifs k cet objet.

Ces archives ne nous offrent rien concernant une autre ordonnance de Ferdinand bien plus importante, celle qu'il rendit sur les Vassallos de Remensa. On appelait ainsi des paysans sur lesquels les Seigneurs avaient certains droits, dont la dénomination de mal îlsos (mauvais usages), indique assez combien ils étaient durs pour les malheureux qui y étaient soumis. Les six plus odieux de ces mal uses étaient : !<> Remensa personal : un paysan ne pouvait quitter la terre du Seigneur sans en avoir obtenu la permission en payant ; 2o ItUerslia : le Seigneur héritait du tiers du bien de son vassal mort intestat , laissant femme et enfants , et de la moitié s'il ne laissait qu'une femme ou des enfants ; Z^ Cogutia : la dot de la femme adultère était partagée entre le vassal et le Seigneur, qui la prenait tout entière si le premier cherchait k cacher son malheur; A^ Exorquia : si le vassal mourait intestat sans enfants, ce qu'on

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appelait eûcorch : la part qu'auraient eue les enfants appartenait au Seigneur, les héritiers naturels avaient le reste; 50 Arsia : le vassal était tenu de payer au Seigneur une certaine somme, si la métairie qu'il tenait de lui devenait par sa faute la proie des flammes ; 6^ Forma de despojo forçado : quand le vassal hypothéquait sur ses biens la dot de sa femme, le Seigneur prenait le tiers du droit de lods. Les Vassallos de Retnetisa s'étaient souvent révoltés; et sous le règne agité de Jean I^"*, ils eurent presque toujours les armes à la main , soit pour soutenir le Roi, soit pour combattre contre leurs Seigneurs. On aTait fait plusieurs projets pour tarir cette source de divisions intestines. Ferdinand, plus heureux que son père, ayant réussi à engager les deux parties à s'en remettre k sa 44S6. décision, rendit k Guadaloupe, en 1486, une ordonnance qui affranchissait ces paysans de tous ces droits, moyennant que chacun d'eux s'engageât k payer k son Seigneur 60 sols barcelonais, ou k lui servir une rente 5 p. 7o de ce capital. Si les Vassallos de Remensa eussent été nombreux dans le Roussillon lorsqu'il fut restitué k Ferdinand, il n'est pas douteux que ce Prince aurait promulgué une ordonnance pour faire jouir ce pays du bienfait de celle dé 1486, ou bien qu'on aurait trouvé, postérieurement k cette époque, quelque exemple de l'existence de ces mal usos. Nos archives gardant sur ces objets un silence absolu, nous devons en conclure que le Roussillon était déjà délivré de tout ce que le régime féodal avait de plus odieux par les actes nombreux d'affranchissement de ces droits, et d'autres bien moins onéreux, que les Rois, les Seigneurs et le Clei^é avaient donnés ou vendus k des communes ou k des particuliers durant les xra«, xiv« et xv^ siècles, actes dont nous avons parlé ci-dessus. Ferdinand ayant séjourne un mois k Perpignan, revint

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à Barcelone^ où, le 4 naveoibre 1485, il ordonna, tant de sa propre autorité, que de celle qu'il tenait des Cortés, de frapper dans cette ville et à Perpignan, une monnaie dite prindpat, au titre et du poids des ducats de Venise, et des croats et demi-croats au titre de li 7t deniers, à la taille de 73 croats au marc , dont le coin devait être celui des anciennes monnaies d'or pour les princtpats, et celui des anciens croats pour les nouveaux. Il veut, dans cette oiv donnance, que le principat ait cours pour 12 croats; qu'on ne puisse faire, qu'au poids, un paiement considérable en argent, et quel qu'il soit en or; qu'on ne soit tenu à recevoir en biUon que la valeur du quart d'un croat. Il ordonne, en même temps, que les carlins et les parpail* Mes cessent d'avoir cours en Roussillon dans quatre mois : les premiers étaient des carolus frappés sous Charles YIII, viriant iO deniers ; les parpaiHoles, une monnaie déjà usitée en Languedoc en 1431 (D. Vaissette). Le 9 juillet 1493, il nomma Gouverneur du Roussillon, Louis, fils de Bernard d'Qms, dont nous avons vu la fin tragique, et pour Capitaine<-Général dans les Comtés , D. Henri Henriquez, son cousin-germain. De ces deux nominations, la première récompensait dans le fils les services du père; par la se* conde , il témoignait son affection à ses nouveaux sujets. Le 30 mars 1496, il permit de fabriquer, k Perpignan, de 4490. la monnaie de billon, de la matière et du poids qu'il plairait aux Consuls. Les concessions du Domaine de la Couronne faites par les Rois de France, avaient probablement été annulées, puisqu'on voit, en 1495, le Procureur-Royal concéder une prise d'eau sur le canal de Perpignan , donné à cette ville en 1488 par Charles VIII. Mais le Roi d'Aragon, ne voulant pas priver cette cité fidèle d'une faveur qu'elle avait obtenue d'un Gouvernement illégitime à ses yeux , confirma en 1504 la donation faite en 1488.

La paix, que la restitution des Comtés à FAragon semblait assurer pour long-temps astre la France et TEspagne, ne fut pas de longue durée. Ferdinand ne put voir sans jalousie la rapidité des conquêtes de Qiarles VIII. Voulant empêcher ce Prince d'affermir sa domination en Italie, il conclut, le 31 mars 1495, un traité avec la République de Venise, le Pape, l'Empereur, le Duc de Milan. Par suite de cette alliance , les Âragonais , indépendamment de leur contingenta l'armée formée pour s'opposer à l'invasion du Royaume de Naples par Charles VIII *, devaient attaquer le RoussOlon. D. Henri Henriquez rassembla, à cet effet , vers la mi-novembre , quatorze cents lances et un corps d'infanterie à peu près d'égale force, auprès d'Opol ; pénétra jusqu'à deux lieues de Carcassonne, et revint par Tuchan , emmenant soixante prisonniers, vingt mille bêtes à laine , et quatorze cents bêtes à corne ou juments. Cette expédition devait attirer en Rousnllon des représailles : pour s'en garantir, on résolut , Salses n'étant pas tenable, de fortifier Claira, que l'on regardait comme très avantageusement placé pour couvrir le pays. Dès le commencement de janvier 1496, Don Henri marcha sur Caladroy : le gouverneur, soit lâcheté , soit corruption , rendit ce château, sans le défendre, à Jean de Leyna, commandant l'avant- garde. Pendant cette expédition, un corps français de sept cents fantassins, cent hommes d'armes et cent cinquante chevau-légers, entrait dans la Salanque par le grau de Leucate , et enlevait quinze cents têtes de menu bétail ; mais quelque cavalerie , sortie de Perpignan, renforcée par celle qu'on avait placée dans les châteaux de la frontière , lui fit lâcher la plus grande

i D. Pierre Dclpas, Pcrpignanais , commandait en Italie la cavalerie légère espagnole. Ami et compagnon du grand capitaine GonsaWe de Cordone, il se distingua dans cette campagne , et termina gloriensement sa vie à la bataille de Ravenne.

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