CHAPITRE DIX-HUITIÈME. 4i
se termiue k l'étang de Saint-Nazaire : il alimente quelques faibles irrigations. La presque totalité du canton d'Ai'gelès, et une partie de celui de Rivesaltes, rendent à la mer, par des ravines, les eaux des pluies que leurs terres n'absorbent pas.
L'Aude et la Sègre prennent aussi leur source aux limites du département; et, après avoir reçu les eaux d'environ 70.000 hectares, dans les cantons de Mont-Louis et de Saillagouse, elles se jettent : la première, dans le département qui en tire son nom ; la seconde, en Espagne. C'est Ame du massif imposant des pics ou puigs de Prigué et Carlitte, et du col Rouge, élevé de 3.000 mètres au-dessus de la mer, que jaillissent, k peu de distance de Mont-Louis, quatre cours d'eau torrentiels , qui prennent immédiatement les directions du nord, du midi et de l'orient : on ne trouverait guère d'exemples d'une saillie aussi remarquable de sources abondantes dans un espace si peu étendu.
Toutes ces rivières, enflées en automne, comme nous l'avons dit, par la fonte des premières neiges, et par les pluies qu'amènent les vents du sud, deviennent des fleuves impétueux, qui , dans les montagnes k pente rapide , roulent, entraînent des Mocs énormes de rocher, et dans la plaine dévastait les cantons, où, peu auparavant, elles coulaient k peine, épuisées par les irrigations. La mer, soulevée par les mêmes vents, en repousse les eaux a leur embouchure : il en résulte l'envahissement des par-» ties basses, qu'elles transforment en vastes étangs.
Des défrichements inconsidérés, sont-ils , comme on le prétend, la principale cause de ces funestes débordements? Sans doute, le déboisement de nos montagnes, dont on se plaint depuis trois siècles, est un mal réel ; car les eaux entraînent plus facilement, de la surface des hauteurs, dépouillées de toute végétation, les graviers et les pierres.
qui, exhaussant le Ht de nos torreots, contribuent à leurs débordements : mais, cette cause, comparée k toutes celles qui concourent k produire le même effet, et dont nous venons de citer la plus importante, k notre avis, paraîtra bien Taible a ceux qui les examineront toutes sans prévention. Si, d'ailleurs, elle avait la gravité qu'on lui suppose, les débordements devraient être aujourd'hui plus fréquents et plus funestes qu'autrefois; cependant, nos annales des xiii^, xiy^ et \\^ siècles prouvent qu'ils causaient alors autant de désastres qu'k présent. Il y a dix-huit cents ans, nos Pyrénées étaient très boisées, et Pomponius Mêla disait de nos rivières, ce qu'on en dirait de nos jours, parva flumina nbi acrevêre, persœva *. Pour préserver de leurs ravages des terres précieuses, on a eu recours a toute espèce de moyens, tels que digues, canaux, redressement, creusement du lit, etc. Ces expédients, le plus souvent insignifiants, sont toujours trop coûteux. L'expérience a prouvé depuis long-temps aux propriétaires éclairés, que rien n'était plus efficace que de larges plantations de bois taillis le long des deux rives : elles les exhaussent en arrêtant les graviers, les sables, le limon , charriés par les eaux débordées. En opposant, ainsi, a l'action sans cesse destructive de ces torrents, la force toujours agissante de la végétation , on les oblige a élever eux-mêmes des barrières contre leur propre fureur.
Les maux que ces rivières occasionnent, sont compensés par les avantages qu'elles procurent. Leurs eaux donnent le mouvement à presque tontes les usines du département, qui consistent en trois cent dix-neuf moulins k farine > cinquante-deux moulins k huile (dont deux presses hy-
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