CHAPITRE DIX-HUlTIÈUe
Depuis lors, en 1792, on a défendu l'accès des deux fronts du sud par des redoutes casematées. On a fortement amélioré la place dans ces derniers temps, par le défilement et le terrassement de ses ouvrages, ainsi que par le règlement des glacis , du côté de la ville et de la campagne. On a considérablement accru le nombre des abris casematés. Les fronts de Test : Saint-François, Saint-Martin, la Justice, ont été en partie reconstruits. L'approfondissement des fossés , et la création d'un pont écluse , les rend susceptibles d'être inondés '. La suppression des couvents a fourni du logement pour les troupes, et procuré, surtout, a l'administration militaire , des magasins, dont elle était dépourvue. En général, les escarpes de Tenceinte, très élevées, et presque toutes bâties en briques, laissent quelques parties à découvert; les angles seuls et tes cordons sont en pierre de taille.
Nous ne terminerons pas cette notice, sans mentionner le CastiUet, tour voûtée, à trois ét^^es, attenant k la porte de France. On ne saurait assigner l'époque de sa construction, aussi étrange que pittoresque. On doit la faire remonter à Ja fin du xit^ siècle.
Collioure. — Située à six lieues de Perpignan, cette place^ bâtie sur le bord de la mer, au pied des Pyrénées, en protège l'extrême gauche. Elle a pour objet la défense des passages accessibles dans cette partie; et, pour l'oflensive, on y réunirait les moyens de porter la guerre en Catalogne : mais, combien toutes ces conditions seraient mieux remplies par le Port-Yendres ! Connue des Romains sous le nom de Catfco-Illiberis; ruinée successivement par
1 La coDstrucUon firochaioe d'an pont écluse en aval , eontribnera à soutenir l'inondali09. Elle complèlera la fcnuclure du lit de la B<i^se, el opérera la jonction de l'ancienne ville
aux Tanneries.
454 HISTOIRE DU ROLSSILLON.
les Goths et les Maures, le comte Guifred la rétablit en 981 . Quoique son port ne pût recevoir que des navires à faible tirant d'eau, qui même, dans les mauvais temps, n'y trouvaient pas un abri sûr, il suffisait à la marine du moyenâge. On accrut considérablement ses fortiUcaUons de 1670 k 1682. Le château, peu étendu, n'ayant pas au-delà de 117 mètres, dans sa plus forte dimension, existait en 1285: il défend la place du côté de la mer. En 1674, on construisit, au nord, le front du Miradou, qu'on relia, par un mur d'enceinte, au château , renforcé , du côté de terre , d'une belle demi-lune. Le fort carré , indispensable pour occuper la hauteur de la Justice et la tour des Moulins, pour éclairer le profond ravin du Ravanel, datent de 1725. L'espace entre ces deux ouvrages forme le camp retranché, borné par deux branches de parapet terrassé.
A 800 mètres du château, et sur un pic dominant, les Rois d'Aragon élevèrent une tour défensive. L'importance de la position , appréciée par Charles-Quint , le décida à l'entourer d'un fort étoile, aussi étendu que le permit l'étroite surface du terrain environnant. Les hautes escarpes du fort Saint-Elme , étant dominées elles-mêmes par une hauteur voisine, on a dû récemment y établir un ouvrage avancé.
Port-Vmdres , — anciennement PorluS'-ymei'is , a une demi-lieue au sud de Collioure, frappa l'œil pénétrant du maréchal de Vauban , h son deuxième voyage en Roussillon. ail ne put (dit-il) contenir son indignation de ce qu'aucun serviteur du Roi n'avait encore signalé cette situation.» Dans son enthousiasme, il voulait qu'on rasât Collioure, place sans port, sans eau douce, pour transporter sa population k Port-Vendres, où, indépendamment d'avantages maritimes inappréciables, on pouvait créer, à