CHAPITRE XVI
L^antear, dans les deui derniers chapitres de son onvrage, donne un» notice sUiisUqae sur la province du Roussillon ; il y bit connaître les améliorations qni ont en lien , et tout ce qu^on a exécuté ou projeté pour la prospérité du pays, sortoot pour h ville de Perpignan, après leur réunion dé6oitiTe h la France, en 4659. L^éditeur a cru indispensable à Tintelli» geuce de ces chapitres, de les faire précéder d^un aperçu concis des principaux évènenients concernant spécialement le Roussillon, devenu le département des Pyrénées-Orientales, depuis cette époque josqu^à celle de la mort de Tauteur, en 4854.
4660. Le mariage de Louis XIV avec Tlnfanie d'Espagne, fat
célébré le 3 juin; la Cour, pendant Thiver qui précéda cette union, visita les provinces du Midi. Le Roi vint à Perpignan, capitale de celle récemment acquise par le traité des Pyrénées : il y resta douze jours. Les Consuls lui donnèrent une fête dans la Loge de Mer. La création du Conseil-Souverain , qui devait remplir, dans le Roussillon , Toffice des Parlements , date de cette époque : redit fut rendu à Saint-Jean-de-Luz, le 18 juin. François Sagarre , dont la sévère et rigoureuse administration est encore proverbiale, fut nommé Président k Mortier et Gouverneur du Roussillon, sous les ordres du Duc de Noailles, dont la famille a constamment, de 1660 k 1789, possédé le titre et l'emploi; il y avait, en outre, un commandant général de la province.
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Le 12 mai, Thérèse de Campredon , Dame de Foix 4662. et Béarn , jeune et belle , appartenant aux plus nobles familles du Roussillon , fut décapitée k Perpignan , après avoir subi quatre fois la question, sans qu'on pût lui arracher un aveu. Inculpée dans l'assassinat d'un Gentilhomme nommé San-Dionis, qui, diaprés l'information, avait été son amant, et condamnée, ainsi que plusieurs complices, à la peine de mort par le tribunal suprême, des traditions dignes de foi portent k croire, que des causes politiques eurent plus de part que des intrigues galantes au terrible résultat de cette remarquable affaire. San-Dionis fut frappé de cinquante-deux coups de poignard , dirigés contre le dénonciateur d'une conspiration , tendant k se délivrer de la domination française , à laquelle le Roussillon fut long-temps rebelle. La réunion de toute la Noblesse auprès du mari pendant l'exécution de la femme, vient à l'appui de cette assertion , soit que ce fût le vrai motif, soit qu'on voulût ainsi masquer la honte d'un assassinat.
Révolte dans le Vallespir au sujet des gabelles. Les ^ees. Angelets , nom que prirent les révoltés, résistèrent, avec avantage, aux troupes envoyées pour les réduire dans la haute vallée du Tech. Sagarre, qui s'était mis k la tête de l'expédition, fut battu, et forcé de se sauver dans la plaine; toutefois, les gardes du sel tinrent bon dans le Castell-PériUoux et le fort Lagarde, qui dominaient Prats-de-Moll<5.
Vauban , dont le premier voyage en Roussillon date de cette époque, dépeint pittoresquement les habitants de cette frontière : a Gens aguerris , dit-il , qui , du moment « qu'ils ont porté l'obédience k l'un des partis , ne font « pas difficulté de tirer sur l'autre; aimant naturellement c( l'escoupéterie, et comme se faisant un grand plaisir de « chasser aux hommes. » C'était k des bandes de cette
4670. trempe qu'avait affaire Sagarre. Il fallut, qu'en 1670, un corps régulier de quatre mille hommes, sous M. de Chamilly, officier général des plus distingués, dispersât ces bandes, et obligeât Trincherie, leur chef, k se réfugier en Espagne. Cette circonstance décida à construire le fort des Bains, pour battre le débouché de la vallée, et
4674. intercepter le passage. A peine terminé, ce petit fort résista vigoureusement k l'attaque des Espagnols, sous le Duc de San -Germa; tandis qu'à la même époque, le château de Bellegarde, que sa position rendait en quelque sorte inexpugnable , se rendit honteusement.
Nous devons mentionner une conspiration d'une assez grande importance, découverte k Yillefranche, le SO mars de cette année, ayant pour but de livrer aux Espagnols cetie place, ainsi que Salses et Perpignan : elle fut énei^quement réprimée par l'action ferme et habile de Sagarre, dont le dévoûment â la France excitait l'antipathie des Roussillonnais. Fidèles de cœur à la mère patrie, on ne doit pas s'étonner qu'ils nous aient dépeint, sous d'affreuses couleurs, l'homme qui cimenta du sang des conspirateurs la réunion définitive de la province conquise.
4675. L'armée espagnole, secondée par les peuples de la Catalogne et les menées secrètes de la Noblesse du Roussillon.» avait eu des avantages marqués sur l'armée française; mais on dut l'affaiblir alors pour envoyer des renforts en Sicile. La fortune changea : les Français reprirent Bellegarde, qui ne tint que quatre jours. Rentrés dans l'Ampourdan , ils eurent d'abord des succès, qui bientôt furent suivis de revers. Enfin, après une série d'opérations militaires qu'il serait superflu d'énumérer, le traité de Nimègue, du 10
J678. août 1678, mit un terme k la Guerre.
La même année, par un simple ordre du Roi, l'Ëvécho d'Elne rentra sous la Métropole de Narbonne.
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Les campagnes des années précédentes avaient fait ^^79. sentir la nécessité de renforcer la frontière, en améliorant les postes qui existaient, et en créant un établissement solide au sommet de la vallée de la Tet. Vauban , Tingénieur .le plus distingué de son siècle, visita tous les points fortifiés, et présenta des projets qu'on s'empressa d'exécuter. I^s défenses de Bellegarde furent surtout considérablement accrues. La construction de Mont-Louis donna une place de dépôt, indispensable aux armées opérant par la vallée de la Tet, ou destinées à ei^vahir la Cerdagne espagnole.
A la même époque remonte le projet de création de Port-Yendres, sur les vives instances de Vauban, qui ne concevait pas « qu'on eût négligé une position aussi im- « portante, pour s'établir à CoUioure, place sans port et « sans eau. » Les travaux ne commencèrent qu'en 1692: on donna au port une profondeur de seize pieds, suffisante pour les galères.
Reprise de la guerre. Siège de Girone par le Maréchal fcsi. de Belfefonds, qui fut obligé de le lever.
Un édit de Louis XIV érige l'Hospice de la Miséri- 4686. corde , à Perpignan , en hôpital général a où seront en- <i fermés tous les pauvres valides ou invalides, de l'un et « de l'autre sexe, pour y être instruits et occupés. »
La guerre continue avec des chances diverses. Le Duc Dc {GS9 à de Noailles, nommé au commandement de l'armée de Ca- 4<i97. talogne, arrive à Perpignan le 50 mars 1689. A la tète d'un très faible corps, il manœuvre avec habileté ; et, favorisé par la disposition des Catalans, animés contre la domination autrichienne , il soutint , pendant six ans , la supériorité de nos armes, et s'empara de Girone, tant de fois assiégé sans succès. Les excès de nos troupes, auxquelles nos Généraux donnaient l'exemple, firent perdre la Catalogne. Vendôme succéda, en 169o, au Maréchal de Noailles :
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il prit Barcelone. On eut beaucoup à se louer, dans cette guerre, du service des somaiens, ou milices de la province. Paii de Riswick.
noo. Mort de Charles II, au mois de novembre; testament
en faveur du Duc d'Anjou, que Louis XTV se décida à accepter. Cet événement changea la face de l'Europe, et alluma un incendie général , qui n'eut , au reste , pour le Roussillon, d'autre effet que les passages de troupes et les expéditions d'objets de tout genre, que nécessitèrent les mouvements des armées eu Catalogne jusqu'à, la paix d'Utrecht, en 1715.
D« noo il On doit rapporter à cette période, la régénération poli-
^'^^^' tique du Roussillon. L'introduction de la langue française dans les actes publics ; son usage parmi les classes élevées, furent des pas immenses dans cette voie. Ceux qui mettaient encore en question si la réunion de cette province à la France, avait été favorable ou contraire k ses intérêts, témoins des maux auxquels la Catalogne était en proie, apprécièrent enfin l'avantage de ne plus voir le Roussillon devenir, dans toutes les guerres, le champ de bataille des armées.
no7. Le 8 octobre 1707, un oonvoi de poudre, composé de
sept charrettes, venant de Canet, prit feu entre la barrière et la porte de la ville. L'explosion abîma tout au-dessus du sol ; elle n'eut aucun effet au-dessous : les arches du pont ne furent pas même ébranlées, C'est un fait très remarquable, que n'ont pas manqué de citer les ingénieurs dans les traités de mines ou d'art militaire.
1722. ^^ plusieurs ordonnances de police rendues à cette
époque, il résulte que la plupart des rues de Perpignan n'étaient point pavées , encore moins éclairées ; qu'on n'avait, pour éteindre les incendies, que le faible secours de seringues de forte dimension, etc., etc.