‹ Histoire du RoussillonChapitre 19 sur 241 · I- 0- M- Il C- P- POLI II BIVS II V- S- L- M · texte numérisé non relu

I- 0- M- Il C- P- POLI II BIVS II V- S- L- M

Jovi optimo maximo Caius Publius Polibius votutn solvit libens metHto.

loseriptioD de Saiot-André de Saréda.

IMP- CAESARI II M- ANTONIO II GORDIANO II PIO FELICI- Il INVICTO AVG II P- M TRIBVN II POT- II- COS. Il P- P- Il DECVMANI II NARBONENS- Il

Cette inscription, à la fois, la plus anciennement connue et la plus remarquable de toutes celles du département, fut découverte à Saint-André, vers l'an 1681, en fouillant le terrain pour la construction d'une chapelle; mais elle n'a été lue en entier qu'en 1814, époque où le cippe sur lequel elle est gravée fut entièrement dégagé : il est de marbre blanc, un peu veiné de gris, ayant un pied d'épaisseur ; le carré qui la renferme a trente pouces de haut sur vingt-quatre de large; les lettres sont longues de deux pouces dans les neuf premières lignes, et d'un pouce seulement dans la dernière. Des trois empereurs du nom de Gordien, les deux premiers n'ayant pas été consuls durant leur règne, cette inscription n'a pu être dédiée qu'au troisième, qui, déclaré Auguste en juillet 258, fut massacré en mars 244, après avoir été consul en 259 et en 241 . L'inscription peut être rapportée a l'an 259, deuxième année de son règne , mais il est plus probable qu'elle se rapporte à 241, époque de son second consulat. Gordien , créé César le 9 juillet 257, reçut en même temps, suivant l'usage, la puissance tribunitieune ; comme elle était renouvelée au premier janvier de chaque année.

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l'an 258 en fui la seconde année , el alors il n'était pas consul. En rapportant le chiffre II au consulat, l'inscription aurait été posée en 241 .

Si le cippe sur lequel on l'a gravée avait été primitivement élevé loin de Saint- André , on ne concevrait pas trop comment on l'y eût trouvé en 1681 ; car considérée comme matière brute, cette pierre, d'un assez grand volume et fort pesante, ne valait pas les frais du transport; considérée comme inscription, outre qu'elle eût perdu toute sa valeur par le déplacement, il n'est pas présumable que la localité qui la possédait, surtout si c'était Narbonne, en eût permis l'enlèvement. Il faut donc croire que ce cippe avait originairement été placé dans le voisinage de Saint-André, et qu'a une époque postérieure, les religieux le recueillirent dans leur monastère pour en assurer la conservation. Adoptant cette hypothèse, la seule qui paraisse d'ailleurs admissible, on est plus embarrassé que jamais pour fixer la véritable signification des mots Decumani Narbonenses, Je conçois qu'on a pu conjecturer que les deux inscriptions élevées à Narbonne par ces Decumani Narbmienses étaient des hommages adressés aux princes dont elles portent le nom, par les citoyens de cette ville, qui auraient pris la qualification de Decumani, a raison des vétérans de la 10« légion, dont une colonie y fut envoyée par César; mais cette conjecture n'e^ pas à l'abri de toute objection. D'abord, ces mots Decumani Narbonenses peuvent avoir une autre signification ; en second lieu, tant dans les médailles que dans les inscriptions qui nous restent des deux siècles qui suivirent l'établissement des vétérans de la fO^ légion a Narbonne, on ne voit pas que les citoyens de cette ville se soient eux-mêmes donné une pareille dénomination * ;

1 I»alerculus, MOIa, Pliiu*. ap|)^llcnl Naibonuc Mavtiuê yarbv. .Mêla ajuulc qu'elle était

troisièmement, les historiens et les géograplies ne s'en servent jamais en parlant d'eux. J'ignore si c'est par ces considérations ou d'après d'autres motifs que pouvaient lui suggérer ses vastes connaissances, que le savant Muratori, ainsi que nous le verrons plus bas, a proposé une autre interprétation des mots Decumani Narbonciises , pour les inscriptions trouvées à Narbonne. Or, s'il n'est pas certain que dans celles-là les mots Decumani Aarbmimses signifient les citoyens de Narbonne, il est assurément impossible de leur donner celte signification dans celle qui fut élevée auprès de Saint-André. Est-il présumable, en effet, que les citoyens de la capitale aient choisi pour élever ce cippe, témoignage de leur dévouement k Gordien, plutôt un endroit de la province, éloigné et peu connu, qu'une place remarquable de leur cité? On a bien compris cette difficulté; et, pour l'éluder, on a supposé que les citoyens de Narbonne , issus en partie des vétérans de la 10^ légion, pouvaient, à ce titre, être tenus de garder certains postes éloignés , et qu'un de leurs détachements, se trouvant à Saint- André, y aurait élevé le cippe découvert en 1681. Cette explication n'est basée que sur une supposition inadmissible, tant qu'il ne sera pas démontré que, sous les Empereurs, et vers le temps des Gordiens, les habitants des colonies militaires étaient organisés de manière à faire hors la ville un service particulier, auquel n'étaient pas obligés les antres citoyens romains. Or, bien loin que l'histoire nous offre dans ces villes quelques traces d'une institution aussi peu en harmonie avec l'esprit du gouvernement de cette époque, tous les faits venus à notre connaissance s'accordent à

Atlacinoi'um Decimanorunujue Colonia. IMiuc l'appelle seulement Decumanorvm Colonia. Les habitants de cette ville sont déàignés de di\ erses manières d:uis les inscriptions el les iiit'ilaillcs : 4' Sarbonenses ; 2* Plebs Sarbonensium; 3* Mariius Sarbo; i* Colonia Julia l'atcina, Sarbo Martius; b' Detumatiorum Colçnia, yarbo MnrIiM.

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nous les présenter comme peu propres a défendre les pays où elles étaient établies, contre les attaques des ennemis intérieurs ou extérieurs. Il y avait sept ans que les cent mille vétérans de Sylla avaient couvert l'Italie de leurs nombreuses colonies, lorsque Spartacus, à la tète de cent vingt esclaves mal armés, réussit k exciter parmi ces malheureux un soulèvement, qui fit éprouver de sanglantes délaites aux armées, et donna de \ives inquiétudes au gouvernement de Rome. Plus tard, et dans la Narbonnaise, on voit, cinquante ans avant Gordien, Maternus, a la tête de quelques déserteurs et d'une bande de brigands recrutés dans les prisons et parmi les esclaves, dévaster impunément les campagnes, et piller les villes les plus opulentes de cette province, peuplée de colonies militaires. Quelques années après la mort de ce prince, on voit encore un parti franc traverser cette contrée sans éprouver la moindre opposition. Quant a Narbonne, dont la courageuse résistance durant la guerre de Sertorius, avait conservé la province à la République, on pourrait inférer d'un passage de Mêla (liv. 2, c. o) que déjà de son temps, elle était plus propre à illustrer qu'à défendre la contrée à laquelle elle donnait son nom.

Un écrivain moderne veut que le cippe de Saint-André ait été élevé par les soldats de la légion décumane de Narbonne : mais rien ne prouve qu'il y ait jamais eu une légion Decumana Narbonensis; et des soldats, pour prendre le titre de Decumani Narbonenscs, auraient dû appartenir h une légion de ce nom , et non à la dixième, placée momentanément en garnison à Narbonne.

Le savant Muratori prétend que ce» mots Decumani Narbonenses indiquent dans les trois inscriptions où il les a trouvées, les PiMicaim de la Narbonnaise. Et, en effet, nous savons, parCicéron, que les fermiers des dîmes

perçues par l'Etat s'appelaient Decumani. Âppien nous apprend que le Gouvernement accordait aux particuliers des terres de peu de valeur, pourvu qu'ils s'obligeassent à payer la dime. C'est sans doute sous cette condition que les champs decumates, dont parle Tacite (de Moribus Germanorum), étaient possédés par des Gaulois. Plusieurs peuples tributaires payaient aussi la dime. On voit César (Hirtius) imposer à un peuple de Sardaigne, qui avait pris parti contre lui, un tribut du huitième de la récolte, au lieu de la dime qu'il payait auparavant. Enfin, Asconius Pedianus, qui écrivait sous Néron, nous dit (Com. de Divi'J que l'État affermait les dîmes, les péages, les pâturages publics aux principaux Publicains, citoyens romains, qui prenaient ces fermes par spéculation. Il est évident que sous les Empereurs, l'État affermait les dimes qu'il percevait sur certaines terres. Pourquoi les fermiers qui, suivant Asconius, étaient les premiers des Publicains, auraient-ils cessé de prendre le nom de Decumani, que leur donne Cicéron, et qui pouvait être considéré comme une qualiCcation distinguée dans leur classe? La seule interprétation raisonnable qu'on puisse donner aux mots Decumani Narbonenses, au moins pour l'inscription trouvée à Saint-André, étant celle que propose le célèbre archéologue italien , je l'adopte d'autant plus volontiers que les Publicains, entreprenant quelquefois la réparation des chemins * , on peut supposer que les Décumans de la Nar-

1 Les Mancipe», fermiers on entrepreneurs d'ouvrages publics, étaient des Publicains, suivant Asconius Pédianus. Or, oo voit dans Onophrius Panvinus , une inscription funéraire érigée par sa femme à un certain Cn. Comelio Muteo Mancipi viœ Appiœ.Tmit (Annal., liv. 3) nous apprend que Corbulon fut chargé de faire réparer les chemins d'Italie, en fort mauvais état, fraude ManHpum et itu^ttriif Magiêlratuum , commission qu'il remplit, moins dans l'intérêt du public, que pour le malheur des coupables, contre lesquels il sévit avec vigueur. On voit dans Dcrgier (liv. i", c. 17) une inscription trouvée à Médina, en Kspagne, où Domitien dit avoir terminé un chemin commencé par son père et resté inacbevô par le mauvais vouloir des Piihlirains, qu'il punit par des amendes, et en les déclarant iiit-apahlrs «rmcrrcr aiirini oin|»l««i. »

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