CHAPITRE DIX-HUITIÈME
châteaux; la quatrième celle de Ribas, ne s'étendait pas au-delk de la vallée de ce nom , et Ton n'y comptait que dix villes, villages ou châteaux. Chacun de ces quatre districts était régi par un officier nommé Yiguier, pris dans la Noblesse ou dans les familles les plus honorables ; mais non parmi les habitants du district soumis k son autorité. Presque toutes les trois cent Quarante-trois communes des deux Comtés étaient enveloppées d'un mur, ou, du moins, possédaient un petit fort, une bâtisse a murs épais, crénelés, où les habitants pouvaient se réfugier en cas d'invasion. Les mieux fortifiées étaient Puycerda, Livia, Villefranche, Prades, Vinça, Olette, Prats-de-MoUô, Arles, Céret, Le Bolo, Argelès, Collioure, Salses, Millas, Ille, Boule-Temère, Thuir, Canet, Claira, Estagel, La Roca, Ëlne. Perpignan, quoique n'ayant pas comme jadis six mille feux, était, après Barcelone, la ville la plus importante de toute la Catalogne. Il l'emportait, surtout, par les fortifications modernes dont il était entouré. Il avait deux châteaux, dont le plus grand, réparé d'abord par Charles- Quint, fut ensuite agrandi par Philippe II , et disposé sur le modèle de celui de Milan.
Outre les Viguiers, les Portant-^Veus avaient sous leurs ordres des Baillis royaux k Perpignan, k Thuir, a Collioure, k Prats-de-Mollô, k Villefranche, k Prades, k Vinça. Nous avons vu que ces officiers avaient l'administration des finances royales ; présidaient les tribunaux , et commandaient les milices dans leurs arrondissements respectifs. Une telle accumulation de pouvoir sur les mêmes têtes, aurait pu devenir dangereuse pour la liberté des citoyens, si leur grande puissance, contrebalancée par une forte constitution municipale , n'eût été contenue par les Cortés, et, surtout, par la Députation, spécialement chargée de veiller constamment k l'observation des lois et au maintien
i28 HISTOIRE DU ROUSSILLON.
des privilèges. Tous les travaux n'intéressant que la province, étaient dans les attributions de la Députation, qui, pour fournir aux dépenses , faisait percevoir un impôt particulier, dont le premier établissement remontait aux Cortés de 1481. Il consistait principalement dans les droits de douanes, et produisait, dans les Comtés, 12.000 livres catalanes (environ 95.196 fr. actuels). Les villes avaient aussi des revenus particuliers; mais, par l'effet des malheurs des temps, elles étaient toutes obérées : la province ne l'était pas moins ; et on calculait que si la séparation des Comtés avait lieu, l'intérêt de la dette restée à leur charge, monterait à 4.700 livres catalanes (57.285 francs 10 centimes).
Le clergé était fort nombreux dans les Comtés. La Cerdagne et la vallée de Ribas appartenaient à l'Evêché d'Urgel; le Capcir à l'Évêché d'Alet; le Roussillon, le Conflent et le Vallespir, formaient le Diocèse d'Elne, oii l'on trouvait quatre Abbayes (Arles, Saint-Michel, Saint- Martin et Saint-Génis ) ; treize Prieurés, six Prévôtés, quatre Commanderies de Malte, neuf couvents de mendiants, cinq Chapitres, vingt-trois Communautés ecclésiastiques. Le Chapitre d'Elne, composé de quatre dignitaires et de ving-et-un clianoines, avait été, depuis peu, transféré à Perpignan avec FÉvèque, et établi dans l'église de Saint-Jean , l'une des quatre paroisses, où résidait une Communauté de cent cinquante prêtres. Il y avait un Chapitre de quinze chanoines, et une Communauté de trente prêtres a La Real, l'une des paroisses de Perpignan. On voyait, en outre, dans cette ville, dix-sept couvents de moines ou de religieuses, quatre hôpitaux, une Tniversité, où Ton enseignait le latin, la rhétorique, la logique, la théologie, le droit, la médecine. Les habitants des Comtés (disent ces inénioires) sont forts, ro-