‹ Histoire du RoussillonChapitre 190 sur 241 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

leurs propriétés dans la ville ou son territoire, à la construction des renoparts. Le reste des habitants, d'abord divisé en deux classes , popvlum tara parvum quant magnum, le fut ensuite en trois : la première était composée des bourgeois vivant de leurs revenus, et des négociants, appelés mercadiers. Plusieurs des familles qui en faisaient partie, avaient acquis, dès le règne des Rois de Majorque , une opulence qui les faisait vivre à l'égal de la Noblesse la plus distinguée : on les voit à la Cour de ces petits Souverains ; et les emplois de premier et de second Consul, exclusivement affectés k cette classe, ajoutaient à sa richesse la considération que donne toujours l'exercice du Pouvoir. Dans la seconde classe, étaient les notaires, les marchands, les écrivains. Les jardiniers et les artisans formaient la troisième. Un usage ou plutôt un abus, que le temps avait consacré, mettait les Consuls en possession d'élire leurs successeurs, et-méme le Conseil de ville. Cet état de choses fut réformé en 1546, par une ordonnance de Pierre lY, qui homologua une décision prise à ce siqet par le Gouverneur, après en avoir délibéré avec ses assesseurs, les Consuls, les chefs des corporations et les notables. On avait agité , dans cette réunion , la question de savoir si les Consuls, suivant l'usage, ou les chefs de corporation , suivant la teneur d'un ancien privilège, devaient élire les officiers municipaux. Pour accorder les prétentions opposées des deux partis, il fut décidé que cette élection serait faite par les Consuls, assistés de douze citoyens, élus, quatre dans chaque classe d'habitants. Cette règle fut toujours obser\'ée depuis cette époque : mais une ordonnance de la reine Marie, épouse et Licutenante- (iénérale d'Alphonse V, en date du 18 août 14i9, fit quelques changements a la classification des habitants; composant la première classe dos bourgeois et des avocats,

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on pla^a les mercadîers dans la seconde. Les Coosiils. nomreDenient élus, prêtaient an Roi serment de fidSte. et k leurs concitoyens celui d'administrer dans HBtérêt

de tous. Us recevaient ensuite les comptes de leiin prédécesseurs, ceux de l'Hospitalier chargé de l'entretien éà pont; et lorsqu'en 1266, ils eurent acheté le patronnât de l'Hôpital de Saint-Jean, ils recevaient aussi les comptes df l'administrateur de cet hospice. D'après la chaite de 1 197. lorsque la commune craignait une attaque, ou qu'elle Toahit poursuivre la réparation d'une injure faite à l'un de ses citoyens, elle avait le droit et était dans l'usage d'armer une partie des habitants qui, sous la conduite d'un Consid, et autorisée par la présence d'un officier royal , Baillî ou Viguier, marchait pour repousser l'agression et obtenir justice. Le roi Jean II, par une ordonnance rendue à Barcelone, le 17 juin 1474, chercha à former de cette troupe, jusqu'alors tumultuairement levée, une force permanente, qui pût être utile à la défense de la ville : il l'organisa en garde nationale, divisée en compagnies, ayant chacune ses officiers ; et le corps entier était commandé par le premier Consul; en son absence par le second, et successivement ainsi par les autres. Depuis cette ordonnance , les détachements partis de la ville pour poursuivre la réparation de quelque injure, furent composés d'une ou plusieurs compagnies, marchant sous les ordres de l'un des Consuls, et ayant un drapeau particulier. On voit dans les rapports parvenus jusques à nous, de quelques-unes de ces expéditions, que les préparatifs exigés, et certaines formalités nécessaires k remplir avant le départ, pouvaient quelquefois donner le temps au Gouvernement de s'interposer entre les parties belligérantes, et de neutraliser ainsi les funestes effets d'un privilège, n'ayant, dans l'origine, d'autre objet que de rendre la

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condition des villes égale à celle des Seigneurs, qui, dans ces temps-là, jouissaient du droit de guerre privée. D'après un ancien usage, confirmé le 7 mai 1448 par Alphonse V, lés Consuls gardaient les clefs de la ville. Depuis le siège de 1542, il y eut toujours un Gouverneur particulier tant à la ville qu'au château, et les Consuls cessèrent d'être chargés de la garde des clefs; mais ils continuèrent à avoir le commandement de la bourgeoisie, sous les ordres du Gouverneur. Aussitôt après leur installation, les nouveaux Consuls et le Conseil des Douze procédaient a la nomination des Consuls de Mer et du Juge d'appel, dont nous avons déjà parlé; des deux Clavaires, l'un tiré de la première, et l'autre de la seconde classe des citoyens ( ces magistrats étaient chargés de toutes les branches de la police urbaine, de surveiller les marchés, les travaux publics, la rentrée des créances de la ville, etc.); des sobre^sals de la horta, tirés de la classe des jardiniers, et préposés à l'appréciation des dommages causés aux champs, et des jugements des causes qu'ils entraînaient. Les Consuls procédaient, enfin, à la nomination de plusieurs autres employés inférieurs. Les charges municipales étaient fort appréciées , puisque la Noblesse , longtemps étrangère à la ville, chercha a les exercer. Elle y réussit, enfin, en 1601, où il fut réglé que, des deux places de premier et de second Consul , l'une étant occupée par un gentilhomme, l'autre le serait par un bourgeois ou un avocat. A l'avènement du Roi , la ville envoyait un Député pour le complimenter; elle en agissait de même dans d'autres occasions, et, surtout, lorsqu'elle avait quelques réclamations à faire ou des plaintes à porter contre un officier royal. Ces Députés étaient toujours accueillis avec bonté par le Souverain, qui faisait droit k leurs demandes lorsqu'elles étaient fondées.

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Nous avons fait connaître quel était le rang des Députés de la capitale du Roussillon aux Cortés de Catalogne. 11 est certain qu'ils y assistèrent depuis 1546, sans qu'on puisse assurer qu'ils y eussent paru avant cette époque.

Nous avons parlé de l'Université créée par Pierre IV , dans laquelle on enseignait la théologie, le droit civil, le droit canon , la médecine, la philosophie : les chaires de cette science et de la théologie, étaient confiées, en partie, aux moines des divers Ordres qui avaient des couvents dans la ville. Les docteurs en droit, fort nombreux à Perpignan, lors de cette fondation , fournirent les professeurs de cette Faculté. Le docteur Thomas Carrère, dans une histoire manuscrite de cette Université, composée sur des documents perdus plus tard , nous apprend que jusqu'au siège de Perpignan, en 1642, l'Université avait toujours fait enseigner la grammaire, le latin et la rhétorique, par des professeurs qu'elle nommait; que, pendant ce siège, les Jésuites, profitant des embarras de l'Université, dont les bâtiments étaient occupés par les troupes, formèrent une espèce de collège dans leur maison. Des contestations s'élevèrent à ce sujet : elles furent terminées en 1665, par une transaction. Les Jésuites conservèrent le collège; mais reconnurent Fautorité de l'Université sur leurs classes. Tous les ans , vers la lin de janvier, le Recteur s'y rendait ; faisait inscrire les écoliers , et recevait le serment d'obéissance des professeurs. Cette Université a prod^uit, de tous les temps, des théologiens profonds^ de grands jurisconsultes et d'habiles médecins.

l/art de l'iraprimerie, inventé en Allemagne, cinquante ans auparavant, fut introduit à Perpignan vers l'an ISOO, par Rosenbach d'IIeidelberg. Un traité sur la vie chrétienne, composé en 1412 par François Ximénès, évêque ilKlne, lut le premier livre inï|)rimé à Perpignan, en

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