‹ Histoire du RoussillonChapitre 163 sur 241 · CHAPITRE QUINZliME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZliME

Sacrement , pour arrêter, par le respect de la Religion , ces hommes exaspérés, il ne réussit qu'k éviter un combat général , mais il ne put empêcher qu'il n'y eût des coups de mousquet tirés, et des hommes tués de' part et d'autre. Le i2 août, quinze cents Catalans tentèrent l'escalade des murs de Rivesaltes, qu'occupaient cinq cents Français. Les échelles se trouvèrent un peu courtes ; toutefois, après une attaque où la garnison perdit quarante hommes, elle posa les armes , et rendit ce poste , à condition qu'elle serait envoyée à Salses. Les tainqueurd rentrèrent à Perpignan n'ayant perdu que vingt soldats. On y était occupé k oi^niser les troupes nouvellement arrivées. En attendant, les Français dévastaient la Salanque, et un de leurs partis, poussé du côté de Tautavel, eut quelques affaires d'avantposte avec les troupes espagnoles, qui s'étaient avancées jusques k Cases-de-Pèna. Le 51 , le maréchal de camp. Comte de Torrecasa, réunit, dans un camp près de la porte Saint-Martin, un corps d'infanterie, où l'on comptait trente drapeaux, autant de pièces de canon, et deux cents chariots de munitions. Le 7 septembre, arriva à Perpignan la garnison du château de Tautavel, qu'elle avait rendu la veille ; elle fut emprisonnée par ordre du Vice-Roi, mécontent de sa conduite. Le même jour, le Marquis de Spinola , venant de ColUoure , où il avait débarqué , entra à Perpignan , précédé d'un grand nombre de chariots de munitions, et de quinze mulets, chaînés d'argent. Ce général était attendu avec impatience : les Consuls, le Comte de Torrecasa et le Vice-Roi lui-même, allèrent le recevoir k une lieue de la ville. Le lendemain, il passa la revue de l'armée, qui fut renforcée, le 15, par un corps de six mille Castillans, aux ordres du Marquis de Mortara. Quelques soldats de ce corps ayant enlevé des raisins k un Catalan , il en résulta une querelle très vive

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entre les troupes des deux nations, et plasieiurs soldats y peiHUrent la vie. Le i4, Spinola prit position entre le Soler et Hillas : son année se composait de trente mille hommes d'infanterie, quatre mille chevaux, trente-quatre pièces de canon, cinquante chariots et cent mulets chargés de munitions. Trois jours après, les Français, campés entre Estagel et Honner, se replièrent sur Salses; les Espagnols suivirent leur mouvement, et campèrent, le i8, devant Rivesaltes. Le 19, tandis que trois de leurs régiments s'emparaient de Castel-Viel , situé sur le chemin de Salses à Vespeille , le reste de l'armée marcha sur le nouveau fort, et commença à le canonner vers la fin du jour. La place ripostait chaudement; on réussit, cependant, k s'établir dans une ancienne tranchée, que les Français avaient négligé de combler. Le 30 , Mortara , à la tète de ses CastiUans, et soutenu par quelques troupes catalanes, attaqua un corps nombreux qui couvrait la place , posté derrière un retranchement tiré de la montagne k l'étang, et armé de trois pièces de canon : il l'en chassa, et le poursuivit jusqu'au château, qu'il canonna trois jours sans relâche, mais non sans éprouver de fortes pertest surtout en blessés, par la mousqueterie. La garnison comptait trois mille hommes d'infanterie et trois cents chevaux. Le 26 septembre , par un temps froid et une forte pluie, elle fit une sortie vigoureuse, chassant les assiégeants de la tranchée, et leur tuant beaucoup de monde. Ayant été reponssée dans la place, le feu recommença sans interruption jusqu'au 7 octobre. Ce jour-là , les assiégeants attaquèrent le fossé ; s'en rendirent maîtres de vive force , et y firent un grand nombre de prisonniers. Le lendemain, ils emportèrent un fortin, construit pour couvrir la porte du château : les trois cents hommes qui le défendaient furent passés au fil de l'épée. Le Vice-

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Roi ayant reçu divere renforts, fournis par les milices du pays, et voalant reconnaître Tannée firançaise, envoya vers Estagd nn corps de troupes, pour attirer de ce côté l'attention des ennemis. H fit passer, en même temps, par le grau , un parti de mille cavaliers et cinq cents hommes d'iniknterie. Ce détachement rencontra la cavalerie française entre la Palme et Roquefort ; la poussa jusque sur l'infimterte, qu'il reconnut k son aise, et revint par le même chemin, emmenant une centaine de prisonniers. Des barques, parties de Leucate, venaient, par l'étang, faire des signaux aux assiégés, et tentaient de leur apporter des vivres. On réussit à leur donner la chasse, et même on en prit quelques-unes , en armant des barques du pays. Cependant, on avait appris, par la reconnaissance* dont nous venons de parler, que l'armée française avait une infanterie nombreuse ; et le 23 octobre , on eut avis qu'elle voulait attaquer les lignes , pour jeter du secours dans la place. S'étant assuré de cette nouvelle, le Marquis de Torrecasa , commandant le siège , fit brûler les baraques de son camp , pour mieux se disposer k recevoir l'ennemi, qui se présenta, en effet, le 96; niais une pluie extraordinaire, survenue au moment où il allait attaquer, dispersa ses troupes', et l'obligea k abandonner, dans sa retraite, quelques pièces d'artillerie. Il revint k la charge le 2 novembre , et fut repoussé avec une perte de deux cent cinquante tués et cinq cents blessés : celle des Espagnols frit moindre. Après cet échec, les Français se retirèrent sur Narbonne, et les assiégeants, ainsi que les assiégés, restèrent fort tranquilles jusqu'au 28 décembre, jour où il Ait convenu, entre le Vice-Roi et le commandant de Salses, que ce dernier rendrait la place le 6 janvier, si elle n'était secourue. En conséquence, la garnison, forte de douze cents hommes, sortit ce jour-lk du fort, avec les

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honneurs de la guerre, emmenant deux chariols pour les malades, vingt-sept pour les munitions, une |Hèce de canon , vingt-et-un drapeaux, dont dix seulement devaient être déployés : la capitulation leur accordait ces conditions honorables. Le Yice-Roi fit un accueil très distingué à M. d'Espenan, gouverneur de la place, et l'invita à visiter avec lui les tranchées : les batteries les saluaient k leur passage. La défense faite par cet officier méritait ces honneurs ; mais il n'est pas douteux que la mésintelligence qui existait entre Santa-Coloma et Torrecasa, depuis le commencement du siège, en prolongea beaucoup la durée. Si nous en croyons un mémoire du temps, les fréquentes querelles des deux Généraux, finirent par une scène des plus scandaleuses. A la suite d'une discussion très vive, le Vice-Roi s'emporta jusqu'à frapper le Général en présence de plusieurs personnes. Le Duc de Saint-Georges, fils de Torrecasa, voyant son père traité aussi indignement, courut, l'épée a la main, contre le Comte de Santa-Coloma, qui le blessa, fit arrêter le père et le fils , les envoya prisonniers à la citadelle de Perpignan , et rendit compte au Roi de tout ce qui s'était passé.

Les malades et les blessés de l'année assiégeante étaient dirigés sur Perpignan. Les hôpitaux ne pouvant les contenir, on prit, pour y suppléer, plusieurs maisons voisines de l'hôpital militaire, des bergeries auprès de la porte d'EIne, les couvents des Corde)iers, des Jacobins, des Carmes, des Minimes ; on plaç^ jusqu'à huit cents malades dans chacune de leurs églises. Il résulta de cet encombrement dans une ville de médiocre étendue, une contagion pire que la peste, qui fit périr, depuis le 14 septembre 1657 jusqu'au 9 jan- 4640. ^îer 1640, plus de 7.000 habitants et autant de militaires ' .

1 n y a très probablement de l'exagération dans le nombre des bourgeois, et peut-^tre mâme dans celui des militaires, victimes du fl^'an.

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