CHAPITRE QUINZIÈME
Malgré cette épidémie , le Vice -Roi fit loger chez les boui^eois trois mille cinq cents cavaliers. Cette mesure fut doublement vexatoire.: elle était nouvelle, et les hommes se conduisirent fort mal chez Thabitant.
Santa-Coloma se hâta , après la prise de Salses, de faire raser les travaux de l'attaque, et de congédier tous les renforts venus des divers points de l'Espagne. Le mécontentement des Catalans allait toujours croissant ; de plus, les quartiers que les troupes prirent chez eux après le siège, ne contribuèrent pas à calmer les esprits, déjà très montés contre le premier ministre Olivarés. Certaines mesures ordonnées par le Vice-Roi , les aigrirent encore davantage. Tamarit, membre de la Députation pour la Noblesse, qu'il avait fait arrêter, fut délivré par une émeute populaire. L'Autorité, avilie par cet affront, ne put se rétablir. Enfin, le 7 juin 1640, Santa-Coloma périt, on ne sait comment, ^1640. pendant qu'il cherchait k gagner la mer pour se soustraire aux suites d'une sédition excitée par une cause très légère. Rarcelone ne tarda pas à se déclarer ouvertement, et le reste de la province n'avait pas attendu son exemple pour tomber sur les troupes castillanes. Dès le li juin, six mille hommes, la plupart infanterie, repoussés de la Catalogne par une insurrection générale, passèrent au col de la Massana, et se replièrent sur Perpignan , où ils demandèrent à être logés : ils ne pouvaient s'y présenter dans un moment moins opportun. Quelques jours auparavant, le 4 juin, sur le simple soupçon qu'un grand conseil, assemblé par les Consuls, avait eu pour objet de faire consentir la ville au logement des gens de guerre, le peuple s'était porté sur la maison du premier Co;isul, Jean Descamps, pour le tuer; et, ne l'ayant pas trouvé, avait saccagé son habitation , malgré les efforts du poste établi dans le voisinage, à la porte Saint-Martin, dont on avait tué ou blessé
370 HISTOIRE DU ROCSSILLON.
plusieurs hommes, parmi lesquels se trouvait le capitaine, Jean Palegreu , qui le commandait : les matins n'étaient rentrés dans le devoir qu'à la fin du jour. Les Consuls , craignant des scènes encore plus f&cheuses, se refusèrent obstinément k loger les Castillans, prétextant les privilèges de la ville. Le Général commandant de la place, était le Florentin Cheli , marquis de la Reyna, qui avait sous ses ordres, à la citadelle, le Navarrais D. Martin de los Ârcos : c'étaient deux officiers jouissant d'une grande réputation militaire. Le Marquis ne voulut point entendre les raisons des Magistrats. Les troupes castillanes, commandées par Ârcé, attaquent une porte de la ville : les habitants prennent les armes; élèvent des barricades, et défendent cette porte avec acharnement. Enfin , le Marquis de la Reyna , voyant que la nuit était venue sans que le combat eût cessé, monte a la citadelle, et fait tirer le canon sur la ville, malgré les représentations de D. Martin. L'Évéque accourt pour calmer la colère du Gouverneur : on convient qu'on cessera de tirer, k condition qu'on logera les troupes; mais Cheli, ne voyant pas exécuter cette mesure, fait recommencer le feu. Le 15 juin, la ville, intimidée, députa vers le Gouverneur, Gabriel de Llupia, que TÉvéque voulut accompagner. La réponse fut la même ; et la ville persistant dans son refus , la canonnade reprit avec encore plus de force, et le combat recommença entre les troupes et les habitants. La citadelle tira plus de six cents boulets et quelques bombes sur la ville, dont elles endommagèrent un tiers des maisons : une trentaine de citoyens furent tués. Les troupes, favorisées par cette canonnade, forcèrent la porte et pillèrent plus de quinze cents maisons, quoique les habitants eussent envoyé faire leur soumission au Gouverneur. Le 29 juin , le Duc de Cardone, nommé depuis peu Yicc-Roi de Catalogne, arriva