CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
l'habitude de prendre la tonsure pour jouir du privilège clérical^ les Consuls, voyant que la taxe ne produirait pas grand'chose, prirent des mesures pour contraindre les récalcitrants k la payer. L'Évéque excommunia les Magistrats ; le Roi , prenant leur défense, fit saisir le temporel du Prélat. Celui-ci excommunia les OiBciers royaux, exécuteurs de cet ordre ; et, ayant éprouvé mille désagréments de leur part, abandonna le Diocèse. A peine fut-il parti, qu'on pénétra dans son palais épiscopal d'Elne, en brisant la porte : on mit le scellé sur ses effets ; on enleva le blé de ses greniers. Le Pape, prenant sa cause en main, lança contre les Officiers royaux et les Consuls, des anathèmes, qui, d'abord, ne produisirent pas grand effet. Cependant, la contestation, commencée en 1568, fut terminée en 1376, par une transaction, dans laquelle il fut convenu que l'impôt serait supprimé , et que la ville paierait 5.750 florins à l'Évéque, pour l'indemniser de la saisie de son temporel, du pillage de ses greniers et de la dévastation de son palais.
On fabriquait déjà de la monnaie à Perpignan sous les Comtes. L'atelier monétaire fut conservé par les premiers Rois d'Aragon ; ceux de Majorque ne négligèrent point un droit, qui formait, en ce temps-là, une branche importante de leurs revenus. On voit, en effet, Pierre IV d'Aragon, lors de sa querelle avec Jacques II de Majorque, se plaindre de ce qu'il fabriquait en Roussillon, contre la teneur des traités, une monnaie différente de celle de Rarcelone , et Jacques soutenir qu'il avait ce droit comme tous les autres Grands. Bien plus, le 27 février 154S, l'Aragonais fait citer le Majorcain à comparaître, pour répondre k l'accusation portée contre lui sur le fait de la monnaie : on voit qu'il était accusé, non de faire battre de la monnaie à Perpignan , mais d'y en
414 HISTOIRE DU ROCJSSîLLON.
fabriquer d'une espèce particulière, ou bien de la monnaie de Barcelone, à un titre différent de celui de cette ville. Après la destruction du Royaume de Majorque, les Rois d'Aragon continuèrent k battre monnaie à Perpignan : on y frappait même les florins d'or d'Aragon , sous Pierre IV. Jean Ic^ son fils, maintint le nombre des monnayeurs à trente,- comme il avait été jusque-là. Les officiers et les ouvriers de la Monnaie avaient le droit de n'être jugés que par des juges particuliers, et jouissaient d'un certain nombre d'autres privilèges. Pour corriger les abus résultant de cet état de choses, Alphonse Y restreignit la jouissance de ces privilèges aux véritables employés, et seulement pour le temps où la Monnaie serait en activité. Le commerce de Perpignan était très florissant : il consistait principalement en draps, dont on fabriquait la plus grande partie dans ses murs ; en fers, apportés des nombreuses usines établies dans les montagnes de la province. Jean 1®^, en considération de ce que cette ville était l'une des plus considérables et des plus commerçantes de ses États, accorda aux Consuls et aux habitants, par une charte du 22 décembre 1588, le droit d'élire, tous les ans , deux Consuls de Mer et un Juge d'appel , pour décider les contestations relatives aux afiaires du négoce. Dans toute la Monarchie, on ne voyait d'établissement pareil qu'à Majorque, Valence et Barcelone*. Pour fournir aux frais qu'il nécessitait, Jean permit d'imposer un droit sur toutes les marchandises à l'entrée et à la sortie du Roussillon et de la Cerdagne, pays soumis à la juridiction de ce tribunal. Ce droit, origine de celui d'impériage ou
1 Lonis XI s'étaol rendu maître de Perpig^nan en 1463 , Tut si satisfait des règlements du Consolai de Mer de cette ville . que , dans sa lettre da 12 septembre 1463 , il donne pooToir au Consnls de Mer de Montpellier de connaître et décider toutes les questions relatives aux marchandises de Montpellier, Aiguesmorlef: et Agde , en la forme et manière qu'on fait au Consulat de Mfr de la ville dp T'erpigiian.